L'évangile de Jean

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L'EVANGILE de JEAN et l'APOCALYPSE  :. 3

Plan septénaire de l'évangile de Jean.. 4

Plan septénaire de l'Apocalypse.. 6

REDACTION de l'EVANGILE de JEAN.. 8

Le procédé de l' INCLUSION.. 8

Le PROLOGUE de l'Evangile de JEAN ( Jean 1, 1-18 ). 9

CANA.. 11

PAUSANIAS. 11

A propos des NOCES de CANA.. 12

Cana.. 13

L'Evangile de JEAN - CANA.. 19

L' ENTRETIEN AVEC LA SAMARITAINE.. 21

JEAN 4. 21

Actes 8, 1-25 : La SAMARIE.. 22

SAINT AUGUSTIN.. 24

ANALYSE du TEXTE de JEAN 4. 25

La sixième heure. 25

La Samaritaine. 25

Le puits de Jacob. 25

Les cinq maris :. 28

l'Eau vive. 28

L'heure vient :. 29

La nourriture de Jésus. 29

Adoration de Dieu. 30

Semeur et moissonneur. 30

Parole et Foi 30

Une Homélie : CROIRE pour VOIR.. 31

LE "DISCOURS SUR LE PAIN DE VIE". 38

1 - LA VIE ETERNELLE PAR LA FOI AU FILS DE DIEU.. 38

ou LE FILS IMAGE DU PERE.. 38

2 - LA VIE ETERNELLE PAR LA CHAIR ET LE SANG.. 39

ou LE FILS PAIN DE DIEU.. 39

L'Histoire de (LAZARE) (MARTHE). 40

QUESTIONS et INVRAISEMBLANCES. 40

INTRODUCTION.. 41

SYMBOLISME des NOMS. 41

L'Histoire de (LAZARE) (MARTHE). 42

NOTES sur le RECIT de (LAZARE) (MARTHE) (Jean 11). 45

STRUCTURE du RECIT de l'Histoire de (LAZARE) (MARTHE). 47

La MARCHE vers (le) (la) MORT.. 47

Du SAVOIR au CROIRE – du CROIRE au VOIR.. 48

PROGRAMMATION d'une MORT.. 48

SAINT AUGUSTIN QUARANTE-NEUVIÈME TRAITÉ: (Chap. XI, 1-54.). 50

LAZAROS.. 52

INTRODUCTION.. 54

1- JEAN et les SYNOPTIQUES. 54

2- L'EMEUTE de la PAQUE à JERUSALEM... 54

3- Pourquoi JUDAS ?. 55

COMMENTAIRE du  RECIT de la PASSION dans l'EVANGILE de JEAN... 57

SCHEMA ACTANTIEL.. 63

LES RECITS de la PASSION.. 67

La PASSION : DIFFERENCES entre les REDACTEURS. 67

La PASSION dans les quatre RECITS évangéliques. 69

ANNEXE.. 80

LE "DISCOURS SUR LE PAIN DE VIE" 80

1 - LA VIE ETERNELLE PAR LA FOI AU FILS DE DIEU.. 80

ou LE FILS IMAGE DU PERE. 80

2 - LA VIE ETERNELLE PAR LA CHAIR ET LE SANG.. 81

ou LE FILS PAIN DE DIEU.. 81

QUI ES-TU ? ... JE SUIS... 82

ILS  CRURENT.. 83

 


QUESTIONS PREALABLES

 

De qui est-il question dans cet Evangile?

 

 

 

Excepté le chapitre 21 qui est  postérieur à tous les autres, les acteurs dominants de cet évangile ne sont pas ceux des évangiles synoptiques. Pour Jean, les proches de Jésus vont et viennent, les femmes autant que les hommes, et si certains ont une place privilégiée, ce sont ceux qui, amis du Maître, intuitivement et affectivement le comprennent le mieux et sont en plus grande proximité de cœur.

Les plus proches de Jésus sont

-39              le disciple que Jésus aimait (Jean ou un autre),

-40              Marie de Magdala,

-41              Thomas, (le jumeau …)

Les spécialistes s'accordent à reconnaître que le quatrième évangile et le gnosticisme chrétien ont tous les deux leur origine dans la région d'Ephèse. Des traditions, il est vrai moins fiables, veulent que le disciple Jean se soit retiré à Ephèse, mais aussi Marie, mère de Jésus, et Marie de Magdala.

 

De qui n'y est-il pas question?

 

D'abord, il ne s'y trouve nulle trace de l'institution d'un cercle privilégié de douze autour de Jésus.

Les plus proches n'y sont pas Pierre et Marie, mère de Jésus.

 

De quoi est-il question dans cet Evangile ?

 

• Cet évangile parle de nouvelle naissance

• On nous y parle de vie éternelle, comme d'une vie qui est déjà donnée. Elle concerne le  présent et le futur.

• On nous y parle des disciples de Jésus, des Douze, mais pas d'apôtres

• De même, nulle part la place de l'amour ou de l'éthique n'est aussi fortement attestée que dans les chapitres 13 et 15 de cet évangile.

• Jean est le seul à décrire le "lavement des pieds".

 

De quoi n'y est-il pas question?

 

Jean ne parle pas de repentance ou de conversion.

Il ne parle pas non plus de Royaume de Dieu.

On ne trouve pas davantage dans son évangile le terme d'église.

Les trois autres récits évangéliques décrivent le dernier repas de Jésus. Jean n'en parle pas : il a, en revanche, un long discours sur le "pain de vie".

 

Quelle forme de genre littéraire trouve-t-on dans les trois autres Evangiles que nous ne trouvons pas dans l'Evangile de JEAN ?

 

Les trois autres récits évangéliques se veulent narratifs, suivant une chronologie propre à chacun des auteurs.

De même ils sont fondés sur le mode parabolique, qui se suffit à lui-même : les auditeurs (lecteurs) découvrent eux-mêmes l'enseignement contenu dans la parabole.

Quelle forme de genre littéraire ne trouve-t-on pas dans les trois autres Evangiles que nous trouvons dans l'Evangile de JEAN ?

 

Cet évangile ne se veut nullement narratif. La plupart des chapitres commencent par une guérison, un événement ou une parabole qui tient lieu d'introït à un enseignement du Maître.

Le style de cet évangile est toujours symbolique ou parabolique. Ses propos ont toujours plusieurs niveaux de compréhension. Il est résolument mystique puisqu'il invite à des niveaux progressifs de spiritualité. Le mode d'expression est hellénistique et gnostique. Les termes y sont  suggestifs plus que descriptifs. La langue est duelle :

-42 le monde d'en haut s'oppose au monde d'en bas,

-43 la lumière aux ténèbres,

-44 la chair à l'esprit,

-45 Dieu au Prince de ce monde.

 

Dans quel but JEAN a-t-il écrit son Evangile ?

 

Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d'autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre.  Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom.

(Jn  20, 30-31)

L'EVANGILE de JEAN et l'APOCALYPSE  :

Deux plans septénaires d'après un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

Plan septénaire de l'évangile de Jean

 

Sept semaines (esquissées) de sept jours (sept tend vers huit).

Ce plan s'inspire de celui suggéré par la Bible de Jérusalem, tout en le modifiant et le complétant.

 

Sommaire

1 -- Prologue: 1,1-18

2 -- I. Semaine inaugurale: 1,19 --- 2,12

3 -- II. 1ère Pâque à Jérusalem: 2,13 --- 4,54

4 -- III. 2e Fête à Jérusalem: 5,1-47

5 -- IV. Pâque du Pain de Vie: 6,1-71

6 -- V. Fête des Tentes à Jérusalem: 7,1 --- 10,21

7 -- VI. Fête de la Dédicace à Jérusalem: 10,22 --- 11,54

8 -- VII. Dernière Pâque à Jérusalem: 11,55 --- 20,31

9 -- Appendice: 21,1-25

10 -- Nota bene

 

 [Prologue: 1,1-18  : Le Logos

 

[I. Semaine inaugurale: 1,19 --- 2,12 : Choix des premiers disciples.

(Miracle de l'eau changée en vin, à Cana)

 

1.jour: 1,19-28

2.jour: 1,29-34

3.jour: 1,35-39

4.jour: 1,40-42

5.jour: 1,43-51

6.7.jr.: 2,1-12

 

II. 1ère Pâque à Jérusalem: 2,13 --- 4,54 ; Il faut renaître d'eau et d'Esprit.

(Guérison, à Cana, du fils d'un fonctionnaire royal)

 

1.jour: 2,13-25

2.jour: 3,1-21

3.jour: 3,22 --- 4,3

4.jour: 4,4-40a

5.6.jr.: 4,40b-42

7.jour: 4,43-50

8.jour: 4,51-54

 

III. 2e Fête à Jérusalem: 5,1-47  Le témoignage du Père.; (Guérison d'un infirme à la piscine de Bézatha)

 

1.jour: 5,1-47

 

IV. Pâque du Pain de Vie: 6,1-71  : Je suis le Pain de Vie. (Miracle de la multiplication des pains, suivi de la marche sur les eaux)

 

1.jour: 6,1-21

2.jour: 6,22-71

[

V. Fête des Tentes à Jérusalem: 7,1 --- 10,21  Je suis la lumière du monde. (Guérison d'un aveugle-né)

 

1.jour: 7,1-9

2.jour: 7,10-13

4.jour: 7,14-36

7.jour: 7,37 --- 8,1

8.jour: 8,2 --- 10,21

 

VI. Fête de la Dédicace à Jérusalem: 10,22 --- 11,54 Je suis la Résurrection et la Vie.

(Résurrection de Lazare

 

1.jour:10,22-39

2.3.4j:10,40-42

5.6..jr:11,1-16

7.jour:11,17-46

8.jour:11,45-54

 

VII. Dernière Pâque à Jérusalem: 11,55 --- 20,31 Aimez-vous comme je vous ai aimés.

(Résurrection du Christ)

 

1.jour:12,1-11

2.jour:12,12-50

3.jour:13,1 --- 17,26

4.jour:18,1 --- 19,3

5.jour:19,4-16a

6.7..jr:19,16b-42

8.jour:20,1-25

15. jr:20,26-29

 

Appendice: 21,1-25

Choix de Pierre comme berger.

