L' ENTRETIEN AVEC LA SAMARITAINE
Une Homélie : CROIRE pour
VOIR
4 Quand
Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu'il faisait plus de
disciples et en baptisait plus que Jean --
bien qu'à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples
-- , il quitta la Judée et s'en
retourna en Galilée. Or il lui fallait
traverser la Samarie. Il arrive donc à
une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à
son fils Joseph. Là se trouvait le
puits de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près du
puits. C'était environ la sixième heure.
Une femme de Samarie
vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit: "Donne-moi à boire." Ses disciples en effet s'en étaient allés à
la ville pour acheter de quoi manger.
La femme samaritaine lui dit: "Comment! toi qui es Juif, tu me
demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine?" (Les Juifs en
effet n'ont pas de relations avec les Samaritains.) Jésus lui répondit:
"Si
tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit:
Donne-moi
à boire,
c'est
toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive."
Elle lui dit:
"Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où l'as-tu
donc, l'eau vive? Serais-tu plus grand
que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que
ses fils et ses bêtes?" Jésus lui
répondit:
"Quiconque
boit de cette eau aura soif à nouveau;
mais
qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif;
l'eau
que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie
éternelle."
La femme lui dit:
"Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne
plus ici pour puiser." Il lui dit:
"Va, appelle ton mari et reviens ici." La femme lui répondit: "Je n'ai pas de mari." Jésus lui
dit: "Tu as bien fait de dire: Je n'ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui que tu as
maintenant n'est pas ton mari; en cela tu dis vrai." La femme lui dit: "Seigneur, je vois
que tu es un prophète... Nos pères ont
adoré sur cette montagne et vous, vous dites: C'est à Jérusalem qu'est le lieu
où il faut adorer." Jésus lui dit:
Crois-moi,
femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem
que
vous adorerez le Père.
Vous,
vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous
connaissons,
car
le salut vient des Juifs.
Mais
l'heure vient -- et c'est maintenant -- où les véritables adorateurs
adoreront
le Père dans l'esprit et la vérité,
car
tels sont les adorateurs que cherche le Père.
Dieu
est esprit, et ceux qui adorent, c'est dans l'esprit et la vérité qu'ils
doivent adorer."
La femme lui dit:
"Je sais que le Messie doit venir, celui qu'on appelle Christ. Quand il
viendra, il nous expliquera tout."
Jésus lui dit: "Je le suis, moi qui te parle."
Là-dessus arrivèrent
ses disciples, et ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme. Pourtant pas un ne dit: "Que
cherches-tu?" Ou: "De quoi lui parles-tu?" La femme alors laissa là sa cruche, courut à
la ville et dit aux gens: "Venez
voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le
Christ?" Ils sortirent de la ville
et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les
disciples le priaient, en disant: "Rabbi, mange." Mais il leur dit: "J'ai à manger un
aliment que vous ne connaissez pas."
Les disciples se disaient entre eux: "Quelqu'un lui aurait-il
apporté à manger?" Jésus leur dit:
"Ma
nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son
oeuvre à bonne fin.
Ne
dites-vous pas: Encore quatre mois et vient la moisson?
Eh bien! je vous dis: Levez
les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson.
Déjà le moissonneur reçoit son salaire et récolte
du fruit pour la vie éternelle,
en
sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur.
Car
ici se vérifie le dicton: autre est le semeur, autre le moissonneur:
je
vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués;
d'autres
se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues."
Un bon nombre de Samaritains de cette ville
crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait: "Il m'a
dit tout ce que j'ai fait." Quand
donc ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent de demeurer
chez eux. Il y demeura deux jours et
ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole, et ils disaient à la femme: "Ce n'est
plus sur tes dires que nous croyons; nous l'avons nous-mêmes entendu et nous
savons que c'est vraiment lui le sauveur du monde."
Après ces deux jours,
il partit de là pour la Galilée. Jésus
avait en effet témoigné lui-même qu'un prophète n'est pas honoré dans sa propre
patrie. Quand donc il vint en Galilée,
les Galiléens l'accueillirent, ayant vu tout ce qu'il avait fait à Jérusalem
lors de la fête; car eux aussi étaient venus à la fête.
Il retourna alors à
Cana de Galilée, où il avait changé l'eau en vin. Et il y avait un
fonctionnaire royal, dont le fils était malade à Capharnaüm. Apprenant que Jésus était arrivé de Judée en
Galilée, il s'en vint le trouver et il le priait de descendre guérir son fils,
car il allait mourir. Jésus lui dit:
"Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez
pas!" Le fonctionnaire royal lui
dit: "Seigneur, descends avant que ne meure mon petit enfant." Jésus lui dit: "Va, ton fils vit."
L'homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route. Déjà il descendait, quand ses serviteurs,
venant à sa rencontre, lui dirent que son enfant était vivant. Il s'informa auprès d'eux de l'heure à
laquelle il s'était trouvé mieux. Ils lui dirent: "C'est hier, à la
septième heure, que la fièvre l'a quitté." Le père reconnut que c'était l'heure où Jésus lui avait dit:
"Ton fils vit", et il crut, lui avec sa maison tout entière.
