Paroisse saint GUILLAUME de FECAMP
Groupe
de RECHERCHE BIBLIQUE
Année
2007 - 2008
SIGNES
et
en-dehors
des récits évangéliques
ESOPE - Les membres et l'estomac.
ISAIE 5, 1-7 - Le chant de la vigne
2- QU'EST-CE QU'UNE PARABOLE ?
A chacun de
voir comment (se) l'appliquer aujourd'hui.
1- Le CONTEXTE
SOCIO-ECONOMIQUE.
1- LA PARABOLE ELLE-MEME
(Luc 15,1-2, 11-32)
3- L'ENSEIGNEMENT de la PARABOLE
3.3- POUR LES PREMIERS CHRETIENS
3- L'HISTOIRE comme une
PARABOLE.
LES OUVRIERS DE LA ONZIEME HEURE
1- LE TEXTE (Matthieu
20, 1 - 16a)
3- (une) EXPLICATION de la PARABOLE
Annexe -
Est-il permis de voler en cas de nécessité ?
LE BON GRAIN
ET L'IVRAIE: Matthieu 13:24-30.36-43
1- La PARABOLE
- au moment où Jésus la dit :
L'ECONOME
INFIDELE: Luc 16:1-9
2- Les cérémonies du MARIAGE au 1° siècle
Ecoute,
ô mon peuple, ma loi;
tends
l'oreille aux paroles de ma bouche;
j'ouvre
la bouche en paraboles,
j'évoque
du passé les mystères.
Nous
l'avons entendu et connu,
nos
pères nous l'ont raconté;
nous ne
le tairons pas à leurs enfants,
nous
le raconterons
à la
génération qui vient:
les
titres de Yahvé et sa puissance,
ses
merveilles telles qu'il les fit;
il
établit un témoignage en Jacob,
il
mit une loi en Israël;
il
avait commandé à nos pères
de le
faire connaître à leurs enfants,
Au temps
où chez l'homme,
l'harmonie
ne régnait pas,
comme
aujourd'hui,
dans
toutes les parties,
mais où
chaque membre
avait sa
volonté et son langage,
les
autres organes,
mécontents
de voir que par leurs soins,
par
leurs efforts et leurs ministères,
tout
était assuré à l'estomac,
que
l'estomac était au milieu d'eux,
bien tranquille,
n'ayant
rien à faire que de jouir
des
plaisirs qu'ils lui procuraient,
s'entendirent
pour que les mains
cessassent
de porter les aliments à la bouche,
la
bouche de recevoir la nourriture donnée,
les
dents enfin de la broyer.
Sous
l'influence de cette colère,
comme
ils voulaient venir à bout de l'estomac par la faim,
les
membres, à leur tour
et le
corps tout entier
en
vinrent eux aussi
à un
extrême dépérissement.
Alors on
put voir que l'office du ventre
lui non
plus n'était pas inutile,
mais
qu'il nourrissait s'il était nourri,
renvoyant
dans toutes les parties
du corps
cet élément
qui est
notre vie et notre force,
qui se
répartit également dans les veines,
qui
arrive à sa perfection
par
l'assimilation des aliments, le sang.
Que
je chante à mon bien-aimé
le
chant de mon ami pour sa vigne.
Mon
bien-aimé avait une vigne,
sur
un coteau fertile.
Il la
bêcha, il l'épierra,
il y
planta du raisin vermeil.
Au
milieu il bâtit une tour,
il y
creusa même un pressoir.
Il
attendait de beaux raisins:
elle
donna des raisins sauvages.
Et
maintenant, habitants de Jérusalem
et
gens de Juda,
soyez
juges entre moi et ma vigne.
Que
pouvais-je encore faire pour ma vigne que je n'aie fait?
Pourquoi
espérais-je avoir de beaux raisins,
et
a-t-elle donné des raisins sauvages?
Et
maintenant, que je vous apprenne ce que je vais faire à ma vigne!
en
ôter la haie pour qu'on vienne la brouter,
en
briser la clôture pour qu'on la piétine;
j'en
ferai un maquis: elle ne sera ni taillée ni sarclée, ronces et épines y
croîtront,
j'interdirai
aux nuages
d'y
faire tomber la pluie.
Eh bien! la vigne de Yahvé Sabaot, c'est la maison d'Israël, et l'homme de Juda,
c'est
son plant de choix.
Il
attendait le droit et voici l'iniquité,
la
justice et voici les cris.
Marc 4, 2-20 Il
leur enseignait beaucoup de choses en paraboles et il leur disait dans son
enseignement: "Ecoutez! Voici que
le semeur est sorti pour semer. Et il
advint, comme il semait, qu'une partie du grain est tombée au bord du chemin,
et les oiseaux sont venus et ont tout mangé.
Une autre est tombée sur le terrain rocheux où elle n'avait pas beaucoup
de terre, et aussitôt elle a levé, parce qu'elle n'avait pas de profondeur de
terre; et lorsque le soleil s'est levé,
elle a été brûlée et, faute de racine, s'est desséchée. Une autre est tombée dans les épines, et les
épines ont monté et l'ont étouffée, et elle n'a pas donné de fruit. D'autres sont tombés dans la bonne terre, et
ils ont donné du fruit en montant et en se développant, et ils ont produit l'un
30, l'autre 60, l'autre cent." Et
il disait: "Entende, qui a des oreilles pour entendre!" Quand il fut à l'écart, ceux de son
entourage avec les Douze l'interrogeaient sur les paraboles. Et il leur disait: "A vous le mystère
du Royaume de Dieu a été donné; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en
paraboles, afin qu'ils aient beau
regarder et ils ne voient pas, qu'ils aient beau entendre et ils ne comprennent
pas, de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné."
Et il leur dit: "Vous ne saisissez pas cette
parabole? Et comment comprendrez-vous toutes les paraboles? Le semeur, c'est la Parole qu'il sème. Ceux qui sont au bord du chemin où la Parole
est semée, sont ceux qui ne l'ont pas plus tôt entendue que Satan arrive et
enlève la Parole semée en eux. Et de
même ceux qui sont semés sur les endroits rocheux, sont ceux qui, quand ils ont
entendu la Parole, l'accueillent aussitôt avec joie, mais ils n'ont pas de racine en eux-mêmes et sont les hommes d'un
moment: survienne ensuite une tribulation ou une persécution à cause de la
Parole, aussitôt ils succombent. Et il
y en a d'autres qui sont semés dans les épines: ce sont ceux qui ont entendu la
Parole, mais les soucis du monde, la
séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et étouffent
la Parole, qui demeure sans fruit. Et
il y a ceux qui ont été semés dans la bonne terre: ceux-là écoutent la Parole,
l'accueillent et portent du fruit, l'un 30, l'autre 60, l'autre cent."
Ce texte comprend manifestement
deux parties : une histoire et son interprétation, entrecoupées par une
intervention des disciples. Ainsi, à la lumière de cette parabole, nous allons
entrer dans l'explication de l'ensemble des paraboles.
1.2- Telle qu'on peut la récrire après l'avoir lue : d'un coté
l'histoire, de l'autre, son interprétation, et, dans la première colonne, les
éléments de transition.
|
|
L'histoire
elle-même |
L'enseignement |
|
1-
Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles et il leur disait dans son
enseignement: "Ecoutez! 3- Et il disait:
"Entende, qui a des oreilles pour entendre!" Quand il fut à l'écart, ceux de son
entourage avec les Douze l'interrogeaient sur les paraboles. Et il leur disait: "A vous le mystère
du Royaume de Dieu a été donné; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en
paraboles, afin qu'ils aient beau
regarder et ils ne voient pas, qu'ils aient beau entendre et ils ne
comprennent pas, de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit
pardonné." Et il leur dit: "Vous ne saisissez
pas cette parabole? Et comment comprendrez-vous toutes les paraboles? |
2-
Voici que le semeur est sorti pour semer.
Et
il advint, comme il semait, qu'une partie du grain est tombée au bord du
chemin, et
les oiseaux sont venus et ont tout mangé.
Une
autre est tombée sur le terrain rocheux où elle n'avait pas beaucoup de
terre, et aussitôt elle a levé, parce qu'elle n'avait pas de profondeur de
terre; et
lorsque le soleil s'est levé, elle a été brûlée et, faute de racine, s'est
desséchée. Une
autre est tombée dans les épines, et
les épines ont monté et l'ont étouffée, et
elle n'a pas donné de fruit. D'autres
sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit en montant et en se
développant, et ils ont produit l'un 30, l'autre 60, l'autre cent." |
4-
Le semeur, c'est la Parole qu'il sème.
Ceux
qui sont au bord du chemin où la Parole est semée, sont ceux qui ne l'ont pas
plus tôt entendue que
Satan arrive et enlève la Parole semée en eux. Et
de même ceux qui sont semés sur les endroits rocheux, sont ceux qui, quand
ils ont entendu la Parole, l'accueillent aussitôt avec joie, mais ils n'ont pas de racine en eux-mêmes
et sont les hommes d'un moment: survienne
ensuite une tribulation ou une persécution à cause de la Parole, aussitôt ils
succombent. Et
il y en a d'autres qui sont semés dans les épines: ce sont ceux qui ont
entendu la Parole, mais les soucis du
monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et
étouffent la Parole, qui demeure sans fruit.
