Les ACTES des APOTRES
sous-titre
L'Eglise évangélise
1-
Introduction : Ecrire l'HISTOIRE
« Puisque beaucoup ont
entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,
d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires
et serviteurs de la Parole, j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé
exactement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi,
excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des
enseignements que tu as reçus » (Lc 1,1-4 : traduction B.J.)
1- Le récit historique
Le
récit historique comporte cinq critères principaux :
1-
C'est un texte écrit
2-
avec une structure chronologique
3-
qui met en évidence des acteurs
4-
qui intègre des explications répondant à une problématisation
5-
utilisant des faits historiques précis.
Le
récit historique est en relation étroite avec :
-
(celui)(celle) qui l'écrit,
-
son implication plus ou moins directe avec l'événement décrit
-
sa proximité dans le temps avec
l'événement qu'(il)(elle) décrit, ou les acteurs qu'il choisit de mettre en
scène
-
la période qu'(il)(elle) décrit, elle-même en relation avec la période
de (celui)(celle) qui le décrit
-
le public auquel le récit est destiné
-
la recherche plus ou moins exhaustive des documents concernant la
période décrite
cf.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire#Les_premiers_textes_historiques
2-
La méthode historique
a.
L'historien travaille avec des sources. On distingue habituellement :
i.
les sources primaires : documents d'archives, lettres
personnelles, journaux, ou documents officiels du temps,
ii.
les sources secondaires : travaux d'autres historiens ou savants
sur le sujet à l'étude.
b-
L'essentiel de la méthode de l'historien est la critique des témoignages :
i.
La critique interne, ou herméneutique, cherche à tirer des
informations d'une source.
ii.
La critique externe, ou heuristique, compare les documents entre
eux, pour identifier leurs contradictions, ou pour identifier leur provenance.
Dans le cas de plusieurs témoignages, par exemple, il peut être déterminant de
savoir s'il s'agit vraiment de plusieurs témoignages, ou d'un seul témoignage
répété par plusieurs auteurs.
La critique interne cherche à dégager l'authenticité,
l'origine et la date de la source, le sens du document, ou du témoignage, les
raisons qui ont conduit à sa production, la signification pour les
contemporains, les choses dites et les choses non-dites, finalement les
informations sur le sujet de recherche qu'on peut en tirer.
La critique externe compare, et met en
contradiction, des sources diverses, pour préciser leur date et leur origine,
et pour donner, par la multiplicité des regards, une information plus précise
du sujet.
Les sources secondaires aident à éclairer le
sujet, soit pour découvrir l'état des connaissances, soit pour profiter des
recherches de leurs auteurs, ou encore, tout simplement, à appuyer une
argumentation sur l'autorité, la réputation professionnelle, de leurs auteurs.
Question : Peut-on dire de Luc, rédacteur des Actes des
Apôtres, qu'il fait œuvre d'historien ?
2
- Le projet de Luc
En
tête de son récit des "Actes des Apôtres", Luc écrit ceci :
J'ai consacré mon premier
livre, ô Théophile, à tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le
commencement jusqu'au jour où, après avoir donné ses instructions aux apôtres
qu'il avait choisis sous l'action de l'Esprit Saint, il fut enlevé au ciel.
C'est encore à eux qu'avec de nombreuses preuves il s'était présenté vivant après
sa passion; pendant 40 jours, il leur était apparu et les avait entretenus du
Royaume de Dieu. (Actes 1, 1-3)
Il rappelle son projet initial, tout entier
présenté dans le prologue de son évangile (son "premier livre"), qui
constitue en fait une introduction à l’ensemble de l’œuvre :
« Puisque beaucoup ont
entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,
d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires
et serviteurs de la Parole, j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé
exactement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi,
excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des
enseignements que tu as reçus » (Lc 1,1-4 : traduction B.J.)
Dans ce prologue, chaque mot porte, et peut faire
l’objet d’un commentaire. Arrêtons-nous sur quelques-uns d’entre eux, utiles
pour notre propos :
« Beaucoup ont entrepris de composer... » :
cette remarque ne signifie pas seulement que l’œuvre de Luc n’est pas la première
en son genre, mais que les autres sont des « compositions ». À ne pas
entendre au sens d’inventions, bien sûr, mais d’œuvres répondant à des critères
de composition, d’arrangement. Et Luc va se situer exactement dans la même
perspective comme l’explique clairement plus loin l’expression « exposé
suivi ».
Cette dernière expression ajoute toutefois quelque
chose de plus : elle suggère que le mode d’organisation de l’exposé
ressort d’un critère logique que l’on va exposer plus loin.
« Ce que nous ont transmis ceux qui furent
dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole » : Luc
s’appuie sur une tradition, à l’origine de laquelle se trouvent des témoins. Il
faut bien sûr entendre « témoins oculaires ». Il ne s’agit pas là du
terme dont Luc fera ensuite grand cas (Actes 1,8.22 etc.), mais véritablement
de ceux qui ont vu et se sont de ce fait mis au service du Ressuscité.
« Après m’être informé exactement de tout
depuis les origines » : cette tradition, Luc ne s’est donc pas
contenté de la recevoir comme telle, brute, mais il l’a passée au crible. Il a
mené sa propre enquête, en remontant dans le temps et dans l’espace : ce
qui est très important, compte tenu de ce qu’il dit ensuite.
« Pour que tu te rendes bien compte de la
sûreté des enseignements que tu as reçus » : le propos de Luc est
donc explicitement catéchétique, ou apologétique. Le voilà, le critère
d’organisation du propos. Vient-il vicier la qualité de l’information, comme le
préjugeront aussitôt certains commentateurs ? Rien de tel manifestement
pour Luc : il vient seulement l’organiser.
Lorsqu’on pèse le poids des mots employés, il est
clair que Luc prétend avec force avoir fait œuvre de vérité, et présenter des
informations dignes de confiance. Il faut certes faire la part de l’intention
catéchétique, et donc de la re-disposition des matériaux qu’elle suppose pour
bâtir un « exposé suivi » ; autrement dit, il faut de toute
évidence entreprendre une analyse rédactionnelle soigneuse, aussi soigneuse que
le fut la composition elle-même avant de passer aux conclusions
historiques. Luc écrit l'histoire pour que… Il fait donc œuvre, non seulement d'historien, mais surtout de
catéchète. Ce qu'il rapporte a une fonction évangélisatrice, qui sera,
nous le verrons, de manifester la puissance de l'Esprit du Christ à l'œuvre
dans les premières communautés. Mais de là à douter a priori de pouvoir parvenir à l’histoire, ou
pire encore traiter Luc de faussaire, alors qu’il prend un soin tout
particulier à exprimer comment il s’est mis honnêtement à la recherche de ce
substrat historique, il y a là un pas qui n’a aucune raison d’être franchi.
Il faut également rappeler que le public auquel Luc
s'adresse est composé pour l'immense majorité d'hommes et de femmes de culture
orale, qui ne connaissent ni la lecture ni l'écriture, et à qui il faut
raconter l' Histoire, de telle manière qu'ils puisent facilement la mémoriser,
et convertir leur comportement en conséquence : d'où le recours à des images,
des reports à la Bible…
Un texte
critique
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Pierre-Joseph PROUDHON – 1809-1865 |
3
- Récit de l’Ascension
Alors, au cours d'un repas qu'il partageait avec eux, il leur enjoignit
de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait
promis, "ce que, dit-il, vous avez entendu de ma bouche: Jean, lui, a
baptisé avec de l'eau, mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez
baptisés sous peu de jours." Etant donc réunis, ils l'interrogeaient
ainsi: "Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la
royauté en Israël?" Il leur répondit: "Il ne vous appartient pas de
connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. Mais
vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous.
Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et
jusqu'aux extrémités de la terre."
A ces mots, sous leurs regards, il s'éleva, et une nuée le déroba à
leurs yeux. Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu'il s'en
allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés; ils
leur dirent: Hommes" de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le
ciel ? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la
même manière dont vous l'avez vu s'en aller vers le ciel." (Actes 1, 4-11.)
Si
l’on vous interroge sur la place de l’Ascension dans le Nouveau Testament, vous
penserez peut-être spontanément, du fait de l’importance que l’Église donne à
cette fête, qu’elle est attestée dans tous les évangiles. Tel n’est pas le
cas : l’auteur qui évoque cette manière de remonter au ciel est Luc. Bien
sûr, certains évoqueront aussi Marc 16,19, mais la plupart des commentateurs
estiment précisément que ce passage, qui appartient à la finale
controversée de Marc, est influencé par Luc ; on peut aussi alléguer
nombre de références indirectes, telles Jean 3,13 Nul n'est monté au
ciel, hormis celui qui est descendu du
ciel, le Fils de l'homme.; - 6,62
Et quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant?
... - Ephésiens 4,9s "Il
est monté", qu'est-ce à dire, sinon qu'il est aussi descendu dans les
régions inférieures de la terre? - 1
Timothée 3,16 Il a été manifesté dans la chair, justifié dans l'Esprit,
vu des anges, proclamé chez les
païens, cru dans le monde, enlevé dans la gloire. etc. Mais tous ces passages ne font
qu’attester la conviction chrétienne primitive que Jésus a rejoint le royaume
de son Père, ou plutôt qu’il y est remonté dans la mesure où les textes
bibliques les plus anciens attestent que ce royaume est situé dans un « en
haut » par rapport à la terre qui est un « en bas », mais ils ne
prétendent pas affirmer que cette montée au ciel de Jésus s’est effectuée à un
moment particulier suivant la résurrection, sous un mode particulier comparable
peut-être à la montée d’Élie (2 Rois 2,11).
Luc est donc le principal auteur du Nouveau
Testament à développer ce thème de l’Ascension. Quelles en sont les différentes
harmoniques ? Il faut se reporter à la finale de son évangile, mais plus
encore au début des Actes des Apôtres, versets 1-11 du chapitre 1.
1. L’Ascension dans le chapitre 24 de Luc
L’Ascension proprement dite est évoquée dans le
verset 51 de ce chapitre. Ce verset est précédé d’abord de textes évoquant
l’absence de Jésus et l’incrédulité des apôtres, puis d’apparitions du
Ressuscité : d’abord aux disciples d’Emmaüs, puis aux apôtres eux-mêmes.
Remarquons qu’aux femmes, ce n’est pas encore le Ressuscité qui apparaît, mais
ce sont des anges (il en va différemment chez Jean) : il ne faut voir là
aucun sexisme, mais plutôt la manière lucanienne de marquer une progression de
l’incrédulité à la foi. Lorsque Jésus, apparaît aux disciples d’Emmaüs puis aux
apôtres, il ne nous est pas dit qu’il descend du ciel : il apparaît
soudainement au milieu des diverses assemblées. Ces apparitions ont un
but : « ouvrir l’esprit à l’intelligence des Écritures »
(v. 27.32.45). Il ressort clairement que le point focal de cette ouverture est
la résurrection elle-même, faisant suite au passage par la souffrance et par la
mort : v. 26 et 46. On peut légitimement penser que la première
prédication chrétienne a buté sur cette annonce d’un messie souffrant et
ressuscité, comme le montrera à nouveau Actes 17,3. Dans ce temps qui précède
l’Ascension, Jésus vient donc aider ses disciples à comprendre comment sa
mission s’est parfaitement accomplie (v. 44), selon les Écritures. Il les
prépare ainsi à leur propre mission d’évangélisation (v. 47). En même temps, il
leur indique ce qui sera le signal et le point de départ de cette mission :
le don de l’Esprit-Saint, force d’en haut (v. 49-50). L’Ascension est évoquée
ensuite, de manière fort sobre, à l’aide d’un passif divin : « il fut
emporté au ciel ».
Le temps qui précède l’Ascension n’est pas évoqué
ici en termes de durée : c’est un temps d’enseignement et d’explication.
On ne peut même pas parler de « temps de l’Ascension ».
2. L’Ascension dans le début des Actes
Les versets 1-11 du livre des Actes sont constitués
d’un prologue (v. 1-5) et du récit proprement dit de la rencontre avec Jésus
préalable à l’Ascension (v. 6-11). Quand on parcourt le second passage
indépendamment du premier, force est de constater que nous sommes dans la ligne
de la finale de Luc : il est composé de deux ensembles, une rencontre de
Jésus avec ses disciples (v. 6-8) qui paraît être l’écho d’une source, et
l’évocation proprement dite de l’Ascension (v. 9-11), avec présence de nuée et
d’anges, qui s’apparente à une mise en scène de la montée au ciel. Remarquons
toutefois qu’en l’absence du prologue, ce dernier ensemble semblerait présenter
l’Ascension comme le mode de l’entrée dans la vie éternelle, autrement dit
comme le mode de la Résurrection. À la manière d’Élie.
C’est donc le prologue qui joue un rôle
déterminant. Avec ce prologue, on sait que l’entretien qui va avoir lieu avec
les disciples se situe dans le temps qui suit la résurrection, et donc que
l’Ascension n’est pas un autre mode d’entrée dans la vie éternelle, mais
simplement un moyen de remonter vers Dieu ; en outre, le temps qui sépare
la Résurrection de l’Ascension est en quelque sorte calibré : il dure
quarante jours. C’est le temps des entretiens sur le Royaume, comme dans la
finale de Luc ou dans celle des Actes (28,31), mais c’est aussi le temps des
apparitions.
Boismard et Lamouille évoquent la
signification de cette « quarantaine » : « Dans l’Ancien
Testament, ce temps désigne souvent une période de préparation, d’attente.
Moïse passe quarante jours sur la montagne du Sinaï (Exode 24,18), au cours
desquels il écrit les paroles de l’Alliance sur les tables de pierre (Exode
34,28). C’est le temps dont Élie, le prophète au bord du désespoir, a besoin
pour se rendre à l’Horeb où lui sera signifiée sa nouvelle mission (1 Rois
19,8). Dans le Nouveau Testament, ce temps désigne encore la période passée par
Jésus au désert entre son baptême où il vient d’être investi de sa mission et
son entrée effective dans le ministère (Luc 4 ,2). Ces divers précédents
semblent donc indiquer que le temps des apparitions est le temps de la
préparation à une mission future. »
Cette présentation est juste, et elle explique le
temps d’attente de l’Esprit-Saint qui sera évoqué dans la suite du chapitre,
mais elle néglige deux points importants qui ressortent du contexte et sont
liés l’un à l’autre : ce temps est d’une part le temps de l’institution
des témoins, il marque d’autre part le terme des apparitions pascales.