Ce nouveau signe, le
second, Jésus le fit à son retour de Judée en Galilée.
En ce
jour-là, une violente persécution se déchaîna contre l'Eglise de Jérusalem. Tous, à l'exception des apôtres, se
dispersèrent dans les campagnes de
Judée et de Samarie. Cependant
des hommes dévots ensevelirent Etienne et firent sur lui de grandes
lamentations. Quant à Saul, il
ravageait l'Eglise; allant de maison en maison, il en arrachait hommes et
femmes et les jetait en prison.
Ceux-là donc qui avaient été dispersés s'en
allèrent de lieu en lieu en annonçant la parole de la Bonne Nouvelle. C'est ainsi que Philippe, qui était descendu
dans une ville de la Samarie, y proclamait le Christ. Les foules unanimes s'attachaient à ses enseignements, car tous
entendaient parler des signes qu'il opérait, ou les voyaient. De beaucoup de possédés, en effet, les
esprits impurs sortaient en poussant de grands cris. Nombre de paralytiques et
d'impotents furent également guéris. Et
la joie fut vive en cette ville. Or il
y avait déjà auparavant dans la ville un homme appelé Simon, qui exerçait la
magie et jetait le peuple de Samarie dans l'émerveillement. Il se disait
quelqu'un de grand, et tous, du plus
petit au plus grand, s'attachaient à lui. "Cet homme, disait-on, est la
Puissance de Dieu, celle qu'on appelle la Grande." Ils s'attachaient donc à lui, parce qu'il y
avait longtemps qu'il les tenait émerveillés par ses sortilèges. Mais quand ils eurent cru à Philippe qui
leur annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et du nom de Jésus Christ,
ils se firent baptiser, hommes et femmes.
Simon lui-même crut à son tour; ayant reçu le baptême, il ne lâchait
plus Philippe, et il était dans l'émerveillement à la vue des signes et des
grands miracles qui s'opéraient sous ses yeux.
Apprenant
que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, les apôtres qui étaient à
Jérusalem y envoyèrent Pierre et Jean.
Ceux-ci descendirent donc chez les Samaritains et prièrent pour eux,
afin que l'Esprit Saint leur fût donné.
Car il n'était encore tombé sur aucun d'eux; ils avaient seulement été
baptisés au nom du Seigneur Jésus.
Alors Pierre et Jean se mirent à leur imposer les mains, et ils
recevaient l'Esprit Saint.
Mais
quand Simon vit que l'Esprit Saint était donné par l'imposition des mains des
apôtres, il leur offrit de l'argent.
"Donnez-moi, dit-il, ce pouvoir à moi aussi: que celui à qui
j'imposerai les mains reçoive l'Esprit Saint." Mais Pierre lui répliqua: "Périsse ton argent, et toi avec
lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d'argent! Dans cette affaire il n'y a pour toi ni part
ni héritage, car ton coeur n'est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de ton mauvais dessein et
prie le Seigneur: peut-être cette pensée de ton coeur te sera-t-elle
pardonnée; car tu es, je le vois, dans
l'amertume du fiel et les liens de l'iniquité." Simon répondit: "Intercédez vous-mêmes pour moi auprès du
Seigneur, afin que rien ne m'arrive de ce que vous venez de dire." Pour eux, après avoir rendu témoignage et
annoncé la parole du Seigneur, ils retournèrent à Jérusalem en évangélisant de
nombreux villages samaritains.
Ce passage des Actes des Apôtres vient à la suite
de la lapidation d'Etienne, l'un des Sept, rapportée au chapitre précédent.
Avant son exécution, Etienne a
tenté de justifier sa prédication. Il s'est appuyé sur deux textes :
-
l'un du prophète Amos : Vous avez porté la tente
de Moloch et l'étoile du dieu Remphan, ces images que vous avez faites pour les
adorer! Aussi vous transporterai-je au delà de Babylone. (Actes 7/43). Ce texte est librement
cité d'après la version grecque de la Bible des Septante, dans lequel l'Eternel
reproche d'abord à son peuple, par la bouche du prophète, de ne lui avoir pas
offert des victimes et des sacrifices, durant la traversée du désert, lui
rappelant ce tabernacle de Moloch[1]
qu'il portait à sa suite, et cette étoile du dieu Rephan, images ou idoles
qu'il avait faites pour les adorer. Or, la traduction des Septante n'est pas
considérée comme "canonique" par les Juifs.
- Etienne a ensuite ajouté, concernant le
Temple, et s'appuyant sur une citation d' Isaïe 66,1-2 : Ce fut Salomon toutefois qui lui bâtit
une maison. Mais le Très-Haut n'habite
pas dans des demeures faites de main d'homme; ainsi le dit le prophète : Le
ciel est mon trône et la terre l'escabeau de mes pieds: quelle maison me
bâtirez-vous, dit le Seigneur, et quel
sera le lieu de mon repos? N'est-ce pas
ma main qui a fait tout cela ? C'est une exégèse typiquement samaritaine,
et qui va autoriser le Sanhédrin à ordonner la lapidation d'Etienne.