(Pêche miraculeuse)

1.jour: 21,1-25

 

Nota bene :

Comme l'écrivait la Bible de Jérusalem dans son édition originale (1956), pour établir le plan du IVe évangile: "Le mieux est de se laisser guider par les indications les plus nettes données par l'évangile lui-même. D'une part, il est clair qu'il insiste sur l'importance des fêtes liturgiques juives."

C'est ce qui est fait ici scrupuleusement (peut-être un peu trop systématiquement?).

Mais bien des exégètes, par ailleurs, ont souligné l'importance des journées dans le IVe évangile. C'est ce qui ressort ici avec une particulière évidence.

D'autre part il semble bien que dans l'évangile de Jean il y ait seulement sept semaines ou fêtes juives, comme il y a sept miracles (un, justement, par semaine ou fête) dans le corps de l'évangile (plus un pour l'appendice ajouté après coup).

Comme l'Apocalypse, cet évangile est bâti sur un plan volontairement septénaire correspondant, comme on vient de le dire, aux fêtes liturgiques juives.

 


Plan septénaire de l'Apocalypse

 

 

Prologue (1,1-3)

 

Partie 1 : Les sept lettres aux sept Églises. (1,4 à 3,22)

Adresse. (1,4-8) (Jean aux sept Églises)

Vision liminaire. (1,9-20) (Moi, Jean)

 

1.Lettre à l'Église d'Éphèse. (2,1-7) (à l'ange)

2.Lettre à l'Église de Smyrne. (2,8-11) (à l'ange)

3.Lettre à l'Église de Pergame. (2,12-17) (à l'ange)

4.Lettre à l'Église de Thyatire. (2,18-29) (à l'ange)

5.Lettre à l'Église de Sardes. (3,1-6) (à l'ange)

6.Lettre à l'Église de Philadelphie. (3,7-13) (à l'ange)

7.Lettre à l'Église de Laodicée. (3,14-22) (à l'ange)

 

Partie 2 : Les sept sceaux. (4,1 à 8,1)

Vision liminaire. (4,1 à 5,14) (Après cela, je vis)

1.Le premier sceau. (6,1-2) (premier)

2.Le deuxième sceau. (6,3-4) (deuxième)

3.Le troisième sceau. (6,5-6) (troisième)

4.Le quatrième sceau. (6,7-8) (quatrième)

5.Le cinquième sceau. (6,9-11) (cinquième)

6.Le sixième sceau. (6,12-17) (sixième)

Vision intermédiaire. (7,1-17) (après cela je vis)

7.Le septième sceau. (8,1) (septième)

 

Partie 3 : Les sept trompettes. (8,2 à 11,19)

Vision liminaire. (8,2-5) (Et je vis)

1.La première trompette. (8,6-7) (première)

2.La deuxième trompette. (8,8-9) (deuxième)

3.La troisième trompette. (8,10-11) (troisième)

4.La quatrième trompette. (8,12-13) (quatrième)

5.La cinquième trompette et le 1er malheur. (9,1-12) (cinquième)

6.La sixième trompette et le 2e malheur. (9,13-21) (sixième)

Excursus 1: Les sept tonnerres. (10,1-7) (et je vis)

Excursus 2: Le petit livre. (10,8-11) (et la voix)

Excursus 3: Les deux témoins. (11,1-14) (et il me fut donné)

7.La septième trompette et le 3e malheur. (11,15-19) (septième)

 

Partie 4 : Sept visions de la Femme et de son combat avec le Dragon. (12,1 à 14,20)

1.Vision de la Femme. (12,1-2) (Et un grand signe apparut)

2.Vision du Dragon. (12,3-17) (et apparut)

3.Vision de la Bête. (12,18 à 13,10) (et je vis)

4.Vision de l'autre Bête. (13,11-18) (et je vis)

5.Vision de l'Agneau. (14,1-5) (et je vis)

6.Vision des trois anges. (14,6-13) (et je vis)

7.Vision du Fils de l'homme et la moisson par trois autres anges. (14,14-20) (et je vis)

 

Partie 5 : Les sept fléaux des sept coupes. (15,1 à 16,21)

Vision liminaire. (15,1-8) (Et je vis)

1.La première coupe. (16,1-2) (première)

2.La deuxième coupe. (16,3) (deuxième)

3.La troisième coupe. (16,4-7) (troisième)

4.La quatrième coupe. (16,8-9) (quatrième)

5.La cinquième coupe. (16,10-11) (cinquième)

6.La sixième coupe. (16,12-16) (sixième)

7.La septième coupe. (16,17-21) (septième)

 

Partie 6 : Sept tableaux sur le châtiment de Rome. (17,1 à 19,10)

1.Vision de Rome. (17,1-18) (Et je vis)

2.Vision de l'ange annonçant la chute de Rome. (18,1-3) (après cela, je vis)

3.Recommandations au peuple de Dieu dans Rome. (18,4-8) (et j'entendis une autre voix)

4.Lamentations sur Rome. (18,9-19) (et ils pleureront)

5.Allégresse dans le ciel. (18,20) (réjouis-toi)

6.Chute de Rome. (18,21-24) (et il prit)

7.Triomphe au ciel. (19,1-10) (après cela, j'entendis)

 

Partie 7 : Sept visions finales de l'avenir. (19,11 à 22,5)

1.Vision du ciel ouvert et du Verbe de Dieu. (19,11-16) (Et je vis)

2.Vision de l'ange exterminateur. (19,17-18) (et je vis)

3.Vision de la Bête et de sa défaite. (19,19-21) (et je vis)

4.Vision du règne de mille ans. (20,1-3) (et je vis)

5.Vision de la 1ère résurrection. Le second et dernier combat eschatologique. (20,4-10) (et je vis)

6.Vision du jugement des nations. (20,11-15) (et je vis)

7.Vision de la Jérusalem céleste. (21,1 à 22,5) (et je vis)

(dans les siècles des siècles)

 

Épilogue (22,6-21) Recommandations finales. (22,6-21) (Et il me dit)

 

D'après cette pensée :

L'Apocalypse aurait été écrite à l'apogée du principat de Néron (cf. Ap 13,18: 666 = César Néron et Ap 17,10: Néron le sixième César ou empereur), vers 66-67.

Le chapitre 10 serait une anticipation du IVe évangile. Les sept tonnerres (ou révélations) représentent alors les sept futurs chapitres de ce petit livre, médité mais non encore confié à l'écriture. Voir aussi le Plan septénaire de l'évangile de Jean.

Le chapitre 11 (v. 1 à 13) ferait référence au martyre récent des apôtres Pierre et Paul.

L'Apocalypse n'évoquerait pas la fin du monde seulement, mais dans un langage symbolique toute l'histoire humaine: le présent: 1,9 à 3,22; le passé (éloigné ou immédiat): 4,1 à 13,18; le futur (proche ou lointain): 14,1 à 22,5.

La conclusion de cette thèse, c'est que l'Apocalypse est une prophétie contre Rome et l'empire romain persécuteur, en faveur de l’Église de l'Agneau et des douze apôtres, destinée à le supplanter.

 


REDACTION de l'EVANGILE de JEAN

(M.E BOISMARD – L'Evangile de Jean – tome 3)

 

 

 

 

 

L'évangile de Jean se serait développé en quatre étapes successives, mais  à l'intérieur d'une même «école johannique».

 

1- La rédaction la plus ancienne (Jean I) constituait déjà un évangile complet allant du ministère du Baptiste jusqu'aux récits   d'apparition  du   Christ  ressuscité.   Il   ne  comportait aucun des grands «discours» de Jésus et ne racontait que cinq miracles, ou «signes»,  accomplis par  Jésus. Écrit en Palestine, il était fortement influencé par la pensée samaritaine. Utilisé par Luc et, dans une moindre mesure, par Marc, il corres­pond à ce que nous avons appelé le Document C dans le tome II de la Synopse ; c'est sous ce nom que nous continuerons à l'appeler (et non sous celui de Jean I).

 

2- Ce Document fut repris et amplifié par un auteur que nous nommerons Jean II et qui composa sa première rédaction évangélique (Jean II-A) également en Palestine. Il conserva l'ordre des actions  du Document C,  mais y ajouta,  entre autres :  le récit  de la vocation  d'André  et  de Pierre,  deux  miracles repris  de  la tradition  synoptique,   quelques  «discours»  de Jésus.

 

3- Étant venu s'établir en Asie Mineure, probablement à Éphèse, ce Jean II se trouva confronté à des problèmes nouveaux, spécialement à l'hostilité de certains milieux judéo-chrétiens, comme l'avait été Paul. Il résolut donc d'écrire une deuxième rédaction évangélique (Jean II-B). Il reprit, en les transformant ou en les glosant, les matériaux de sa première rédaction et y ajouta des matériaux en provenance des évangiles synoptiques. C'est lui qui introduisit le cadre ces fêtes juives dans lequel se déroule la vie de Jésus, donnant la primauté à la fête de Pâque au détriment de celle des Tentes, la seule qui était mentionnée dans le Document C ; il fut alors forcé  de bouleverser  dans  une  assez large  mesure l'ordre les sections en provenance de Jean II-A (et donc aussi du Document C). Dans cette nouvelle rédaction, Jean II subit l'influence des lettres de Paul, des écrits de Luc (évangile et Actes), des textes de Qumrân ; la parenté avec les épîtres johanniques est évidente.