Le mot témoin apparaissait déjà dans le chapitre 24
de Luc, au verset 48 ; on va le retrouver au verset 22 : c’est un
terme clé de la théologie lucanienne. Il apparaît au début de l’évangile de
Luc, en 1,2 : les témoins sont la raison du crédit que l’on peut faire à
son récit ; mais ils sont surtout à l’origine du crédit que l’on peut
donner à la résurrection : « Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ;
nous en sommes tous témoins » (Actes 2,42 = Actes 3,15 : voir aussi
Actes 5,32). Les témoins sont singularisés du reste du peuple comme le montre
Actes 10,39-41 : « Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a
fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Lui qu’ils sont allés jusqu’à faire
mourir en le suspendant au gibet, Dieu l’a ressuscité le troisième jour et lui
a donné de se manifester, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait
choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection
d’entre les morts » (voir aussi Actes 121-22 qui est presque aussi
explicite) ; cette mise à l’écart n’est pas le fruit d’une volonté humaine
mais le résultat du choix de Dieu.
Le témoin par excellence est donc témoin de la
Résurrection, avec cette particularité d’avoir « mangé et bu avec Jésus
après la résurrection ». Les témoins sont en nombre limité précisément
parce que le temps du « manger et du boire » après la résurrection
est lui-même limité : les quarante jours marquent la date limite pour
l’institution de témoins, la date limite aussi et par suite des apparitions que
Luc pourrait qualifier de pascales. Aux yeux de Luc, et quel que soit son
attachement à l’apôtre Paul, celui-ci ne saurait donc être un témoin au sens
fort, et l’apparition dont il a bénéficié sur le chemin de Damas ne saurait
être comparable à celles qu’ont connues les apôtres au lendemain de la
résurrection ; ce n’est bien sûr pas l’avis de Paul qui, en 1 Corinthiens
15, met sur le même plan l’apparition aux disciples et celle dont il a
bénéficié « en dernier lieu ».
4-
Le récit de la Pentecôte
Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble
dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un
violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils
virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu; elles se partageaient, et
il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint
et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait
de s'exprimer.
Or il y avait, demeurant à Jérusalem, des hommes
dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui se produisit,
la multitude se rassembla et fut confondue: chacun les entendait parler en son
propre idiome. Ils étaient stupéfaits, et, tout étonnés, ils disaient:
"Ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens? Comment se
fait-il alors que chacun de nous les entende dans son propre idiome maternel?
Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce,
du Pont et d'Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d'Egypte et de cette partie de
la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, tant Juifs que prosélytes, Crétois et
Arabes, nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de
Dieu!" Tous étaient stupéfaits et se disaient, perplexes, l'un à l'autre:
"Que peut bien être cela?" D'autres encore disaient en se moquant:
"Ils sont pleins de vin doux!" (Actes
2, 1-13)
Le texte qui nous intéresse ici est celui de Actes
2, 1-13. L’événement a lieu lors de la fête de Pentecôte, autrement dit lors
d’une grande fête juive des moissons conduisant un grand nombre de pèlerins
vers Jérusalem : le verset 5 traduit cette ambiance. Ambiance de fête et
de communion : on remarquera une fois de plus l’abondance des emplois de
l’adjectif « tout » ou « tous » dans nos versets (1, 2, 4,
5, 7, 12), qui marquent l’insistance sur l’unité et la communion.
Les disciples, représentés dans notre texte par un
« ils » indéterminé et globalisant, sont rassemblés un même
lieu : insistance sur la communion que, paradoxalement, le don des langues
va rompre et recréer. Le phénomène du don des langues est décrit de manière
apocalyptique : c’est en effet une manifestation de Dieu lui-même ;
feu et vent sont donc au rendez-vous (Exode 3,2 ; 9,23 etc.). Sa
description donne sans doute l’accent théologique dominant de nos
versets : l’Esprit Saint individualise les personnes (« il s’en posa
une sur chacun d’eux », v. 3) et les langues (« selon que l’Esprit
leur donnait de s’exprimer », v. 4) tout en rassemblant, à partir d’une
même expérience.
Le don de l’Esprit induit un phénomène particulier,
qui est en fait double : celui de parler d’une part, en d’autres langues
d’autre part, et très précisément, pour reprendre le texte grec,
« hétéroglossie ». La première opération de l’Esprit est donc de
délier les langues, de pousser à parler. Mais il ne s’agit pas ou plus de
n’importe quelle parole : c’est celle que veut l’Esprit. Autrement dit,
c’est Dieu qui parle par la bouche des disciples, et plus spécialement pour
Luc, par celle des apôtres : de fait, la suite du livre des Actes sera
pour une large part composée de discours. Et de quoi va-t-il s’agir par ces
discours ? D’éclairer, d’interpréter pour les auditeurs les faits, les
événements, nous dirions aujourd’hui les signes des temps, autrement dit les
traces de la présence et de l’action de l'Esprit du Christ dans notre monde (ce
qui, soit dit en passant, est une excellente définition de l'Evangélisation).
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Excursus : Les
signes des temps |
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Peut-être peut-on rappeler ici que cette
expression « signes des temps » est revenue à plusieurs reprises au
Concile Vatican II, en particulier dans la constitution sur l’Église dans le
monde de ce temps : « l’Église a le devoir, à tout moment, de
scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de
l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à
chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie
présente et future et sur leurs relations réciproques » (4, §1).
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Le deuxième effet de cette « plénification »
par l’Esprit est donc de parler en d’autres langues. L’idée est à nouveau
exprimée dans les versets 6, 8 et 11. S’agit-il bien d’hétéroglossie ou de
glossolalie, autrement dit du « parler en langues » dont il sera
question en 10,46 ou 19,6 et, bien sûr, longuement en 1 Corinthiens 12 ou
14 ? Ce qui peut conduire à s’interroger, c’est en particulier la remarque
des gens alentour : « ils sont pleins de vin doux » (v. 13).
Le texte n’affirme pas que les disciples ont parlé
mède ou élamite ou quelque autre langue que ce soit, mais que les mèdes,
élamites et autres les entendaient parler dans leur langue.
En outre, ils parlaient à plusieurs à la fois,
devant une grande foule, et il ne pouvait donc s’agir que d’un brouhaha.
Pour notre auteur, il y a donc eu un phénomène
classique de parler en langues, accompagné d’un miracle d’audition. Rappelons
d’ailleurs que, dans la première lettre aux Corinthiens, le phénomène de
glossolalie doit s’accompagner d’un charisme d’interprétation destiné à édifier
l’assemblée (12, 10. 30 ; 14, 5. 13. 27-28).
À mon avis, comme souvent chez Luc, la
discontinuité constatée doit plutôt être le signe d’un mixage de traditions
diverses. Autrement dit, il est à la fois question de glossolalie et
d’hétéroglossie. Le texte évoque plutôt un phénomène de glossolalie, mais il
n’en reste pas moins que Luc parle d’hétéroglossie : n’a-t-il pas une
intention précise pour ce faire, pour réinterpréter l’événement ? Cette
intention est claire : pour notre auteur, la Pentecôte est une reprise
inversée de l’événement de Babel rapporté en Genèse 11,1-9.
Ce texte étrange évoque à première lecture une
sorte de vengeance de Dieu devant les entreprises des hommes : ceux-ci
parlent une seule langue, et peuvent donc se permettre de se lancer dans la
construction d’une tour qui va les rapprocher du ciel et de Dieu. Dieu alors se
dit : « Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur
langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres » (Genèse
11,7). Le résultat de l’initiative divine est la dispersion des hommes qui sont
incapables de s’unir dans leur entreprise.
