Paroisse saint GUILLAUME de FECAMP

 

 

 

Groupe de RECHERCHE BIBLIQUE

 

Année 2007 - 2008

 

 

SIGNES

 

et

 

PARABOLES

 

 


Introduction : Les PARABOLES. 4

en-dehors des récits évangéliques. 4

Psaume 78 1-5. 4

ESOPE - Les membres et l'estomac. 4

ISAIE 5, 1-7 - Le chant de la vigne. 4

LE SEMEUR.. 4

1- La PARABOLE ELLE-MEME. 4

2- QU'EST-CE QU'UNE PARABOLE ?. 4

L'Ami à minuit. 4

Les ELEMENTS de la PARABOLE. 4

QUELQUES EXPLICATIONS. 4

A chacun de voir comment (se) l'appliquer aujourd'hui. 4

Les deux FILS. 4

L'Esclave revenant des champs. 4

1- Le CONTEXTE SOCIO-ECONOMIQUE. 4

2- L'ENSEIGNEMENT. 4

LE FILS PRODIGUE….. 4

1- LA PARABOLE ELLE-MEME  (Luc 15,1-2, 11-32). 4

2- LE CONTEXTE. 4

2.1-  ECONOMIQUE. 4

2.2- SOCIO-RELIGIEUX.. 4

3- L'ENSEIGNEMENT de la PARABOLE. 4

3.2- Le schéma. 4

3.3- POUR LES PREMIERS CHRETIENS. 4

3.4- Et nous AUJOURD'HUI. 4

Le PHARISIEN et le PUBLICAIN.. 4

1- Qui sont les PHARISIENS. 4

2- "La PARABOLE". 4

Le samaritain.. 4

1- LE TEXTE (Luc 10 , 25-37). 4

2- LE CONTEXTE. 4

2.2- PRETRES - LEVITES : 4

2.3- La MORALE de l'histoire. 4

3- L'HISTOIRE comme une PARABOLE. 4

LES OUVRIERS DE LA ONZIEME HEURE. 4

1- LE TEXTE (Matthieu 20, 1 - 16a). 4

2- LE CONTEXTE. 4

2.1- Travail et Salaire. 4

2.2- Mesure du temps. 4

POIDS et MESURES. 4

MESURES de POIDS. 4

MONNAIES. 4

3- (une) EXPLICATION de la PARABOLE. 4

Annexe - Est-il permis de voler en cas de nécessité ?. 4

Les TALENTS. 4

Le Texte. 4

EXEGESE. 4

Le TALENT. 4

Tentative d'EXPLICATION.. 4

L'HOMME RICHE ET SES GRENIERS. 4

Le Texte. 4

L'Explication.. 4

LE BON GRAIN ET L'IVRAIE: Matthieu 13:24-30.36-43. 4

1- La PARABOLE -  au moment où Jésus la dit : 4

L'ECONOME INFIDELE: Luc 16:1-9. 4

Le serviteur impitoyable. 4

LES DIX VIERGES. 4

1- INTRODUCTION.. 4

2- Les cérémonies du MARIAGE au 1° siècle. 4

3- La PARABOLE. 4

Le Grand Dîner.. 4

Luc 14, 1-24. 4

Matthieu 21, 33 - 22,14. 4

Les BREBIS et les BOUCS. 4


Introduction : Les PARABOLES

en-dehors des récits évangéliques

 

 

Psaume 78 1-5

 


Ecoute, ô mon peuple, ma loi;

tends l'oreille aux paroles de ma bouche;

j'ouvre la bouche en paraboles,

j'évoque du passé les mystères.

Nous l'avons entendu et connu,

nos pères nous l'ont raconté;

nous ne le tairons pas à leurs enfants,

nous le raconterons

à la génération qui vient:

les titres de Yahvé et sa puissance,

ses merveilles telles qu'il les fit;

il établit un témoignage en Jacob,

il mit une loi en Israël;

il avait commandé à nos pères

de le faire connaître à leurs enfants,


 

ESOPE - Les membres et l'estomac.

 


Au temps où chez l'homme,

l'harmonie ne régnait pas,

comme aujourd'hui,

dans toutes les parties,

mais où chaque membre

avait sa volonté et son langage,

les autres organes,

mécontents de voir que par leurs soins,

par leurs efforts et leurs ministères,

tout était assuré à l'estomac,

que l'estomac était au milieu d'eux,

 bien tranquille,

n'ayant rien à faire que de jouir

des plaisirs qu'ils lui procuraient,

s'entendirent pour que les mains

cessassent de porter les aliments à la bouche,

la bouche de recevoir la nourriture donnée,

les dents enfin de la broyer.

Sous l'influence de cette colère,

comme ils voulaient venir à bout de l'estomac par la faim,

les membres, à leur tour

et le corps tout entier

en vinrent eux aussi

à un extrême dépérissement.

 

Alors on put voir que l'office du ventre

lui non plus n'était pas inutile,

mais qu'il nourrissait s'il était nourri,

renvoyant dans toutes les parties

du corps cet élément

qui est notre vie et notre force,

qui se répartit également dans les veines,

qui arrive à sa perfection

par l'assimilation des aliments, le sang.


 

(cité par Tite-Live)

 

ISAIE 5, 1-7 - Le chant de la vigne

 


Que je chante à mon bien-aimé

le chant de mon ami pour sa vigne.

Mon bien-aimé avait une vigne,

sur un coteau fertile.

Il la bêcha, il l'épierra,

il y planta du raisin vermeil.

Au milieu il bâtit une tour,

il y creusa même un pressoir.

Il attendait de beaux raisins:

elle donna des raisins sauvages.

Et maintenant, habitants de Jérusalem

et gens de Juda,

soyez juges entre moi et ma vigne.

Que pouvais-je encore faire pour ma vigne que je n'aie fait?

Pourquoi espérais-je avoir de beaux raisins,

et a-t-elle donné des raisins sauvages?

Et maintenant, que je vous apprenne ce que je vais faire à ma vigne!

en ôter la haie pour qu'on vienne la brouter,

en briser la clôture pour qu'on la piétine;

j'en ferai un maquis: elle ne sera ni taillée ni sarclée, ronces et épines y croîtront,

j'interdirai aux nuages

d'y faire tomber la pluie.

Eh bien! la vigne de Yahvé Sabaot, c'est la maison d'Israël, et l'homme de Juda,

c'est son plant de choix.

Il attendait le droit et voici l'iniquité,

la justice et voici les cris.


LE SEMEUR

 

 

1- La PARABOLE ELLE-MEME

 

1.1- Telle qu'on peut la lire dans le texte de Marc

 

 Marc 4, 2-20 Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles et il leur disait dans son enseignement:  "Ecoutez! Voici que le semeur est sorti pour semer.  Et il advint, comme il semait, qu'une partie du grain est tombée au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ont tout mangé.  Une autre est tombée sur le terrain rocheux où elle n'avait pas beaucoup de terre, et aussitôt elle a levé, parce qu'elle n'avait pas de profondeur de terre;  et lorsque le soleil s'est levé, elle a été brûlée et, faute de racine, s'est desséchée.  Une autre est tombée dans les épines, et les épines ont monté et l'ont étouffée, et elle n'a pas donné de fruit.  D'autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit en montant et en se développant, et ils ont produit l'un 30, l'autre 60, l'autre cent."  Et il disait: "Entende, qui a des oreilles pour entendre!"  Quand il fut à l'écart, ceux de son entourage avec les Douze l'interrogeaient sur les paraboles.  Et il leur disait: "A vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles,  afin qu'ils aient beau regarder et ils ne voient pas, qu'ils aient beau entendre et ils ne comprennent pas, de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné."

  Et il leur dit: "Vous ne saisissez pas cette parabole? Et comment comprendrez-vous toutes les paraboles?  Le semeur, c'est la Parole qu'il sème.  Ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée, sont ceux qui ne l'ont pas plus tôt entendue que Satan arrive et enlève la Parole semée en eux.  Et de même ceux qui sont semés sur les endroits rocheux, sont ceux qui, quand ils ont entendu la Parole, l'accueillent aussitôt avec joie,  mais ils n'ont pas de racine en eux-mêmes et sont les hommes d'un moment: survienne ensuite une tribulation ou une persécution à cause de la Parole, aussitôt ils succombent.  Et il y en a d'autres qui sont semés dans les épines: ce sont ceux qui ont entendu la Parole,  mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et étouffent la Parole, qui demeure sans fruit.  Et il y a ceux qui ont été semés dans la bonne terre: ceux-là écoutent la Parole, l'accueillent et portent du fruit, l'un 30, l'autre 60, l'autre cent."

 

Ce texte comprend manifestement deux parties : une histoire et son interprétation, entrecoupées par une intervention des disciples. Ainsi, à la lumière de cette parabole, nous allons entrer dans l'explication de l'ensemble des paraboles.

 

1.2- Telle qu'on peut la récrire après l'avoir lue : d'un coté l'histoire, de l'autre, son interprétation, et, dans la première colonne, les éléments de transition.

 

 

L'histoire elle-même

 

L'enseignement

1- Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles et il leur disait dans son enseignement:  "Ecoutez!

 

 

 

3- Et il disait: "Entende, qui a des oreilles pour entendre!"  Quand il fut à l'écart, ceux de son entourage avec les Douze l'interrogeaient sur les paraboles.  Et il leur disait: "A vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles,  afin qu'ils aient beau regarder et ils ne voient pas, qu'ils aient beau entendre et ils ne comprennent pas, de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné."

