Les 25 ans de SOLIDARNOSC
Ainsi
donc, SOLIDARNOSC a vingt-cinq ans… !
SOLIDARITE
: c'est ce concept que les fondateurs avaient choisi pour nommer leur Mouvement
de défense contre le Régime de l'époque. Un très beau mot ! Une très belle idée
! Un grand idéal ! Comme ce Mouvement avait pris naissance officielle lors de
la grande grève des Chantiers navals de GDANSK, on l'avait nommé
"Syndicat". Mais qu'est-ce qu'un Syndicat qui compte, dès sa
naissance, dix millions d'adhérents, et dont le but évident est d'abattre le
Régime en place, sinon une espèce de parti politique, qui ne peut ou ne veut
pas dire son nom ?
L'Eglise
de POLOGNE avait décidé, dès le départ et peut-être même avant, de prendre le
contrôle de ce Mouvement. On m'a raconté qu'en 1980-1981, Lech WALESA allait
régulièrement rendre visite au Cardinal WYSZCZYNSI, alors Primat de POLOGNE,
qui le conseillait… jusqu'au jour où, de guerre lasse, le Cardinal aurait dit
en substance au Président de SOLIDARNOSC : "Vous venez me demander conseil, et vous n'en tenez aucun compte. Sans
doute préférez-vous ceux de MICHNIK et de KURON !" (MICHNIK
était d'origine juive…). L'Eglise continua cependant d'accompagner le
Mouvement, mais c'est JEAN-PAUL II qui en prit le contrôle.. Il n'y avait pas
trop de deux leaders charismatiques pour unir leurs forces contre le Régime
soviétique, qui finit enfin par s'écrouler, avec le Mur de BERLIN un beau jour
de 1989 !
Mon analyse, à l'époque, était celle-ci, et
la suite m'a prouvé que j'avais vu juste : Toute Organisation génère
naturellement un Contre-Pouvoir : Patronat/Organisations ouvrières;
EGLISE/ETAT; DROITE/GAUCHE… Mais dès qu'un troisième Pouvoir s'intercale, il
est aussitôt l'objet de tentatives de
récupération par l'un des deux partenaires. C'est ce qui s'est passé pour
l'Eglise et SOLIDARNOSC. Ils avaient un but commun : abattre le Régime
communiste. Tant que le Pape a pu profiter des forces de SOLIDARITE pour
réaliser son objectif, il a sauvegardé l'Union sacrée. Lorsque le but a été
atteint, avec l'écroulement de l'URSS, et que WALESA est monté sur le trône
présidentiel en 1990 avec la bénédiction papale… le Mouvement SOLIDARNOSC a poursuivi seul son aventure.
Il
s'est ensuite usé au Pouvoir, comme tout Parti politique. Il s'est divisé,
jusqu'à ne plus rien représenter, ou si peu, dans la POLOGNE d'aujourd'hui.
Sic
transit !
Lech
WALESA restera dans l'Histoire universelle comme le leader du Mouvement
SOLIDARNOSC. Sans contredit, il fut l'homme providentiel et charismatique, qui
sut donner corps à la résistance du peuple polonais. Je le compare à ces
prophètes de l'Ancien Testament, en particulier à ceux qu'un Livre de la Bible
nomme "les Juges". Pourquoi ? Parce qu'un prophète est cet homme (ou
cette femme) qui saisit d'instinct ce que désire le Peuple, et qui lui donne un
sens. WALESA fut l'un de ces personnages-clés de l'Histoire d'un Peuple.
Mais
l'Histoire biblique nous montre que, dès que le Prophète accède au pouvoir, ou
bien il devient un tyran, ou bien il se dissout dans la médiocrité. WALESA ne
devint pas un tyran, certes non. Mais il n'était pas à la hauteur des
responsabilités auxquelles le Peuple l'avait porté. Le Peuple le savait bien,
d'ailleurs. Le soir du résultat de la première élection présidentielle, qui
portait WALESA à la tête de la nouvelle République de POLOGNE, j'ai téléphoné à
des amis de VARSOVIE pour leur demander leurs impressions. Magda m'a dit :
"C'est la catastrophe ! Mais enfin,
Jean-Paul, on ne pouvait quand même pas voter pour l'autre !". L'autre
en question était ce Polonais venu des U.S.A qui distribuait les dollars à
pleines poignées lors de sa campagne électorale, et dont personne n'a plus
entendu parler depuis lors.
C'est
vrai, WALESA n'avait pas la culture (en polonais, on dirait qu'il est : nieculturalny), pas l'envergure politique,
pas le machiavélisme qui fait les vrais hommes politiques. Il avait été porté
par le Peuple. Il ne sut pas porter le Peuple.
Et
puis, enfin, je rappelle souvent ce qu'on dit des Français : "Un Français, c'est une opinion, deux Français c'est
un parti, trois Français, c'est une scission !". Pour ce qui
concerne la Pologne, j'ajoute : "Un
Polonais, c'est un Parti; deux Polonais, c'est une scission ".
Les Polonais ne sont jamais si bons ni si héroïques ni si unis que dans la
résistance à l'oppression. C'est pourquoi, pour moi, c'est une excellente chose
qu'ils aient pu intégrer l'Union européenne.
Jean-Paul
BOULAND