Le texte des Actes évoque donc une foule
rassemblée, à partir de gens de toutes les nations, et un phénomène
linguistique. Lorsqu’on le lit sur l’arrière-plan du récit de Babel, on
comprend la nouveauté de la Pentecôte : ce qui fait l’unité des peuples,
ce n’est plus l’identité de langue, et une initiative personnelle, mais le don
de l’Esprit et la volonté de Dieu. Cette réinterprétation théologique est
certainement l’œuvre de Luc : dans les Actes des Apôtres, il ne cesse en
effet de manifester son souci de l’unité, et il en donne ici en quelque sorte
la recette. Mais cette réinterprétation se laisse donc percevoir sur le plan
littéraire, phénomène que l’on retrouvera dans le récit de la mise à mort
d’Étienne.
La PENTECOTE : naissance d'une CONVICTION
(récit romancé)
Ce
vendredi soir, veille de la Pâque, après avoir déposé le corps de Jésus dans le
tombeau de Joseph d'Arimathie, Jean, accompagné de Marie, rejoignit les dix au
lieu où il savait les trouver. Car ils s'étaient enfuis et l'avaient abandonné,
lorsqu'ils avaient compris que le sort de leur Maître était scellé, et que
personne ne pourrait plus arrêter la machine judiciaire. Ils s'étaient donné
rendez-vous dans la maison où ils avaient pris avec lui le repas rituel. Le
propriétaire était un ami; il ne les trahirait pas. Ils avaient bien pris soin
de ne pas se faire repérer, et avaient
fermé la serrure à double tour, car ils avaient peur des autorités juives.
Que pourrait-il se passer pour eux maintenant
? On les avait vus accompagner Jésus
depuis plusieurs années. Et Jésus avait été exécuté comme terroriste, ainsi que
l'attestait l'inscription au-dessus de sa croix : Jésus de Nazareth, roi des
Juifs ! Si donc on les découvrait, ils risquaient l'arrestation et la
condamnation au prétexte qu'ils avaient aidé Jésus à prendre le pouvoir. Il
leur fallait donc se cacher quelques temps en un lieu sûr, puis disparaître de
la circulation et rejoindre ensuite la Galilée, où ils seraient en pays connu.
Ils se remémoraient les moments intenses vécus avec
Jésus : les foules qui l'avaient acclamé, les journées et les nuits passés en
sa compagnie à l'écouter parler du Règne de Dieu, à l'entendre raconter des
paraboles. Son entrée triomphale dans Jérusalem. Les rencontres. Son attitude
envers les pauvres et les petits. Son enseignement si différent de celui des
scribes et des pharisiens… Le dernier repas : Voici mon corps livré… Voici
mon sang versé. Et surtout son regard
! … Comme s'il voyait l'invisible !… Ils avaient cru qu'il était le
Messie, qu'il allait restaurer le royaume mythique de David, et établir enfin
Israël au-dessus de tous les peuples. Ils avaient pensé, sans trop oser le
dire, qu'il y aurait peut-être pour eux des places de ministres,
d'ambassadeurs, de gouverneurs… Et puis tout était tombé. Le beau rêve avait
tourné au cauchemar. Et ils crevaient de peur.
C'est en parlant ensemble, et se remémorant les
années passées avec lui, que peu à peu ils furent amenés à se poser
la question : Et si nous avions mal compris les Ecritures ? Si le Messie
n'était pas ce chef de guerre et ce leader politique que tous attendaient ? Si
ce qu'il avait dit était vrai: Je suis doux et humble… Le Règne de Dieu est en vous… Bienheureux
les pauvres… Cherchez d'abord le Règne de Dieu et la Justice… Le Fils
d'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir…. S'il en était
ainsi, alors la perspective changeait totalement. Et la mission qu'il leur
avait confiée : Allez, faites des disciples, baptisez-les, apprenez-leur à
garder ce que je vous ai enseigné… ça n'était pas une mission politique,
comme un changement de régime, mais quelque chose de plus considérable . Un
véritable bouleversement. Une révolution. Il leur fallait, dans le même Esprit
que lui, reconsidérer le monde et les
rapports entre les humains, réapprendre et clamer partout que l'Eternel est un
Père, porter sur le monde et sur les hommes le même regard d'amour que Jésus
avait porté. Continuer ce qu'il avait commencé lorsqu'il les avait réunis en un
groupe de douze hommes, comme les douze tribus d'Israël. Rassembler le nouveau
Peuple de Dieu. Créer un peu partout des communautés-témoins de la vie et de
l'amour de Celui en qui ils reconnaissaient maintenant le Messie, le Christ. Qui
continueraient au milieu des hommes ce qu'il avait commencé. Qui seraient pour
les hommes des envoyés de l'Eternel. Et qui, par contagion, peu à peu,
transformeraient le monde…
Au fil des heures, l'évidence s'imposa à eux, la
certitude tomba sur eux, comme si l'Eternel lui-même les illuminait.. Ils
prirent conscience qu'ils avaient l'ardente obligation de mettre en œuvre
l'Esprit de Jésus, qui les brûlait maintenant comme un feu. Ils réalisèrent
qu'en eux leur Maître était toujours vivant. Que sa Parole était toujours
actuelle. Leur conviction était maintenant inébranlable.
Ils ouvrirent la porte. Ils sortirent. Libérés de
la peur.
L'Histoire, qu'ils avaient cru finie, ne faisait
que commencer. Le monde ne devait plus jamais être ce qu'il avait été jusqu'alors.
Plus tard, vers les années 70, Luc, qui avait bien
connu Pierre, rapportera cet événement dans son Livre des Actes des Apôtres. A
la manière de l'époque. Et en s'inspirant des récits bibliques où il est
question de l'irruption de l'Esprit divin sur le Peuple. Cela donnera le fameux
récit, que nous entendons dans nos églises le jour de la Pentecôte.
Cette Histoire est toujours la nôtre. La même
mission. La même obligation. Le même monde. Les mêmes hommes. Les mêmes
communautés. Une seule question reste à
poser : avons-nous la même conviction?