  Et il leur dit: "Vous ne saisissez pas cette parabole? Et comment comprendrez-vous toutes les paraboles?

2- Voici que le semeur est sorti pour semer. 

 

Et il advint, comme il semait, qu'une partie du grain est tombée au bord du chemin,

 

et les oiseaux sont venus et ont tout mangé. 

 

Une autre est tombée sur le terrain rocheux où elle n'avait pas beaucoup de terre, et aussitôt elle a levé, parce qu'elle n'avait pas de profondeur de terre;

 

 

et lorsque le soleil s'est levé, elle a été brûlée et, faute de racine, s'est desséchée. 

 

Une autre est tombée dans les épines,

 

et les épines ont monté et l'ont étouffée,

 

et elle n'a pas donné de fruit. 

 

 

D'autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit en montant et en se développant, et ils ont produit l'un 30, l'autre 60, l'autre cent." 

4- Le semeur, c'est la Parole qu'il sème. 

 

 

Ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée, sont ceux qui ne l'ont pas plus tôt entendue

 

que Satan arrive et enlève la Parole semée en eux. 

 

Et de même ceux qui sont semés sur les endroits rocheux, sont ceux qui, quand ils ont entendu la Parole, l'accueillent aussitôt avec joie,  mais ils n'ont pas de racine en eux-mêmes et sont les hommes d'un moment:

 

survienne ensuite une tribulation ou une persécution à cause de la Parole, aussitôt ils succombent. 

 

Et il y en a d'autres qui sont semés dans les épines: ce sont ceux qui ont entendu la Parole,  mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et étouffent la Parole, qui demeure sans fruit. 

 

Et il y a ceux qui ont été semés dans la bonne terre: ceux-là écoutent la Parole, l'accueillent et portent du fruit, l'un 30, l'autre 60, l'autre cent."

 

2- QU'EST-CE QU'UNE PARABOLE ?

 

Etymologie : du grec parabolh (para = à côté et ballein = lancer, jeter). La parabole correspond à la trajectoire d'un projectile lancé et retombant à terre. Le terme est d'Apollonius de Perge.

 

2.1- En Littérature : Dans son ouvrage : "Les paraboles du Royaume de Dieu", Charles-Harold DODD explique ainsi le pourquoi des paraboles : Elles sont l'expression naturelle d'un esprit qui voit la vérité dans des images concrètes, plutôt qu'il ne la conçoit dans l'abstraction…. Dans son état le plus simple, la parabole est une métaphore ou une comparaison tirée de la nature ou de la vie courante, qui frappe l'auditeur par son caractère vivant ou étrange, et dont l'application exacte sème dans l'esprit un doute suffisant pour inciter à une pensée personnelle.

 

Pour moi, une parabole est une histoire imagée concrète, qui fait appel à des éléments connus de tous, et qui est racontée, afin de faire comprendre à ceux qui l'entendent un enseignement abstrait. Ainsi l'histoire du semeur et du grain est-elle rapportée par Marc aux croyants auxquels il s'adresse et qui sont restés fidèles lors de la dernière persécution. Son projet est de les amener à comprendre que quelques-uns de leurs frères baptisés, qui, comme eux, ont fait confiance en la Parole des apôtres qui leur ont annoncé la Résurrection de Jésus et la fin des temps avec la venue du Royaume de Dieu, qui n'ont pas pu tenir fermes devant la persécution et la perspective de la mort, et qui en ont manifesté le regret sincère, restent malgré tout des frères. 

 

Cependant, tout ce qui est traduit par "parabole" dans nos récits évangéliques ne correspond pas forcément à cette définition. Il y a, dans l'évangile, de simples métaphores, des comparaisons, et de vraies paraboles. Ainsi l'histoire du juge corrompu rapportée par Luc (18, 1-8) n'est-elle qu'une simple comparaison : [Jésus] leur dit une parabole sur ce qu'il faut prier en tout temps et ne jamais se décourager. Dans une ville, il était un juge qui n'avait aucune crainte de Dieu et aucun respect pour personne.  Dans cette ville-là, il y avait une veuve qui vint vers lui pour lui dire:«Rends-moi justice contre mon adversaire!» Il refusa longtemps. Mais après il se dit en lui-même: «Même si je n'ai ni crainte de Dieu ni respect de personne, comme cette veuve me cause des tracas, je lui rendrai justice, de crainte qu'elle ne vienne sans fin me casser la tête.» Le Seigneur dit: Écoutez ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne ferait aucunement justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Il se montre patient avec eux. Je vous dis qu'il a hâte de leur faire justice. Mais quand il viendra, le Fils de l'homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? On ne peut en effet pas assimiler le Seigneur Dieu à un juge corrompu… Ici donc le juge n'est que juge, la veuve est symbolique de tous les pauvres, et l'adversaire est qui l'on veut…

 

2.2- En Mathématique : La parabole est une des trois coniques (avec l'hyperbole, et l'ellipse dont le cercle peut être considéré comme un cas particulier) découvertes par les mathématiciens grecs en tant qu'intersection d'un cône par un plan (du grec kwnos).

 



ci-dessus la parabole d'équation y = x2/10

 

Autre définition, celle du Petit Larousse : La parabole est le lieu des points M équidistants d'un point fixe F, ou foyer, et d'une droite fixe, ou directrice D : ce qui nous donne la figure suivante

 

C'est cette figure qui me servira de base pour une tentative d'explicitation des paraboles qui suivront. Si je reprends la parabole dite " du semeur ", je peux placer ainsi les éléments de  l'histoire et leurs analogues dans l'enseignement :

 


Semeur

Le Christ ?

 

Grain

 

Parole de Dieu

 

Bord du chemin

Oreille furtive…

 

Oiseaux

 

Satan

Roc

 

Auditeurs inconstants

Soleil

 

Tribulation-Persécution

Epines

 

Soucis du monde

Etouffé

 

Contredisent la Parole

Bonne terre

 

Les fidèles

Fruit

 

?…

 

A vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné; mais à ceux-là qui sont dehors

tout arrive en paraboles, 

afin qu'ils aient beau regarder et ils ne voient pas,

qu'ils aient beau entendre et ils ne comprennent pas,

de peur qu'ils ne se convertissent

et qu'il ne leur soit pardonné."

 
 

 

 


Le schéma ci-dessus indique que la parabole, lorsqu'elle est dite, comporte deux versants : l'HISTOIRE d'un coté, l'ENSEIGNEMENT de l'autre. Mais elle comporte toujours une POINTE, qui est l'objectif que poursuit le narrateur. Ici, la parabole dite du Semeur semble avoir pour objectif, non pas d'adresser un enseignement aux foules, ou à telle partie du peuple, mais de révéler aux disciples le pourquoi paradoxal des paraboles.

 

Cependant, il ne faut pas oublier que les paraboles racontées par Jésus, ont été ensuite rapportées par les rédacteurs évangéliques. Il est fort probable que ceux-ci ont choisi, en fonction de leurs auditeurs quelles paraboles ils rapporteraient. C'est ainsi que les trois évangiles dits " synoptiques " ne rapportent pas tous les mêmes paraboles. Quant à l'évangile de Jean, s'il ne comprend aucune parabole, le style dans lequel il est écrit est à lui-même quasi parabolique - nous le verrons au moment où nous parlerons de cet évangile. Il nous faut donc maintenant ajouter une troisième branche à la figure esquissée ci-dessus : celle qui correspond à la première génération de croyants :

 

 

Zone de Texte: La première génération de croyants
Zone de Texte: Les auditeurs de Jésus
Zone de Texte: L'histoire
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Et justement, dans la parabole dite du " Semeur ", si l'histoire racontée n'est aucunement sujette à caution, l'explication, elle, l'est. Et ici, je rapporte ce qu'écrit C.H DODD, dans l'ouvrage cité plus haut : Il est frappant de noter comme tout ce texte diffère, tant par le langage que par le style, de la plupart des paroles de Jésus. Le vocabulaire de ce court passage comprend sept mots qui n'appartiennent pas au recueil synoptique (mysterion, hoi exo, proskairos, apate ne s'y trouvent pas; epithymia se trouve uniquement en Luc 22, 15 et dans un sens différent; diogmos et thlipsis seulement en Marc 10, 30 ). Ces sept mots sont caractéristiques du vocabulaire employé par Paul, et la plupart d'entre eux se retrouvent chez d'autres écrivains apostoliques. Ces faits font supposer d'emblée que nous avons ici, non pas un élément de la tradition primitive des paroles de Jésus, mais un fragment d'enseignement apostolique.

 

En outre, l'interprétation proposée est confuse : la semence est la Parole; et cependant la moisson qui lève se  compose de diverses sortes de gens. La première interprétation suggère l'idée grecque de " parole séminale ", tandis que la seconde ressemble fort à un passage de l'Apocalypse d'Esdras : " De même que le fermier sème dans le sol de nombreuses graines et plante une multitude de plantes, et de même qu'à la saison tout ce qu'il a planté n'aura pas pris racine, de même, parmi ceux qui ont semé dans le monde, tous ne seront pas sauvés ".(2 Esdras 8, 41). Deux lignes d'interprétation incompatibles ont été mélangées. Nous pouvons cependant  supposer que l'Auteur de la parabole savait exactement ce qu'il voulait dire.