 

4- Un troisième auteur (Jean III) inséra dans le texte de Jean II-B les passages parallèles du texte de Jean II-A et quelques logia en provenance d'un recueil johannique. C'est lui qui inversa l'ordre des chapitres 5 et 6. Il introduisit un certain nombre de gloses dont certaines eurent pour but de reprendre l'eschatologie héritée de Daniel. Il   s'efforça   d'atténuer   les   tendances   anti-judaïsantes   de Jean  II-A   et  surtout  de  Jean  II-B.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le procédé de l' INCLUSION

 

 

Nous étions partis au lever du jour, pour nous éviter le poids de la chaleur et l'intensité de la circulation. Car nous devions emprunter les voies à grande circulation, afin de pas faire de trop longs détours à travers champs et forêts. Nos sacs pesaient lourd, mais nous étions enfin en vacances, et en ce temps-là nous étions jeunes. La jeunesse en effet n'a peur de rien. A chacune des périodes de vacances, les petites comme les grandes, nous partions ainsi pour découvrir la nature et nous retrouver entre copains. Ce jour-là, la marche sur la route fut assez pénible, mais les propos échangés et la bonne humeur qui régnait dans notre groupe nous le firent oublier. Il nous arriva même, pour le simple plaisir, de bifurquer sur un sentier de grande randonnée. Lorsque nous arrivâmes, fourbus mais contents, midi rayonnait.

 

 

 

 

I- Nous étions partis au lever du jour, pour nous éviter le poids de la chaleur et l'intensité de la circulation. 2- Car nous devions emprunter les voies à grande circulation, afin de pas faire de trop longs détours à travers champs et forêts. 3- Nos sacs pesaient lourd, mais nous étions enfin en vacances, et en ce temps-là nous étions jeunes. 4- La jeunesse en effet n'a peur de rien. 5- A chacune des périodes de vacances, les petites comme les grandes, nous partions ainsi pour découvrir la nature et nous retrouver entre copains. 6- Ce jour-là, la marche sur la route fut assez pénible, mais les propos échangés et la bonne humeur qui règnait dans notre groupe nous le firent oublier. Il nous arriva même, pour le simple plaisir, de bifurquer sur un sentier de grande randonnée. 7- Lorsque nous arrivâmes, fourbus mais contents, midi rayonnait.

 

 

 

 

I- Nous étions partis au lever du jour, pour nous éviter le poids de la chaleur et l'intensité de la circulation

2- Car nous devions emprunter les voies à grande circulation, afin de pas faire de trop longs détours à travers champs et forêts

3- Nos sacs pesaient lourd, mais nous étions enfin en vacances, et en ce temps-là nous étions jeunes

 

4- La jeunesse en effet n'a peur de rien.

 

5- A chacune des périodes de vacances, les petites comme les grandes, nous partions ainsi pour découvrir la nature et nous retrouver entre copains

 

6- Ce jour-là, la marche sur la route fut assez pénible, mais les propos échangés et la bonne humeur qui régnait dans notre groupe nous le firent oublier. Il nous arriva même, pour le simple plaisir, de bifurquer sur un sentier de grande randonnée

 

7 - Lorsque nous arrivâmes, fourbus mais contents, midi rayonnait

Le PROLOGUE de l'Evangile de JEAN ( Jean 1, 1-18 )

 

 

ν ρχ ν λγος,

κα λγος ν πρς τν θεν,

κα θες ν λγος.

οτος ν ν ρχ πρς τν θεν.

1

 

 

 

2

Au commencement était la Parole,

et la Parole était avec Dieu,

et la Parole était Dieu

Elle était au commencement avec Dieu.

πντα δι’ ατο γνετο,

κα χωρς ατο γνετο

οδ ν. γγονεν

3

Toutes choses ont été faites par elle,

et rien de ce qui a été fait

n'a été fait sans elle.

ν ατ ζω ν,

κα ζω ν τ φς τν νθρπων·

κα τ φς ν τ σκοτίᾳ φανει,

κα σκοτα ατ ο κατλαβεν.

4

 

 

5

En elle était la vie,

et la vie était la lumière des hommes.

La lumière luit dans les ténèbres,

et les ténèbres ne l'ont point reçue

γνετο νθρωπος πεσταλμνος παρ θεο, νομα ατ ωννης·

6

Il y eut un homme envoyé

de Dieu : son nom était Jean.

οτος λθεν ες μαρτυραν,

να μαρτυρσ περ το φωτς,

να πντες πιστεσωσιν δι’ ατο.

7

Il vint pour servir de témoin,

pour rendre témoignage à la lumière,

afin que tous crussent par lui.

οκ ν κενος τ φς,

λλ’ να μαρτυρσ περ το φωτς.

8

Il n'était pas la lumière,

mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

ν τ φς τ ληθινν,

φωτζει πντα νθρωπον,

ρχμενον ες τν κσμον.

9

Cette lumière était la véritable lumière,

qui, en venant dans le monde,

éclaire tout homme.

ν τ κσμ ν,

κα κσμος δι’ ατο γνετο,

κα κσμος ατν οκ γνω.

10

Elle était dans le monde,

et le monde a été fait par elle,

et le monde ne l'a point connue.

εςτὰἴδιαλθεν

καοἱἴδιοιατνοπαρλαβον

σοιδὲἔλαβονατν

δωκενατοςξουσαντκναθεογενσθαι

τοςπιστεουσινεςτὸὄνομαατο

11

 

 

 

 

 

 

 

12

ο οκ ξ αμτων

οδ κ θελματος σαρκς

οδ κ θελματος νδρς

λλ’ κ θεο γεννθησαν.

13

lesquels sont nés, non du sang,

ni de la volonté de la chair,

ni de la volonté de l'homme,

mais de Dieu.

Κα λγος σρξ γνετο

κα σκνωσεν ν μν,

κα θεασμεθα τν δξαν ατο,

δξαν ς μονογενος παρ πατρς,

πλρης χριτος κα ληθεας.

14

Et la parole a été faite chair,

et elle a habité parmi nous,

pleine de grâce et de vérité ;

et nous avons contemplé sa gloire,

une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.

ωννης μαρτυρε περ ατο

κα κκραγεν λγων,

Οτος ν ν επον,

πσω μου ρχμενος μπροσθν μου γγονεν,

τι πρτς μου ν. 16

15

Jean lui a rendu témoignage,

et s'est écrié :

C'est celui dont j'ai dit :

Celui qui vient après moi m'a précédé,

car il était avant  moi.

τι κ το πληρ17ματος ατο μες πντες λ18βομεν, κα χριν ντ χριτος·

16

Et nous avons tous reçu de sa plénitude,

et grâce pour grâce ;

τι νμος δι Μωϋσως δθη,

χρις κα λθεια δι ησο Χριστο γνετο.

17

car la loi a été donnée par Moïse,

la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

θεν οδες ἑώρακεν πποτε·

μονογενς θες ν ες τν κλπον το πατρς κενος ξηγσατο.

18

Personne n'a jamais vu Dieu ;

le Fils unique, qui est dans le sein du Père,

est celui qui l'a fait connaître

 

 

Le Verbe auprès de Dieu, inconnaissable par nature

 

Au commencement était le Verbe  et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui,et sans lui rien ne fut.

Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie.

 

Apparition de Jean-Baptiste, le révélateur

 

Il y eut un homme envoyé de Dieu. Son nom était Jean.

Il vint pour témoigner, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.

Celui-là n'était pas la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.

 

Le Verbe n'a pas été reconnu par le monde

 

Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme; il venait dans le monde.

Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu.

Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli.

 

 

Mais à tous ceux qui l'ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.

 

 

Le Verbe émerveille ceux qui ont reconnu sa présence

 

Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire,

gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

 

Effacement de Jean-Baptiste devant le Verbe présent

 

Jean lui rend témoignage et il clame: "C'est de lui que j'ai dit: Celui qui vient derrière moi,

le voilà passé devant moi, parce qu'avant moi il était."

 

Jésus-Christ, Verbe de Dieu, nous fait connaître le Père

 

Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce.

Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître.

 

 

 

 

 

 

CANA

 

PAUSANIAS

Périégèse, 6, 26

 

Θατρον δ ρχαον, μεταξ τς γορς κα το

Μηνου τ θατρν τε κα ερν στι Διονσου· τχνη

τ γαλμα Πραξιτλους, θεν δ ν τος μλιστα

Δινυσον σβουσιν ᾿Ηλεοι κα τν θεν σφισιν

πιφοιτν ς τν Θυων τν ορτν λγουσιν.

 

 

πχει μν γε τς πλεως σον τε κτ στδια νθα τν ορτν γουσι Θυα νομζοντες· λβητας δ ριθμν τρες ς οκημα σκομσαντες ο ερες κατατθενται κενος, παρντων κα τν στν κα ξνων, ε τχοιεν πιδημοντες· σφραγδας δ ατο τε ο ερες κα τν λλων σοις ν κατ γνμην τας θραις τοοκματος πιβλλουσιν, ς δ τν πιοσαν τ τε

σημεα πιγνναι πρεστ σφισι κα σελθντες ς τοκημα ερσκουσιν ονου πεπλησμνους τος λβητας. Tατα ᾿Ηλεων τε ο δοκιμτατοι νδρες, σν ατος δ κα ξνοι κατμνυντο χειν κατ τ ερημνα, πεατς γε οκ ς καιρν φικμην τς ορτς· λγουσι δ κα Ανδριοι παρ τος σφσιν ς το Διονσου τν ορτν εν ονον ατματον κ το ερο. <Ε> πιστεειν χρ τατα Ελλησιν, ε ποδχοιτο ν τις τ λγ γε τ ατ κα σα Αθοπες ο πρ Συνης ς το λου τν τρπεζαν λγουσιν.