15°
Traité sur saint JEAN
Cet extrait du Traité de saint
AUGUSTIN (354-430) sur saint JEAN, nous permet de comprendre qu'à son époque,
on lisait cet évangile, non comme une suite de récits, mais comme des
paraboles, dont il fallait, avant d'en comprendre la signification, déchiffrer
les clés de lecture.
§ 1 :
-
Jésus, baptisant par lui-même ou par ses disciples
plus que Jean, et sachant que les Pharisiens prendraient de là occasion de le
persécuter, s'en alla en Galilée et passa par Samarie.
-
A six heures, il se trouva près d'un puits, et la
fatigue du voyage l'y fit asseoir.
-
Ce voyage figurait son Incarnation;
-
sa fatigue, la faiblesse où il s'est réduit pour
nous rendre forts;
-
l'heure
indiquait le sixième âge du monde,
-
et le puits marquait la profondeur de nos misères.
-
Une femme, image de l'Eglise des Gentils, vint
puiser de l'eau et le rencontra.
-
Après lui avoir demandé un peu d'eau pour se
rafraîchir, le Sauveur offrit à cette femme une eau qui étancherait sa soif
pour toujours;
-
mais, avec des idées toutes charnelles, elle ne
pensait qu'à un breuvage ordinaire, signe trop fidèle des voluptés mondaines,
et non à cette boisson spirituelle qui est la vérité.
-
Alors le Christ lui dit d'appeler son mari,
c'est-à-dire d'employer toute son intelligence à l'écouter.
-
Je n'en ai point. C'est vrai, car tu en as cinq, et
celui que tu as n'est pas le tien; en d'autres termes, tu as eu pour guides tes
sens corporels, et rien, sinon l'erreur, n'est venu les remplacer.
-
Appelle donc ton intelligence à ton aide.
-
Et elle l'appela, et elle comprit qu'à la venue du
Messie tonte séparation cesserait entre les Juifs et les Samaritains ou
Gentils,
-
et elle reconnut le Messie dans celui qui lui
parlait,
-
et elle crut en lui,
-
et elle devint l'apôtre des Samaritains dont
plusieurs crurent à ses paroles.
§33 :
Leur conversion commencée par la réputation de
Jésus-Christ, s'est achevée par sa présence. Ainsi en arrive-t-il de nos jours
avec ceux du dehors qui ne sont pas encore chrétiens, Jésus-Christ leur est
annoncé par des amis chrétiens. Par l'effet de la prédication de l'Eglise, dont
cette femme est l'image, ils viennent au Christ, ils croient en lui, décidés
par tout ce qu'on leur en raconte; il reste avec eux deux jours, c'est-à-dire
il leur donne les deux préceptes de la charité. Ainsi s'augmente le nombre et
s'affermit la force de ceux qui croient en lui et reconnaissent qu'il est
véritablement le Sauveur du monde.
Plutôt qu'une analyse
entièrement tricotée, je préfère relever plusieurs éléments, qui laisseront le
lecteur libre de les organiser en patchwork. Il s'agit en effet d'un texte, on
le verra, qui se présente comme un récit, mais qui, en réalité, est comme une
parabole, dans laquelle on peut découvrir plusieurs niveaux de signification :
1-
le simple récit
2-
l'application à l'évangélisation de la Samarie
3-
l'application à l'évangélisation des "Nations"
4-
l'application à notre temps
5-
l'application à la fin du temps
D'autre part, il faut encore
nous redire que ce texte, comme l'ensemble de l'évangile de JEAN, a été rédigé
vers la fin du premier siècle, c'est-à-dire bien après l'accueil fait par la
Samarie au message et à la personne de Jésus.
Nicodème est venu "de
nuit" – la femme vient "à la sixième heure", c'est-à-dire en
plein jour. On sait que l'opposition, ténèbres/lumière est l'une des données
majeures de l'évangile de JEAN.
D'autre part, dans ce même évangile de JEAN, c'est à la
sixième heure que Jésus est présenté à la foule par Pilate.
Une hostilité qui remonte au
moins au retour de l'Exil, sépare Juifs et Samaritains. Bien qu'étant devenus
monothéistes, ces derniers n'ont jamais pu "intégrer" le peuple
d'Israël. C'était pourtant chose facile au retour de l'exil. Mais un facteur
jouait en leur défaveur : ils étaient d'origine païenne ! Les Samaritains ont
alors érigé leur propre sanctuaire sur le mont Garizim, sous la conduite d'un
grand-prêtre disqualifié par Néhémie ! À l'époque de Jésus, le nom de
"Samaritains" était devenu une injure (cf. Jean 8/48) ! Toutefois
dans les Évangiles apparaît un nouveau regard sur les Samaritains. Il est
certainement en rapport avec l'accueil fait par la Samarie au message de Jésus,
et la révélation qu'Il était le Messie attendu, et qu'avec lui, le monde est
entré dans la fin du temps. Ce regard différent se rencontre notamment chez Luc
avec la parabole du bon Samaritain (Luc 10/30-37) ou encore avec l'invitation à
être "témoins en Judée, en Samarie et dans le monde entier" (Actes
1/8). Quant à Jean, il n'est pas en reste quand il nous présente cette
rencontre entre Jésus et une Samaritaine (Jean 4), rencontre inattendue parce
qu'a priori incongrue.