 

De plus, le verset 17b, annonçant à mots couverts la réaction des auditeurs de Jésus face à l'épreuve et à la persécution, correspond à la perspective des versets 11-12 qui présentent le but des paraboles : empêcher que des non-prédestinés au salut comprennent l'enseignement de Jésus. Cette conception est certainement en rapport avec la doctrine de l'église primitive (que Paul a acceptée tout en la nuançant) ; le peuple juif, chez qui Jésus était venu, a été rendu aveugle à la signification de sa venue par une disposition de la divine providence, car c'est par le rejet du Messie que devait se réaliser le dessein mystérieux de Dieu. Autrement dit, en expliquant le but des paraboles, Marc veut répondre à la question soulevée par la mort de Jésus et par l'échec de ses disciples à gagner le peuple juif. Mais,  à lire honnêtement les évangiles, on doit reconnaître que Jésus désirait être compris de tout le monde, et donc qu'il n'a pas cherché à voiler son enseignement sous des formes inintelligibles.

 

En suivant donc le raisonnement de DODD, nous pouvons dire que l'enseignement que nous avons relaté comme s'adressant aux auditeurs de Jésus dans les années 25-30 s'adresserait plutôt aux auditeurs de Marc dans les années 65-70.

 

Mais il y a un autre élément à ne pas oublier dans notre tentative d'explication des paraboles. Chaque dimanche, l'Eglise nous propose un texte tiré des récits évangéliques. Et assez souvent, parce que c'est une forme d'enseignement populaire, elle nous propose telle ou telle parabole. Non pas par souci d'archéologie, mais pour nourrir notre foi et notre comportement chrétien d'aujourd'hui. Il nous faut donc maintenant ajouter une quatrième branche aux trois précédentes :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Reste un élément extrêmement important  à prendre en considération : le contexte naturel, socioculturel, religieux et politique de l'époque, dans la Judée-Galilée-Samarie de Jésus.

 

Par exemple, pour bien comprendre et l'histoire et l'enseignement de la parabole dite du "Semeur", il faut savoir qu'on ne pratiquait pas les semailles comme aujourd'hui chez nous. Nous sommes accoutumés à voir le cultivateur labourer la terre, puis la herser, et enfin y semer les grains. A l'époque de Jésus, on sème le grain devant la charrue, ou plutôt l'araire, tirée soit par un âne, soit par une femme ou un homme. Et l'araire recouvre le grain d'une mince pellicule de terre, plus ou moins mêlée, selon la configuration du terrain, de cailloux, de ronces et d'épines. La parabole se comprend alors de la manière suivante : le Christ-Semeur répand la graine, et les disciples-laboureurs, qui ne sont pas cités dans le texte, viennent compléter son action. Mais l'efficacité de leur action dépend de la qualité du terrain…

 

Un dernier élément enfin : il s'agit de paraboles destinées à faire comprendre aux auditeurs ce qu'il en est du Royaume, ou du Règne, de Dieu. Dans l'enseignement du Christ, qui dit "grain" dit "moisson", qui dit "moisson" dit "fin des temps" et "venue du Christ en gloire", mais dit aussi réalisation provisoire et momentanée de ce Règne de Dieu aujourd'hui chez nous. Et c'est précisément ce qui est important, mais qui reste, même après une sérieuse information, de l'ordre du subjectif, parce que marquée par tout ce qui constitue l'être de celui ou de celle qui lit ou qui écoute la parabole, tout comme de celui qui tente d'en tirer un enseignement pour aujourd'hui… Nous reviendrons là-dessus après avoir étudié quelques paraboles concernant ce Royaume de Dieu.

 


L'Ami à minuit

 

 

 

 

Luc 11,1-13 -  Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, un de ses disciples lui dit: "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples."

 

Il leur dit: "Lorsque vous priez, dites:   Père, que ton Nom soit sanctifié; que ton règne vienne; donne-nous chaque jour notre pain quotidien; et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit; et ne nous soumets pas à la tentation."

 

Il leur dit encore: "Si l'un de vous, ayant un ami, s'en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire: Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu'un de mes amis m'est arrivé de voyage et je n'ai rien à lui servir, et que de l'intérieur l'autre réponde: Ne me cause pas de tracas; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit; je ne puis me lever pour t'en donner;  je vous le dis, même s'il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d'ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin.

 

"Et moi, je vous dis: demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira.  Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira.  Quel est d'entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent?  Ou encore s'il demande un oeuf, lui remettra-t-il un scorpion?  Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient!"

 

 

 

Les ELEMENTS de la PARABOLE

 

Les éléments de la parabole/comparaison sont les suivants:

 


L'un de vous

 

Chaque croyant

 

Ayant un  ami

 

Dieu le Père

Au milieu de la nuit

 

Persécution – souffrance – doute…

Un de mes amis

 

Celui qui a besoin de moi

Trois pains

 

 

Le nécessaire – l'essentiel (Notre pain de ce jour…)

Il se lèvera

 

Dieu répond

combien plus le Père du ciel

donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient!"

autrement dit :

Si  l'ami sans gêne a obtenu satisfaction pour son ami,

à combien plus forte raison nous qui sommes les enfants bien-aimés

d'un Dieu miséricordieux!

 

Nous rappeler que l'évangile de Luc a été écrit peu après la persécution déclenchée par les Pharisiens contre les Judéà-Chrétiens : cf Actes 8, 1-8 : En ce jour-là, une violente persécution se déchaîna contre l'Eglise de Jérusalem. Tous, à l'exception des apôtres, se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Samarie. Cependant des hommes dévots ensevelirent Etienne et firent sur lui de grandes lamentations. Certains des "disciples" se posent donc la question de la confiance en la Résurrection, et de l'efficacité de la prière d'intercession. C'est à eux que cette parabole/comparaison s'adresse.

 

L'ami sans gêne a obtenu satisfaction. La parabole n'illustre pas tant la persévérance dans la prière (pour cela, cf. plutôt Luc 18:1) que l'encouragement à la confiance (ne pas oublier que confiance = foi). Rien ne doit  dissuader d'invoquer le Père céleste, car il est toujours disposé à répondre favorablement à toute demande qui lui est adressée.

 

 

QUELQUES EXPLICATIONS

 

Cherchez et vous trouverez … Celui, ou celle, qui n'a pas vraiment confiance, pense : "Je ne sais pas si je vais trouver, mais je vais au moins chercher… on ne sait jamais  !" – Celui, ou celle, qui a confiance, dira : "Je vais trouver, il n'y a plus qu'à chercher !".

 

Frappez, on vous ouvrira… Celui, ou celle, qui n'a pas vraiment confiance, ou qui doute de la présence éventuelle de l'ami, hésitera à frapper, ne sachant si on va lui ouvrir. Celui, ou celle, qui sait que l'ammi est chez lui, n'hésitera pas à frapper… et l'ami lui ouvrira.

 

"Les amis de nos amis sont nos amis". La parabole est une histoire d'amis, trois en tout. Le deuxième est dérangé par le premier qui, lui, va déranger le troisième. Il va demander au premier pour  le troisième ce qu'il ne peut pas lui donner lui-même. La parabole ne parle pas tant de la prière en général que de l'intercession. Ou plutôt, prétend-t-elle nous révéler que la prière véritable est intercession.

 

Le troisième ami, c'est le prochain, non pas celui de qui je suis proche, mais celui dont je m'approche. C'est là l'une des révélations majeures de l'Evangile, notamment dans la parabole du Bon Samaritain, au chapitre précédent de Luc (Luc 10, 10-37). Déranger Dieu pour nous, c'est bien. Mais il faut aussi savoir se laisser déranger par les autres. Parler avec Dieu, c'est bien, mais il faut aussi savoir écouter les autres. Frapper à la porte de Dieu, c'est bien. Mais il faut aussi savoir ouvrir la sienne!

 

En finale, cette parabole semble avoir pour objectif d'inciter les disciples à la confiance, et à la prière d'intercession.

 

 
Réflexion complémentaire : La PRIERE selon PASCAL

 

Pourquoi Dieu a établi la prière?

1. Pour communiquer à ses créatures la dignité de la causalité[1].

2. Pour nous apprendre de qui nous tenons la vertu.

3. Pour nous faire mériter les autres vertus par travail.

Mais pour se conserver la primauté il donne la prière à qui il lui plait.

Objection : mais on croira qu'on tient la prière de soi.

Cela est absurde, car puisque ayant la foi on ne peut avoir les vertus. Comment aurait-on la foi? Y a(-t-)il pas plus de distance de l'infidélité à la foi que de la foi à la vertu?

Mériter, ce mot est ambigu.

 

 (Blaise PASCAL (1623 – 1662) – Pensées (commencées en 1656)

 

 

A chacun de voir comment (se) l'appliquer aujourd'hui.


Les deux FILS

 

 

 

 

  Matthieu 21, 28-32 - Mais dites-moi votre avis. Un homme avait deux enfants. S'adressant au premier, il dit: "Mon enfant, va-t'en aujourd'hui travailler à la vigne" -  "Je ne veux pas", répondit-il; ensuite pris de remords, il y alla.  S'adressant au second, il dit la même chose; l'autre répondit : "Entendu, Seigneur", et il n'y alla point.  Lequel des deux a fait la volonté du père" - "Le premier", disent-ils. Jésus leur dit: "En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu. En effet, Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui; les publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui; et vous, devant cet exemple, vous n'avez même pas eu un remords tardif qui vous fît croire en lui."