 

Entre l'Agora et le Ménion, il y a un ancien théâtre et un temple de Dionysos :

 

sa statue est l'oeuvre de Praxitèle. Les Eléens honorent particulièrement Dionysos parmi les dieux et ils affirment que le dieu en personne assiste à la fête des Thyia.

 

Le lieu dans lequel on célèbre les fêtes appelées Thyia est distant de la ville d'à peu près huit stades. Les prêtres apportent dans le bâtiment des vases au nombre de trois et les déposent vides, en présence des citoyens ainsi que d'étrangers s'ils se trouvent en déplacement dans cette contrée ; les portes du bâtiment sont scellées par les prêtres eux-mêmes et par ceux des autres participants qui le veulent. Le lendemain, il est possible d'examiner les sceaux et quand ils rentrent dans le bâtiment ils trouvent les vases remplis de vin. Les plus sages des Eléens et avec eux les étrangers jurent que les choses sont comme elles ont été dites : moi, je ne suis pas venu au moment de la fête. Les habitants d'Andros disent aussi que chaque année le vin coule tout seul du temple lors de la fête de Dionysos. Faut-il faire confiance aux Grecs en cette matière ? On pourrait comparer à cette affirmation ce que les Éthiopiens de la région de Syène disent à propos de la "table du Soleil".(1)

 

Traduction M. Tichit

______

Note :

(1) cf. Pausanias I, 33, 4

 

 

 

 

 

A propos des NOCES de CANA

(essai de décryptage)

 

 

 

 

- Gen 41, 55 : Tout le Pays d'Egypte                                                                                                     

  fut affamé, et le peuple réclama                      

  à grands cris du pain à Pharaon.                   JESUS,nouveau JOSEPH

  A tous les Egyptiens, Pharaon répondit :

  Allez trouver Joseph,

  faites tout ce qu'il vous dira !

 

- Exode 4, 8-9 : Le Seigneur dit :

  S'ils ne croient pas à la vue                             JESUS, nouveai MOISE

  du premier signe,

  ils croiront au second signe.

 

- 1 Rois 17, 7-24 : ... la cruche

  de farine ne tarit pas,                                                 

  et le jarre d'huile ne désemplit pas,                JESUS, nouvel ELIE

  selon la prole que le Seigneur

  avait dite par l'intermédiaire d'Elie.

 

- 2 Rois 4, 1-37 : ... les serviteurs

  lui présentaient les vases                                 JESUS, nouvel ELISEE

  et elle versait. Quand les vases

  furent remplis... l'huile cessa de couler...

 

 

JESUS est le PROPHETE attendu pour la FIN des TEMPS

=  Il est le MESSIE

 

 

 

- NOCES                                  .................................…..  ALLIANCE

- vin                              …………………………………  enseignement

- vin du début              ………………………………  enseignement de  l'Ancienne ALLIANCE

- six jarres                    .........................…………   nombre de l'imparfait (purification imparfaite)

- Heure                         …………............... J ...........Croix et Glorification

- eau de purification    …………............... E ...........BAPTEME   (purification parfaite)

- Femme - Mère          …………............... S ........... EGLISE

- Servants du vin         …………............... U ...........Ministres de la Parole

- vin de la fin  (meilleur qu'au début)........... S ........... nouvelle ALLIANCE ( " en mon Sang " )

 

 

 

                                

Par le BAPTEME en sa mort et sa glorification,

nous avons acces au BANQUET de l'EUCHARISTIE,

signe et anticipation du BANQUET ETERNEL

 

 

 

 

Cana

 

Fr. Jacques MARTIN op
Echange autour d'un texte,

 animé par le frère Jacques Martin

 

TEXTE : Jean II, 1-12

1 Or le troisième jour il y eut une noce à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là.

2 Jésus lui aussi fut invité à la noce ainsi que ses disciples.

3 Or il n'y avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé.

 La mère de Jésus lui dit : "Ils n'ont plus de vin."

4 Mais Jésus lui répondit : "Que me veux-tu, femme ? Mon heure n'est pas encore venue."

5 Sa mère dit aux servants : "Quoi qu'il vous dise, faites-le."

6 Il y avait là six jarres de pierre destinées aux purifications des Juifs ;

elles contenaient chacune de deux à trois mesures.

7 Jésus dit aux servants : "Remplissez d'eau ces jarres" ; et ils les emplirent jusqu'au bord.

8 Jésus leur dit : "Maintenant puisez et portez-en au maître du repas." Ils lui en portèrent

9 et il goûta l'eau devenue vin - il ne savait pas d'où il venait,

à la différence des servants qui avaient puisé l'eau - aussi il s'adresse au marié

10 et lui dit : " Tout le monde offre d'abord le bon vin et, lorsque les convives sont gris,

on fait servir le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant !"

11 Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus.

Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.

12 Après quoi, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples :

mais ils n'y restèrent que peu de jours.
Jean 2

_____

Le récit des "noces de Cana" rapporte-t-il un tour de prestidigitation, un fait-divers merveilleux, à vrai dire peu crédible et dépourvu d'intérêt pour nos existences difficiles ?

 

Les chrétiens auraient-ils inventé cet épisode pour faire pièce aux croyances païennes relatives à la fête de DIONYSOS qui se célébrait jadis le 6 janvier ? On assurait que ce jour-là les fontaines du temple consacré au dieu de l'ivresse laissaient couler du vin au lieu de l'eau habituelle ; et que les jarres vides déposées dans le parvis étaient trouvées le lendemain emplies ras-bord du meilleur cru...

 

Ne serions-nous pas plutôt en présence d'un fonds "poétique" commun à diverses religions, mais qui prendrait dans l'univers biblique judéo-chrétien une signification tout à fait particulière qu'il nous appartiendrait de découvrir ?

 

Plusieurs indices tendent de fait à le montrer :

 

- Dans l'Ancien Testament, le prophète ÉLIE effectue successivement deux prouesses éloquentes en faveur de la veuve de Sarepta (1 R 17,7-24) : la misérable cruche d'huile possédée par cette femme ne se videra pas avant le retour fécondant de la pluie ; et le fils décédé de la veuve sera rendu à sa mère.

 

Élisée, héritier de l'esprit d'Élie, emplit tous les récipients de la maisonnée avec le seul petit flacon d'huile d'une autre veuve, puis il redonne vie à l'enfant unique et tardif de cette Shunamite, mort brusquement d'insolation : Oh ! ma tête ! ma tête ! (2 R 2,9 ; 4,1-37)

 

Jésus, intervenant à Cana, (tout près de Shunem) pour remédier à la pénurie de vin et guérir ensuite le fils du fonctionnaire royal, n'est-il pas présenté comme le nouvel Élie dont le retour en ce monde était impatiemment attendu (Jn 4,46 ; 1,25) ?

 

- Bien mieux, pour surmonter l'incrédulité des Hébreux face à sa mission, MOÏSE reçoit de Dieu le pouvoir d'accomplir trois signes explicitement dénombrés (Ex 4,8), dont le troisième consiste à répandre de l'eau puisée au fleuve Nil et qui se change en sang sur la terre sèche (Ex 4,9).

 

Or Jésus réalise trois signes soigneusement numérotés, dont on peut montrer qu'ils se suivaient sans discontinuité, au début de sa prédication, dans une première version du quatrième évangile (cf Jn 2,11 ; 4,54... et en 21,14 la pêche miraculeuse, liée à l'appel des disciples en Jn 1,35 s. mais actuellement déplacée 1 et située après la résurrection : cf Lc 5,11) ! Le nouveau Moïse ne se fait-il pas reconnaître de la sorte comme l'Envoyé du Dieu vivant ? En effet, les signes sont ici destinés à provoquer la foi (Jn 2,11), alors que dans les synoptiques ils en seront au contraire, le plus souvent, la conséquence (Mt 8 13)...

 

*

Engagés que nous sommes sur la voie d'une lecture "biblique" des noces de Cana, nous devenons attentifs à quelques notations insolites par lesquelles le texte suggère lui-même son interprétation symbolique.

 

- D'abord LE TROISIÈME JOUR. Apportée au v.1, cette précision répartit sur une semaine les événements par lesquels s'inaugure le ministère de Jésus. L'adverbe le lendemain scande la séquence (Jn 1,29.35.43), tandis qu'en Jn 1,39 la mention de la dixième heure et du séjour des disciples du Baptiste auprès de Jésus ce jour-là renvoie au quatrième matin l'appel de Simon (Jn 1,40-42). Il s'agit de manifester, par cette division en sept jours, que la nouvelle création est l'œuvre de la Parole faite chair et qu'elle s'accomplit en Jésus. C'est pourquoi l'évangile débute par l'expression Au commencement (Jn 1,1), tout comme le livre de la Genèse qui répartit en sept journées successives le travail de la création primordiale (Gn 1,1 et 2,2) 2. Si le sixième jour n'est pas mentionné dans notre texte, c'est afin de situer les noces au troisième jour après la promesse à Nathanaël (Jn 1,51 ; cf Gn 28,12-18), en évoquant le thème de la résurrection (Lc 24,7), selon la symbolique du prophète Osée : Après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence (Os 6,2). La création nouvelle prend ainsi, au septième jour, sa forme définitive par la résurrection de Jésus prémices de la résurrection universelle (Gn 2,2).

 

- Ensuite LE THÈME DU VIN. Cette boisson qui réjouit le coeur de l'homme (Ps 104,14) est appelée par la Bible le SANG de la grappe qui fermente (Dt 32,14). Signe de la prospérité du peuple (Dt 7,13), le vin est lié au respect de l'Alliance et à la possession de la Terre promise (Dt 28,51), à la promesse de restauration et de retour d'exil : Ce jour-là, les montagnes dégoutteront de vin nouveau et les collines ruisselleront de lait, annonce le prophète Joël (4,18 ; 2,24 ; cf Is 25,6 ; 55,1 ; Os 14,8). Déjà (et toujours), au livre de la Genèse, les bénédictions de Jacob mourant promettaient à Juda un descendant qui lierait son ânon au cep de vigne, laverait son vêtement dans le vin, son habit dans le sang des raisins, et dont les yeux seraient troublés de vin (Gn 49,11-12, cf Is 63,3).