Et
il y a ceux qui ont été semés dans la bonne terre: ceux-là écoutent la
Parole, l'accueillent et portent du fruit, l'un 30, l'autre 60, l'autre
cent." |
Etymologie : du grec parabolh
(para = à côté et ballein = lancer, jeter).
La parabole correspond à la trajectoire d'un projectile lancé et retombant à
terre. Le terme est d'Apollonius de Perge.
2.1-
En Littérature : Dans son ouvrage : "Les paraboles du Royaume
de Dieu", Charles-Harold DODD explique ainsi le pourquoi des paraboles : Elles
sont l'expression naturelle d'un esprit qui voit la vérité dans des images
concrètes, plutôt qu'il ne la conçoit dans l'abstraction…. Dans son état le
plus simple, la parabole est une métaphore ou une comparaison tirée de la
nature ou de la vie courante, qui frappe l'auditeur par son caractère vivant ou
étrange, et dont l'application exacte sème dans l'esprit un doute suffisant
pour inciter à une pensée personnelle.
Pour moi, une parabole est une
histoire imagée concrète, qui fait appel à des éléments connus de tous, et qui
est racontée, afin de faire comprendre à ceux qui l'entendent un enseignement
abstrait. Ainsi l'histoire du semeur et du grain est-elle rapportée par Marc
aux croyants auxquels il s'adresse et qui sont restés fidèles lors de la
dernière persécution. Son projet est de les amener à comprendre que
quelques-uns de leurs frères baptisés, qui, comme eux, ont fait confiance en la
Parole des apôtres qui leur ont annoncé la Résurrection de Jésus et la fin des
temps avec la venue du Royaume de Dieu, qui n'ont pas pu tenir fermes devant la
persécution et la perspective de la mort, et qui en ont manifesté le regret
sincère, restent malgré tout des frères.
Cependant, tout ce qui est
traduit par "parabole" dans nos récits évangéliques ne correspond pas
forcément à cette définition. Il y a, dans l'évangile, de simples métaphores,
des comparaisons, et de vraies paraboles. Ainsi l'histoire du juge corrompu rapportée
par Luc (18, 1-8) n'est-elle qu'une simple comparaison : [Jésus] leur dit une parabole sur ce qu'il faut
prier en tout temps et ne jamais se décourager. Dans une ville, il était un
juge qui n'avait aucune crainte de Dieu et aucun respect pour personne. Dans cette ville-là, il y avait une veuve
qui vint vers lui pour lui dire:«Rends-moi justice contre mon adversaire!» Il
refusa longtemps. Mais après il se dit en lui-même: «Même si je n'ai ni crainte
de Dieu ni respect de personne, comme cette veuve me cause des tracas, je lui
rendrai justice, de crainte qu'elle ne vienne sans fin me casser la tête.» Le
Seigneur dit: Écoutez ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne ferait
aucunement justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Il se montre
patient avec eux. Je vous dis qu'il a hâte de leur faire justice. Mais quand il
viendra, le Fils de l'homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? On ne peut
en effet pas assimiler le Seigneur Dieu à un juge corrompu… Ici donc le juge
n'est que juge, la veuve est symbolique de tous les pauvres, et l'adversaire
est qui l'on veut…
2.2-
En Mathématique : La parabole est une des
trois coniques (avec l'hyperbole, et l'ellipse dont le cercle peut être
considéré comme un cas particulier) découvertes par les mathématiciens grecs en
tant qu'intersection d'un cône par un plan (du grec kwnos).

ci-dessus la parabole
d'équation y = x2/10
Autre
définition, celle du Petit Larousse : La parabole est le lieu des points M
équidistants d'un point fixe F, ou foyer, et d'une droite fixe, ou directrice D
: ce qui nous donne la figure suivante
C'est cette figure qui me servira de base pour une tentative d'explicitation des paraboles qui suivront. Si je reprends la parabole dite " du semeur ", je peux placer ainsi les éléments de l'histoire et leurs analogues dans l'enseignement :

|
Semeur |
|
Le Christ ? |
|
Grain |
Parole de Dieu |
|
|
Bord du chemin |
Oreille furtive… |
|
|
Oiseaux |
Satan |
|
|
Roc |
Auditeurs inconstants |
|
|
Soleil |
Tribulation-Persécution |
|
|
Epines |
Soucis du monde |
|
|
Etouffé |
Contredisent la Parole |
|
|
Bonne terre |
Les fidèles |
|
|
Fruit |
?… |
A vous le mystère du Royaume de Dieu a été
donné; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles, afin qu'ils aient beau regarder et ils ne
voient pas, qu'ils aient beau entendre et ils ne
comprennent pas, de peur qu'ils ne se
convertissent et qu'il ne leur soit pardonné."
Le schéma ci-dessus indique que la parabole, lorsqu'elle est dite, comporte deux versants : l'HISTOIRE d'un coté, l'ENSEIGNEMENT de l'autre. Mais elle comporte toujours une POINTE, qui est l'objectif que poursuit le narrateur. Ici, la parabole dite du Semeur semble avoir pour objectif, non pas d'adresser un enseignement aux foules, ou à telle partie du peuple, mais de révéler aux disciples le pourquoi paradoxal des paraboles.

Cependant,
il ne faut pas oublier que les paraboles racontées par Jésus, ont été ensuite
rapportées par les rédacteurs évangéliques. Il est fort probable que ceux-ci
ont choisi, en fonction de leurs auditeurs quelles paraboles ils
rapporteraient. C'est ainsi que les trois évangiles dits " synoptiques
" ne rapportent pas tous les mêmes paraboles. Quant à l'évangile de Jean,
s'il ne comprend aucune parabole, le style dans lequel il est écrit est à
lui-même quasi parabolique - nous le verrons au moment où nous parlerons de cet
évangile. Il nous faut donc maintenant ajouter une troisième branche à la
figure esquissée ci-dessus : celle qui correspond à la première génération de
croyants :


![]()
Et justement, dans la parabole
dite du " Semeur ", si l'histoire racontée n'est aucunement sujette à
caution, l'explication, elle, l'est. Et ici, je rapporte ce qu'écrit C.H DODD,
dans l'ouvrage cité plus haut : Il est frappant de noter comme tout ce texte
diffère, tant par le langage que par le style, de la plupart des paroles de
Jésus. Le vocabulaire de ce court passage comprend sept mots qui
n'appartiennent pas au recueil synoptique (mysterion, hoi exo, proskairos,
apate ne s'y trouvent pas; epithymia se trouve uniquement en Luc 22, 15 et dans
un sens différent; diogmos et thlipsis seulement en Marc 10, 30 ). Ces sept
mots sont caractéristiques du vocabulaire employé par Paul, et la plupart
d'entre eux se retrouvent chez d'autres écrivains apostoliques. Ces faits font
supposer d'emblée que nous avons ici, non pas un élément de la tradition
primitive des paroles de Jésus, mais un fragment d'enseignement apostolique.
En outre, l'interprétation proposée
est confuse : la semence est la Parole; et cependant la moisson qui lève
se compose de diverses sortes de gens.
La première interprétation suggère l'idée grecque de " parole séminale
", tandis que la seconde ressemble fort à un passage de l'Apocalypse
d'Esdras : " De même que le fermier sème dans le sol de nombreuses graines
et plante une multitude de plantes, et de même qu'à la saison tout ce qu'il a
planté n'aura pas pris racine, de même, parmi ceux qui ont semé dans le monde,
tous ne seront pas sauvés ".(2 Esdras 8, 41). Deux lignes d'interprétation
incompatibles ont été mélangées. Nous pouvons cependant supposer que l'Auteur de la parabole savait
exactement ce qu'il voulait dire.
De plus, le verset 17b,
annonçant à mots couverts la réaction des auditeurs de Jésus face à l'épreuve
et à la persécution, correspond à la perspective des versets 11-12 qui
présentent le but des paraboles : empêcher que des non-prédestinés au salut
comprennent l'enseignement de Jésus. Cette conception est certainement en
rapport avec la doctrine de l'église primitive (que Paul a acceptée tout en la
nuançant) ; le peuple juif, chez qui Jésus était venu, a été rendu aveugle à la
signification de sa venue par une disposition de la divine providence, car
c'est par le rejet du Messie que devait se réaliser le dessein mystérieux de
Dieu. Autrement dit, en expliquant le but des paraboles, Marc veut répondre à
la question soulevée par la mort de Jésus et par l'échec de ses disciples à
gagner le peuple juif. Mais, à lire
honnêtement les évangiles, on doit reconnaître que Jésus désirait être compris
de tout le monde, et donc qu'il n'a pas cherché à voiler son enseignement sous
des formes inintelligibles.
En suivant donc le raisonnement
de DODD, nous pouvons dire que l'enseignement que nous avons relaté comme
s'adressant aux auditeurs de Jésus dans les années 25-30 s'adresserait plutôt
aux auditeurs de Marc dans les années 65-70.