Ce point est important pour les
rédacteurs des Evangiles. Car, si les Samaritains ont accueilli les premiers le
message des apôtres après la Résurrection, ils forment donc, après les Douze,
le fondement du nouveau Peuple de Dieu. Et cela, pour des Juifs, c'est à
proprement parler scandaleux.
La rencontre de Jésus et d'une Samaritaine au
bord d'un puits est un des événements évangéliques les plus touchants (Jean 4). La très grande sympathie des deux personnages et la profondeur de leur
conversation ont marqué l'histoire de la spiritualité et de la théologie
chrétiennes. Le lieu de cette rencontre fut de tout temps l'objet de la
curiosité et de la vénération des pèlerins de la Terre sainte. Pour une fois,
on est assuré de pouvoir identifier l'endroit avec précision.
Regardons de plus près :
Ce puits, situé
en Samarie, se trouve à proximité du Mont Garizim, bien connu de tout temps et
cher à la piété des Samaritains. De plus, le souvenir du patriarche Jacob y est
rattaché puisque son nom même le qualifie.
L'Ancien
Testament nous raconte, en effet, que Jacob acquit un petit terrain à Sichem,
ville sise au pied du Garizim. Il y vécut un certain temps, jusqu'à ce qu'un
conflit sanglant éclate entre ses hommes et les Sichémites (Genèse 34). Au moment de sa mort, Jacob donne ce terrain en héritage
à Joseph. C'est précisément en cet endroit que le fils sera enterré par ses
frères, quand ils reviendront en Terre promise (Josué 24,32).
Quelques puits
existent dans le même territoire, mais un seul est rattaché à Jacob, depuis le
IIIe siècle avant J. C., dans la tradition samaritaine. Il est bien situé dans
cette région où Jacob acquit un terrain des Sichémites (Jean 4,5). L'actuel puits de Jacob répond à toutes les données
bibliques. La Samaritaine déclare que ce puits est profond (Jean 4,11) : le puits de Jacob est de fait extrêmement profond!
Pendant des siècles, les pèlerins y ont jeté des pierres pour en vérifier la
profondeur, de sorte que le niveau de l'eau ne dépassait pas 25 m. Un bon
nettoyage s'imposait : ô surprise, le puits avait une profondeur totale de
46 m! On ne peut préciser la date du forage, mais on sait que le puits
existait depuis quelques siècles avant Jésus. La margelle a la forme d'un
cylindre atteignant 2,50 m de diamètre en moyenne. Les parois des deux
premiers tiers sont revêtues d'une maçonnerie de petites pierres pour retenir
la terre; le dernier tiers est creusé dans le calcaire dur. La technique
utilisée pour un tel ouvrage reste inconnue!
On constate qu'il y a un
parallèle avec le mariage d'Isaac et de Rébecca, Genèse 24 : on a
exactement la même disposition, les mêmes termes employés ("près de la
source", "une femme vient", etc.). Ce thème du puits, de la
source se retrouve en Exode 2, 15. Il faut noter que ces histoires de puits
sont une sorte d'indicatif qui renvoie à la naissance des liens du mariage. Si
donc on se souvient que, dans la Bible, l'union entre l'Eternel et son Peuple
est souvent rapportée en termes d'union conjugale, on peut en déduire que ce
chapitre 4 de l'Evangile de JEAN a trait à l'union entre l'Eternel et le peuple
des Samaritains, ce qui est proprement scandaleux et blasphématoire au regard
des Juifs de Judée.
..Mariage d'ISAAC Genèse
24,10-21 Le serviteur prit dix des chameaux de son maître
et, emportant de tout ce que son maître avait de bon, il se mit en route pour
l'Aram Naharayim, pour la ville de Nahor.
Il fit agenouiller les chameaux en dehors de la ville, près du
puits, à l'heure du soir, à l'heure où les femmes sortent pour puiser. Et il dit: "Yahvé, Dieu de mon maître
Abraham, sois-moi propice aujourd'hui et montre ta bienveillance pour mon
maître Abraham! Je me tiens près de
la source et les filles des gens de la ville sortent pour puiser de
l'eau. "La jeune fille à qui je
dirai: Incline donc ta cruche, que je boive et qui répondra: Bois et
j'abreuverai aussi tes chameaux, ce sera celle que tu as destinée à ton
serviteur Isaac, et je connaîtrai à cela que tu as montré ta bienveillance
pour mon maître." Il n'avait pas fini de parler que sortait
Rébecca, qui était fille de Bétuel, fils de Milka, la femme de Nahor, frère
d'Abraham, et elle avait sa cruche sur l'épaule. La jeune fille était très belle, elle était vierge, aucun homme
ne l'avait approchée. Elle descendit à la source, emplit sa cruche et
remonta. Le serviteur courut
au-devant d'elle et dit: "S'il te plaît, laisse-moi boire un peu d'eau
de ta cruche." Elle répondit:
"Bois, Monseigneur" et vite elle abaissa sa cruche sur son bras et
le fit boire. Quand elle eut fini de
lui donner à boire, elle dit: "Je vais puiser aussi pour tes chameaux,
jusqu'à ce qu'ils soient désaltérés."