 

 

 

De fait, dans l'Ancien Testament, le vin symbolise la PAROLE DE DIEU, la révélation faite aux hommes par la Loi de Moïse et par la Sagesse. Ainsi que nous le chantons, la Sagesse en personne, ayant dressé sa table et mélangé son vin, interpelle les gens enfermés dans leurs calculs à courte vue : Venez manger de mon pain et boire le vin que j'ai préparé pour vous ! Quittez votre stupidité (vulgairement : arrêtez votre connerie) et vivez enfin intelligemment ! (Pr 9 6). Vous tous qui avez soif, venez acheter sans argent, recevez gratuitement le vin et le lait... prêtez l'oreille et vous vivrez ! (Is 55,1-3)

 

Le vin (souvent associé au pain et au lait) représente donc l'enseignement que procure la Sagesse de Dieu et que l'homme est invité à "écouter" afin de vivre pleinement.

 

Or Marie déclarera bientôt : Faites tout ce qu'il vous dira, et le premier chapitre de Jean, relatif à l'appel des disciples, est sous-tendu par ce thème de la Sagesse, - qui doit être cherchée et trouvée (Pr 8,17), aux portes de laquelle l'homme est invité à veiller (Pr 8,34), qui convoque les gens à recevoir son enseignement et à se mettre à son école. Jésus y est appelé Maître et demande Qui cherchez-vous ? (Jn 1,38) ; ceux qui le trouvent demeurent chez lui (Jn 1,39, cf Si 6,36 ; Jn 14,1-3). Tout cela revient à indiquer que Jésus est LA SAGESSE INCARNÉE, qui va conduire les disciples jusqu'au banquet où il leur versera le vin nouveau de la Parole de vie. Il faut d'abord voir dans le vin de Cana la révélation apportée par le Christ, Logos fait chair, Sagesse supérieure à celle qu'offrait déjà la Loi juive. LE MANQUE signifie l'absence de prophète, le tarissement de la Parole dans le judaïsme contemporain de Jésus (cf Ps 73,9). Àcette carence, succède l'abondance messianique. Le Logos, dit Philon d'Alexandrie, est " échanson et maître de festin ". Jésus achève et accomplit l'Alliance ancienne. La Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité le sont par Jésus Christ (Jn 1,17). Or si la Loi était bonne, l'Évangile - quoique dispensé à la fin - est encore meilleur (Jn 2,10). Le vin nouveau est ici paradoxalement supérieur au vin vieux. (Mais parce qu'il bouleverse bien des comportements et manières de penser, il n'est pas du goût des adversaires de Jésus qui refusent obstinément de le boire et affirment contre toute évidence (Lc 5,39) : C'est le vieux qui est bon !)

 

*

- LES JARRES destinées aux purifications des Juifs symbolisent bien l'ancienne Alliance et son imperfection. Elles sont en effet au nombre de six, chiffre de l'inaccompli, du manque, de la faiblesse. C'est à la sixième heure que Jésus est fatigué (Jn 4,6), livré à Pilate (Jn 19,14). C'est en son humanité qu'il est vulnérable : la formule Cet homme revient six fois dans l'évangile : Jn 7,46 ; 9,16.24 ; 11,47 ; 18,17.29. En Jn,5 31-47, le manque de foi des Juifs est exprimé par l'utilisation du verbe croire à six reprises (5,38.44.46.46.47.47), alors que le verbe rendre témoignage reviendra sept fois, chiffre parfait (5 31.32.32.33.36.37.39). La vie de Jésus est scandée par six fêtes juives (Jn 2,13 ; 6,4 ; 11,55 ; 12,51 ; 7,2 ; 10,22), auxquelles s'opposeront sept mentions de la Pâque du Christ (11 55 (2) ; 12,1 ; 13,1 ; 18,28.39 ; 19,14) - Les jarres, symbole du manque et de l'inachèvement, doivent donc être sinon remplacées du moins transposées dans une Réalité plénière 3.

 

Remarquons également que les jarres évoquent l'ancienne Alliance sous son aspect cultuel. Si le vin représente la Parole, l'allusion à la purification, par sa résonance liturgique, suggère de surcroît une interprétation sacramentelle (baptême et eucharistie), dans la ligne de Jn 15 et 19,34s, - surtout si l'on se souvient que le quatrième évangile ne comporte pas de récit de la Cène et que le discours eucharistique se situe au chapitre 6°, en rapport avec la multiplication des pains... (On notera de plus que le mot VIN figure à six reprises dans notre texte pour intervenir une septième fois au v.46 du chapitre 4° qui "résume" le signe de Cana 4. Le caractère eucharistique de ce "vin de perfection" est d'autant moins douteux que le chapitre 6° suivait immédiatement le 4° à l'étape de rédaction qui nous intéresse...) - Symboles des sacrements de l'Église, l'eau et le sang couleront bientôt du côté ouvert de Jésus crucifié. Et désormais l'eau baptismale - qui relaie les ablutions juives et appelle le sang eucharistique purificateur - dispense sans mesure l'Esprit capiteux parmi le peuple des croyants...

 

*

Car nous devons aussi rechercher avec soin la signification de L'HEURE de JÉSUS. Il s'agit sans doute et d'abord de l'Heure de la MANIFESTATION (l'épiphanie) du Messie. Pour les Juifs, ce dernier devait demeurer caché avant de commencer son ministère, soit parce qu'il préexistait auprès de Dieu, soit parce qu'il avait été placé, après sa naissance, en un endroit tenu secret (cf Ap 12,6). Son règne devait s'inaugurer par une manifestation de gloire, une démonstration visible de puissance, se produisant "à son heure", au temps fixé. Or ce thème du Messie caché est présent en Jn 1,26.31 où le Baptiste déclare : Au milieu de vous se tient quelqu'un que ni vous ni moi ne connaissons. À Cana, cet Inconnu se manifeste et entreprend de remplir sa mission : Jn 2,11. (La traduction la plus correcte de la réponse de Jésus à sa mère comporte en effet l'interrogation : Mon heure n'est-elle pas (encore) venue ? En ce sens, le Christ reproche à Marie d'oublier que l'heure a sonné où il doit se manifester comme Messie parfaitement capable de remédier au manque de vin...)

 

Mais en d'autres passages (issus probablement d'un auteur différent) l'Heure de Jésus est celle de sa croix, du MYSTÈRE PASCAL, qui est la véritable "glorification" (cf Jn 7,30 ; 8,20 ; 12,23 ; 13,1 ; 17,1). (On traduit alors simplement, comme la T.O.B. : Mon heure n'est pas encore venue).

 

Les deux interprétations ne s'excluent pas, dans la mesure où l'une est la figure de l'autre et où la mère, présente à Cana, le sera également au pied de la croix (Jn 19,25).

 

LE DIALOGUE AVEC MARIE a fait couler beaucoup... d'encre ! On est en général sensible à la résistance de Jésus qui paraît traduire son angoisse, sa panique au moment de naître à la vie publique, de passer du silence à la parole (cf en Jn 12,27 l'agonie, le combat de Jésus qui souhaite à la fois être sauvé de son Heure et l'accepter comme accomplissement de sa mission). Semblable à la femme qui est sur le point d'accoucher, Marie sait que l'heure est venue (Jn 16,21) et ses propos atteignent son fils au plus profond, comme si par elle le Père ordonnait à l'Envoyé de manifester le pouvoir de la Parole créatrice. La mère parle à son fils sur le plan d'une constatation naturelle, Ils n'ont plus de vin, mais Jésus entend et réagit à un autre niveau, il est comme suscité par le constat du manque qui menace les invités. S'étonnant de la résonance que trouvent en lui les paroles de Marie, il répond par une question : Qu'y a-t-il entre toi et moi ? 5

 

Selon Françoise Dolto, cette interrogation est analogue à celle que le fœtus adresse à sa mère à l'instant où se déclenchent les premières contractions annonçant à la parturiente que l'heure de la naissance est enfin échue. Dans une mystérieuse connivence, la mère et l'enfant sont accordés pour qu'une nouveauté advienne. Jésus va naître à sa mission et Marie est initiatrice de ses premiers pas. Intervenant auprès des servants, elle pousse Jésus au dehors, elle le met au monde des hommes. La Femme, à ce moment, devient véritablement Mère de Dieu. Sans doute faut-il voir ici l'équivalent du récit de la Nativité (Lc 2,7) qui, on le sait, ne figure pas dans le quatrième évangile 6. Du même coup et par voie de conséquence, Marie donne naissance à la Communauté fraternelle que va réjouir le Vin messianique 7.

 

C'est pourquoi une scène symétrique se déroule au pied de la croix, lorsque Jésus mourant s'adresse à nouveau à Marie pour lui confier le Disciple par excellence, celui qu'il aimait : Femme, voici ton fils ! (Jn 19,26). Il est frappant de constater qu'en cette dernière occurrence et tout comme à Cana, Jésus utilise, pour interpeller Marie, le curieux vocatif de FEMME. Ce terme nullement péjoratif (cf Mt 15,28 ; Lc 13,12 ; Jn 4,21 ; 20,13) confère une portée très large à la maternité de celle qu'il désigne. Car "Femme" est en Gn 2,23 la compagne d'Adam, qui va l'appeler ÈVE ou MÈRE DES VIVANTS (Gn 3,20). Or Jn 19,28, expliquant par l'accomplissement des Écritures l'épisode où Jésus confie Marie au disciple bien-aimé, renvoie très certainement à Gn 3,15, à la malédiction du serpent par le Créateur au lendemain de la chute : Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon. Il y a combat ouvert entre "les Juifs", ennemis du Christ, postérité de Satan (Vous avez pour père le diable..., homicide et père du mensonge, Jn 8,44, cf Jn 6,70 ; 13,2.27) et Jésus, véritable postérité d'Abraham, fils de Marie Ève nouvelle, sorti de Dieu, Parole de vérité (Jn 8,23.37.46.58). Cette lutte, qui se déroule tout au long de la vie et du procès du Fils de l'homme, s'achève à l'Heure de la croix. Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors et moi, élevé de terre j'attirerai tous les hommes à moi (Jn 12,31.32). À l'Heure de la glorification, le Crucifié, premier-né de la multitude des frères, écrase véritablement la tête de l'ancien serpent. Et comme la première Femme avait été associée à l'œuvre de mort, Marie la nouvelle Ève se trouve associée à l'œuvre de la Vie. Sa maternité acquiert de la sorte une neuve dimension. Jésus donne à la Femme le disciple pour fils, et à dater de ce jour celui-ci la prend chez lui (Jn 19,26.27). "Chez lui", c'est à dire non pas dans ses meubles mais bien dans ces biens propres qui le constituent disciple : l'héritage de Jésus, la foi, l'amour, tout l'espace de l'Esprit dans lequel habite véritablement le Christ. Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas accueilli. A ceux qui l'ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom (Jn 1,11-12). Devenue mère des croyants, de ceux qui reçoivent la Vie par Jésus, Marie est au cœur de l'Église et elle en constitue le symbole (cf Jn 2,12). De même que Marie a mis Jésus au monde en consentant à la passion, la Communauté-Église enfante le Christ total, le peuple messianique (Jn 16,21-22 ; Ap 12). L'œuvre de Jésus se poursuit désormais dans celle de la Femme, de l'Église ; recevoir Jésus ou recevoir la Mère de Jésus, l'Église, est équivalemment le même acte de foi 8.

 

*

Aussi bien Marie, à Cana, donnait-elle aux SERVITEURS le conseil définitif : Tout ce qu'il vous dira, faites-le ! Cette invitation pressante reprend presque littéralement une injonction qui se lit dans l'histoire de JOSEPH le patriarche, en Gn 41,55 : Tout le pays d'Égypte souffrit de la faim et le peuple demanda à grands cris du pain à Pharaon ; mais Pharaon dit à tous les Égyptiens : Allez à Joseph, et ce qu'il vous dira, faites-le.

 

De même que Joseph, d'abord vendu par ses frères mais reconnu et justifié par Pharaon (Où trouver un homme comme celui-ci, en qui soit l'Esprit de Dieu ? Gn 41,38, cf Jn 1,32-33) procure le pain aux affamés, Jésus rempli de l'Esprit de résurrection procure en abondance le vin nouveau (chaque jarre contient environ une centaine de litres !) Il se montre en cela véritablement "fils de Joseph" (comme il est aussi "fils de David") ainsi que le signale en Jn 1,45 une intentionnelle ambiguïté.

Mais il est également possible de rapprocher le conseil donné par Marie d'une autre formule quasi "technique" de l'ancien Testament. Il s'agit de la réponse fréquemment fournie par le peuple à un médiateur et par laquelle on s'engage à observer fidèlement L'ALLIANCE proposée par Dieu : Tout ce que dit le Seigneur, nous l'accomplirons ! (Ex 19,8 ; 24,3-7 ; Dt 5,27 ; Jos 24,24 ; Esd 10,12 ; Ne 5,12). Jean mettrait de la sorte sur les lèvres de Marie la profession de foi prononcée jadis par les Israëlites au pied du Sinaï. La mère demande aux servants d'adopter vis à vis de Jésus l'attitude de l'Alliance, celle de l'obéissance parfaite, d'ailleurs aussitôt manifestée aux v.7 & 8 : Remplissez... ils emplirent ; portez-en... ils portèrent...

 

Remarquons du coup que les "serviteurs" ("ministres" et non "esclaves") qui distribuent à la ronde le vin de la Sagesse (cf Jn 6,12-13, pour le pain), symbolisent les disciples, les prêcheurs, devenus "serviteurs de la Parole" (Lc 1,2). Après l'enlèvement de Jésus, les apôtres connaissent pertinemment la provenance de l'enseignement qu'ils proclament, eux qui furent ses compagnons (cf Jn 17,7). Il faut donc faire confiance à ceux qui, au matin de la Pentecôte, s'engagent sur les chemins du monde pour annoncer l'Évangile avec une telle conviction que certains "spectateurs" déclarent en se moquant : Ils sont pleins de VIN doux ! (Ac 2 13 ; Jn 15,15)

 

*

Ces considérations ecclésiales nous conduisent à pousser plus avant l'exploration du récit. L'importance biblique du THÈME GÉNÉRAL DES NOCES est en effet considérable. La triple répétition du mot noces dans les trois premiers versets (version longue du texte) suffirait à nous le rappeler si nous l'avions oublié ! Quelques étrangetés s'imposent de surcroît.

 

Il faut d'abord noter que l'on n'aperçoit point ici de mariée. Toute la compassion de Jésus se porte vers la Communauté des invités (comprenant les disciples et frères de Jésus, v.2 et v.12), rassemblée pour la fête et menacée de dispersion faute de boisson forte. De plus, la mère de Jésus (qui n'est pas désignée par son prénom dans le 4° évangile !) semble bien s'exprimer au nom de ces convives, se faire en quelque sorte leur porte-parole (v.3°). C'est que, dans sa maternité physique, la Femme résume et représente le peuple d'Israël dont Jésus est issu (Jn 4,22 ; 16,21). Fille de Sion, elle est figure de la Synagogue et personnifie la communauté messianique (Is 49,20-22 ; 54,1 ; 66,7-11 etc). À ce titre, (elle) est là (v.1). Mais elle symbolise simultanément le nouvel Israël, dont elle exprime l'être profond par le conseil de fidélité à l'Évangile qu'elle prodigue aux serviteurs (cf Mc 3,24 ; Lc 11,8 et Note 6).

 

Par ailleurs, la parole du v.10 est subitement adressée par le maître d'hôtel à un marié dont on a jusqu'alors ignoré la présence. La facture duelle du récit est tout à coup rompue par la mention de "l'appel" adressé à ce tiers-époux. L'action accomplie par Jésus lui est attribuée par la remarque qui le situe d'emblée hors du commun, le distingue du reste des gens : Tout le monde... Toi, tu... Qui peut donc être cet ÉPOUX, tenu comme à distance mais qui mène l'action, sans qui les noces n'auraient point lieu, qui est-il sinon le Dieu vivant lui-même dont Jésus, simple invité mais véritable fournisseur du bon vin, semble exécuter les desseins ?

 

Dès lors, les noces de Cana représentent l'aboutissement de la grande symbolique biblique de l'Alliance nuptiale entre Dieu et son peuple (Os 1-3 ; Ez 16 ; Is 50,1 ; 54,4-8 ; 62,4-5 ; Jr 2,1-2 ; 3,1.6.12 ; Ct ; Ps 44 etc). Dans un jeu de substitutions très subtiles, Jésus et Marie figurent les Partenaires réels, ils agissent comme les personnages principaux du récit, le signe résulte de leur collaboration. Par leurs gestes et leur dialogue, ils supplantent les mariés et apparaissent finalement comme L'ÉPOUX ET L'ÉPOUSE spirituels du banquet messianique.

 

Aussi bien, au chapitre suivant, Jean-Baptiste désignera-t-il clairement comme l'Époux ce Jésus dont il se déclare précurseur : Qui a l'épouse est l'époux, mais l'ami de l'époux qui se tient là et qui l'entend est ravi de joie à la voix de l'époux (Jn 3,29 ; cf Mt 9,14 et // ; Mt 22,1s). Les noces humano-divines, longuement et dramatiquement préparées par toute l'histoire biblique, sont signifiées à Cana par l'Épiphanie du Messie 9. Jésus s'y fait connaître comme l'Époux divin de la nouvelle Communauté, personnalisée par la Femme, avec laquelle il veut conclure une Alliance nouvelle et définitive. Il manifeste une gloire qui, d'après l'Écriture, n'appartient qu'à Dieu et qui est donc l'affirmation de sa propre transcendance lorsqu'il se révèle à ce moment comme l'Époux-messie (v.11) .

 

Mais l'Alliance nouvelle s'accomplira vraiment par le mystère pascal, sur la croix de Jésus, dans le don de la vie et l'effusion de l'Esprit. L'Église Épouse, Ève nouvelle, y naît sacramentellement du flanc transpercé du second Adam endormi dans la mort (Jn 9,30.34 ; Gn 2,21-23 ; Ep 5,25-28). Marie est donc ici figure de l'Église, non seulement en tant que mère des disciples, comme nous l'avons dit, mais comme ÉPOUSE DE DIEU EN JÉSUS CHRIST. Sa maternité spirituelle, dont nous parlions également plus haut, implique cette condition. Ce que le livre de la Genèse prophétise du rapport de l'homme et de la femme s'applique désormais au Christ et à la Communauté (Ep 5,29-33) et ce Mystère de conjugalité sera pleinement manifesté dans le Royaume, au dernier jour (Ap 19,7.9 ; 21,2).

 

LE COUPLE CHRÉTIEN est donc le symbole vivant de cette Réalité-là. Les époux en témoignent par leur vie évangélique et la parole qui l'interprète. Si l'historicité stricte de l'épisode de Cana peut sembler quelque peu douteuse, le SIGNE de ces noces se réalise visiblement parmi nous en chaque couple croyant. Le SACREMENT de mariage est tout simplement ce que devient l'union de l'homme et de la femme lorsqu'elle se conclut dans le Seigneur (1 Co 7,39 ; Col 3,18) - et non pas devant Dieu ! - dans la Pâque du Christ Parole d'amour donnée sans retour... Fruit de l'Esprit, don de la foi, l'Amour dispensé par le Christ, l'agapè, peut seul conduire le couple à son épanouissement, lui permettre de surmonter l'usure des jours. Parce qu'il s'abreuve du vin des noces (v.3), cet amour-là ne passe pas. Il a déjà franchi la mort et sa portée "mystique" ne saurait être minimisée (cf 1 Co 13,8-13)... Car le meilleur est pour la fin, contrairement à l'idée reçue qui placerait dans les premiers émois les joies d'un amour auquel on ne reconnaîtrait ensuite que les perspectives de l'ennui, du désenchantement, du divorce...

 

Les impasses de la vie conjugale dont nous sommes chaque jour témoins attristés manifestent cruellement la gravité du manque éprouvé à Cana. Simultanément, l'état du monde autour de nous (violence, chômage, disparités croissantes...) ressemble trop souvent à la description qu'en donnait déjà le Prophète :

 

Le vin nouveau est en deuil, la vigne s'étiole,
ils gémissent, ceux qui avaient le coeur en fête ;
le son allègre des tambourins s'est tu,
les fêtes bruyantes ont pris fin,
le son joyeux du kinnor ne se fait plus entendre.
On ne boit plus de vin en chantant,
la boisson est amère à ceux qui la boivent.
Elle est en ruines la cité du néant,
toute maison est fermée, on ne peut entrer.
On crie dans les rues pour avoir du vin,
toute joie a disparu,
l'allégresse a été bannie du pays.
Dans la ville on ne voit que décombres,
la porte s'est effondrée en ruines...

(Is 24,7-13)

 

Face à cette situation, la mission de l'Eglise dont Marie constitue l'icône indépassable, est assurément d'intercéder auprès du Dieu fait homme, d'agir évangéliquement, de proclamer avec force la Parole de Vie, - de proposer le Vin nouveau : celui qui monte aux têtes et fait bondir les coeurs, qui relance la Fête et lui donne son sens.

 

En chaque eucharistie nous redisons cela, quand nous anticipons le grand banquet nuptial, en appelant l'Époux de tout notre désir (1 Co 11,27 ; Ap 22,17).

 

« OR LES EAUX COMMENCÈRENT À RECEVOIR LA FORCE,
À PRENDRE DE LA COULEUR,
À RÉPANDRE UNE BONNE ODEUR,
À ACQUÉRIR DU GOÛT
ET À CHANGER ENTIÈREMENT »

___

1 Dans cette antique version de l'évangile, Jésus accomplissait sept signes au cours de sa vie publique. Le rédacteur suivant, sensible à la symbolique des nombres, a retranché une unité et transformé l'épisode de la pêche en récit d'apparition pascale. Ne conservant de la sorte que six signes, l'auteur faisait de la résurrection de Jésus le septième, le "signe" par excellence...

 

2 Par ailleurs, le v.11 peut être littéralement traduit : Cela (ce qui précède) fut le commencement des signes de Jésus. Il s'agit moins ici du premier acte d'une série que de la mise en marche d'une réalité se poursuivant jusqu'à la fin. Cana nous est ainsi présenté comme l'archétype des signes qui suivront ; il faut y voir la clé permettant de lire et de comprendre tout le déroulement du quatrième évangile en son actualité persistante.

(Noter dans le même sens, au v.8, la pertinence du mot maintenant, non requis par le contexte).

 

3 On précise au v.6 qu'il s'agit de jarres de pierre, matière résistante et durable ! Les synoptiques parleront d'outres que le vin nouveau fait au contraire éclater (Mc 2,22, noter le contexte) : autre manière de signaler l'imperfection, sans recourir à la symbolique des nombres...

 

4 . Du coup, le nom de Cana figure trois fois dans l'évangile (Jn 2,1.11 ; 4.46), comme pour souligner l'importance centrale - et pascale - de l'épisode.

 

5 Qu'y a-t-il entre toi et moi ? signifie parfois : " Quel contentieux antérieur nous oppose-t-il, que t'ai-je fait pour que tu me veuilles ce mal ? " cf Jg 11,12 ; 2 Ch 35,1 ; 1 R 17,18. Mais également, et c'est le cas ici : " Qu'y a-t-il de commun entre toi et moi ? " ou " Quelle est la relation qui nous unit ? " Remarque qui revient alors à déplorer :" Nous ne sommes pas sur le même plan, nous ne jugeons pas de la même manière... " (Ou si l'on veut : " Occupe-toi de ce qui te regarde ! " La traduction Que me veux-tu ? ne rend pas correctement ces nuances).

 

6 Il existe un curieux parallèlisme entre la réponse apparemment dilatoire de Jésus à Cana, suivie de l'accomplissement du signe, et l'épisode du chapitre 7° où Jésus refuse à sa famille de monter à Jérusalem car il n'est pas encore temps (v.8), puis s'y rend cependant (v.10)... Le Maître reparaît enseignant dans le Temple et, menacé d'arrestation, prononce des paroles relatives à la proximité de son départ et au thème "chercher-trouver" (Jn 7,14.33). Tout ceci rappelle étrangement l'épisode du Recouvrement dans l'évangile de Luc 2,41-50...

(Cf également Jn 2,13-23 et Lc 2, 22-39)

 

7 De ce point de vue, certains se disent provoqués par l'attitude de Marie envers Jésus, qui leur paraît particulièrement exemplaire en un temps où la "famille" et l'éducation, dans leur recherche de modalités nouvelles, nous posent de nombreux problèmes.

 

On observe que Marie ne donne aucun ordre, n'intime aucun commandement. Elle se contente d'attirer l'attention de son fils sur la situation et de faire confiance aux potentialités cachées de Jésus, aux virtualités dont il est porteur et qu'elle a pressenties. Cette qualité d'affection va pousser le jeune homme à l'action, lui révéler la force d'amour qui l'habite lui-même et qu'il ignore peut-être encore... - Sitôt réalisé le passage du Fils à la vie publique, la mère entre dans le silence et accepte la "distance" que Jésus ne cessera de marquer à l'égard de son entourage, tout tendu qu'il est vers la fraternité universelle et constamment attentif à ne pas se laisser "récupérer" par sa famille : Qui est ma mère et qui sont mes frères ?... Celui qui écoute la Parole de Dieu et la garde, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère... (Mc 3,21.31-35 ; Lc 11,27-28). Que de drames seraient évités dans les rapports familiaux si nous devenions capables de tels comportements !...

 

8 On voit donc que les scènes de Cana et du calvaire s'appellent mutuellement et s'interprètent l'une par l'autre. Entre ces deux moments (qui réalisent ce que l'on appelle une inclusion) Marie ne figure plus dans le quatrième évangile. Ces épisodes demeurent le fondement de la relation mariale authentique. Notre foi en effet doit conquérir sans cesse la mesure juste entre les errements de la piété sentimentale et envahissante et la non moins affligeante désaffection en laquelle beaucoup semblent être tombés à l'égard de la Mère de Jésus...

 

9 L'Ancien Testament n'attribue pas au Messie le titre d'Époux d'Israël, ce que fera le Nouveau en raison de la divinité de Jésus et de son rôle envers l'Église. (Remarquons que le nom de Jésus figure sept fois dans notre texte !)

 

 

 

 

L'Evangile de JEAN - CANA

 

( la forme PARABOLIQUE )

 

 

 

 

 

CANA

( avant l'Heure )

 

 

La CROIX

( l' HEURE )

 

L' EGLISE et  le ROYAUME

( l' ETERNITE )

 

 

le commencement des SIGNES

 

 

" Tout est achevé! "

 

Les Temps nouveaux

 

 

le Vin

 

 

le Sang ...

 

Eucharistie

 

 

l'Eau pour la Purification des Juifs

 

 

... et l'Eau

 

le Baptême

 

 

"Ils n'ont pas de vin "

 

 

" J'ai soif ! "

 

tous ceux qui ont soif

 

 

Les disciples

 

 

le disciple et les deux femmes

 

l'Eglise

 

 

la Mère de Jésus

 

 

la Mère de Jean

 

la Mère de l'Eglise

 

 

Cana

 

 

le Calvaire

 

le Royaume

 

 

les Noces

 

 

la Croix

 

les Noces éternelles

 

                                              

                                                                                                                                

                                                                                                                     

 

 

                                                                      


L' ENTRETIEN AVEC LA SAMARITAINE

 

JEAN 4

 

            4  Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu'il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean --  bien qu'à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples -- ,  il quitta la Judée et s'en retourna en Galilée.  Or il lui fallait traverser la Samarie.  Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph.  Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près du puits. C'était environ la sixième heure.

 

Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit: "Donne-moi à boire."  Ses disciples en effet s'en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger.  La femme samaritaine lui dit: "Comment! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine?" (Les Juifs en effet n'ont pas de relations avec les Samaritains.)  Jésus lui répondit:

"Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit:

Donne-moi à boire,

c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive."

 

Elle lui dit: "Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive?  Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes?"  Jésus lui répondit:

"Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau;

mais qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif;

l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle."

 

La femme lui dit: "Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser."  Il lui dit: "Va, appelle ton mari et reviens ici."  La femme lui répondit: "Je n'ai pas de mari." Jésus lui dit: "Tu as bien fait de dire: Je n'ai pas de mari,  car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari; en cela tu dis vrai."  La femme lui dit: "Seigneur, je vois que tu es un prophète...  Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites: C'est à Jérusalem qu'est le lieu où il faut adorer."  Jésus lui dit:

Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem

que vous adorerez le Père.

Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons,

car le salut vient des Juifs.

Mais l'heure vient -- et c'est maintenant -- où les véritables adorateurs

adoreront le Père dans l'esprit et la vérité,

car tels sont les adorateurs que cherche le Père.

Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c'est dans l'esprit et la vérité qu'ils doivent adorer."

 

La femme lui dit: "Je sais que le Messie doit venir, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout."  Jésus lui dit: "Je le suis, moi qui te parle."

 

Là-dessus arrivèrent ses disciples, et ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme.  Pourtant pas un ne dit: "Que cherches-tu?" Ou: "De quoi lui parles-tu?"  La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens:  "Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Christ?"  Ils sortirent de la ville et ils se dirigeaient vers lui.

 

Entre-temps, les disciples le priaient, en disant: "Rabbi, mange."  Mais il leur dit: "J'ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas."  Les disciples se disaient entre eux: "Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger?" Jésus leur dit:

"Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin.

Ne dites-vous pas: Encore quatre mois et vient la moisson?

Eh bien! je vous dis: Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson.

Déjà  le moissonneur reçoit son salaire et récolte du fruit pour la vie éternelle,

en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur.

Car ici se vérifie le dicton: autre est le semeur, autre le moissonneur:

je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués;

d'autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues."

 

 Un bon nombre de Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait: "Il m'a dit tout ce que j'ai fait."  Quand donc ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent de demeurer chez eux. Il y demeura deux jours  et ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole,  et ils disaient à la femme: "Ce n'est plus sur tes dires que nous croyons; nous l'avons nous-mêmes entendu et nous savons que c'est vraiment lui le sauveur du monde."

 

Après ces deux jours, il partit de là pour la Galilée.  Jésus avait en effet témoigné lui-même qu'un prophète n'est pas honoré dans sa propre patrie.  Quand donc il vint en Galilée, les Galiléens l'accueillirent, ayant vu tout ce qu'il avait fait à Jérusalem lors de la fête; car eux aussi étaient venus à la fête.

 

Il retourna alors à Cana de Galilée, où il avait changé l'eau en vin. Et il y avait un fonctionnaire royal, dont le fils était malade à Capharnaüm.  Apprenant que Jésus était arrivé de Judée en Galilée, il s'en vint le trouver et il le priait de descendre guérir son fils, car il allait mourir.  Jésus lui dit: "Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas!"  Le fonctionnaire royal lui dit: "Seigneur, descends avant que ne meure mon petit enfant."  Jésus lui dit: "Va, ton fils vit." L'homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route.  Déjà il descendait, quand ses serviteurs, venant à sa rencontre, lui dirent que son enfant était vivant.  Il s'informa auprès d'eux de l'heure à laquelle il s'était trouvé mieux. Ils lui dirent: "C'est hier, à la septième heure, que la fièvre l'a quitté."  Le père reconnut que c'était l'heure où Jésus lui avait dit: "Ton fils vit", et il crut, lui avec sa maison tout entière.

 

Ce nouveau signe, le second, Jésus le fit à son retour de Judée en Galilée.

 

Actes 8, 1-25 : La SAMARIE

 

   En ce jour-là, une violente persécution se déchaîna contre  l'Eglise de Jérusalem. Tous, à l'exception des apôtres, se dispersèrent dans les campagnes de  Judée et de Samarie.  Cependant des hommes dévots ensevelirent Etienne et firent sur lui de grandes lamentations.  Quant à Saul, il ravageait l'Eglise; allant de maison en maison, il en arrachait hommes et femmes et les jetait en prison.

 

Ceux-là donc qui avaient été dispersés s'en allèrent de lieu en lieu en annonçant la parole de la Bonne Nouvelle.  C'est ainsi que Philippe, qui était descendu dans une ville de la Samarie, y proclamait le Christ.  Les foules unanimes s'attachaient à ses enseignements, car tous entendaient parler des signes qu'il opérait, ou les voyaient.  De beaucoup de possédés, en effet, les esprits impurs sortaient en poussant de grands cris. Nombre de paralytiques et d'impotents furent également guéris.  Et la joie fut vive en cette ville.  Or il y avait déjà auparavant dans la ville un homme appelé Simon, qui exerçait la magie et jetait le peuple de Samarie dans l'émerveillement. Il se disait quelqu'un de grand,  et tous, du plus petit au plus grand, s'attachaient à lui. "Cet homme, disait-on, est la Puissance de Dieu, celle qu'on appelle la Grande."  Ils s'attachaient donc à lui, parce qu'il y avait longtemps qu'il les tenait émerveillés par ses sortilèges.  Mais quand ils eurent cru à Philippe qui leur annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et du nom de Jésus Christ, ils se firent baptiser, hommes et femmes.   Simon lui-même crut à son tour; ayant reçu le baptême, il ne lâchait plus Philippe, et il était dans l'émerveillement à la vue des signes et des grands miracles qui s'opéraient sous ses yeux.

 

 Apprenant que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, les apôtres qui étaient à Jérusalem y envoyèrent Pierre et Jean.  Ceux-ci descendirent donc chez les Samaritains et prièrent pour eux, afin que l'Esprit Saint leur fût donné.  Car il n'était encore tombé sur aucun d'eux; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus.  Alors Pierre et Jean se mirent à leur imposer les mains, et ils recevaient l'Esprit Saint.

 

 Mais quand Simon vit que l'Esprit Saint était donné par l'imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l'argent.  "Donnez-moi, dit-il, ce pouvoir à moi aussi: que celui à qui j'imposerai les mains reçoive l'Esprit Saint."  Mais Pierre lui répliqua: "Périsse ton argent, et toi avec lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d'argent!  Dans cette affaire il n'y a pour toi ni part ni héritage, car ton coeur n'est pas droit devant Dieu.  Repens-toi donc de ton mauvais dessein et prie le Seigneur: peut-être cette pensée de ton coeur te sera-t-elle pardonnée;  car tu es, je le vois, dans l'amertume du fiel et les liens de l'iniquité."  Simon répondit: "Intercédez vous-mêmes pour moi auprès du Seigneur, afin que rien ne m'arrive de ce que vous venez de dire."  Pour eux, après avoir rendu témoignage et annoncé la parole du Seigneur, ils retournèrent à Jérusalem en évangélisant de nombreux villages samaritains.

 

Ce passage des Actes des Apôtres vient à la suite de la lapidation d'Etienne, l'un des Sept, rapportée au chapitre précédent.

 

Avant son exécution, Etienne a tenté de justifier sa prédication. Il s'est appuyé sur deux textes :

 

-          l'un du prophète Amos : Vous avez porté la tente de Moloch et l'étoile du dieu Remphan, ces images que vous avez faites pour les adorer! Aussi vous transporterai-je au delà de Babylone. (Actes 7/43). Ce texte est librement cité d'après la version grecque de la Bible des Septante, dans lequel l'Eternel reproche d'abord à son peuple, par la bouche du prophète, de ne lui avoir pas offert des victimes et des sacrifices, durant la traversée du désert, lui rappelant ce tabernacle de Moloch[1] qu'il portait à sa suite, et cette étoile du dieu Rephan, images ou idoles qu'il avait faites pour les adorer. Or, la traduction des Septante n'est pas considérée comme "canonique" par les Juifs.

 

-    Etienne a ensuite ajouté, concernant le Temple, et s'appuyant sur une citation d' Isaïe 66,1-2 :  Ce fut Salomon toutefois qui lui bâtit une maison.  Mais le Très-Haut n'habite pas dans des demeures faites de main d'homme; ainsi le dit le prophète : Le ciel est mon trône et la terre l'escabeau de mes pieds: quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur,  et quel sera le lieu de mon repos?  N'est-ce pas ma main qui a fait tout cela ? C'est une exégèse typiquement samaritaine, et qui va autoriser le Sanhédrin à ordonner la lapidation d'Etienne.

 

 

 

 


SAINT AUGUSTIN

15° Traité sur saint JEAN

 

 

Cet extrait du Traité de saint AUGUSTIN (354-430) sur saint JEAN, nous permet de comprendre qu'à son époque, on lisait cet évangile, non comme une suite de récits, mais comme des paraboles, dont il fallait, avant d'en comprendre la signification, déchiffrer les clés de lecture.

 

§ 1 :

-          Jésus, baptisant par lui-même ou par ses disciples plus que Jean, et sachant que les Pharisiens prendraient de là occasion de le persécuter, s'en alla en Galilée et passa par Samarie.

-          A six heures, il se trouva près d'un puits, et la fatigue du voyage l'y fit asseoir.

-          Ce voyage figurait son Incarnation;

-          sa fatigue, la faiblesse où il s'est réduit pour nous rendre forts;

-           l'heure indiquait le sixième âge du monde,

-          et le puits marquait la profondeur de nos misères.

-          Une femme, image de l'Eglise des Gentils, vint puiser de l'eau et le rencontra.

-          Après lui avoir demandé un peu d'eau pour se rafraîchir, le Sauveur offrit à cette femme une eau qui étancherait sa soif pour toujours;

-          mais, avec des idées toutes charnelles, elle ne pensait qu'à un breuvage ordinaire, signe trop fidèle des voluptés mondaines, et non à cette boisson spirituelle qui est la vérité.

-          Alors le Christ lui dit d'appeler son mari, c'est-à-dire d'employer toute son intelligence à l'écouter.

-          Je n'en ai point. C'est vrai, car tu en as cinq, et celui que tu as n'est pas le tien; en d'autres termes, tu as eu pour guides tes sens corporels, et rien, sinon l'erreur, n'est venu les remplacer.

-          Appelle donc ton intelligence à ton aide.

-          Et elle l'appela, et elle comprit qu'à la venue du Messie tonte séparation cesserait entre les Juifs et les Samaritains ou Gentils,

-          et elle reconnut le Messie dans celui qui lui parlait,

-          et elle crut en lui,

-          et elle devint l'apôtre des Samaritains dont plusieurs crurent à ses paroles.