La
PENTECOTE :
reliés à tous les peuples de la terre
(récit sous forme
exégétique)
Tu compteras sept semaines; c'est à partir du jour où on se met à
faucher la moisson que tu compteras les sept semaines. Puis tu célébreras la fête des Semaines pour
le Seigneur ton Dieu, en apportant des dons spontanés à la mesure des
bénédictions dont le Seigneur ton Dieu t'aura comblé. Au lieu que le Seigneur ton Dieu aura choisi pour y faire
demeurer son nom, tu seras dans la joie devant le Seigneur ton Dieu, avec ton
fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite qui est dans tes villes,
l'émigré, l'orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi. Tu te souviendras qu'en Égypte tu étais
esclave, tu garderas ces lois et tu les mettras en pratique. (Deutéronome, 16,9-12) La
fête qui était appelée "fête des Semaines", et qui était à l'origine
une fête de la Moisson, se célébrait sept semaines ou cinquante jours après la
Pâque, d'où son nom grec de « Pentecôte » (rappelez-vous : le
PENTA-GONE est une figure géométrique à cinq côtés). Mais, après le retour de
l'exil de Babylone (537 avant J.C), le
peuple hébreu reconstitué changea progressivement la signification de cette
fête. De fête agricole qu'elle était à l'origine, la Pentecôte devint la fête
commémorative de la constitution du peuple choisi par Dieu au désert, lorsque
Dieu conclut une alliance avec le peuple hébreu et lui donna une constitution
(la Torah, c'est-à-dire la Charte). Telle est, encore aujourd'hui pour
les Juifs, la signification de cette fête, nommée en hébreu Chavouoth
(rappelant et célébrant l'Alliance), la deuxième grande fête juive après la
Pâque (rappelant et célébrant le Passage de la Mer), et avec Souccoth
(rappelant et célébrant le séjour au désert sous les tentes). Cette année 2010,
nos frères Juifs célébreront Pessah (la Pâque) le Lundi 29 mars au soir et le
30, et ils célébreront Chavouoth (la Pentecôte) 50 jours plus tard, le Mardi 18
mai au soir et le 19 mai en Israël (et le 20 aussi hors d'Israël). (http://www.modia.org/infos/etudes/calendrierjuif.html)
Rappelons-nous le récit biblique du Don de la
Loi, sur le Sinaï : Or, le troisième
jour quand vint le matin, il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur
la montagne et la voix d'un cor très puissant; dans le camp, tout le peuple
trembla. Moïse fit sortir le peuple à
la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la
montagne. Le mont Sinaï n'était que
fumée, parce que le Seigneur y était descendu dans le feu; sa fumée monta,
comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La
voix du cor s'amplifia: Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du
tonnerre. (Exode 19, 16-19)
A l'époque de Jésus,
on lisait ce texte dans toutes les synagogues de Palestine, au jour de la
Pentecôte. Mais on le lisait en langue hébraïque, langue que les concitoyens de
Jésus ne comprenaient plus, puisqu'ils parlaient l'araméen. C'est pourquoi un
"paraclet" , c'est-à-dire un assistant, traduisait, ou plutôt
interprétait, le texte lu, de l'hébreu
en araméen. Cette interprétation, on la nommait un "targum".
L'une de ces
traductions-interprétations, le Targum Yerushalmi, dont Luc devait avoir
connaissance, rapporte : Lorsque la première Parole sortit de la bouche du
Dieu Saint, c’était comme des éclairs et des lampes de feu, une lampe de feu à
sa droite et une lampe de feu à sa gauche. L’éclair volait dans l’air des cieux
et se gravait sur les deux Tables de l’Alliance. Et la voix disait aux enfants
d’Israël: «Mon peuple, je suis le Seigneur votre Dieu qui vous ai libérés de la
servitude.» Et la deuxième Parole, lorsqu’elle sortit de la bouche du Dieu
saint était comme un éclair. Lorsque l’Exode (20,18)
dit: Tout le peuple voyait les tonnerres et les éclairs,
l’écrivain juif Philon commente: Une voix retentissait du
milieu du feu venu du ciel, dont la flamme se transformait en langage adapté
aux auditeurs: les paroles étaient si claires qu’on avait l’impression de les
voir. Et un autre commentateur, Johannan, précise:
La voix sortit et se partagea en soixante-dix voix, en soixante-dix
langues de façon que tous les peuples l’entendent. Et chaque peuple entendit la
voix dans sa propre langue.
Pour
les premiers chrétiens, la venue de l'Esprit promis par Jésus fut comprise
comme un nouvel événement, fondateur d'une Alliance nouvelle et d'un peuple
nouveau. Et, pour rendre compte de cet événement, ils interprétèrent tout
naturellement l'événement dans les mêmes termes que le don de la Loi et la
première Alliance : le vent, le feu, le tonnerre, les langues différentes,
l'audition par tous. C'est là l'origine du texte que nous lisons à la Messe,
chaque jour de Pentecôte (Actes des Apôtres 2, 1-12).
La mort et la résurrection de Jésus ont été
comprises par les premiers chrétiens comme l'irruption directe de l'Esprit de
Dieu dans l'histoire humaine, le début du processus menant à la fin des temps,
où l'Eternel viendra rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés
(Jean 11,53). Ce jour-là, nous célébrons "l'Alliance nouvelle et
éternelle" établie, non plus avec le seul peuple élu, le peuple juif,
mais avec l'ensemble des peuples de la terre, symbolisés dans ce récit par
l'énumération des peuples habitant le bassin méditerranéen.
La fête de la Pentecôte nous rappelle que
nous sommes reliés, alliés, par Jésus Christ à tous les peuples de la terre,
ceux que nous nommons les "étrangers", lorsqu'ils viennent chez nous,
oubliant que nous sommes nous-mêmes des "étrangers" lorsque nous
allons chez eux. Tout être humain est mon frère, quel que soit le pays qu'il
habite ou d'où qu'il vienne; quelles que soient sa condition sociale, la
couleur de sa peau ou son appartenance religieuse.
Dans
la foi, c'est une évidence. Dans mon comportement quotidien, il en va
autrement. Pourquoi ne pas mettre mon comportement en accord avec ma foi ?
Pourquoi ne pas le dire à haute et intelligible voix avec un langage de feu ?
NOUVELLE CREATION - NOUVELLE ALLIANCE
NOUVEAU
PEUPLE
"
SELON les ECRITURES ... "
Exode 12 :
LIBERATION - CREATION du PEUPLE
![]()
les DOUZE enfermés sortent
Exode 19 :
SINAI - ALLIANCE
- FEU
+ Interprétations Genèse
11 :
BABEL – LANGUES - DIVISION

vent - feu -
" langues " de feu
-
chacun entend dans sa langue
ACTES 2


"
c'est aujourd'hui " l'
ESPRIT se pose
Joël 3 : Derniers Jours
Genèse
1 :
CREATION – ESPRIT - ALLIANCE
les
NATIONS à JERUSALEM
2
Rois 25 :
Départ
en EXIL à BABYLONE :
Israël chez les NATIONS
5
- Les deux premiers discours de Pierre
Les Actes des Apôtres ne sont pas seulement
remarquables par les faits qu’ils décrivent, mais aussi par les discours fort nombreux
qui les scandent. À tout Seigneur, tout honneur, les premiers discours sont de
la bouche de Pierre : il est intéressant de mettre en parallèle
celui du chapitre 2 et celui du chapitre 3.