 

 

 

1- Il est important de rappeler cette incise de Luc, dans les Actes des Apôtres : Philippe, qui était descendu dans une ville de Samarie, y proclamait le Christ. Les foules unanimes s'attachaient aux paroles de Philippe, car on entendait parler des miracles qu'il faisait et on les voyait. Beaucoup d'esprits impurs en effet sortaient, en poussant de grands cris, de ceux qui en étaient possédés, et beaucoup de paralysés et d'infirmes furent guéris. Il y eut une grande joie dans cette ville. (Actes 8, 5-8). Il semble donc, d'après ce texte, que les Samaritains aient été plus facilement conquis par le message de Jésus de Nazareth et par l'annonce de sa mort-résurrection, que les Juifs de Judée ou de Galilée. Cela s'applique également aux catégories marginales de la population de Judée (Samaritains, Publicains, Prostituées…) et pourrait expliquer le rôle sympathique que les rédacteurs des textes évangéliques ont dévolu aux Samaritains, de même qu'aux publicains, lépreux, prostituées…

 

- A un premier degré, les deux fils de la "parabole" seraient donc :

 

1-      les Samaritains et les marginaux de Judée

2-     les détenteurs du Pouvoir religieux : les Pharisiens, Scribes, Sadducéens…

 

Il est important de noter que les Zélotes ne sont jamais nommés par Jésus, ni pour être montrés en exemple, ni pour être  vilipendés (bien que Simon, dit le Zélote, en fut, ainsi vraisemblablement que Judas).

 

La Vigne, comme toujours dans la Bible, c'est le Peuple de Dieu.

 

- A un deuxième degré, on pourrait identifier les deux fils comme :

 

1-      les "païens", c'est-à-dire les non-juifs de l'ensemble du Bassin méditerranéen, résidant ou non en Judée.

2-     les Juifs.

 

La Vigne représentant l'ensemble du monde habité, lieu du Règne de Dieu, destiné à devenir Royaume de Dieu.

 

3- Enfin, à un troisième degré, il est possible de lire la parabole comme racontée pour notre époque, et d'identifier ainsi les deux fils :

 

1-      les non-croyants et mal-croyants de toutes origines

2-     les chrétiens.

 

La Vigne représentant toujours l'ensemble du monde habité…

 

2- On s'attendrait à voir entrer en scène un troisième fils, le fils modèle, celui qui promet et qui s'exécute. Mais ce fils apparemment n'existe pas, pas plus qu'il n'existe dans la parabole du fils prodigue. Il n'y a pas de gens parfaits dans le Royaume de Dieu. Il y a là des gens qui sont à la fois pécheurs et justes, mais personne n'y est sans péché.

 

3- Et JEAN le Baptiste ? Pour Matthieu, Jean est venu comme avant-coureur (précurseur) de Jésus :         " En ces jours-là arrive Jean le Baptiste, prêchant dans le désert de Judée et disant: "Repentez-vous, car le Règne de Dieu (= la Vigne) est tout proche."  C'est bien lui dont a parlé Isaïe le prophète :  Voix de celui qui crie dans le désert:  Préparez le chemin du Seigneur,  rendez droits ses sentiers".  (Matthieu 3, 1-3). A ses yeux, l'erreur (le péché) des Corps constitués juifs est de ne pas lui avoir fait confiance, alors que le Peuple est venu vers lui.

 

Cette parabole, est en fait un message de consolation. Elle montre que la révolte n'est pas nécessairement définitive, qu'elle peut, comme chez le fils prodigue, déboucher sur le remords et la conversion. C'est une parabole d'espérance, car Dieu est un Dieu d'espérance. Il espère envers et contre tout que le pécheur reviendra à lui et qu'il pourra le sauver (cf. Parabole dite du "Fils prodigue").

 

A chacun de voir comment (se) l'appliquer aujourd'hui…

 


L'Esclave revenant des champs

 

 

 

Luc 17, 7-10 -  "Qui d'entre vous, s'il a un serviteur qui laboure ou garde les bêtes, lui dira à son retour des champs: Vite, viens te mettre à table ? Ne lui dira-t-il pas au contraire: Prépare-moi de quoi dîner, ceins-toi pour me servir, jusqu'à ce que j'aie mangé et bu; après quoi, tu mangeras et boiras à ton tour ?  Sait-il gré à ce serviteur d'avoir fait ce qui lui a été prescrit ?  Ainsi de vous; lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles; nous avons fait ce que nous devions faire."

 

 

1- Le CONTEXTE SOCIO-ECONOMIQUE.

 

Il s'agit d'esclaves, et non pas de salariés ou d'employés de maison : le terme grec (doulos) que le traducteur moderne a rendu par "serviteur" signifie bel et bien "esclave" ! L'Economie juive, et encore plus l'Economie grecque, du premier siècle, reposait pour une bonne part sur une Société comportant un nombre restreint d'hommes libres, propriétaires et commerçants, gouvernant un grand nombre de journaliers au statut précaire et d'esclaves qui n'avaient aucun droit. A titre d'exemple, la ville de Corinthe, lorsque Paul y arrive, a une population totale de près de 600.000 habitants, dont 400.000 esclaves !  Il était donc normal que Jésus emprunte pour les paraboles qu'il racontait les personnages et les situations à la Société qui l'entourait. Néanmoins, l'esclave juif ne le restait pas à vie :

 

Lévitique 25, 39-54 - Si ton frère tombe dans la gêne alors qu'il est en rapports avec toi et s'il se vend à toi, tu ne lui imposeras pas un travail d'esclave;  il sera pour toi comme un salarié ou un hôte et travaillera avec toi jusqu'à l'année jubilaire.  Alors il te quittera, lui et ses enfants, et il retournera dans son clan, il rentrera dans la propriété de ses pères.  Ils sont en effet mes serviteurs, eux que j'ai fait sortir du pays d'Egypte, et ils ne doivent pas se vendre comme un esclave se vend.  Tu n'exerceras pas sur lui un pouvoir de contrainte mais tu auras la crainte de ton Dieu. 

 

Les serviteurs et servantes que tu auras viendront des nations qui vous entourent; c'est d'elles que vous pourrez acquérir serviteurs et servantes.  De plus vous en pourrez acquérir parmi les enfants des hôtes qui résident chez vous ainsi que de leurs familles qui vivent avec vous et qu'ils ont engendrées sur votre sol: ils seront votre propriété  et vous les laisserez en héritage à vos fils après vous pour qu'ils les possèdent à titre de propriété perpétuelle. Vous les aurez pour esclaves, mais sur vos frères, les Israélites, nul n'exercera un pouvoir de contrainte. 

 

Si l'étranger ou celui qui est ton hôte atteint une certaine aisance alors que ton frère, dans ses rapports avec lui, tombe dans la gêne et se vend à cet étranger, à cet hôte, ou au descendant de la famille d'un résidant,  il jouira d'un droit de rachat, vente faite, et l'un de ses frères pourra le racheter.  Pourront le racheter son oncle paternel, le fils de son oncle ou l'un des membres de sa famille; ou, s'il en a les moyens, il pourra se racheter lui-même.  En accord avec celui qui l'a acquis, il fera le compte des années comprises entre l'année de la vente et l'année jubilaire; le montant du prix de vente sera évalué en fonction des années, en comptant ses journées comme celles d'un salarié.  S'il reste encore beaucoup d'années à courir, c'est en fonction de leur nombre qu'il remboursera comme valeur de son rachat une partie de son prix de vente.  S'il ne reste que peu d'années à courir jusqu'au jubilé, c'est en fonction de leur nombre qu'il calculera ce qu'il remboursera pour son rachat,  comme s'il était salarié à l'année. On ne le traitera pas arbitrairement sous tes yeux.  S'il n'a été racheté d'aucune de ces manières, c'est en l'année jubilaire qu'il s'en ira, lui et ses enfants avec lui.

 

 

2- L'ENSEIGNEMENT

 

Les éléments de la parabole sont simples : le Maître – l'esclave

 

1-      le Maître : manifestement, c'est le même que dans les autres paraboles, Dieu.

2-     L'esclave, c'est manifestement aussi, celui qui a la mission de travailler la terre pour le Maître, l'Humanité pour Dieu, le disciple.

 

Une question se pose  : ce Maître dur et exigeant, qui contraint son esclave à le servir après sa journée de travail aux champs, et qui n'a pas un mot de gratitude envers lui, serait-il celui que Luc décrivait quelques chapitres plus avant, et qui, lui, constatant que ses esclaves avaient attendu son retour, prenait la tenue de travail pour les servir ? ( cf. Luc 12, 37).

 

Jésus s'adresse à des disciples. Pas aux Douze seulement, mais à des disciples. Ils ont des esclaves. Les uns sont durs avec leurs esclaves. Les autres sont bons avec eux. Les uns croient que le Dieu dont il parle est le même que Celui des Pharisiens, un Dieu qu'il faut craindre et dont il faut mériter la bienveillance en obéissant scrupuleusement à la Loi. Les autres considèrent que ce même Dieu doit être à l'image de leur Maître,  un Dieu qui aime gratuitement, et qui est toujours disposé à pardonner. C'est pourquoi Jésus raconte aux  uns une histoire de Maître et d'esclave, où le Maître est dur avec ses esclaves, lorsque ceux-ci n' obéissent pas à ses ordres. Aux autres il raconte une autre histoire de Maître et d'esclave, où le Maître est bon avec ses esclaves.

 

Il raconte à chacun une histoire en rapport avec ses convictions et sa manière d'être et de faire. Cela afin qu'ils comprennent qu’on ne peut rien dire  de Dieu en soi, mais que le Dieu auquel on croit est toujours imaginé et compris d’après ce que l’on est.