Vite elle vida sa cruche dans l'auge, courut encore au puits pour
puiser et puisa pour tous les chameaux.
L'homme la considérait en silence, se demandant si Yahvé l'avait ou
non mené au but. |
Mariage de JACOB
Genèse
29, 1-8 Jacob se mit en marche et alla au pays des fils
de l'Orient. Et voici qu'il vit un puits dans la
campagne, près duquel étaient couchés trois troupeaux de petit bétail:
c'était à ce puits qu'on abreuvait les troupeaux, mais la pierre qui en
fermait l'ouverture était grande.
Quand tous les troupeaux étaient rassemblés là, on roulait la pierre
de sur la bouche du puits, on abreuvait le bétail, puis on remettait la
pierre en place sur la bouche du puits. Jacob demanda aux bergers: "Mes
frères, d'où êtes-vous?" Et ils répondirent: "Nous sommes de
Harân." Il leur dit:
"Connaissez-vous Laban, fils de Nahor" -- "Nous le
connaissons", répondirent-ils.
Il leur demanda: "Va-t-il bien?" Ils répondirent: "Il
va bien, et voici justement sa fille Rachel qui vient avec le
troupeau." Jacob dit: "Il
fait encore grand jour, ce n'est pas le moment de rentrer le bétail.
Abreuvez les bêtes et retournez au pâturage." Mais ils répondirent: "Nous ne pouvons le faire avant que
soient rassemblés tous les troupeaux et qu'on roule la pierre de sur la
bouche du puits; alors nous abreuverons les bêtes." |
Mariage de MOISE Exode
2,15-22 Pharaon entendit parler de cette affaire
et chercha à tuer Moïse. Moïse s'enfuit loin de Pharaon; il se rendit au pays
de Madiân et s'assit auprès d'un puits. Or un prêtre de Madiân avait sept filles. Elles
vinrent puiser et remplir les auges pour abreuver le petit bétail de leur
père. Des bergers survinrent et les
chassèrent. Moïse se leva, vint à leur secours et abreuva le petit bétail. Elles revinrent auprès de Réuel, leur
père, qui leur dit: "Pourquoi revenez-vous si tôt
aujourd'hui?" Elles lui dirent:
"Un Egyptien nous a tirées des mains des bergers; il a même puisé pour
nous et abreuvé le petit bétail. --
Et où est-il? Demanda-t-il à ses filles. Pourquoi donc avez-vous
abandonné cet homme? Invitez-le à manger." Moïse consentit à s'établir auprès de cet homme qui lui donna
sa fille, Cippora. Elle mit au monde
un fils qu'il nomma Gershom car, dit-il, "je suis un immigré en terre
étrangère." |
Jn
4,5-9 Il
arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob
avait donnée à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus,
fatigué par la marche, se tenait donc assis près du puits. C'était
environ la sixième heure. Une femme de Samarie vient pour puiser
de l'eau. Jésus lui dit: "Donne-moi à boire." Ses disciples en effet s'en étaient allés
à la ville pour acheter de quoi manger.
La femme samaritaine lui dit: "Comment! toi qui es Juif, tu me
demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine?" (Les Juifs en
effet n'ont pas de relations avec les Samaritains.) |
Histoire de mariage, disions-nous
plus haut. Histoire de mari. Le mot est répété 5 fois (v. 16 à 18). Pour bien
saisir l'allusion, il faut se reporter à l'histoire des samaritains qui nous
est donnée au 2ème Livre des Rois 17, 24. Au cours de son Histoire, la Samarie
a été en fait colonisée par 5 peuplades déportées qui sont venues chacune avec
leurs dieux.
1- Capitale du Royaume
d'Israël, fondée en 880.
2- Prise par SARGON II,
général assyrien en 722. Population déportée et remplacée par d'autres
peuplades de l'Empire assyrien.
3- Tombée sous la
domination de Nabuchodonosor, roi de Babylone,
en 587.
4- Puis territoire perse
en 536.
5- Devenue grecque en
321, avec Alexandre le Grand, qui y installe une colonie de vétérans de son
armée.
6- Territoire romain,
enfin, à l'époque de Jésus.
C'est ce syncrétisme (mélange de
la foi d'Israël et de ces cinq dieux) qui avait rendu les Samaritains odieux
aux yeux des juifs. Ce qui est capital c'est qu'en hébreux, mari et faux dieu
se dit de la même façon (Baal).
On voit donc que l'intention de Jean n'est pas de traiter un simple problème social homme/femme, mais d'approcher la relation entre le Peuple samaritain et l'Eternel. Celle-ci n'est pas de nature uniquement rituelle mais procède d'un véritable don conjugal (ce qui justifie la présence du puits).
En fait, Jean symbolise ici,
renouant le lien avec Jacob, par l'intermédiaire du puits, l'accueil fait par
les Samaritains au message de Jésus. Tout se présente comme si Jésus lui-même
venait offrir le salut aux samaritains (dans une mise en scène très élaborée).
Ils vont retrouver le culte du vrai Dieu : c'est l'alliance (mariage) qui leur
est proposée. Ce texte est le signe de
l'alliance qui se renoue : l'amour de Dieu est toujours offert !