Mais il y a un autre élément à
ne pas oublier dans notre tentative d'explication des paraboles. Chaque
dimanche, l'Eglise nous propose un texte tiré des récits évangéliques. Et assez
souvent, parce que c'est une forme d'enseignement populaire, elle nous propose
telle ou telle parabole. Non pas par souci d'archéologie, mais pour nourrir
notre foi et notre comportement chrétien d'aujourd'hui. Il nous faut donc
maintenant ajouter une quatrième branche aux trois précédentes :

Reste un élément extrêmement
important à prendre en considération :
le contexte naturel, socioculturel, religieux et politique de l'époque, dans la
Judée-Galilée-Samarie de Jésus.
Par exemple, pour bien
comprendre et l'histoire et l'enseignement de la parabole dite du
"Semeur", il faut savoir qu'on ne pratiquait pas les semailles comme
aujourd'hui chez nous. Nous sommes accoutumés à voir le cultivateur labourer la
terre, puis la herser, et enfin y semer les grains. A l'époque de Jésus, on
sème le grain devant la charrue, ou plutôt l'araire, tirée soit par un âne,
soit par une femme ou un homme. Et l'araire recouvre le grain d'une mince
pellicule de terre, plus ou moins mêlée, selon la configuration du terrain, de
cailloux, de ronces et d'épines. La parabole se comprend alors de la manière
suivante : le Christ-Semeur répand la graine, et les disciples-laboureurs, qui
ne sont pas cités dans le texte, viennent compléter son action. Mais
l'efficacité de leur action dépend de la qualité du terrain…
Un dernier élément enfin : il
s'agit de paraboles destinées à faire comprendre aux auditeurs ce qu'il en est
du Royaume, ou du Règne, de Dieu. Dans l'enseignement du Christ, qui dit
"grain" dit "moisson", qui dit "moisson" dit
"fin des temps" et "venue du Christ en gloire", mais dit
aussi réalisation provisoire et momentanée de ce Règne de Dieu aujourd'hui chez
nous. Et c'est précisément ce qui est important, mais qui reste, même après une
sérieuse information, de l'ordre du subjectif, parce que marquée par tout ce qui
constitue l'être de celui ou de celle qui lit ou qui écoute la parabole, tout
comme de celui qui tente d'en tirer un enseignement pour aujourd'hui… Nous
reviendrons là-dessus après avoir étudié quelques paraboles concernant ce
Royaume de Dieu.
Luc
11,1-13 - Et il
advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, un de ses
disciples lui dit: "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris
à ses disciples."
Il leur dit:
"Lorsque vous priez, dites: Père,
que ton Nom soit sanctifié; que ton règne vienne; donne-nous chaque jour notre
pain quotidien; et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque
nous doit; et ne nous soumets pas à la tentation."
Il leur dit encore:
"Si l'un de vous, ayant un ami, s'en va le trouver au milieu de la nuit,
pour lui dire: Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu'un de mes amis m'est
arrivé de voyage et je n'ai rien à lui servir, et que de l'intérieur l'autre
réponde: Ne me cause pas de tracas; maintenant la porte est fermée, et mes
enfants et moi sommes au lit; je ne puis me lever pour t'en donner; je vous le dis, même s'il ne se lève pas
pour les lui donner en qualité d'ami, il se lèvera du moins à cause de son
impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin.
"Et moi, je vous
dis: demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l'on
vous ouvrira. Car quiconque demande
reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d'entre vous le père auquel son
fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un
serpent? Ou encore s'il demande un
oeuf, lui remettra-t-il un scorpion? Si
donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui l'en
prient!"
Les éléments de la
parabole/comparaison sont les suivants:

|
L'un de vous |
|
Chaque
croyant |
|
Ayant un ami |
Dieu
le Père |
|
|
Au milieu de la nuit |
Persécution
– souffrance – doute… |
|
|
Un de mes amis |
Celui
qui a besoin de moi |
|
|
Trois pains |
Le
nécessaire – l'essentiel (Notre pain de ce jour…) |
|
|
Il se lèvera |
Dieu
répond |
combien
plus le Père du ciel
donnera-t-il
l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient!"
autrement
dit :
Si l'ami sans gêne a obtenu satisfaction pour son ami,
à combien plus forte raison nous qui sommes les enfants bien-aimés
d'un Dieu miséricordieux!
Nous rappeler que l'évangile de
Luc a été écrit peu après la persécution déclenchée par les Pharisiens contre
les Judéà-Chrétiens : cf Actes 8, 1-8 : En ce jour-là, une violente persécution se déchaîna
contre l'Eglise de Jérusalem. Tous, à l'exception des apôtres, se dispersèrent
dans les campagnes de Judée et de Samarie. Cependant des hommes dévots
ensevelirent Etienne et firent sur lui de grandes lamentations. Certains des
"disciples" se posent donc la question de la confiance en la
Résurrection, et de l'efficacité de la prière d'intercession. C'est à eux que
cette parabole/comparaison s'adresse.
L'ami sans gêne a obtenu
satisfaction. La parabole n'illustre pas tant la persévérance dans la prière
(pour cela, cf. plutôt Luc 18:1) que l'encouragement à la confiance (ne pas
oublier que confiance = foi). Rien ne doit
dissuader d'invoquer le Père céleste, car il est toujours disposé à
répondre favorablement à toute demande qui lui est adressée.
Cherchez
et vous trouverez … Celui, ou celle, qui n'a pas vraiment confiance,
pense : "Je ne sais pas si je vais trouver, mais je vais au moins
chercher… on ne sait jamais !"
– Celui, ou celle, qui a confiance, dira : "Je vais trouver, il n'y a
plus qu'à chercher !".
Frappez, on vous ouvrira… Celui,
ou celle, qui n'a pas vraiment confiance, ou qui doute de la présence
éventuelle de l'ami, hésitera à frapper, ne sachant si on va lui ouvrir. Celui,
ou celle, qui sait que l'ammi est chez lui, n'hésitera pas à frapper… et l'ami
lui ouvrira.
"Les amis de nos amis
sont nos amis". La parabole est une histoire d'amis, trois en
tout. Le deuxième est dérangé par le premier qui, lui, va déranger le
troisième. Il va demander au premier pour
le troisième ce qu'il ne peut pas lui donner lui-même. La parabole ne parle
pas tant de la prière en général que de l'intercession. Ou plutôt,
prétend-t-elle nous révéler que la prière véritable est intercession.
Le troisième ami, c'est
le prochain, non pas celui de qui je suis proche, mais celui dont je
m'approche. C'est là l'une des révélations majeures de l'Evangile, notamment
dans la parabole du Bon Samaritain, au chapitre précédent de Luc (Luc 10,
10-37). Déranger Dieu pour nous, c'est bien. Mais il faut aussi savoir se
laisser déranger par les autres. Parler avec Dieu, c'est bien, mais il faut
aussi savoir écouter les autres. Frapper à la porte de Dieu, c'est bien. Mais
il faut aussi savoir ouvrir la sienne!
En finale, cette parabole semble
avoir pour objectif d'inciter les disciples à la confiance, et à la prière
d'intercession.
1. Pour communiquer à ses créatures la dignité de la
causalité[1].
2. Pour nous apprendre de qui nous tenons la vertu.
3. Pour nous faire mériter les autres vertus par travail.
Mais pour se conserver la primauté il donne la prière à
qui il lui plait.
Objection : mais on croira qu'on tient la prière de soi.
Cela est absurde, car puisque ayant la foi on ne peut
avoir les vertus. Comment aurait-on la foi? Y a(-t-)il pas plus de distance de
l'infidélité à la foi que de la foi à la vertu?
Mériter, ce mot est
ambigu.
(Blaise PASCAL (1623 – 1662) – Pensées
(commencées en 1656)
Matthieu 21, 28-32 - Mais dites-moi
votre avis. Un homme avait deux enfants. S'adressant au premier, il dit: "Mon
enfant, va-t'en aujourd'hui travailler à la vigne" - "Je ne veux pas", répondit-il;
ensuite pris de remords, il y alla.
S'adressant au second, il dit la même chose; l'autre répondit : "Entendu,
Seigneur", et il n'y alla point.
Lequel des deux a fait la volonté du père" - "Le premier",
disent-ils. Jésus leur dit: "En vérité je vous le dis, les publicains
et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu. En effet, Jean est
venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui; les
publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui; et vous, devant cet exemple,
vous n'avez même pas eu un remords tardif qui vous fît croire en lui."