 

Dans sa lettre aux chrétiens de Rome, parmi lesquels se trouvaient des convertis qui étaient des hommes libres, avec d'autres convertis qui étaient esclaves, PAUL écrivait: Aujourd'hui, vous qui avez été libérés du péché et êtes devenus esclaves de Dieu, vous portez du fruit pour la sainteté, et l'aboutissement, c'est la vie éternelle. ( Romains 6, 22 ). Esclaves de Dieu ! Expression incompréhensible à nos esprits imprégnés de deux siècles de Démocratie libérale. Mais à l’époque, parfaitement en phase avec ces esclaves qui, à l'intérieur des premières communautés chrétiennes, célébraient la Fraction du pain qu’ils partageaient avec des Maîtres, dont certains étaient les leurs. Et qui comprenaient parfaitement ce qu'il écrivait aux Galates : Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Ne parlons plus de Grec ni de Juif, d'esclave ou d'homme libre, d'homme ou de femme, car tous, vous ne formez qu'un seul corps dans le Christ Jésus. ( Galates 3, 28-29 ). Et ailleurs encore, parlant de lui cette fois, et de son ministère auprès des Chrétiens de Corinthe : Ce n'est pas nous que nous prêchons, mais le Christ, Jésus, le Seigneur; nous ne sommes, nous, que vos esclaves, à cause de Jésus ( 2 Corinthiens 4, 5).

 

Et tous se souvenaient de cette parole du Christ: Je ne vous appelle plus des esclaves, car l'esclave ignore ce que fait son Maître; je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître ( Jean 15, 15 ).

 


LE FILS PRODIGUE…

 

1- LA PARABOLE ELLE-MEME  (Luc 15,1-2, 11-32)

 

 

Cependant tous les publicains et les pécheurs s'approchaient de lui pour l'entendre. Et les Pharisiens et les scribes de murmurer: "Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux!" …

 

Il dit encore: "Un homme avait deux fils.  Le plus jeune dit à son père: Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. Et le père leur partagea son bien.  Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l'inconduite.

 

Quand il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença à sentir la privation.  Il alla se mettre au service d'un des habitants de cette contrée, qui l'envoya dans ses champs garder les cochons. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, et personne ne lui en donnait.  Rentrant alors en lui-même, il se dit: Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim!  Je veux partir, aller vers mon père et lui dire: Père, j'ai péché contre le Ciel et envers toi;  je ne mérite plus d'être appelé ton fils, traite-moi comme l'un de tes mercenaires.

 

Il partit donc et s'en alla vers son père.  Tandis qu'il était encore loin, son père l'aperçut et   fut pris de pitié; il courut se jeter à son cou et   l'embrassa tendrement.  Le fils alors lui dit: Père, j'ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d'être appelé ton fils.  Mais le père dit à ses serviteurs: Vite, apportez la plus belle robe et l'en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,  car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé! Et ils se mirent à festoyer.

 

Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses.  Appelant un des serviteurs, il s'enquérait de ce que cela pouvait bien être. Celui-ci lui dit: C'est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé. Il se mit alors en colère, et il refusait d'entrer. Son père sortit l'en prier. Mais il répondit à son père: Voilà tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis; et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras !

 

Mais le père lui dit: Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.  Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé!"

 

 

 

2- LE CONTEXTE

 

2.1-  ECONOMIQUE

 

L'action de l'histoire se déroule, au premier siècle de notre ère, quelque part en Palestine, dans une exploitation agricole moyenne de type familial. Un père, deux fils, du personnel. Le Père de famille est le patron, au sens réel du terme, à la fois paterfamilias et chef d'entreprise, seul détenteur du capital et du pouvoir de décision. Ses deux fils, l'aîné et le cadet, l'aident, assistés de quelques ouvriers, salariés rémunérés à la journée (un denier d'argent), et d'esclaves, qui ne le sont pas à vie, puisqu'ils doivent être libérés lors de l'année sabbatique, sauf s'ils demandent eux-mêmes à rester.

 

Selon le Droit Juif (ROLAND DE VAUX - Les institutions de l'ANCIEN Testament - Ed. du Cerf), à la mort du chef de famille, l'aîné hérite l'ensemble des terres et le patrimoine immobilier. Seules les richesses mobilières sont partagées entre les enfants mâles, et l'aîné reçoit une part double de celle des autres. Il est probable que la perspective de se trouver un jour au service de son frère n'enthousiasme guère le cadet de l'histoire, qui a d'autres projets, dont, pourquoi pas ?, celui d'acheter sa propre exploitation. Il est donc parfaitement dans son droit lorsqu'il demande à son père la part d'héritage qui doit lui revenir. Et le père fait  trois parts:  deux pour l'aîné, une pour le cadet. Et le cadet part. Il va vivre sa vie. Nous savons ce qu'il lui arrivera, après qu'il aura dilapidé son bien, et comment, à bout de forces et de ressources, il fera retour vers la maison paternelle, où son Père l'attend pour le réintégrer dans tous ses droits.

Le choc est alors pénible pour l'aîné, qui est doublement scandalisé par l'attitude qu'il juge profondément injuste de son Père.  D'abord parce que c'est lui qui a le plus perdu : le cadet, lui, a dilapidé son bien, mais, après tout, chacun fait ce qu'il veut de son argent ! L'aîné, quant à lui, devra, une nouvelle fois, à la mort de son Père, partager avec son frère une richesse que celui-ci n'a pas contribué à créer. Or, si ce frère était resté, il est certain que le capital aurait davantage augmenté, grâce à leur travail commun. On aurait pu investir, et tout le monde y aurait gagné. 

Mais il est surtout scandalisé, parce que son Père manifeste un amour, à son avis exagéré envers un fils ingrat, alors qu'il n'en a jamais manifesté le tiers du quart envers son aîné, qui, lui, est resté fidèle. Et, apparemment, la réponse de son Père  ne le satisfait pas.

2.2- SOCIO-RELIGIEUX

 

2.2.1- Les Pharisiens : Un groupe extrêmement important et influent en Judée à l'époque de Jésus : 5000 à 6000 hommes vivant le plus souvent en petites communautés. Ils se sont fait une spécialité (on pourrait même dire que c'est leur fonds de commerce) de la Loi. Ils s'efforcent d'en observer scrupuleusement tous les préceptes et tous les interdits. Ils imposent également aux autres membres du Peuple  l'obligation de l'observer, comme eux le font.

 

2.2.2- Les Publicains : Dans les récits évangéliques, il s'agit généralement de simples juifs, qui ont accepté de devenir collecteurs d'impôts pour le compte des Publicains romains. La charge de publicain était vendue par l'occupant en début d'année à de riches personnes qui s'engageaient à verser aux Romains la totalité de l'impôt exigé, et qui, ensuite en récupéraient le montant auprès du peuple, par l'intermédiaire des petits collecteurs juifs. Ce système imposait au petit collecteur, s'il voulait gagner sa vie, de récupérer deux, trois ou quatre fois plus que ce qu'on exigeait de lui. C'est ainsi que Zachée dira : Si j'ai fait du tort à quelqu'un je lui rembourserai quatre fois la mise !  Ces petits collecteurs étaient considérés comme pécheurs par les Pharisiens, puisqu'ils travaillaient pour l'occupant, et surtout parce qu'ils manipulaient de l'argent étranger.

 

Il y avait d'autres éléments du peuple considérés comme pécheurs : c'étaient tous ceux qui étaient en contact soit avec le sang, soit avec le sexe, soit avec la maladie, soit avec l'argent. Ajoutons à ceux-là les Samaritains, qui, ayant fait sécession avec les Judéens, étaient eux aussi considérés comme impurs.

 

3- L'ENSEIGNEMENT de la PARABOLE

 

3.1- Connaissant à la fois l'histoire et le contexte dans lequel elle se déroule, et sachant que cette parabole s'adresse aux pharisiens et aux scribes, scandalisés par l'attitude de Jésus envers les pécheurs, nous pouvons tenter de dégager l'enseignement que Jésus voudrait que ses auditeurs dégagent de cette parabole.

3.2- Le schéma

Zone de Texte: Le père

Le fils aîné

Le fils cadet

L'héritage

Le pays lointain

Les cochons


Zone de Texte: Dieu

Pharisiens et Scribes

Publicains et pécheurs

Le salut

Exclusion du peuple élu

L'impureté légale
 

 


                                     

                                    

                                     

                                      

                                       

                                                                          

La "pointe" de la parabole est claire : il s'agit d'un enseignement destiné aux Pharisiens, et plus généralement à tous ceux qui se croient "purs", afin de les encourager à accueillir leurs frères, qui avaient contracté une impureté légale, et désiraient s'en purifier.  C'est le premier enseignement. Il y en a un second: encourager ceux qui avaient contracté une impureté légale à s'en purifier, afin de réintégrer le Peuple de Dieu.

3.3- POUR LES PREMIERS CHRETIENS

 

Au moment où Luc écrit son évangile, la première persécution, celle de Néron, a déjà fait des victimes (dont Paul, l'apôtre) parmi les premières communautés de croyants. Mais certains, qui n'ont pas eu le courage d'affronter la mort, ont préféré renier le Christ, brûler de l'encens devant la statue de l'empereur et consommer la viande d'animaux immolés aux dieux de l'Empire. Certains ont, par la suite, regretté leur attitude, et demandent à être réintégrés dans leur communauté. La pointe de la parabole est pour eux qui sont restés fidèles, comme pour les Pharisiens; et pour les apostats comme pour les collecteurs d'impôts.

 

Zone de Texte: Le père

Le fils aîné

Le fils cadet

L'héritage

Le pays lointain

Les cochons
Zone de Texte: Dieu

Les fidèles

Les apostats

Le salut

L'exclusion de la communauté

La statue de l'empereur
                       

 


                                                                                                                                                             

                                                                        

                                                                        

                                                                        

 

 

 

3.4- Et nous AUJOURD'HUI

 

Devant une parabole, chacun reste libre de comprendre l'enseignement et de se l'appliquer à soi-même. Lorsqu'il s'agit d'une homélie suivant la proclamation de cette parabole au cours d'une célébration, le prédicateur doit  tenter une application pour ceux et celles qui l'entendent, mais avec beaucoup de circonspection : les personnes sont diverses, leurs situations sont différentes… et leurs réactions parfois vives !…


Le PHARISIEN et le PUBLICAIN

 

 

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain.
 Le pharisien se tenait là et priait en lui-même :'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !' Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »(Lc 18, 9-14)

 

 

1- Qui sont les PHARISIENS

 

Le regroupement des pharisiens en parti organisé, improprement qualifié de secte, remonte probablement au IIe siècle av. J.-C.

 

Parti nationaliste, les pharisiens se sont fondés sur la Loi (Torah) pour se défendre contre les influences étrangères de tout bord, y compris celle des Grecs, qui menaçaient de contrecarrer la religion sacrée de leurs pères. Ce sont à l'origine des juifs pieux (en hébreu hassidim) qui reçurent le nom de pharisiens lorsque Jean Hyrcan était grand prêtre de Judée (134-104 av. J.-C.).

 

En hébreu, perushim signifie « séparés » : cette désignation leur vient peut-être du fait qu'ils s'étaient séparés de Judas Maccabée et des Assidéens, ou bien de leur pratique de la Loi qui les séparait de ceux qui se tournaient à cette époque vers les mœurs hellénistiques. Les pharisiens étaient opposés aux sadducéens, représentants des grandes familles sacerdotales et aristocratiques qui refusaient toute nouveauté en matière religieuse, en particulier la croyance à la résurrection des morts. Hommes pieux, les pharisiens désiraient voir l'État et les affaires publiques régis et jugés par les critères de la Loi et non par les aristocrates et les prêtres sadducéens. Scrupuleux observateurs de la Loi dont ils faisaient leur règle de vie, ils étaient en majorité issus des milieux artisan, commerçant, ou du petit clergé, et étaient appréciés du petit peuple. Le parti des pharisiens prit de l'ampleur sous le règne de la reine Salomé-Alexandra (76-67 av. J.-C.). Ils étaient environ six mille au temps d'Hérode le Grand et représentaient alors l'élite intellectuelle et spirituelle du peuple juif. Le courant pharisien fut seul capable de survivre à la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains (70 apr. J.-C.) et devint le courant dominant du judaïsme.

 

2- "La PARABOLE"

 

Cette parabole n'en est pas vraiment une. C'est une simple histoire, peut-être un fait réel. Peut-être Jésus a-t-il été témoin, lors d'un de ses passages au Temple de Jérusalem, d'un événement semblable : le pharisien, qui se met bien en évidence, de manière à manifester publiquement qu'il est pur et juste, et qu'il ne craint pas le jugement de Dieu; le collecteur d'impôts qui se cache derrière un pilier, de peur d'être reconnu par l'un de ceux qu'il a pu escroquer…

 

Mais pourquoi donc Luc rapporte-t-il cette histoire que Jésus a racontée quelques cinquante années auparavant ? Tout simplement parce que, après la destruction du Temple par le général Titus, futur empereur, en 70, les opposants aux Pharisiens : saducéens, esséniens, hérodiens, prêtres, membres du Sanhédrin, zélotes ou sicaires, tous ont disparu corps et biens dans la tourmente. Le culte s'est tout entier reporté dans les synagogues des villages, où les Pharisiens étaient maîtres. Et ces Pharisiens, irrités de voir nombre de Juifs rejoindre les disciples de Jésus, qu'ils prétendaient être le Messie, un beau jour, ont obligé les "chrétiens" à choisir entre les réunions du Shabbat à la synagogue, et leurs propres réunions le premier jour de la semaine pour célébrer la résurrection du Christ.

 

Qu'est-ce donc que Jésus reproche aux pharisiens qu'il ne reproche pas aux collecteurs d'impôts?

 

1- Tout d'abord, le pharisien semble croire que, comme tout privilégié, il a des droits sur Dieu :  Je Te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des humains. Tout ce qu'il dit est certainement vrai : il verse au Temple le dixième de ses revenus, il jeune plus qu'il ne devrait, il observe toutes les règles de pureté légale, il vit selon les principes de la Loi… mais il s'en vante devant Dieu. Il se déclare lui-même "juste" devant Dieu. Alors que le collecteur d'impôts, au contraire, sait bien qu'il est impur, qu'il n'a pas sa place dans le Temple ni dans la communauté de la synagogue, et il le déclare devant Dieu : "Mon Dieu, pardonne à moi, le pécheur ! ".

 

2- Le pharisien énumère ce qu'il croit être des mérites : ceci, cela et encore cela… Le collecteur d'impôts, lui, n'énumère pas ses fautes : il sait qu'elles sont trop bien connues du Seigneur !

 

3- Le pharisien, parce qu'il respecte scrupuleusement la Loi, se croit supérieur aux autres. Mais, à y regarder de près, c'est une attitude enfantine : Je suis plus fort que toi… Moi je sais… Toi tu sais pas… Moi, je suis allé là… Toi tu y es pas allé!… Quant au collecteur d'impôts , il se sait en position de faiblesse : il n'a aucune envie de craner, ni devant Dieu ni devant les hommes.

 

4- Le pharisien, en conséquence de ce qui précède, croit qu'il n'y a rien à changer dans son comportement : tout ce qu'il fait est bien, c'est-à-dire conforme à la Loi, et c'est vrai ! Mais le publicain, lui, sait bien, que s'il désire réintégrer le peuple et la considération de ses corréligionnaires, il devra changer radicalement. Zachée en est un exemple connu !

 

5- Le pharisien n'a confiance qu'en lui-même, et dans sa possibilité de respecter la Loi. Cela encore est une attitude d'enfant : Je suis grand, moi !… Je peux faire tout seul !…  Alors que le publicain sait bien qu'il ne pourra pas changer tout seul, il aura besoin de l'aide du Seigneur.

 

En fait, la grande leçon de cette histoire, c'est que l'attitude vraiment adulte consiste à se reconnaître soi-même tel qu'on est, devant son miroir, devant les autres, qui sont un autre miroir, et devant le Seigneur, qui est derrière le miroir !

 

"Préparons-nous à célébrer l'eucharistie… reconnaissons que nous sommes pécheurs !" - "J'avoue à Dieu, je reconnais devant mes frères que j'ai péché ! ".

 

 


Le samaritain

 

A première vue, cette histoire n’est pas vraiment une parabole, puisqu’elle met en scène des personnages réels, qui jouent leur propre rôle, dans un contexte connu de tous. Cependant… mais voyons le texte, puis le contexte.

 

1- LE TEXTE (Luc 10 , 25-37)

 

25 Pour mettre Jésus dans l'embarras, un docteur de la Loi lui posa cette question : "Maître, que dois-je  faire, pour avoir part à la vie  éternelle ?" 26 Jésus lui demanda : "Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ?" 27 L'autre répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même." 28 Jésus lui dit : "Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie." 29 Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste, dit à Jésus : "Et qui donc est mon prochain ?" 30 Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s'en allèrent en le laissant à moitié mort. 31 Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l'autre côté. 32 De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l'autre côté. 33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de pitié. 34 Il s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, et les donna à l'aubergiste, en lui disant : 'Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.' 36 Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme qui était tombé entre les mains des bandits ?" 37 Le docteur de la Loi répond : "Celui qui a fait preuve de bonté envers lui." Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même."

 

2- LE CONTEXTE

 

2.1- JERUSALEM-JERICHO : une route qui relie la capitale établie par David à la cité qui se trouve près de la Mer Morte (- 392 mètres). Une route qui, à l'époque est bien connue pour être le lieu d'agressions de toutes sortes. Notons que Jésus situe l’histoire dans le sens Jérusalem-Jéricho, et non dans le sens Jéricho-Jérusalem…

 

2.2- Les SAMARITAINS : le nom de Samaritains les rattache à la ville de Samarie, édifiée au IXe siècle av.J.C dans le Royaume du Nord (ou Royaume d’Israël), séparé du Royaume du Sud (ou Royaume de Juda) sous les successeurs immédiats de Salomon. Rappelons que la maladresse de Roboam, fils et successeur de Salomon, provoqua la révolte de l’armée du nord et Jéroboam devint le souverain des deux tiers du royaume salomonien. Le schisme, initialement politique, ne tarda pas prendre une coloration religieuse et fit de l’opposition au sacerdoce hiérosolymite une revendication fondamentale en réclamant le retour aux “ hauts lieux ” sanctifiés par les Patriarches puis en rétablissant le culte dans ces mêmes lieux. Plusieurs rites et pratiques réputés étrangers à la Loi de Moïse avaient été censurés par le clergé du Temple de Jérusalem qui déniait au mont Garizim toute prééminence, autant chronologique qu’honorifique, dont il avait joui avant l’érection de la “ demeure ” dans la ville davidique.

 

Notons dès à présent que les Samaritains n’ont jamais reconnu comme sacrés que les cinq livres du Pentateuque qui constituent la Torah, la Loi de Moïse, écrits dans lesquels se trouve justement la prohibition des hauts-lieux et de tout lieu de culte autre que le sanctuaire unique de Jérusalem. La divergence première sur les lieux de culte, qui n’a fait que s’aggraver tout au long de l’histoire des deux royaumes, a profondément marqué la foi et la liturgie des Samaritains, au-delà des siècles et des bouleversements historiques.

 

Dans les années qui suivirent la scission de 931 av. J.C, le Royaume du nord fut l’objet de pressions toujours plus forte de la part de son puissant voisin Assyrien, soit directement, soit par l’intermédiaire de vassaux syriens ; le territoire fut ravagé à plusieurs reprises par les expéditions de l’armée d’Assur ou de ses alliés jusqu’à l’invasion définitive de 721 av. J.C où la chute de Samarie et la déportation de l’élite sociale et sacerdotale de la nation dans la région du Haut-Euphrate concrétisèrent la disparition du royaume en tant qu’entité politique. Les quelque deux siècles d’histoire du Royaume de Samarie avaient malheureusement été troublés par des retours périodiques à l’idolâtrie, du fait des souverains, et pourtant, le IXe siècle fut celui de vigoureux prophètes comme Elie et Elisée et le VIIIe devait voir se lever les grandes figures d’Amos et d’Osée.

 

L’histoire du Royaume de Samarie qui nous est retracée par les Livres des Rois et les Chroniques de la Bible doit cependant être lue avec circonspection car elle fut écrite dans l’optique du Royaume de Juda, rival de Samarie et surtout dans celle des scribes du Temple de Jérusalem, ennemis acharnés de tout autre lieu de culte que le leur ; elle ne nous montre cependant aucune scission autre que politique et si l’arrière plan polémique est indéniable, il n’y est nullement question d’exclusion idéologique ou religieuse. Le petit royaume du sud devait survivre un peu plus d’un siècle à son voisin du nord mais, de par sa position entre deux grands empires, l’Egypte et la Mésopotamie, il était condamné à terme à subir la loi d’un des deux. En 598 av. J.C, Nabuchodonosor, roi de Babylone, s’emparait de Jérusalem et, en 587, l’élite politique et sacerdotale était à son tour déportée vers le sud de la Babylonie. (Guy-Dominique Sixdenier, Les samaritains , Living Past, 1, 1999).

 

C’est donc dire qu’à l’époque de Jésus, les Samaritains sont, aux yeux des Juifs :

 

-          des étrangers

-          des hérétiques

-          et donc des impurs au regard de la Loi juive, au même titre que les lépreux, les prostituées, les pratiquants de métiers méprisés…

 

Cependant, Il est important de noter ce que remarque Luc, dans les Actes des Apôtres : Philippe, qui était descendu dans une ville de Samarie, y proclamait le Christ. Les foules unanimes s'attachaient aux paroles de Philippe, car on entendait parler des miracles qu'il faisait et on les voyait. Beaucoup d'esprits impurs en effet sortaient, en poussant de grands cris, de ceux qui en étaient possédés, et beaucoup de paralysés et d'infirmes furent guéris. Il y eut une grande joie dans cette ville. (Actes 8, 5-8). Il semble donc, d'après ce texte, que les Samaritains aient été plus facilement conquis par le message de Jésus de Nazareth et par l'annonce de sa mort-résurrection, que les Juifs de Judée ou de Galilée. Cela pourrait expliquer le rôle sympathique que les rédacteurs des textes évangéliques aient dévolu aux Samaritains.

2.2- PRETRES - LEVITES :

 

2.2.1- Leur NOMBRE : C’est le "personnel du Temple". " La division du clergé en 24 classes sacerdotales dont chacune accomplissait selon son rang une semaine de service à Jérusalem, du chabbat au chabbat – c'est pourquoi les classes s'appelaient  également sections hebdomadaires – était la disposition en vigueur au temps de Jésus. Ces 24 classes sacerdotales comprenaient tous les prêtres dispersés en Judée et en Galilée. Chacune de ces classes se divisait en 4 à 9 familles de prêtres (sections quotidiennes), officiant à tour de rôle pendant les sept jours de la semaine de service de leur section hebdomadaire. .. Une section hebdomadaire comprenait en moyenne 6 sections quotidiennes. Le nombre de prêtres d'une section quotidienne était environ de 50. Cela nous donne en gros 300 prêtres pour une section hebdomadaire… Comme il y avait 24 sections hebdomadaires, le nombre total des prêtres s'élevait à 24 x 300 = 7200 prêtres. A cela s'ajoutaient les lévites, répartis eux aussi en 24 sections hebdomadaires, pour un total de 9600. (Joachim JEREMIAS – Jérusalem au temps de Jésus ).

 

2.2.2- Leurs obligations :

 

2.2.2.1- préceptes généraux de pureté rituelle : L'histoire racontée par Jésus nous précise que les brigands ont laissé l'homme "à moitié mort", A moitié mort, donc à moitié vivant… mais il faut s'approcher de l'homme pour connaître la réalité de son état… Or, si cet homme est réellement mort, un Juif ne peut pas s'en approcher sans contracter une impureté rituelle : Celui qui touchera un mort, un corps humain quelconque, sera impur pendant sept jours. Il se purifiera avec l' eau le troisième jour et le septième jour, et il sera pur; mais, s'il ne se purifie pas le troisième jour et le septième jour, il ne sera pas pur. Celui qui touche un mort, le corps d'un homme  mort, et qui ne se purifiera pas, souille la Demeure de Yahvé; celui-là sera retranché d'Israël. Comme l'eau de purification n'a pas été répandue sur lui, il est impur, et son impureté est encore sur lui. (Nombres 19, 11-14) –

 

Pour un Juif, être impur, ce n'est pas rien ! C'est avoir manqué gravement à l'observation d'un important article de la Loi, qui est la charte constitutive du Peuple de Dieu. Tant que l'individu est impur, il est "hors-la-loi", il ne doit avoir de contact avec personne, sous peine de transmettre l'impureté à celui ou à celle qu'il touche, il ne peut pas partager le repas avec les membres de sa famille, il ne peut pas prendre ses enfants dans ses bras… L'impureté, c'est comme ce qu'on nommait naguère "une maladie honteuse"… L'individu, même s'il n'a pas contracté volontairement l'impureté, en est néanmoins frappé…et tout le monde s'écarte de lui.

 

2.2.2.2- Préceptes concernant les prêtres et les lévites : Le Livre du Lévitique prescrit ceci : Yahvé parla à Moïse et dit:  Parle à Aaron et à ses fils: qu'ils se consacrent par les saintes offrandes des Israélites sans profaner mon saint nom; à cause de moi ils doivent le sanctifier. Je suis Yahvé. Dis-leur: Tout homme de votre descendance, à quelque génération que ce soit, qui s'approchera en état d'impureté des saintes offrandes consacrées à Yahvé par les Israélites, cet homme-là sera retranché de ma   présence. Je suis Yahvé. (Lévitique 22,1-3).

 

Dans l'histoire racontée par Jésus, si le prêtre, puis le lévite changent de trottoir pour éviter le contact avec ce qu'ils croient être un cadavre, ils ont donc légalement raison, ils sont même tenus de le faire. Car si l'homme est mort, et qu'ils le touchent, ils contracteront l'impureté légale et perdront leur emploi au Temple. Ils ne devront plus avoir aucun contact avec leur famille. Et de plus, ils seront retranchés du peuple, c'est-à-dire qu'ils ne pourront séjourner que dans les quelques cités-refuges ouvertes aux bannis. Il y a là de quoi faire réfléchir, même le plus miséricordieux des prêtres et des lévites…

 

Quant au Samaritain, il n'est pas tenu, nous l'avons vu plus haut, aux mêmes règles de puretés rituelles. C'est pourquoi il n'hésite pas à s'approcher de ce qu'il croit, comme les deux autres, être un cadavre, et constatant alors qu'il est encore vivant, il le prend, il l'emporte…nous connaissons la fin de l'histoire.

 

2.3- La MORALE de l'histoire

 

Envisagée comme une simple histoire, nous pouvons déjà en dégager une première morale. Le propos de Jésus n'est pas de faire l'apologie de la religion samaritaine par rapport à la religion juive. C'est bien plutôt  de mettre ses auditeurs en garde contre le légalisme poussé à l'extrême, car il peut aboutir à la non-assistance à personne en danger, par souci de préserver ou sa réputation ou son statut, ou ses avantages acquis.

 

3- L'HISTOIRE comme une PARABOLE.

 

Car cette histoire peut aussi fonctionner comme une parabole, sinon, pourquoi Luc l'aurait-il rapportée ?  Il faut alors retrouver les symboles auxquelles elle fait appel;

 

3.1- JERUSALEM – JERICHO : Jérusalem, c'est la capitale que David a instaurée : "La durée du règne de David sur Israël fut de quarante ans : il régna sept ans à Hébron, et trente-trois ans à Jérusalem". (1 Rois 2,11). Jéricho, c'est la ville par laquelle l'armée des Hébreux, conduite par Josué, est entrée en Terre promise (à la septième fois, les murailles tombèrent…). Un premier symbole apparaît : situant son histoire sur l'axe Jérusalem-Jéricho, et non l'inverse, Jésus (ou Luc) oriente le lecteur vers une sortie de la Terre promise, et l'annonce de la Bonne nouvelle aux païens.

 

3.2- Le SAMARITAIN : C'est celui qui exerce la compassion, avec le même verbe qui est employé lorsque l'Ecriture dit de Dieu qu'il a pitié de son peuple. Ce Samaritain peut donc être le symbole de Jésus, se faisant volontairement impur, afin d'exercer la compassion de Dieu envers le pauvre qui est tombé sur le chemin. Nous rejoignons alors le chapitre 25,31-46 de Matthieu : J'avais faim et vous m'avez donné à manger… qui est la réponse à la question posée par le scribe et qui a motivé l'histoire racontée par Jésus.