|
Actes 2 |
|
Actes 3 |
|
2:14
" Hommes de Judée et vous tous qui résidez à Jérusalem, apprenez ceci,
prêtez l’oreille à mes paroles. 2:18
Et moi, sur mes serviteurs et sur mes servantes je répandrai de mon Esprit 2:19
Et je ferai paraître des prodiges là-haut dans le ciel et des signes ici-bas
sur la terre. 2:20
Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang, avant que vienne le
Jour du Seigneur, ce grand Jour. 2:21
Et quiconque alors invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. 2:22 " Hommes d’Israël, écoutez ces paroles. Jésus le
Nazôréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles,
prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, ainsi que vous
le savez vous-mêmes, 2:23 cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et
la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la
croix par la main des impies, 2:25
car David dit à son sujet : Je voyais sans cesse le Seigneur devant moi,
car il est à ma droite, pour que je ne vacille pas. 2:26
Aussi mon cœur s’est-il réjoui et ma langue a-t-elle jubilé ; ma chair
elle-même reposera dans l’espérance 2:28
Tu m’as fait connaître des chemins de vie, tu me rempliras de joie en ta
présence. 2:29
" Frères, il est permis de vous le dire en toute assurance : le
patriarche David est mort et a été enseveli, et son tombeau est encore
aujourd’hui parmi nous. 2:30
Mais comme il était prophète et savait que Dieu lui avait juré par serment de
faire asseoir sur son trône un descendant de son sang, 2:31
il a vu d’avance et annoncé la résurrection du Christ qui, en effet, n’a pas
été abandonné à l’Hadès, et dont la chair n’a pas vu la corruption : 2:33
Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit
Saint, objet de la promesse, et l’a répandu. C’est là ce que vous voyez et
entendez. 2:34
Car David, lui, n’est pas monté aux cieux ; or il dit lui-même : Le
Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, 2:35
Jusqu’à ce que j’aie fait de tes ennemis un escabeau pour tes pieds. 2:36
« Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous
avez crucifié. » |
|
3:12 " Hommes
d’Israël, pourquoi vous étonner de cela ? Qu’avez-vous à nous regarder,
comme si c’était par notre propre puissance ou grâce à notre piété que nous
avons fait marcher cet homme ? 3:13 Le Dieu
d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son serviteur
Jésus que vous, vous avez livré et que vous avez renié devant Pilate, alors
qu’il était décidé à le relâcher. 3:14 Mais vous, vous avez
chargé le Saint et le juste ; vous avez réclamé la grâce d’un assassin, 3:15 tandis que vous
faisiez mourir le prince de la vie. Dieu l’a
ressuscité des morts : nous en sommes témoins. 3:16 Et par la foi en son
nom, à cet homme que vous voyez et connaissez, ce nom même a rendu la force,
et c’est la foi en lui qui, devant vous tous, l’a rétabli en pleine santé. 3:17 "
Cependant, frères, je sais que c’est par ignorance que vous avez agi, ainsi
d’ailleurs que vos chefs. 3:18 Dieu, lui, a ainsi
accompli ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous les prophètes,
que son Christ
souffrirait. 3:20 et qu’ainsi le
Seigneur fasse venir le temps du répit. Il enverra alors le Christ qui vous a
été destiné, Jésus, 3:21 celui que le ciel
doit garder jusqu’aux temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé
par la bouche de ses saints prophètes. ce qu’il vous dira. 3:23 Quiconque n’écoutera
pas ce prophète sera exterminé du sein du peuple. 3:24 Tous les prophètes,
ensuite, qui ont parlé depuis Samuel et ses successeurs, ont pareillement
annoncé ces jours-ci. 3:25 " Vous êtes,
vous, les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a conclue avec nos
pères quand il a dit à Abraham : Et en ta postérité seront bénies toutes
les familles de la terre. |
Quels sont les différents éléments littéraires qui
contribuent à façonner ces discours ? Listons-les pour l’un et
l’autre :
|
Ac. 2 |
|
Ac. 3 |
|
Apostrophe
à partir d’un fait |
|
Apostrophe
à partir d’un fait |
Le fait est clair : un même schéma, que l’on
peut qualifier de kérygmatique, structure les deux discours . Ce schéma
était peut-être celui des premiers prédicateurs, mais il est plus sûrement
encore celui de Luc. Ce qui ne veut absolument pas dire que notre évangéliste
ait inventé la substance de ces discours : ceux-ci, comme on va le voir,
rendent un « son primitif », et il est infiniment plus probable que
Luc a travaillé à partir de notes.
Considérons le discours du chapitre 3 un peu plus
en détail.
La cause, mais l’on serait tenté de dire « le
prétexte », est une guérison effectuée par Pierre. Cette guérison est un
signe de la venue du Royaume, et l’apôtre se doit de l’expliquer à ses
auditeurs.
Son point de départ n’est pas l’Écriture, à la
différence du chapitre 2 : Pierre passe d’emblée à la prédication
kérygmatique, d’une manière d’ailleurs assez agressive, en chargeant fortement
son auditoire. L’expression est très juive (« Dieu d’Abraham, d’Isaac et
de Jacob », « son serviteur », « le Saint »), mais elle
prend appui sur la tradition chrétienne qui dédouane Pilate. Le cœur de cette
annonce se trouve au verset 15, et il est aussi celui que l’on retrouve au
chapitre 2 : « Dieu a ressuscité Jésus des morts ». Il faut y
ajouter la note lucanienne du témoignage que l’on va retrouver en 5,30 ;
10,40-42 ; 13,30-31 etc. Le verset est presque mot pour mot équivalent à
2,32. La forme de l’annonce est active, Dieu étant le sujet : il semble
que ce soit la prédication primitive la plus originelle (Ac 5,30 ; Jn
2,22 ; 21,14 ; Rm 4,24 ; 8,11 ; 10,9 ; 1 Th
1,10 ; 4,14 etc.) ; la note lucanienne consiste à opposer l’action de
Dieu à celle des Jérusalémites. Avec le verset 16, Pierre donne la source
ultime de la guérison, l’action du nom de Jésus au cœur du croyant. Le discours
pourrait s’arrêter là, mais il continue : après avoir dédouané Pilate,
Pierre dédouane ses auditeurs qu’il vient pourtant de prendre violemment à
partie. L’excuse donnée aux Juifs est en fait double : l’ignorance d’une
part, mais aussi l’accomplissement du plan salvifique de Dieu. Dieu s’est en
quelque sorte servi de l’ignorance des Juifs, manifestant ainsi son éternelle
providence.
Mais cette providence est aussi considérée comme un
accomplissement, celui de l’Écriture : on sait que c’est là le thème du
début de l’évangile de Matthieu, mais l’on constate donc que Luc n’est pas
absent de ce débat. Avec toutefois une orientation particulière : comme
Luc le redira en 17,3, tout est accompli, y compris les souffrances de Jésus
qui sont donc présentées comme annoncées par l’Écriture (J. Dupont invite à
comparer pour s’en assurer Lc 18,31 et Mc 10,33). Nous sommes au-delà de 2,23
où les promesses prophétiques portaient seulement sur la
« tradition » de Jésus et non sur ses souffrances. Luc ne dit pas
quel texte d’Écriture prophétise les souffrances de Jésus, mais on n’en peut
guère retenir d’autre que Sagesse (2,18-20) ou Isaïe (52,13 - 53,12), textes
que la liturgie des Ténèbres retient pour les jours saints.
L’annonce du salut passe par la requête d’une
conversion préalable. « Repentissez-vous » : les noms et verbes
de même racine grecque apparaissent quatre fois chez Matthieu, trois fois chez
Marc, jamais chez Jean, mais 21 fois dans l’ensemble Luc/Actes, à parts égales
entre les deux textes ; on pourrait dire presque la même chose du deuxième
verbe « convertissez-vous ». C’est dire combien ces deux thèmes ont
les faveurs de Luc, en particulier dans les discours : 2,38 ;
5,31 ; J . Dupont fait observer qu’en dehors de Jérusalem, la rémission
des péchés n’est pas attachée au repentir, mais à la foi : cf.
10,43b ; 13,38-39.
Les versets 20-21 sont étranges : ils
reflètent des conceptions christologiques très originales. Il y est
successivement question d’un « temps du répit » puis d’un
« temps de la restauration universelle », et au milieu de tout cela
d’un « Messie destiné », mais d’abord « gardé au ciel ».
Le terme grec utilisé pour répit est ce que l’on
qualifie d’hapax, c’est-à-dire un terme utilisé une seule fois dans le
Nouveau Testament : il évoque un renouvellement de la « psyché ».