Remarque : C'est
la force du symbolisme qui fait passer à une autre étape dans la connaissance
de Dieu et non un procédé didactique, déductif qui, là, ne mènerait
probablement à rien. Il est évidemment difficile pour nous de ressentir tout ce
contexte, toute la force du texte, qui, dans le milieu judéo-chrétien de
l'époque, était énorme.
Tout au long de son évangile,
JEAN semble prendre plaisir à brouiller les pistes, et à mêler plusieurs
niveaux de signification :
-
ch.2 : l'eau des jarres n'est pas de l'eau, mais du vin
-
ch.2 : l'heure du signe n'est pas l'heure solaire, mais
signe de l'heure de la mort de Jésus.
-
ch.3 : la naissance véritable n'est pas l'arrivée dans le
monde, mais la re-naissance
-
ch.4 : l'eau véritable n'est pas celle du puits, mais
l'eau vive
-
ch.6 : le pain véritable n'est pas le pain matériel, mais
le pain de vie
-
ch.8 : ceux qui se disent purs sont aussi pécheurs.
-
ch.9 : l'aveugle véritable n'est pas celui qui ne voit
pas, mais celui qui ne veut pas voir
-
ch.10 : ceux qui se prétendent les bergers du peuple ne
sont pas des bergers, mais des brigands
-
ch.11 : la maladie n'est pas la maladie, mais la mort
-
ch.11 : le mort n'est pas mort, mais vivant
-
ch.12 : le grain qui meurt n'est pas du grain, mais Jésus.
-
ch.13 : le traître n'agit pas de lui-même, il est
"agi".
-
ch.20 : l'homme n'est pas le jardinier, mais Jésus.
Si bien qu'à chaque fois,
l'interlocuteur se trompe sur le véritable sens de la parole de Jésus telle que
JEAN la rapporte. Il lui faut passer de l'apparence à la réalité. C'est là où
JEAN écrivant pour des personnes de culture grecque, a recours au langage de la
philosophie aristotélicienne : apparence/réalité - matière/forme –
accidents/substance. (cliquer
ici pour une explication plus précise). D'autant que JEAN joue également
sur un autre registre : le passage du temps où vivent ses auditeurs à la fin du
temps inaugurée par la mort-résurrection de Jésus.
Cela rejoint l'incise de
Matthieu (13,3 sq.), reprenant Isaïe : Les disciples s'approchant lui
dirent: "Pourquoi leur parles-tu en paraboles" - "C'est que,
répondit-il, à vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume des
Cieux, tandis qu'à ces gens-là cela n'a pas été donné. Car celui qui a, on lui
donnera et il aura du surplus, mais celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera
enlevé. C'est pour cela que je leur
parle en paraboles: parce qu'ils voient sans voir et entendent sans entendre ni
comprendre. Ainsi s'accomplit pour eux
la prophétie d'Isaïe qui disait:
Vous aurez beau entendre, vous
ne comprendrez pas;vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
C'est que l'esprit de ce peuple
s'est épaissi:ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux,
de peur que leurs yeux ne
voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur esprit ne comprenne,
qu'ils ne se convertissent, et
que je ne les guérisse.
"Quant à vous, heureux vos yeux parce qu'ils
voient; heureuses vos oreilles parce qu'elles entendent.
Jean aime le jeu des oppositions
d'images ou de niveaux de signification. Nous retrouvons ce trait à plusieurs
endroits essentiels de son évangile. Ici Jésus demande à boire à la
Samaritaine; il demande l'eau du puits de Jacob où vient puiser la femme. Ce
puits est appelé 'source' au v.6, c'est donc une eau vive et non dormante. Au
v.10, Jésus lui annonce qu'elle-même va demander à boire, "si tu
connaissais le don de Dieu et le nom de Celui qui te parle, tu lui aurais
demandé et il t’aurait donné de l’eau vive". Au v.15, la Samaritaine,
en effet, demande à boire à Jésus; il s'agit de "l'eau vive" du v.10.
La première eau désaltère pour un moment, puis renaît la soif; la seconde
désaltère de telle sorte que l'on n'a plus jamais soif, au contraire, cette eau
jaillit en vie éternelle.
Ce
jeu de signification à deux niveaux se retrouve au chapitre 6, dans le discours
sur le pain de vie : la manne ou les pains partagés, le pain vivant descendu du
ciel et le pain que Jésus sera lui-même dans l'eucharistie. Au chapitre 9,
c'est la guérison de l'aveugle de naissance : il recouvre la vue mais ceux qui
ne sont pas aveugles ne voient pas. Au chapitre 11, le thème s'élargit de la
vie et la mort physiques à la vie qui ne finit pas pour celui qui croit. Au
chapitre 12, Jésus parle du grain qui meurt et donne la vie, de même que celui
qui perd sa vie pour Jésus la trouve…
Comme
on le voit, les parallèles sont nombreux entre ces récits johanniques. Ce ne
sont pas seulement des comparaisons simples, ils nous invitent à découvrir dans
toute réalité un en dedans, une signification, qui fait de la réalité une
parabole de ce qui est caché et ne trouve que des mots humains pour se dire.