 

3.3- PRETRE et LEVITE : ce sont ceux qui veulent se garder purs, et refusent d'exercer la compassion, au nom même de leur fidélité à la Loi de Dieu.

 

 

 

JERUSALEM – JERICHO                                                                              l'annonce aux "Nations"

 

 

Le blessé                                                                                                           tous les blessés de la vie

 

 

Prêtre et lévite                                                                                                          les fidèles à la Loi

 

 

Samaritain                                                                                                   celui qui brave l'impureté

 

 

 

 

"Maître, que dois-je  faire, pour avoir part à la vie  éternelle ?"

 


LES OUVRIERS DE LA ONZIEME HEURE

 

 

1- LE TEXTE (Matthieu 20, 1 - 16a)

 

Jésus disait cette parabole : "Le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d'accord avec eux
sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail Il leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne ,et je vous donnerai ce qui est juste. Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit :'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée sans rien faire ? Ils lui répondirent :'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.' Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.' Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons  enduré le poids du jour et de la chaleur !' Mais le maître répondit à l'un d'entre eux :'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ? Prends ce qui te revient, et va-t-en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi :n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?'Ainsi les derniers seront premiers,  et les premiers seront derniers."

 

2- LE CONTEXTE

 

2.1- Travail et Salaire

 

2.1.1- Les monnaies au temps de Jésus (cf. .tableau ci-dessous)

 

2.1.2- Les journaliers : On estime généralement qu'il y avait peu d'esclaves en Judée-Galilée au temps de Jésus. En revanche, le travail des champs était accompli par des journaliers. Un journalier -  travailleur rémunéré chaque soir en fin de travail - était payé 1 denier, plus la nourriture. On estimait qu'en temps ordinaire, ce denier suffisait à un homme pour faire vivre sa famille. En temps de disette, il en allait autrement, car alors le prix des aliments de première nécessité étaient multipliés par deux, trois ou quatre, voire plus. Dans chaque village, il y avait un endroit où les régisseurs venaient chaque matin embaucher le nombre de journaliers nécessaires à la quantité de travail à accomplir. C'est ce même régisseur qui, en fin de journée, distribuait à chacun son denier.

 

2.2- Mesure du temps

 

Dans tout l'empire romain, la journée était divisée en douze heures de jour, et quatre veilles de nuit de trois heures chacune.

 

 

                                               6° heure

                                                                                                                             2° veille                                                              3° veille

 


3° heure                                                                             9° heure

 


                                                                                                                             1° veille                                                              4° veille

 


POIDS et MESURES

au temps de JESUS

(valeurs moyennes)

 


MESURES LINEAIRES

 


 

Coudée                ( environ 0,45 m.)                         1

Empan                                                2             1

Palme                                                  6             3             1

Doigt                                    24   12  4             1

 

MESURES de CAPACITE

(matières solides)

 

Homer (environ 450 litres)                      1

Letek                                                                   2             1

Epha                                                    10          5             1

Sea                                        30          15           3             1

Qab        180        90          18           6             1

 

MESURES de CAPACITE

(matières liquides)

 

Kor (environ 450 litres)                                             1

Bath                                                                     10          1

Hin                                                       60            6           1

Log                                        750     75            12.5       1

 

MESURES de POIDS

 

 

Talent   ( = 34.272 kg)                                  1

Mine                                                                    60          1

Sicle                                     3600   60          1

Guera                   72000 1200     20          1

 

 

MONNAIES

 

Talent                                 10000 2500  100          1

Mine                                                    100   25               1

Sala                                                                      4             1

DENIER (= 1 journ. de travail)                                1 

Ma'ah                                                                  1/6        1

As                                                         1/144  1/24       1

Lepte                                   1/1152 1/192   1/8        1(=Obole)


 

3- (une) EXPLICATION de la PARABOLE

 

3.1- Niveau théologique :

 

Les humains fonctionnent selon deux logiques : le DON et le MERITE. Certains revendiquent tout comme un DU, parce qu’ils estiment qu’ils ont mérité ce qui leur est accordé, et qu'on le leur doit. D’autres au contraire accueillent tout comme un DON, tout étonnés d’être jugés dignes de recevoir ce qui leur est accordé. Et cette attitude se retrouve jusque dans la prière des hommes à leur Seigneur. Naguère, l’acte de contrition se récitait ainsi : Mon Dieu, j’ai un grand regret de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable. Je prends la ferme résolution, moyennant votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence. Autrement dit, “ Donnant-donnant, Toi, Seigneur, tu me donnes ta grâce; et moi je ne pêche plus “. Sous-entendu : “ Sinon, ne t’étonne pas que je continue à t’offenser !...”. Logique du Mérite.

 

Ces deux logiques sont présentes tout au long des évènements et des entretiens auxquels Jésus fut mêlé. Dans la parabole du Pharisien et du Publicain par exemple, le Pharisien est dans la logique du MERITE : Je jeûne, je donne le dixième de mes biens, je prie, donc je suis juste à tes yeux, Seigneur. Quant au Publicain, il ne sait que dire: Prends pitié du pécheur que je suis. Autrement dit : Seigneur, justifie-moi. Il est dans la logique du DON, estimant que seul le Seigneur pourra le déclarer juste. Lors de l’épisode de la femme adultère, les Anciens, parce qu’ils observent scrupuleusement les règles de pureté rituelle, s’estiment purs et justes et ils amènent à Jésus le femme qui a été convaincue d’adultère, et qu’ils jugent impure, selon ces mêmes règles. Selon la logique du MERITE, elle mérite la mort. Jésus change de logique et les amène à reconnaître qu’ils ne sont pas eux-mêmes indemnes de toute faute. Il ne les condamne pas. Et il les amène à ne pas condamner la femme, selon la logique du DON: Ils partirent tous, en commençant par les plus âgés...

 

Dans la parabole que nous étudions, les premiers embauchés (dans lesquels on reconnaît les Pharisiens,  les Anciens et les Scribes, c’est-à-dire tous les Israélites de stricte observance), revendiquent comme un dû un salaire supérieur à celui que reçoivent les autres, parce qu’ils estiment avoir mérité davantage. Ils sont le Peuple de Dieu depuis plusieurs siècles, ils sont fidèles à la Loi  mosaïque. Ils ne  comprennent pas que Dieu puisse considérer comme eux les convertis de fraîche date, et leur donner gratuitement le même salut qu'à eux-mêmes.

 

Mais nous n’avons pas encore dit quelle est la nature du salaire dont il est question dans la parabole. Si la Vigne, c’est le Monde; si le Maître de la Vigne, c’est Dieu; si les ouvriers représentent tous ceux qui œuvrent  pour que le Monde devienne le lieu du Règne de Dieu; si la onzième heure représente les derniers temps; alors le salaire est unique : c’est le Bonheur d’être avec Dieu, ce que Jésus nomme " la vie éternelle ", la vie avec Dieu, la vie de Dieu en chacun. Et cette vie, ce bonheur, il n’y en a pas davantage pour les uns que pour les autres. Nul ne saurait dire qu'il la mérite. C'est un DON de Dieu.

 

C'est ce qui est représenté sur le schéma suivant :

 

 

maître du domaine                                                                                      le Seigneur

 

première heure                                                                                            les débuts du PEUPLE

 

ouvriers                                                                                                        membres du PEUPLE

 

vigne                                                                                                             le Royaume de DIEU          

ce qui est juste (1 denier)                                                                            

la vie dans le Royaume

3° - 6° - 9° heure                                                                                          les grandes dates de l'Histoire

 

11° heure                                                                                                       proche de la fin du temps

 

ouvriers                                                                                                         les "Nations"

 

'Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers."

 

3.2- niveau économique (point de vue personnel) :

 

3.2.1- Il est évident que, vu sous l'angle du strict rapport entre temps de travail et salaire, dans une économie de type libéral, la leçon de la parabole est parfaitement injuste. Car fonder l’économie d’une entreprise sur l’égale rémunération de tous les travailleurs, quel que soit le nombre de leurs heures de travail, c'est certainement le meilleur moyen d’encourager l’absentéisme, de susciter des grèves à répétition, et de faire crouler l'entreprise. Il est en effet absolument impossible d’envisager une même rémunération pour tous, quelle que soit la quantité de travail de chacun. Cela va contre tous les codes du travail, et contre le bon sens lui-même. L'entrepreneur qui procéderait ainsi aurait contre lui tous les syndicats, tous les inspecteurs du travail, tous les media et l'opinion publique...

 

3.2.2- Dans le contexte de l'époque, le salaire d'un denier, nous l'avons dit, suffit, en temps normal, à un journalier pour le faire vivre avec sa famille. Or, dans la parabole que Jésus raconte et que Matthieu rapporte :

 

3.2.2.1- tous les travailleurs embauchés sont des journaliers

 

3.2.2.2- les besoins sont les mêmes pour tous

 

3.2.2.3- on ne nous dit pas que les derniers embauchés n'étaient pas là dès la première heure, ni qu'ils sont paresseux. Au contraire, à la question : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée sans rien faire ?  ils répondent : "Parce que personne ne nous a embauchés.'.

 

3.2.2.4- Pour le Maître de la vigne, la JUSTICE consiste donc à donner à chacun le salaire nécessaire pour LA journée. Ce qui rejoint la prière de Jésus : Donne-nous aujourd'hui notre pain de CE jour.