VANITE de l'EXISTENCE ?…

 

 

J'ai regardé l'interview de François LEOTARD, ce dimanche 6 mars, sur TF1. Cet ancien ténor de la vie politique française s'en est retiré en 2001, et depuis, il n'est plus rien que lui-même… un "hasbeen heureux", dit-il.

 

Et un homme sans illusion. Sans illusion, non seulement sur la vie et l'action politiques, mais aussi sans illusion sur la vie tout court. "C'est naître qu'il n'aurait pas fallu !", dit-il, reprenant Louis-Ferdinand CELINE. Puis, reprenant SHAKESPEARE :" La vie est une histoire de fou, contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne veut rien dire !".

 

Sur la scène politique, devant nos yeux, il a joué des rôles. Il a interprété le rôle du député, celui du maire, celui du ministre; celui du soutien au Président, puis de l'opposant à l'autre Président; le rôle du Philanthrope passionné par le bien-être de ses contemporains… Il a joué comme les autres, aussi bien que les autres. Puis un jour, il a réalisé la vanité de tout cela.

 

Si l'existence n'est qu'un jeu de rôles, à quoi bon vivre ?

 

J'ai réfléchi à mon propre parcours, après avoir entendu son témoignage.

 

Je crois pouvoir témoigner que jamais je n'ai joué aucun rôle sur la scène publique. J'ai toujours été moi-même. J'ai dit ce que je pensais, simplement; et, lorsque je ne pensais rien sur un sujet, je l'ai dit aussi. J'aurais aimé assumé des postes à responsabilité, comme tout le monde. Mais je n'ai jamais rien fait pour y parvenir. Je n'ai jamais su flatter, intriguer, me placer. Je n'ai jamais adhéré à aucune idéologie. J'étais moi-même, je n'étais donc peut-être pas un homme sûr… J'ai refusé consciemment de jouer le rôle du bon prêtre, du bon curé, du bon aumônier. Je me rends compte, avec le recul des années, que mes meilleur(e)s ami(e)s sont tou(te)s des gens comme moi.

 

Il est vrai que la grande question, c'est celle de la JUSTIFICATION : pourquoi suis-je ici, à faire ce que je fais, et où tout cela me mène-t-il ? A cette question, ma réponse n'a jamais été philosophique, mais pratique : si je suis ici, c'est que j'ai une fonction à remplir, une mission à assumer, et que je me dois de l'accomplir le mieux possible.

 

Je me souviens d'une réunion de l'équipe diocésaine du M.C.C, à laquelle participait notre ami Jean-Pierre GERBER, alors P.D.G de RIJBA-France. C'était l'époque de sa pleine gloire, où il avait implanté plusieurs filiales de son Groupe dans le monde. Il disait ce soir-là : " Je suis dans un train lancé à cent-vingt à l'heure. Je sais que le train va dans le mur. Mais il faut que j'y aille. C'est comme ça ! Ce qui motive profondément un homme, ce n'est pas la fortune, c'est la reconnaissance sociale. Je suis enfin quelqu'un !". Et effectivement, il est allé dans le mur !

 

Pourquoi n'ai-je jamais fait de politique active ? J'ai souvent dit que, prêtre, je devais être l'homme de tous. Je l'ai dit; je le pensais, mais ce n'était pas la cause profonde.

 

La vraie cause, je crois, c'est que j'ai toujours été aimé. Je n'ai jamais souffert d'aucun manque d'affection. Je n'ai jamais eu aucun manque à combler. J'ai toujours cherché à créer des liens. J'ai toujours été étonné d'être aimé. L'amour a suffi à mon bonheur !