Nous sommes donc en droit d'aller au-delà de l'anecdotique pour comprendre le
récit de la rencontre au puits de Jacob. Si Marie, comme l'avons vu plus haut,
représente le peuple Israël, et la "femme" dont nous ne connaissons
pas le nom, le peuple des Samaritains, un autre parallèle est fait par Jésus
même entre Jérusalem et le mont Garizim. L'un et l'autre peuples sont appelés à
dépasser les lieux pour "adorer Dieu en esprit et en vérité" (Jn 4,24).
Relevons encore, dans la
démarche de la Samaritaine vis-à-vis de ses frères de race (Jn
4,28), le parallèle avec la démarche de Marie de Magdala, apôtre de ses
frères à la résurrection : "Va dire à mes frères que je monte vers mon
Père qui est aussi votre Père" (Jn 20,17).
Nous avons déjà entendu parler
de cette "heure" au récit des noces de Cana. L'expression courante
dans l'Évangile de Jean est à entendre dans un sens théologique : c'est l'heure
du jugement et du salut, l'heure eschatologique (la mort et la résurrection du
Christ marquant la venue des temps de la fin !).Dans cet Évangile, on trouve 17
fois une expression approchante (2/4 = à Cana : "mon heure n'est
pas encore venue"; 4/21.23: 5/25.28: 16/2.25.32 =
"l'heure vient où..."; 7/30: 8/20 = Jésus n'est pas
arrêté car : "son heure n'était pas encore venue"; 12/23 =
"Elle est venue, l'heure où le Fils de l'homme doit être glorifié"; 12/27
= "Père, sauve-moi de cette heure ?"; 13/1 = "sachant que
son heure était venue, l'heure de passer de ce monde au Père"; 16/4
= "afin que, leur heure venue, vous vous rappeliez..."; 16/21
= "son heure est venue"; 17/1 = "Père, l'heure est venue,
glorifie ton fils"; 19/27 = "depuis cette heure-là, le
disciple la prit chez lui.".23+24
L'épisode du retour des
disciples qui proposent à Jésus la nourriture achetée à la ville permet un
nouveau parallèle entre la nourriture terrestre des disciples et la nourriture
de la volonté de Dieu.
Il est encore une fois fait
référence à toutes les eaux qui coulent dans la Bible : l'eau est ici le
symbole de la Loi, de la Parole, de la Sagesse qui permettent de vivre en
accord avec Dieu, d'accéder à la vraie vie.
Délocalisation de l'adoration : il
existe, à cette époque, une querelle très vieille sur les lieux de culte : pour
éviter l'idolâtrie, centralisation des lieux de culte à Jérusalem en
particulier. Jésus va rendre ce problème caduc. Il n'est pas besoin de lieu
pour "adorer le père en esprit et en vérité". Il n'y a plus de lieu
sacré, de temps sacré, de personne sacrée. Il n'y a plus de distinction entre
profane ( =pro-fanum : devant le Temple) et sacré.
Semeur / moissonneur : au
thème de l'envoi de Jésus par son Père (v. 34), Jean II B ajoute celui de la
moisson. Ce thème de la moisson est particulièrement symbolique : la moisson,
c'est l'entrée dans le Royaume, dès cette vie, en recevant la parole de Dieu
par Jésus et les disciples. Ici, la moisson est la conversion de la
Samarie/Samaritaine.
Jean II B justifie a posteriori l'activité des disciples en Samarie.
Foi en la parole de Jésus : c'est
le problème de la crédibilité de la parole. Les miracles ne sont pas décisifs:
c'est l'adhésion à la parole qui est primordiale. Jean tente de convaincre que la transmission de
la parole est efficace. L'important n'est pas d'avoir vu des grands événements
mais de l'entendre dire et de le croire. Il suffit de laisser la Parole faire
son chemin en nous : accueil de la Parole.
On retrouve ce thème en Jean 4,48 et Jean 20,24-29
(Homélie
pour le 3° dimanche du Carême – année A – 27 février 2005)
|
J |
e ne
chercherai pas à savoir si l'histoire de la femme de Samarie est réelle ou non
: certes, on pourrait en discuter à perte de vue, mais cela n'apporterait rien,
sinon des satisfactions intellectuelles, au niveau géographique, historique ou
archéologique; mais rien au niveau spirituel. Considérons donc l'histoire comme
elle est racontée, mais en sachant qu'elle est rapportée dans l'évangile de
Jean, qui est composé de récits essentiellement symboliques. Je veux dire que
tout ressemble à une histoire, avec des personnages, une action et des lieux
comme dans une histoire ; alors qu'en réalité, c'est un enseignement.
|
L |
'histoire
se situe à midi. C'est-à-dire en plein milieu du jour. Ce qui, dans l'évangile
de Jean signifie que c'est l'heure de la pleine illumination, l'heure de la
reconnaissance de Jésus comme Envoyé de Dieu. Alors que la nuit symbolise
l'heure du péché, l'heure du Prince des Ténèbres.