Quant à celui utilisé pour la restauration, il aura
une grande fortune postérieure : il s’agit de l’apocatastase ; le
dictionnaire Oxford de l’Église chrétienne parle d’une doctrine morale selon
laquelle toutes les créatures morales y compris les démons, partageront un jour
la grâce du salut, et il ajoute que cette doctrine fut condamnée par le Concile
de Constantinople en 543, après avoir été professée pourtant par Clément
d’Alexandrie, Origène et Grégoire de Nysse. Pour en rester au texte biblique, constatons
que des termes de même racine se trouvent en Mt 17,11 et Hb 13,19, dans le
dernier cas avec un sens affaibli et banal ; et constatons encore que Luc
présente la doctrine en question comme annoncée par les prophètes.
Restent les thèmes « destiné » et
« gardé au ciel » : le premier est un participe parfait passif
issu là encore d’un verbe rare qui signifie « avoir à portée de la main,
choisir », on le retrouve en 22,14 et 26,16 (traduit successivement dans
la B.J. par destiner et établir), autrement dit dans des discours ; le
deuxième est un verbe beaucoup plus usuel dans le NT, et qui signifie
« accueillir, recevoir, prendre, accepter ».
Force est de reconnaître que nous sommes là en
présence de pensées très singulières, avec un vocabulaire qui, s’il se retrouve
quelque peu en 17,30-31, n’est pas vraiment celui de Luc, nombreux auteurs à
l’appui, ne suit pas cette façon de voir.]] : il est plutôt celui de la
première communauté chrétienne (cf. 1 Th 1,9-10), dans laquelle l’attente du
retour du Messie était vive (selon J. Dupont qui cite 1 Co 11,26 ;
16,22 ; Lc 22,15-18 ; mais C. H. Dodd doute de la vivacité de cette
attente [6]). Comme on sait
toutefois que l’auteur prend soin de composer ses discours avec des thèmes que
leurs auteurs supposés auraient pu employer, on peut légitimement se demander
si la christologie ici présentée ne serait pas celle de Pierre : Cullmann,
à partir de 3,13.24.26 et 4,25.27.30, autrement dit de la christologie dite du
« Serviteur de Dieu » et des échos qu’elle trouve en 1 P 2,21-25, le
pense.
6 - Vie de la première
communauté chrétienne (1re
partie)
Voici les trois textes qui vont être
présentés :
|
Actes 2 |
|
|
| v. 42 Ils se montraient assidus
-
à l’enseignement des apôtres,
-
fidèles à la communion fraternelle,
-
à la fraction du pain et
-
aux prières.
v. 43 La crainte s’emparait de tous les
esprits : nombreux étaient les prodiges et signes accomplis par les apôtres.
v. 44 Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ;
v. 45 ils vendaient leurs propriétés et leurs biens
et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun.
v. 46 Jour après jour, d’un seul cœur, ils
fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons,
prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur.
v. 47 Ils louaient Dieu et avaient la faveur de
tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés.
Actes 4
| v. 32 La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui
lui appartenait, mais entre eux tout était commun.
v. 33 Avec beaucoup de puissance, les apôtres
rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient
tous d’une grande faveur.
v. 34 Aussi parmi eux nul n’était dans le
besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les
vendaient, apportaient le prix de la vente
v. 35 et le déposaient aux pieds des apôtres. On
distribuait alors à chacun suivant ses besoins.
Actes 5
v. 12 par les mains des apôtres il se faisait de
nombreux signes et prodiges parmi le peuple... Ils se tenaient tous d’un commun accord sous le portique de Salomon,
v. 13 et personne d’autre n’osait se joindre à eux,
mais le peuple célébrait leurs louanges.
v. 14 Des croyants de plus en plus nombreux
s’adjoignaient au Seigneur, une multitude d’hommes et de femmes...
v. 15 à tel point qu’on allait jusqu’à transporter
les malades dans les rues et les déposer là sur des lits et des grabats, afin
que tout au moins l’ombre de Pierre, à son passage, couvrît l’un d’eux.
v. 16 La multitude accourait même des villes
voisines de Jérusalem, apportant des malades et des gens possédés par des
esprits impurs et tous étaient guéris.
Ces récits des Actes sont ce que l’on appelle
traditionnellement des sommaires, autrement dit des résumés : ils
reprennent quelques-unes des grandes idées que l’évangéliste développe dans le
reste de son œuvre. On peut par exemple noter l’idée de communion, d’unité,
dont on a déjà vu qu’elle était essentielle pour Luc et qui apparaît au fil des
deux premiers passages : « communion fraternelle », « tout
en commun », « un cœur et une âme », « ils jouissaient tous
d’une grande faveur ». Parler de sommaires ou de résumés, c’est bien sûr
dire aussi que ces petits récits ont une allure stéréotypée, qu’ils décrivent
un idéal plus qu’une réalité, bref qu’ils ne sont pas la description de la
communauté de Jérusalem, mais plutôt celle du ciel...
Arrêtons-nous maintenant sur chacun d’eux en notant
particulièrement leurs différences, autrement dit leur tonalité propre.
1. Actes 2,42- 47
Le premier de nos récits définit en quelque sorte
l’engagement du chrétien, selon quatre axes : enseignement, communion
fraternelle, fraction du pain (eucharistie), prières. On peut se demander si
ces quatre points ne forment pas les différents accents des rassemblements
chrétiens de l’époque, comme c’est encore plus ou moins le cas aujourd’hui dans
nos assemblées dominicales. Mais J. Dupont consacre un article au terme de
« communion » ou koinônia, et on peut en retirer les éléments
suivants :
Dans le contexte, le terme peut renvoyer à la
communion eucharistique, à la communion hiérarchique, au partage des biens, à
la communion des esprits.
Les emplois de koinos en 2,44 et 4,32
laissent entendre que « les chrétiens restent légalement propriétaires de
ce qui leur appartient, mais, au lieu de le traiter comme possession privée,
ils le mettent à la disposition de tous ».
Cette mise à disposition est exprimée en des termes
qui rappellent l’idéal de l’amitié grecque : cf. proverbe de Pythagore :
« entre amis, tout est commun », ou bien « entre amis, rien
n’appartient en propre », ou bien « ils forment une seule âme ».
Mais s’ils réalisent cet idéal d’amitié, c’est
« en tant que croyants », une appellation qui revient dans les trois
sommaires.
À propos de ce même idéal d’amitié et de son
traitement par Luc, un commentateur des Actes, R.J. Dillon, fait la remarque
suivante : « Le langage de Luc fait écho au proverbe grec à propos
des amis (Platon, République, 4,424a ; 5,449c), que Luc réinterprète
typiquement au moyen de l’exclusion biblique de la pauvreté en Israël (v. 34a =
Dt 15,4) ».
La traduction ci-dessus présentée est trompeuse :
elle suggère l’existence de deux verbes, être assidu et être fidèle, pour
gouverner nos quatre axes ; la réalité est qu’il n’y a qu’un seul verbe,
proskartêreô, qu’on traduit par se consacrer, s’attacher à, avec tout à la fois
l’idée d’une intensité et d’une continuité. C’est ce même verbe qu’on retrouve
en 1,14 ou 2,46 ou 6,4. On pourrait traduire par « se donner tout
entier », en l’occurrence à la communauté. C’est sans doute à la lumière
de cet engagement que peut s’apprécier la faute d’Ananie et de Saphire qui ont
retenu quelque chose d’eux-mêmes. Les quatre axes seront repris et développés
dans les versets qui vont suivre.
Aussitôt après avoir présenté la communauté, Luc
définit son environnement, hésitant entre l’étonnement et l’hostilité. Les
« prodiges et les signes » sont une expression classique chez Luc, du
moins dans les Actes, et presque stéréotypée dans le NT : Ac 2,19 ;
4,30 ; 5,12 ; 6,8 ; 7,36 ; 14,3 ; 15,12 et une fois en
Matthieu (24,24), Marc (13,22) et Jean (4,48). L’étude des passages lucaniens
montre que l’expression est exclusivement réservée chez lui à ceux qui jouent
un rôle majeur dans les Actes, les apôtres, Paul et Barnabé, et même Moïse,
bref les envoyés de Dieu, que Dieu accrédite précisément par ces « signes
et prodiges » ; cet usage rejoint celui des évangélistes. Ces
prodiges et signes manifestent à leur manière l’irruption des derniers temps.
On comprend alors la crainte : c’est celle que l’on peut ressentir devant
l’action de Dieu.
À partir du verset 44, Luc revient sur la
« communion fraternelle, qui s’exprime dans le partage des biens. Ou
plutôt dans la justice : » de chacun selon ses moyens, à chacun selon
ses nécessités « . On peut se demander jusqu’où allait la vente des
propriétés et des biens, car il ne s’agissait pas alors, comme cela se fera
plus tard avec un Antoine, de partir s’installer au désert : Ananie et
Saphire ne vendront » qu’une " propriété, Luc laissant supposer
qu’ils avaient d’autres biens ; auquel cas la vente ne concernait alors
que le superflu. Ou bien, il n’y avait pas tant de ventes, mais surtout une
mise en commun. C’est ce que laisse effectivement entendre le verset 46, où il
est toujours fait mention des maisons de chacun.
À partir de ce verset 46, Luc revient sur la prière
assidue et la fraction du pain : la première a lieu au Temple, la deuxième
à la maison. Les apôtres n’ont pas rompu avec le Temple, à la manière des
Esséniens : dans les chapitres qui vont suivre, on les y retrouve
volontiers ; ils y sont pour la prière de la neuvième heure (3,1). Cette
rupture n’interviendra que plus tard, en partie du fait de l’entrée en scène
dans la communauté chrétienne des païens et de la formation d’une chrétienté
ailleurs qu’à Jérusalem - le discours d’Étienne, très critique vis-à-vis du
Temple, sera significatif de cette évolution-, en partie à la suite de la
révolte juive à laquelle les chrétiens ont refusé de prendre part.
La fraction du pain a un caractère
domestique : ce sera encore le cas à Troas, en Ac 20,8. Ce seul fait
invalide la prétention de Luc pour lequel la prédication de Pierre a provoqué
trois mille baptêmes : on ne pouvait réunir une telle foule dans une
maison ... Luc est sans doute plus près de la vérité dans sa conclusion du
verset 47 : le Seigneur adjoint « ceux qui seraient sauvés ». Il
le fait epi to auto, un terme qui peut être traduit de diverses
manières : pour la Bible de Jérusalem, il faut entendre « à la
communauté » ; J. Dupont commente : « les croyants ont
conscience de constituer une réalité unique, un yahad, assemblée ou communauté,
à laquelle le Seigneur adjoint quotidiennement de nouveaux membres ».
Allégresse et simplicité (ou humilité) caractérisent cette célébration :
ce sont encore des signes eschatologiques.
2-
Actes 4, 32-35
Le deuxième sommaire reprend le thème de la
communion fraternelle ; il ajoute le thème du salut, en évoquant les
guérisons. Les croyants sont maintenant une multitude, mais leur unité reste
parfaite : ils sont totalement dépossédés d’eux-mêmes, n’ayant qu’un cœur
et qu’une âme. La mention du cœur se surajoute à l’idéal d’amitié, et a sans
doute une origine biblique. Le thème paulinien des croyants formant l’unique
corps du Christ n’est peut-être pas loin de la pensée de Luc. En 2,47, il nous
a déjà été dit que les croyants louaient Dieu et avaient la faveur de tout le
peuple ; ce sont maintenant les apôtres, « à cause du témoignage
rendu avec puissance à la résurrection du Seigneur » : il faut sans
doute comprendre, du fait de la mention de puissance, « à cause des
guérisons effectuées ». Autrement dit, nous ne sommes pas loin des
« signes et des prodiges » de Ac 2,43, qui déclenchaient pourtant de
la crainte.
Les versets 34-35 déterminent le processus de mise
en commun : vente, dépôt aux pieds des apôtres, répartition vers les plus
nécessiteux. Il est clair à nouveau que ce qui est vendu représente le
superflu. Il est non moins clair que, quoi qu’en laisse penser Luc, ce
processus ne fonctionnera jamais adéquatement : comme le montrent non
seulement l’affaire Ananie et Saphire, mais aussi celle des veuves de langue
grecque au chapitre 6, où apparaissent des nécessiteuses, les veuves de langue
grecque.
L’absence d’indigents est le signe qui manifeste la
bénédiction de Dieu, telle qu’annoncée en Dt 15,6 : elle montre que cette
communauté réalise les promesses contenues dans l’Écriture.
3. Actes 5,12-16
Ce sommaire reprend bien des points qui ont déjà
été abordés : les signes et les prodiges accomplis par les apôtres, le
peuple qui célèbre les louanges, la croissance de la communauté… Avec
l’ambiguïté nettement marquée de cette louange : « personne d’autre
n’osait se joindre à eux ». Enthousiasme et circonspection : ce sont
les deux sentiments qui animaient la foule aux débuts du ministère de Jésus, et
ce sont les sentiments classiques de toute foule confrontée à des phénomènes
étonnants.
L’accent du passage porte nettement sur les œuvres
de guérison : la mention de la prière au Temple apparaît d’ailleurs comme
une incise dans les récits de guérison ; les traducteurs l’ont marquée par
les points de suspension de la fin du verset 14.
On remarquera l’apparente contradiction des versets
13-14 : personne n’osait se joindre à eux d’une part, mais des croyants de
plus en plus nombreux s’adjoignaient au Seigneur d’autre part. Apparente, parce
qu’elle rejoint ce qui a déjà été dit des réactions ambiguës de la foule.C’est
l’ombre de Pierre qui guérit, comme le manteau de Jésus (Mc 6,55-56) ou les
mouchoirs de Paul (19,11-12) : c’était déjà lui qui accomplissait des
miracles (3,1-11 ; 5,1-11). Les guérisons n’ont rien de magique si l’on
tient compte du début du verset 15 qui relie le thème à la foi des croyants.
Pierre est la figure prééminente de la première partie des Actes, jusqu’à ce
qu’entre en scène Paul. Mais le succès de sa prédication, ce pouvoir de
guérison, ont sans doute aux yeux de Luc une fonction : celle de
manifester en lui un « autre Christ », comme ce sera aussi le cas
d’Étienne, mais pour d’autres raisons. Luc décrit un mouvement dans les Actes,
qui va de l’approbation incertaine au rejet, et qui est très proche de celui
qu’a connu Jésus dans son propre ministère : ce mouvement, les apôtres le
connaissent à leur tour.