1- Il est important de rappeler cette incise de Luc, dans les Actes des Apôtres : Philippe, qui était descendu dans une ville de Samarie, y proclamait le Christ. Les foules unanimes s'attachaient aux paroles de Philippe, car on entendait parler des miracles qu'il faisait et on les voyait. Beaucoup d'esprits impurs en effet sortaient, en poussant de grands cris, de ceux qui en étaient possédés, et beaucoup de paralysés et d'infirmes furent guéris. Il y eut une grande joie dans cette ville. (Actes 8, 5-8). Il semble donc, d'après ce texte, que les Samaritains aient été plus facilement conquis par le message de Jésus de Nazareth et par l'annonce de sa mort-résurrection, que les Juifs de Judée ou de Galilée. Cela s'applique également aux catégories marginales de la population de Judée (Samaritains, Publicains, Prostituées…) et pourrait expliquer le rôle sympathique que les rédacteurs des textes évangéliques ont dévolu aux Samaritains, de même qu'aux publicains, lépreux, prostituées…
- A un premier degré, les deux
fils de la "parabole" seraient donc :
1- les
Samaritains et les marginaux de Judée
2- les
détenteurs du Pouvoir religieux : les Pharisiens, Scribes, Sadducéens…
Il est important de noter que
les Zélotes ne sont jamais nommés par Jésus, ni pour être montrés en exemple,
ni pour être vilipendés (bien que
Simon, dit le Zélote, en fut, ainsi vraisemblablement que Judas).
La Vigne, comme toujours dans la
Bible, c'est le Peuple de Dieu.
- A un deuxième degré, on
pourrait identifier les deux fils comme :
1- les
"païens", c'est-à-dire les non-juifs de l'ensemble du Bassin
méditerranéen, résidant ou non en Judée.
2- les
Juifs.
La Vigne représentant l'ensemble
du monde habité, lieu du Règne de Dieu, destiné à devenir Royaume de Dieu.
3- Enfin, à un troisième degré, il est possible de lire la parabole comme racontée pour notre époque, et d'identifier ainsi les deux fils :
1- les
non-croyants et mal-croyants de toutes origines
2- les
chrétiens.
La Vigne représentant toujours
l'ensemble du monde habité…
2- On s'attendrait à voir entrer
en scène un troisième fils, le fils modèle, celui qui promet et qui s'exécute.
Mais ce fils apparemment n'existe pas, pas plus qu'il n'existe dans la parabole
du fils prodigue. Il n'y a pas de gens parfaits dans le Royaume de Dieu. Il y a
là des gens qui sont à la fois pécheurs et justes, mais personne n'y est sans
péché.
3- Et JEAN le Baptiste ? Pour Matthieu, Jean est
venu comme avant-coureur (précurseur) de Jésus : " En ces jours-là
arrive Jean le Baptiste, prêchant dans le désert de Judée et disant:
"Repentez-vous, car le Règne de Dieu (= la Vigne) est tout
proche." C'est bien lui dont a
parlé Isaïe le prophète : Voix de celui
qui crie dans le désert: Préparez le
chemin du Seigneur, rendez droits ses
sentiers". (Matthieu 3, 1-3).
A ses yeux, l'erreur (le péché) des Corps constitués juifs est de ne pas lui
avoir fait confiance, alors que le Peuple est venu vers lui.
Cette parabole, est en fait un
message de consolation. Elle montre que la révolte n'est pas nécessairement
définitive, qu'elle peut, comme chez le fils prodigue, déboucher sur le remords
et la conversion. C'est une parabole d'espérance, car Dieu est un Dieu d'espérance.
Il espère envers et contre tout que le pécheur reviendra à lui et qu'il pourra
le sauver (cf. Parabole dite du "Fils prodigue").
A chacun de voir comment (se) l'appliquer aujourd'hui…
Luc 17, 7-10 - "Qui d'entre vous, s'il a un serviteur
qui laboure ou garde les bêtes, lui dira à son retour des champs: Vite, viens
te mettre à table ? Ne lui dira-t-il pas au contraire: Prépare-moi de quoi
dîner, ceins-toi pour me servir, jusqu'à ce que j'aie mangé et bu; après quoi,
tu mangeras et boiras à ton tour ?
Sait-il gré à ce serviteur d'avoir fait ce qui lui a été prescrit ? Ainsi de vous; lorsque vous aurez fait tout
ce qui vous a été prescrit, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles; nous
avons fait ce que nous devions faire."
Il s'agit d'esclaves, et
non pas de salariés ou d'employés de maison : le terme grec (doulos) que
le traducteur moderne a rendu par "serviteur" signifie bel et bien
"esclave" ! L'Economie juive, et encore plus l'Economie grecque, du
premier siècle, reposait pour une bonne part sur une Société comportant un
nombre restreint d'hommes libres, propriétaires et commerçants, gouvernant un
grand nombre de journaliers au statut précaire et d'esclaves qui n'avaient
aucun droit. A titre d'exemple, la ville de Corinthe, lorsque Paul y arrive, a
une population totale de près de 600.000 habitants, dont 400.000 esclaves
! Il était donc normal que Jésus
emprunte pour les paraboles qu'il racontait les personnages et les situations à
la Société qui l'entourait. Néanmoins, l'esclave juif ne le restait pas à vie :
Lévitique 25, 39-54 - Si
ton frère tombe dans la gêne alors qu'il est en rapports avec toi et s'il se
vend à toi, tu ne lui imposeras pas un travail d'esclave; il sera pour toi comme un salarié ou un hôte
et travaillera avec toi jusqu'à l'année jubilaire. Alors il te quittera, lui et ses enfants, et
il retournera dans son clan, il rentrera dans la propriété de ses pères. Ils sont en effet mes serviteurs, eux que
j'ai fait sortir du pays d'Egypte, et ils ne doivent pas se vendre comme un
esclave se vend. Tu n'exerceras pas sur
lui un pouvoir de contrainte mais tu auras la crainte de ton Dieu.
Les serviteurs et servantes que tu auras viendront
des nations qui vous entourent; c'est d'elles que vous pourrez acquérir
serviteurs et servantes. De plus vous
en pourrez acquérir parmi les enfants des hôtes qui résident chez vous ainsi
que de leurs familles qui vivent avec vous et qu'ils ont engendrées sur votre
sol: ils seront votre propriété et vous
les laisserez en héritage à vos fils après vous pour qu'ils les possèdent à
titre de propriété perpétuelle. Vous les aurez pour esclaves, mais sur vos
frères, les Israélites, nul n'exercera un pouvoir de contrainte.
Si l'étranger ou celui qui est ton hôte atteint une
certaine aisance alors que ton frère, dans ses rapports avec lui, tombe dans la
gêne et se vend à cet étranger, à cet hôte, ou au descendant de la famille d'un
résidant, il jouira d'un droit de rachat,
vente faite, et l'un de ses frères pourra le racheter. Pourront le racheter son oncle paternel, le
fils de son oncle ou l'un des membres de sa famille; ou, s'il en a les moyens,
il pourra se racheter lui-même. En
accord avec celui qui l'a acquis, il fera le compte des années comprises entre
l'année de la vente et l'année jubilaire; le montant du prix de vente sera
évalué en fonction des années, en comptant ses journées comme celles d'un
salarié. S'il reste encore beaucoup
d'années à courir, c'est en fonction de leur nombre qu'il remboursera comme
valeur de son rachat une partie de son prix de vente. S'il ne reste que peu d'années à courir jusqu'au jubilé, c'est en
fonction de leur nombre qu'il calculera ce qu'il remboursera pour son
rachat, comme s'il était salarié à
l'année. On ne le traitera pas arbitrairement sous tes yeux. S'il n'a été racheté d'aucune de ces
manières, c'est en l'année jubilaire qu'il s'en ira, lui et ses enfants
avec lui.
Les éléments de la parabole sont simples : le
Maître – l'esclave
1-
le Maître : manifestement,
c'est le même que dans les autres paraboles, Dieu.
2-
L'esclave, c'est manifestement
aussi, celui qui a la mission de travailler la terre pour le Maître, l'Humanité
pour Dieu, le disciple.
Une question se pose : ce Maître dur et exigeant, qui contraint son esclave à le
servir après sa journée de travail aux champs, et qui n'a pas un mot de
gratitude envers lui, serait-il celui que Luc décrivait quelques chapitres plus
avant, et qui, lui, constatant que ses esclaves avaient attendu son retour,
prenait la tenue de travail pour les servir ? ( cf. Luc 12, 37).
Jésus s'adresse à des disciples. Pas aux Douze
seulement, mais à des disciples. Ils ont des esclaves. Les uns sont durs avec
leurs esclaves. Les autres sont bons avec eux. Les uns croient que le Dieu dont
il parle est le même que Celui des Pharisiens, un Dieu qu'il faut craindre et
dont il faut mériter la bienveillance en obéissant scrupuleusement à la Loi.
Les autres considèrent que ce même Dieu doit être à l'image de leur
Maître, un Dieu qui aime gratuitement,
et qui est toujours disposé à pardonner. C'est pourquoi Jésus raconte aux uns une histoire de Maître et d'esclave, où
le Maître est dur avec ses esclaves, lorsque ceux-ci n' obéissent pas à ses
ordres. Aux autres il raconte une autre histoire de Maître et d'esclave, où le
Maître est bon avec ses esclaves.
Il raconte à chacun une histoire en rapport avec
ses convictions et sa manière d'être et de faire. Cela afin qu'ils comprennent
qu’on ne peut rien dire de Dieu en soi,
mais que le Dieu auquel on croit est toujours imaginé et compris d’après ce que
l’on est.
Dans sa lettre aux chrétiens de Rome, parmi
lesquels se trouvaient des convertis qui étaient des hommes libres, avec
d'autres convertis qui étaient esclaves, PAUL écrivait: Aujourd'hui, vous
qui avez été libérés du péché et êtes devenus esclaves de Dieu, vous portez du
fruit pour la sainteté, et l'aboutissement, c'est la vie éternelle. (
Romains 6, 22 ). Esclaves de Dieu ! Expression incompréhensible à nos esprits
imprégnés de deux siècles de Démocratie libérale. Mais à l’époque, parfaitement
en phase avec ces esclaves qui, à l'intérieur des premières communautés
chrétiennes, célébraient la Fraction du pain qu’ils partageaient avec des
Maîtres, dont certains étaient les leurs. Et qui comprenaient parfaitement ce
qu'il écrivait aux Galates : Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous
avez revêtu le Christ. Ne parlons plus de Grec ni de Juif, d'esclave ou d'homme
libre, d'homme ou de femme, car tous, vous ne formez qu'un seul corps dans le
Christ Jésus. ( Galates 3, 28-29 ). Et ailleurs encore, parlant de lui
cette fois, et de son ministère auprès des Chrétiens de Corinthe : Ce n'est
pas nous que nous prêchons, mais le Christ, Jésus, le Seigneur; nous ne sommes,
nous, que vos esclaves, à cause de Jésus ( 2 Corinthiens 4, 5).
Et tous se souvenaient de cette parole du Christ: Je
ne vous appelle plus des esclaves, car l'esclave ignore ce que fait son Maître;
je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je
vous l'ai fait connaître ( Jean 15, 15 ).
Cependant
tous les publicains et les pécheurs s'approchaient de lui pour l'entendre. Et
les Pharisiens et les scribes de murmurer: "Cet homme, disaient-ils, fait
bon accueil aux pécheurs et mange avec eux!" …
Il
dit encore: "Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père: Père, donne-moi la part de fortune qui me
revient. Et le père leur partagea son bien.
Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils
partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l'inconduite.
Quand
il eut tout dépensé, une famine sévère survint en cette contrée et il commença
à sentir la privation. Il alla se
mettre au service d'un des habitants de cette contrée, qui l'envoya dans ses
champs garder les cochons. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des
caroubes que mangeaient les cochons, et personne ne lui en donnait. Rentrant alors en lui-même, il se dit:
Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis
ici à périr de faim! Je veux partir,
aller vers mon père et lui dire: Père, j'ai péché contre le Ciel et envers
toi; je ne mérite plus d'être appelé
ton fils, traite-moi comme l'un de tes mercenaires.
Il
partit donc et s'en alla vers son père.
Tandis qu'il était encore loin, son père l'aperçut et fut pris de pitié; il courut se jeter à son
cou et l'embrassa tendrement. Le fils alors lui dit: Père, j'ai péché
contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs: Vite,
apportez la plus belle robe et l'en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et
des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et
festoyons, car mon fils que voilà était
mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé! Et ils se
mirent à festoyer.
Son
fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il fut près de la maison, il
entendit de la musique et des danses.
Appelant un des serviteurs, il s'enquérait de ce que cela pouvait bien
être. Celui-ci lui dit: C'est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le
veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé. Il se mit alors en colère,
et il refusait d'entrer. Son père sortit l'en prier. Mais il répondit à son
père: Voilà tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul
de tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau, à moi, pour festoyer
avec mes amis; et puis ton fils que voici revient-il, après avoir dévoré ton
bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras !
Mais
le père lui dit: Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à
moi est à toi. Mais il fallait bien
festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu
à la vie; il était perdu et il est retrouvé!"
L'action de l'histoire se
déroule, au premier siècle de notre ère, quelque part en Palestine, dans une
exploitation agricole moyenne de type familial. Un père, deux fils, du
personnel. Le Père de famille est le patron, au sens réel du terme, à la fois
paterfamilias et chef d'entreprise, seul détenteur du capital et du pouvoir de
décision. Ses deux fils, l'aîné et le cadet, l'aident, assistés de quelques
ouvriers, salariés rémunérés à la journée (un denier d'argent), et d'esclaves,
qui ne le sont pas à vie, puisqu'ils doivent être libérés lors de l'année
sabbatique, sauf s'ils demandent eux-mêmes à rester.
Selon le Droit Juif
(ROLAND DE VAUX - Les institutions de l'ANCIEN Testament - Ed. du Cerf), à la
mort du chef de famille, l'aîné hérite l'ensemble des terres et le patrimoine immobilier.
Seules les richesses mobilières sont partagées entre les enfants mâles, et
l'aîné reçoit une part double de celle des autres. Il est probable que la
perspective de se trouver un jour au service de son frère n'enthousiasme guère
le cadet de l'histoire, qui a d'autres projets, dont, pourquoi pas ?, celui
d'acheter sa propre exploitation. Il est donc parfaitement dans son droit
lorsqu'il demande à son père la part d'héritage qui doit lui revenir. Et le
père fait trois parts: deux pour l'aîné, une pour le cadet. Et le
cadet part. Il va vivre sa vie. Nous savons ce qu'il lui arrivera, après qu'il
aura dilapidé son bien, et comment, à bout de forces et de ressources, il fera
retour vers la maison paternelle, où son Père l'attend pour le réintégrer dans
tous ses droits.
Le choc est alors
pénible pour l'aîné, qui est doublement scandalisé par l'attitude qu'il juge
profondément injuste de son Père.
D'abord parce que c'est lui qui a le plus perdu : le cadet, lui, a
dilapidé son bien, mais, après tout, chacun fait ce qu'il veut de son argent !
L'aîné, quant à lui, devra, une nouvelle fois, à la mort de son Père, partager
avec son frère une richesse que celui-ci n'a pas contribué à créer. Or, si ce
frère était resté, il est certain que le capital aurait davantage augmenté,
grâce à leur travail commun. On aurait pu investir, et tout le monde y aurait
gagné.
Mais il est surtout
scandalisé, parce que son Père manifeste un amour, à son avis exagéré envers un
fils ingrat, alors qu'il n'en a jamais manifesté le tiers du quart envers son
aîné, qui, lui, est resté fidèle. Et, apparemment, la réponse de son Père ne le satisfait pas.
2.2.1- Les Pharisiens :
Un groupe extrêmement important et influent en Judée à l'époque de Jésus : 5000
à 6000 hommes vivant le plus souvent en petites communautés. Ils se sont fait
une spécialité (on pourrait même dire que c'est leur fonds de commerce) de la
Loi. Ils s'efforcent d'en observer scrupuleusement tous les préceptes et tous
les interdits. Ils imposent également aux autres membres du Peuple l'obligation de l'observer, comme eux le
font.
2.2.2- Les Publicains :
Dans les récits évangéliques, il s'agit généralement de simples juifs, qui ont
accepté de devenir collecteurs d'impôts pour le compte des Publicains romains.
La charge de publicain était vendue par l'occupant en début d'année à de riches
personnes qui s'engageaient à verser aux Romains la totalité de l'impôt exigé,
et qui, ensuite en récupéraient le montant auprès du peuple, par
l'intermédiaire des petits collecteurs juifs. Ce système imposait au petit
collecteur, s'il voulait gagner sa vie, de récupérer deux, trois ou quatre fois
plus que ce qu'on exigeait de lui. C'est ainsi que Zachée dira : Si j'ai fait
du tort à quelqu'un je lui rembourserai quatre fois la mise ! Ces petits collecteurs étaient considérés
comme pécheurs par les Pharisiens, puisqu'ils travaillaient pour l'occupant, et
surtout parce qu'ils manipulaient de l'argent étranger.
Il y avait d'autres
éléments du peuple considérés comme pécheurs : c'étaient tous ceux qui étaient
en contact soit avec le sang, soit avec le sexe, soit avec la maladie, soit
avec l'argent. Ajoutons à ceux-là les Samaritains, qui, ayant fait sécession
avec les Judéens, étaient eux aussi considérés comme impurs.
3.1-
Connaissant à la fois l'histoire et le contexte dans lequel elle se
déroule, et sachant que cette parabole s'adresse aux pharisiens et aux scribes,
scandalisés par l'attitude de Jésus envers les pécheurs, nous pouvons tenter de
dégager l'enseignement que Jésus voudrait que ses auditeurs dégagent de cette
parabole.
3.2- Le schéma


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La "pointe" de la
parabole est claire : il s'agit d'un enseignement destiné aux Pharisiens, et
plus généralement à tous ceux qui se croient "purs", afin de les
encourager à accueillir leurs frères, qui avaient contracté une impureté
légale, et désiraient s'en purifier.
C'est le premier enseignement. Il y en a un second: encourager ceux qui
avaient contracté une impureté légale à s'en purifier, afin de réintégrer le
Peuple de Dieu.