L'histoire
se déroule au puits de Jacob. Or Jacob (que la Bible nomme également Israël)
est le Père des douze fils, d'où sont issues les douze tribus, qui ont quitté
l'Egypte, sont entrées dans la Terre promise, et sont devenues le Peuple de
Dieu. Nous sommes donc au début de quelque chose, comme de la création d'un
nouveau Peuple…
L'histoire
se déroule en Samarie. Une région intermédiaire entre la Galilée au Nord, et la
Judée au Sud. Un pays dont les habitants, au 8° siècle avant Jésus-Christ, ont
été déportés par le roi de Syrie, qui en a importé d'autres, venus d'ailleurs
avec leurs dieux, différents du Dieu d'Israël. Ces habitants ont fait souche. C'est
pourquoi existe, depuis lors, une inimitié profonde entre Juifs et Samaritains.
|
L |
e personnage central de l'histoire est une femme. Et
Jésus lui adresse la parole. Un Juif n'adresse déjà pas la parole à un
Samaritain, à plus forte raison ne parlera-t-il jamais avec une femme
samaritaine. Pourquoi donc Jésus n'hésite-t-il pas à le faire ?
Cette
femme vient puiser de l'eau au puits de Jacob. Ce qui signifie qu'elle et ses
congénères ont soif, et viennent se désaltérer au puits creusé par le Père
fondateur du Peuple d'Israël.
Le dialogue qui s'engage entre Jésus et la femme est
un peu abstrait pour nos intelligences. Retenons simplement que la discussion
sur l'eau du puits de Jacob va, au fil de la conversation, évoluer vers une
autre eau susceptible de désaltérer une autre soif, la soif du salut, la soif
du bonheur, la soif de Dieu. Mais pour pouvoir satisfaire cette soif, il y a un
acte préalable et essentiel : CROIRE que seul le Messie attendu par le Peuple
d'Israël est susceptible de donner cette eau. Or la femme SAIT que ce Messie
viendra un jour, elle l'a appris depuis qu'elle est toute petite, elle SAIT que
ce Messie sera Juif, mais elle ne VOIT pas qu'il est là, devant elle, parce
qu'il ne correspond pas à la représentation qu'elle s'en est faite. Car rien
n'est évident dans l'attitude de Jésus : il se présente comme un homme simple,
avec de simples paroles d'homme, une apparence d'homme toute simple, une
démarche d'homme simple. Or c'est cet homme simple qui lui demande de
reconnaître en lui le Messie-Sauveur.
|
E |
t la
femme accepte de CROIRE à la parole de cet homme simple. Elle accepte d'oublier
tout ce qu'on lui a dit du Messie, meneur d'hommes, chef de guerre, pour faire
confiance. Jusqu'à présent, elle SAVAIT. Elle a accepté de faire un pas énorme
: le pas de la FOI. Et maintenant elle VOIT Jésus d'un autre regard. Elle voit
en lui l'envoyé du Dieu qui désire sauver tout homme, tout dans l'homme, et
tous les hommes. Et tout change.
|
C |
e
cheminement de la femme de Samarie est aussi celui de Marthe, dans le récit de
la mort de Lazare, au chapitre 11 du même évangile de Jean. Ce cheminement a
été plus ou moins celui des catéchumènes qui seront baptisés dans la nuit de
Pâques. Ces hommes et ces femmes étaient apparemment parfaitement bien comme
ils étaient, mais ils éprouvaient une insatisfaction. Et il a fallu un déclic
tout bête : un pèlerinage à Lourdes, la rencontre d'un chrétien convaincu et
militant, le conseil d'une mère, la lecture d'un livre ou d'un article de
revue, pour qu'ils viennent frapper à la porte du Catéchuménat, et découvrent
la "joie d'être sauvés". Ils cheminent ensemble, accompagnés de
frères et de sœurs chrétiens depuis deux ou trois années. Et peu à peu ils ont
acquis, non pas des certitudes, mais des convictions; ils sont devenus
croyants. Jésus de Nazareth, cet homme extraordinaire, est devenu pour eux,
comme pour la femme de Samarie, l'Envoyé de Dieu, le RESSUSCITE.
|
L |
e
salut c'est cela : accepter de laisser tout ce qu'on SAIT, et CROIRE. Alors
seulement on peut VOIR ! "Je ne crois que ce que je vois !",
disent-ils. Si tu attends de voir pour croire, tu risques d'attendre longtemps
! Mais si tu acceptes de croire ce que
d'autres refusent, tu VERRAS des choses
que les autres ne voient pas ! Parole de croyant !
Jean-Paul
BOULAND
[1] Dans
la littérature rabbinique du Moyen Âge, on peut lire que Moloch, dieu des Ammonites,
recevait les sacrifices d’enfants dans un lieu nommé Tophet dans la
vallée de Hinnom
proche de Jérusalem. A l'époque de Jésus, ce lieu (Ge-Hinnom) était
devenu la décharge publique de Jérusalem (la Géhenne)… cf. Marc 9,43-47 : Et si ta main est pour
toi une occasion de péché, coupe-la: mieux vaut pour toi entrer manchot dans la
Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne
s'éteint pas. Et si ton pied est pour
toi une occasion de péché, coupe-le: mieux vaut pour toi entrer estropié dans
la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Et si ton oeil est pour toi une occasion de
péché, arrache-le: mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu
que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne