A PROPOS d'un "RETOUR en ARRIERE" de l'EGLISE

 

 

Dans notre bon pays de France, on ne peut jamais aborder les questions politiques ou religieuses sans s'invectiver, et se soupçonner mutuellement des plus noires intentions.

 

Lorsque j'ai été ordonné prêtre, en 1960 (c'était dans un autre monde !...), le Pape Jean XXIII venait d'annoncer la convocation d'un Concile au VATICAN, pour un "aggiornamento" de l'Eglise. A la lumière des événements qui ont suivi, je pense que le terme choisi par le bon pape Jean était inadéquat, du moins dans sa traduction possible en langue française : mise à jour.

 

Nous avions été formés au Séminaire par des prêtres qui avaient traversé la crise de la 2° guerre mondiale, soit dans les camps de prisonniers, soit en camp de concentration. Ils avaient vécu au plus près d'amis croyants et incroyants (Celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas...). Ils étaient revenus avec le désir profond de pouvoir  annoncer la bonne nouvelle de la résurrection du Christ aux hommes et aux femmes de leur temps. Ils nous avaient transmis ce désir. Nous nous prenions d'admiration pour la Mission de France, Joseph FOLLIET, les cantiques de David JULIEN (Marche de l'Eglise), les Psaumes traduits en français par le Père GELINEAU. Nous rêvions avec le livre "Au coeur des masses" du Père VOILLAUME. Mon ami Michel QUOIST sortait un livre-choc : Prières. L'Action catholique était en pleine expansion. Je me souviens d'une veillée de NOEL dans ma paroisse saint Patrice de ROUEN en 1950, où nous avions lu "L'effort humain" de PREVERT. Bref, notre jeunesse s'est déroulée dans une atmosphère d'ouverture de l'Eglise aux hommes et aux femmes de notre temps.

 

Lorsque le Concile s'est ouvert, nous avons suivi son déroulement jour après jour. Nous avons applaudi "Gaudium et Spes". Et le schéma sur l'Ecriture Sainte. Et celui sur la Liberté religieuse. Et sur l'Oecuménisme. Et sur la Liturgie. Et nous avons endossé le costume de clergyman dès que ce fut possible.

 

C'est à partir de là qu'il s'est passé des choses... Il est vrai que nous nous sommes peut-être trop ouverts au monde. Que nous avons peut-être trop innové en Liturgie. 

 

Et nous nous sommes trouvés en butte à ceux qui nous ont critiqués avec force, et parfois avec haine (je pense là à André MADIRAN). Ce qui a eu comme effet pervers de nous convaincre que nous étions dans le vrai...

 

Nous ne nous sommes jamais réjouis de l'excommunication de Monseigneur LEFEBVRE. Nous avons simplement déploré qu'on fût obligé d'en arriver là. Pas plus, pas moins.

 

Et les années ont passé. Nous avons progressé avec l'Eglise, qui elle-même progressait avec le monde. Nous avons évolué avec une Eglise qui, elle-même évoluait avec le monde. Des militants quittaient les Syndicats, les Partis, les Associations. Des pratiquants quittaient nos églises. Nous nous sentions un peu responsables, mais le phénoméne était général dans les pays de l'Europe libre.

 

Et aujourd'hui, nous avons l'impression qu'on désire tirer un trait sur cinquante années d'histoire de l'Eglise. D'une Histoire riche, en événements, et en hommes.

 

Personnellement, je reste Zen. Je sais que je ne verrai pas l'Eglise à laquelle j'avais rêvé. Mais je sais que l'Eglise a traversé d'autres crises dans les siècles passés. Elle vit. Elle vit bien. Mais oui, elle vit bien : certes, le nombre des prêtres a chuté, mais le nombre de chrétiens actifs s'est développé prodigieusement. L'Eglise vivra.