Au moment où Luc écrit son
évangile, la première persécution, celle de Néron, a déjà fait des victimes
(dont Paul, l'apôtre) parmi les premières communautés de croyants. Mais
certains, qui n'ont pas eu le courage d'affronter la mort, ont préféré renier
le Christ, brûler de l'encens devant la statue de l'empereur et consommer la
viande d'animaux immolés aux dieux de l'Empire. Certains ont, par la suite,
regretté leur attitude, et demandent à être réintégrés dans leur communauté. La
pointe de la parabole est pour eux qui sont restés fidèles, comme pour les
Pharisiens; et pour les apostats comme pour les collecteurs d'impôts.


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Devant une parabole, chacun
reste libre de comprendre l'enseignement et de se l'appliquer à soi-même.
Lorsqu'il s'agit d'une homélie suivant la proclamation de cette parabole au
cours d'une célébration, le prédicateur doit
tenter une application pour ceux et celles qui l'entendent, mais avec
beaucoup de circonspection : les personnes sont diverses, leurs situations sont
différentes… et leurs réactions parfois vives !…
Le regroupement des pharisiens
en parti organisé, improprement qualifié de secte, remonte probablement au IIe siècle
av. J.-C.
Parti nationaliste, les pharisiens
se sont fondés sur la Loi (Torah) pour se défendre contre les influences
étrangères de tout bord, y compris celle des Grecs, qui menaçaient de
contrecarrer la religion sacrée de leurs pères. Ce sont à l'origine des juifs
pieux (en hébreu hassidim) qui reçurent le nom de pharisiens lorsque
Jean Hyrcan était grand prêtre de Judée (134-104 av. J.-C.).
En hébreu, perushim
signifie « séparés » : cette désignation leur vient peut-être du
fait qu'ils s'étaient séparés de Judas Maccabée et des Assidéens, ou bien de
leur pratique de la Loi qui les séparait de ceux qui se tournaient à cette
époque vers les mœurs hellénistiques. Les pharisiens étaient opposés aux
sadducéens, représentants des grandes familles sacerdotales et aristocratiques
qui refusaient toute nouveauté en matière religieuse, en particulier la
croyance à la résurrection des morts. Hommes pieux, les pharisiens désiraient
voir l'État et les affaires publiques régis et jugés par les critères de la Loi
et non par les aristocrates et les prêtres sadducéens. Scrupuleux observateurs
de la Loi dont ils faisaient leur règle de vie, ils étaient en majorité issus
des milieux artisan, commerçant, ou du petit clergé, et étaient appréciés du petit
peuple. Le parti des pharisiens prit de l'ampleur sous le règne de la reine
Salomé-Alexandra (76-67 av. J.-C.). Ils étaient environ six mille au
temps d'Hérode le Grand et représentaient alors l'élite intellectuelle et
spirituelle du peuple juif. Le courant pharisien fut seul capable de survivre à
la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains (70 apr. J.-C.)
et devint le courant dominant du judaïsme.
Cette parabole n'en est pas vraiment une. C'est une
simple histoire, peut-être un fait réel. Peut-être Jésus a-t-il été témoin,
lors d'un de ses passages au Temple de Jérusalem, d'un événement semblable : le
pharisien, qui se met bien en évidence, de manière à manifester publiquement
qu'il est pur et juste, et qu'il ne craint pas le jugement de Dieu; le
collecteur d'impôts qui se cache derrière un pilier, de peur d'être reconnu par
l'un de ceux qu'il a pu escroquer…
Mais pourquoi donc Luc rapporte-t-il cette histoire
que Jésus a racontée quelques cinquante années auparavant ? Tout simplement
parce que, après la destruction du Temple par le général Titus, futur empereur,
en 70, les opposants aux Pharisiens : saducéens, esséniens,
hérodiens, prêtres, membres du Sanhédrin, zélotes ou sicaires, tous ont disparu
corps et biens dans la tourmente. Le culte s'est tout entier
reporté dans les synagogues des villages, où les Pharisiens étaient maîtres. Et
ces Pharisiens, irrités de voir nombre de Juifs rejoindre les disciples de
Jésus, qu'ils prétendaient être le Messie, un beau jour, ont obligé les
"chrétiens" à choisir entre les réunions du Shabbat à la synagogue,
et leurs propres réunions le premier jour de la semaine pour célébrer la
résurrection du Christ.
Qu'est-ce donc que Jésus reproche aux pharisiens qu'il
ne reproche pas aux collecteurs d'impôts?
1- Tout d'abord, le pharisien semble croire que,
comme tout privilégié, il a des droits sur Dieu : Je Te rends grâce de ce que je
ne suis pas comme le reste des humains. Tout
ce qu'il dit est certainement vrai : il verse au Temple le dixième de ses
revenus, il jeune plus qu'il ne devrait, il observe toutes les règles de
pureté légale, il vit selon les principes de la Loi… mais il s'en vante devant
Dieu. Il se déclare lui-même "juste" devant Dieu. Alors que le
collecteur d'impôts, au contraire, sait bien qu'il est impur, qu'il n'a pas sa
place dans le Temple ni dans la communauté de la synagogue, et il le déclare
devant Dieu : "Mon Dieu, pardonne à
moi, le pécheur ! ".
2- Le pharisien énumère
ce qu'il croit être des mérites : ceci, cela et encore cela… Le collecteur
d'impôts, lui, n'énumère pas ses fautes : il sait qu'elles sont trop bien
connues du Seigneur !
3- Le pharisien, parce
qu'il respecte scrupuleusement la Loi, se croit supérieur aux autres. Mais, à y
regarder de près, c'est une attitude enfantine : Je suis plus fort que toi… Moi
je sais… Toi tu sais pas… Moi, je suis allé là… Toi tu y es pas allé!… Quant au
collecteur d'impôts , il se sait en position de faiblesse : il n'a aucune envie
de craner, ni devant Dieu ni devant les hommes.
4- Le pharisien, en
conséquence de ce qui précède, croit qu'il n'y a rien à changer dans son
comportement : tout ce qu'il fait est bien, c'est-à-dire conforme à la Loi, et
c'est vrai ! Mais le publicain, lui, sait bien, que s'il désire réintégrer le
peuple et la considération de ses corréligionnaires, il devra changer
radicalement. Zachée en est un exemple connu !
5- Le pharisien n'a
confiance qu'en lui-même, et dans sa possibilité de respecter la Loi. Cela
encore est une attitude d'enfant : Je suis grand, moi !… Je peux faire tout
seul !… Alors que le publicain sait
bien qu'il ne pourra pas changer tout seul, il aura besoin de l'aide du
Seigneur.
En fait, la grande leçon de cette histoire, c'est
que l'attitude vraiment adulte consiste à se reconnaître soi-même tel qu'on
est, devant son miroir, devant les autres, qui sont un autre miroir, et devant
le Seigneur, qui est derrière le miroir !
"Préparons-nous à célébrer l'eucharistie…
reconnaissons que nous sommes pécheurs !" - "J'avoue à Dieu,
je reconnais devant mes frères que j'ai péché ! ".
A
première vue, cette histoire n’est pas vraiment une parabole, puisqu’elle met
en scène des personnages réels, qui jouent leur propre rôle, dans un contexte
connu de tous. Cependant… mais voyons le texte, puis le contexte.
25
Pour mettre Jésus dans l'embarras, un docteur de la Loi lui posa cette question
: "Maître, que dois-je faire, pour
avoir part à la vie éternelle ?"
26 Jésus lui demanda : "Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu
?" 27 L'autre répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton
prochain comme toi-même." 28 Jésus lui dit : "Tu as bien répondu.
Fais ainsi et tu auras la vie." 29 Mais lui, voulant montrer qu'il était
un homme juste, dit à Jésus : "Et qui donc est mon prochain ?" 30
Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba
sur des bandits ; ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s'en
allèrent en le laissant à moitié mort. 31 Par hasard, un prêtre descendait par
ce chemin ; il le vit et passa de l'autre côté. 32 De même un lévite arriva à
cet endroit ; il le vit et passa de l'autre côté. 33 Mais un Samaritain, qui
était en voyage, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de pitié. 34 Il
s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le
chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de
lui. 35 Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, et les donna à
l'aubergiste, en lui disant : 'Prends soin de lui ; tout ce que tu auras
dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.' 36 Lequel des trois, à
ton avis, a été le prochain de l'homme qui était tombé entre les mains des
bandits ?" 37 Le docteur de la Loi répond : "Celui qui a fait preuve
de bonté envers lui." Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de
même."
2.1-
JERUSALEM-JERICHO : une route qui relie
la capitale établie par David à la cité qui se trouve près de la Mer Morte (-
392 mètres). Une route qui, à l'époque est bien connue pour être le lieu
d'agressions de toutes sortes. Notons que Jésus situe l’histoire dans le sens
Jérusalem-Jéricho, et non dans le sens Jéricho-Jérusalem…
2.2-
Les SAMARITAINS : le nom de
Samaritains les rattache à la ville de Samarie, édifiée au IXe
siècle av.J.C dans le Royaume du Nord (ou Royaume d’Israël), séparé du Royaume
du Sud (ou Royaume de Juda) sous les successeurs immédiats de Salomon.
Rappelons que la maladresse de Roboam, fils et successeur de Salomon, provoqua
la révolte de l’armée du nord et Jéroboam devint le souverain des deux tiers du
royaume salomonien. Le schisme, initialement politique, ne tarda pas prendre
une coloration religieuse et fit de l’opposition au sacerdoce hiérosolymite une
revendication fondamentale en réclamant le retour aux “ hauts lieux ”
sanctifiés par les Patriarches puis en rétablissant le culte dans ces mêmes
lieux. Plusieurs rites et pratiques réputés étrangers à la Loi de Moïse avaient
été censurés par le clergé du Temple de Jérusalem qui déniait au mont Garizim
toute prééminence, autant chronologique qu’honorifique, dont il avait joui
avant l’érection de la “ demeure ” dans la ville davidique.
Notons
dès à présent que les Samaritains n’ont jamais reconnu comme sacrés que les
cinq livres du Pentateuque qui constituent la Torah, la Loi de Moïse, écrits
dans lesquels se trouve justement la prohibition des hauts-lieux et de tout
lieu de culte autre que le sanctuaire unique de Jérusalem. La divergence
première sur les lieux de culte, qui n’a fait que s’aggraver tout au long de
l’histoire des deux royaumes, a profondément marqué la foi et la liturgie des
Samaritains, au-delà des siècles et des bouleversements historiques.
Dans
les années qui suivirent la scission de 931 av. J.C, le Royaume du nord fut
l’objet de pressions toujours plus forte de la part de son puissant voisin
Assyrien, soit directement, soit par l’intermédiaire de vassaux syriens ;
le territoire fut ravagé à plusieurs reprises par les expéditions de l’armée
d’Assur ou de ses alliés jusqu’à l’invasion définitive de 721 av. J.C où la
chute de Samarie et la déportation de l’élite sociale et sacerdotale de la
nation dans la région du Haut-Euphrate concrétisèrent la disparition du royaume
en tant qu’entité politique. Les quelque deux siècles d’histoire du Royaume de
Samarie avaient malheureusement été troublés par des retours périodiques à
l’idolâtrie, du fait des souverains, et pourtant, le IXe siècle fut
celui de vigoureux prophètes comme Elie et Elisée et le VIIIe devait
voir se lever les grandes figures d’Amos et d’Osée.
L’histoire
du Royaume de Samarie qui nous est retracée par les Livres des Rois et les Chroniques
de la Bible doit cependant être lue avec circonspection car elle fut écrite
dans l’optique du Royaume de Juda, rival de Samarie et surtout dans celle des
scribes du Temple de Jérusalem, ennemis acharnés de tout autre lieu de culte
que le leur ; elle ne nous montre cependant aucune scission autre que
politique et si l’arrière plan polémique est indéniable, il n’y est nullement
question d’exclusion idéologique ou religieuse. Le petit royaume du sud devait
survivre un peu plus d’un siècle à son voisin du nord mais, de par sa position
entre deux grands empires, l’Egypte et la Mésopotamie, il était condamné à
terme à subir la loi d’un des deux. En 598 av. J.C, Nabuchodonosor, roi de
Babylone, s’emparait de Jérusalem et, en 587, l’élite politique et sacerdotale
était à son tour déportée vers le sud de la Babylonie. (Guy-Dominique
Sixdenier, Les samaritains , Living Past, 1, 1999).
C’est
donc dire qu’à l’époque de Jésus, les Samaritains sont, aux yeux des
Juifs :
-
des étrangers
-
des hérétiques
-
et donc des impurs au regard de
la Loi juive, au même titre que les lépreux, les prostituées, les pratiquants
de métiers méprisés…
Cependant,
Il est important de noter ce que remarque Luc, dans les Actes des Apôtres : Philippe,
qui était descendu dans une ville de Samarie, y proclamait le Christ. Les
foules unanimes s'attachaient aux paroles de Philippe, car on entendait parler
des miracles qu'il faisait et on les voyait. Beaucoup d'esprits impurs en effet
sortaient, en poussant de grands cris, de ceux qui en étaient possédés, et
beaucoup de paralysés et d'infirmes furent guéris. Il y eut une grande joie
dans cette ville. (Actes 8, 5-8). Il semble donc, d'après ce texte, que les
Samaritains aient été plus facilement conquis par le message de Jésus de
Nazareth et par l'annonce de sa mort-résurrection, que les Juifs de Judée ou de
Galilée. Cela pourrait expliquer le rôle sympathique que les rédacteurs des
textes évangéliques aient dévolu aux Samaritains.
2.2.1- Leur NOMBRE : C’est le "personnel du Temple". "
La division du clergé en 24 classes sacerdotales dont chacune accomplissait
selon son rang une semaine de service à Jérusalem, du chabbat au chabbat –
c'est pourquoi les classes s'appelaient
également sections hebdomadaires – était la disposition en vigueur au
temps de Jésus. Ces 24 classes sacerdotales comprenaient tous les prêtres
dispersés en Judée et en Galilée. Chacune de ces classes se divisait en 4 à 9
familles de prêtres (sections quotidiennes), officiant à tour de rôle pendant
les sept jours de la semaine de service de leur section hebdomadaire. .. Une
section hebdomadaire comprenait en moyenne 6 sections quotidiennes. Le nombre
de prêtres d'une section quotidienne était environ de 50. Cela nous donne en
gros 300 prêtres pour une section hebdomadaire… Comme il y avait 24 sections
hebdomadaires, le nombre total des prêtres s'élevait à 24 x 300 = 7200 prêtres.
A cela s'ajoutaient les lévites, répartis eux aussi en 24 sections
hebdomadaires, pour un total de 9600. (Joachim JEREMIAS – Jérusalem au temps de
Jésus ).
2.2.2-
Leurs obligations :
2.2.2.1- préceptes généraux de pureté rituelle : L'histoire
racontée par Jésus nous précise que les brigands ont laissé l'homme "à
moitié mort", A moitié mort, donc à moitié vivant… mais il faut s'approcher
de l'homme pour connaître la réalité de son état… Or, si cet homme est
réellement mort, un Juif ne peut pas s'en approcher sans contracter une
impureté rituelle : Celui qui touchera un mort, un corps humain
quelconque, sera impur pendant sept jours. Il se purifiera avec l' eau le
troisième jour et le septième jour, et il sera pur; mais, s'il ne se purifie
pas le troisième jour et le septième jour, il ne sera pas pur. Celui qui touche
un mort, le corps d'un homme mort, et
qui ne se purifiera pas, souille la Demeure de Yahvé; celui-là sera retranché
d'Israël. Comme l'eau de purification n'a pas été répandue sur lui, il est
impur, et son impureté est encore sur lui. (Nombres 19, 11-14) –
Pour un Juif, être impur, ce
n'est pas rien ! C'est avoir manqué gravement à l'observation d'un important
article de la Loi, qui est la charte constitutive du Peuple de Dieu. Tant que
l'individu est impur, il est "hors-la-loi", il ne doit avoir de
contact avec personne, sous peine de transmettre l'impureté à celui ou à celle
qu'il touche, il ne peut pas partager le repas avec les membres de sa famille,
il ne peut pas prendre ses enfants dans ses bras… L'impureté, c'est comme ce
qu'on nommait naguère "une maladie honteuse"… L'individu, même s'il
n'a pas contracté volontairement l'impureté, en est néanmoins frappé…et tout le
monde s'écarte de lui.
2.2.2.2- Préceptes concernant
les prêtres et les lévites : Le Livre du Lévitique prescrit ceci : Yahvé parla à Moïse et dit: Parle à Aaron et à ses fils: qu'ils se
consacrent par les saintes offrandes des Israélites sans profaner mon saint
nom; à cause de moi ils doivent le sanctifier. Je suis Yahvé. Dis-leur: Tout
homme de votre descendance, à quelque génération que ce soit, qui s'approchera
en état d'impureté des saintes offrandes consacrées à Yahvé par les Israélites,
cet homme-là sera retranché de ma
présence. Je suis Yahvé. (Lévitique 22,1-3).
Dans l'histoire racontée par
Jésus, si le prêtre, puis le lévite changent de trottoir pour éviter le contact
avec ce qu'ils croient être un cadavre, ils ont donc légalement raison, ils
sont même tenus de le faire. Car si l'homme est mort, et qu'ils le touchent,
ils contracteront l'impureté légale et perdront leur emploi au Temple. Ils ne
devront plus avoir aucun contact avec leur famille. Et de plus, ils seront
retranchés du peuple, c'est-à-dire qu'ils ne pourront séjourner que dans les
quelques cités-refuges ouvertes aux bannis. Il y a là de quoi faire réfléchir,
même le plus miséricordieux des prêtres et des lévites…
Quant au Samaritain, il n'est pas tenu, nous l'avons vu
plus haut, aux mêmes règles de puretés rituelles. C'est pourquoi il n'hésite
pas à s'approcher de ce qu'il croit, comme les deux autres, être un cadavre, et
constatant alors qu'il est encore vivant, il le prend, il l'emporte…nous
connaissons la fin de l'histoire.
Envisagée
comme une simple histoire, nous pouvons déjà en dégager une première morale. Le propos de Jésus n'est pas de faire l'apologie
de la religion samaritaine par rapport à la religion juive. C'est bien
plutôt de mettre ses auditeurs en garde
contre le légalisme poussé à l'extrême, car il peut aboutir à la non-assistance
à personne en danger, par souci de préserver ou sa réputation ou son statut, ou
ses avantages acquis.
Car cette histoire peut aussi fonctionner comme une
parabole, sinon, pourquoi Luc l'aurait-il rapportée ? Il faut alors retrouver les symboles auxquelles elle fait appel;
3.1- JERUSALEM – JERICHO : Jérusalem, c'est la
capitale que David a instaurée : "La durée du règne de David sur Israël
fut de quarante ans : il régna sept ans à Hébron, et trente-trois ans à
Jérusalem". (1 Rois 2,11). Jéricho, c'est la ville par laquelle
l'armée des Hébreux, conduite par Josué, est entrée en Terre promise (à la
septième fois, les murailles tombèrent…). Un premier symbole apparaît : situant
son histoire sur l'axe Jérusalem-Jéricho, et non l'inverse, Jésus (ou Luc)
oriente le lecteur vers une sortie de la Terre promise, et l'annonce de la
Bonne nouvelle aux païens.
3.2-
Le SAMARITAIN : C'est
celui qui exerce la compassion, avec le même verbe qui est employé lorsque
l'Ecriture dit de Dieu qu'il a pitié de son peuple. Ce Samaritain peut donc
être le symbole de Jésus, se faisant volontairement impur, afin d'exercer la
compassion de Dieu envers le pauvre qui est tombé sur le chemin. Nous
rejoignons alors le chapitre 25,31-46 de Matthieu : J'avais faim et vous
m'avez donné à manger… qui est la réponse à la question posée par le scribe
et qui a motivé l'histoire racontée par Jésus.
3.3-
PRETRE et LEVITE :
ce sont ceux qui veulent se garder purs, et refusent d'exercer la compassion,
au nom même de leur fidélité à la Loi de Dieu.

JERUSALEM – JERICHO l'annonce aux "Nations"
Le blessé tous les blessés de la vie
Prêtre et lévite les
fidèles à la Loi
Samaritain celui
qui brave l'impureté
"Maître, que dois-je faire, pour avoir part à la vie
éternelle ?"
2.1.2- Les journaliers : On estime généralement qu'il y
avait peu d'esclaves en Judée-Galilée au temps de Jésus. En revanche, le
travail des champs était accompli par des journaliers. Un journalier - travailleur rémunéré chaque soir en fin de
travail - était payé 1 denier, plus la nourriture. On estimait qu'en temps
ordinaire, ce denier suffisait à un homme pour faire vivre sa famille. En temps
de disette, il en allait autrement, car alors le prix des aliments de première
nécessité étaient multipliés par deux, trois ou quatre, voire plus. Dans chaque
village, il y avait un endroit où les régisseurs venaient chaque matin
embaucher le nombre de journaliers nécessaires à la quantité de travail à
accomplir. C'est ce même régisseur qui, en fin de journée, distribuait à chacun
son denier.
Dans tout l'empire romain, la
journée était divisée en douze heures de jour, et quatre veilles de nuit de
trois heures chacune.
![]()


6°
heure

2°
veille 3°
veille

3° heure 9°
heure
![]()
1°
veille 4°
veille
au
temps de JESUS
(valeurs
moyennes)
MESURES LINEAIRES
Coudée ( environ
0,45 m.) 1
Empan 2 1
Palme 6 3 1
Doigt 24 12 4 1
MESURES de CAPACITE
(matières solides)
Homer (environ 450 litres) 1
Letek 2 1
Epha 10 5 1
Sea 30 15 3 1
Qab 180 90 18 6 1
MESURES de CAPACITE
(matières liquides)
Kor (environ 450 litres) 1
Bath 10 1
Hin 60 6 1
Log 750 75 12.5 1
Talent ( = 34.272 kg) 1
Mine 60 1
Sicle 3600 60 1
Guera 72000 1200 20 1
Talent 10000 2500 100 1
Mine 100 25 1
Sala 4 1
DENIER (= 1 journ. de travail) 1
Ma'ah 1/6 1
As 1/144 1/24 1
Lepte 1/1152
1/192 1/8 1(=Obole)
Les humains fonctionnent selon deux logiques : le DON et
le MERITE. Certains revendiquent tout comme un DU, parce qu’ils estiment qu’ils
ont mérité ce qui leur est accordé, et qu'on le leur doit. D’autres au
contraire accueillent tout comme un DON, tout étonnés d’être jugés dignes de
recevoir ce qui leur est accordé. Et cette attitude se retrouve jusque dans la
prière des hommes à leur Seigneur. Naguère, l’acte de contrition se récitait
ainsi : Mon Dieu, j’ai un grand regret de
vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable.
Je prends la ferme résolution, moyennant votre sainte grâce, de ne plus
vous offenser et de faire pénitence. Autrement dit, “ Donnant-donnant, Toi, Seigneur, tu me donnes ta grâce; et moi je ne
pêche plus “. Sous-entendu : “ Sinon,
ne t’étonne pas que je continue à t’offenser !...”. Logique du Mérite.
Ces deux logiques sont présentes tout au long des
évènements et des entretiens auxquels Jésus fut mêlé. Dans la parabole du
Pharisien et du Publicain par exemple, le Pharisien est dans la logique du
MERITE : Je jeûne, je donne le dixième de
mes biens, je prie, donc je suis juste à tes yeux, Seigneur. Quant au
Publicain, il ne sait que dire: Prends
pitié du pécheur que je suis. Autrement dit : Seigneur, justifie-moi.
Il est dans la logique du DON, estimant que seul le Seigneur pourra le déclarer
juste. Lors de l’épisode de la femme adultère, les Anciens, parce qu’ils
observent scrupuleusement les règles de pureté rituelle, s’estiment purs et
justes et ils amènent à Jésus le femme qui a été convaincue d’adultère, et
qu’ils jugent impure, selon ces mêmes règles. Selon la logique du MERITE, elle
mérite la mort. Jésus change de logique et les amène à reconnaître qu’ils ne
sont pas eux-mêmes indemnes de toute faute. Il ne les condamne pas. Et il les
amène à ne pas condamner la femme, selon la logique du DON: Ils partirent tous, en commençant par les
plus âgés...
Dans la parabole que nous étudions, les
premiers embauchés (dans lesquels on reconnaît les Pharisiens, les Anciens et les Scribes, c’est-à-dire tous
les Israélites de stricte observance), revendiquent comme un dû un salaire
supérieur à celui que reçoivent les autres, parce qu’ils estiment avoir mérité
davantage. Ils sont le Peuple de Dieu depuis plusieurs siècles, ils sont
fidèles à la Loi mosaïque. Ils ne comprennent pas que Dieu puisse considérer
comme eux les convertis de fraîche date, et leur donner gratuitement le même
salut qu'à eux-mêmes.
Mais nous n’avons pas encore dit quelle est la nature du
salaire dont il est question dans la parabole. Si la Vigne, c’est le Monde; si
le Maître de la Vigne, c’est Dieu; si les ouvriers représentent tous ceux qui
œuvrent pour que le Monde devienne le
lieu du Règne de Dieu; si la onzième heure représente les derniers temps; alors
le salaire est unique : c’est le Bonheur d’être avec Dieu, ce que Jésus nomme
" la vie éternelle ", la
vie avec Dieu, la vie de Dieu en chacun. Et cette vie, ce bonheur, il n’y en a
pas davantage pour les uns que pour les autres. Nul ne saurait dire qu'il la
mérite. C'est un DON de Dieu.
C'est ce qui est représenté sur le schéma suivant :
maître du domaine le
Seigneur
première heure les
débuts du PEUPLE
ouvriers membres
du PEUPLE
vigne le
Royaume de DIEU
ce qui est juste (1
denier)
la vie dans le Royaume
3° - 6° - 9° heure les
grandes dates de l'Histoire
11° heure proche
de la fin du temps
ouvriers les
"Nations"
3.2- niveau économique (point
de vue personnel) :
3.2.1- Il est évident que, vu sous l'angle du
strict rapport entre temps de travail et salaire, dans une économie de type
libéral, la leçon de la parabole est parfaitement injuste. Car fonder l’économie d’une entreprise sur l’égale
rémunération de tous les travailleurs, quel que soit le nombre de leurs heures
de travail, c'est certainement le meilleur moyen d’encourager l’absentéisme, de
susciter des grèves à répétition, et de faire crouler l'entreprise. Il est en
effet absolument impossible d’envisager une même rémunération pour tous, quelle
que soit la quantité de travail de chacun. Cela va contre tous les codes du
travail, et contre le bon sens lui-même. L'entrepreneur qui procéderait ainsi
aurait contre lui tous les syndicats, tous les inspecteurs du travail, tous les
media et l'opinion publique...
3.2.2- Dans le contexte
de l'époque, le salaire d'un denier, nous l'avons dit, suffit, en temps normal,
à un journalier pour le faire vivre avec sa famille. Or, dans la parabole que
Jésus raconte et que Matthieu rapporte :
3.2.2.1- tous les
travailleurs embauchés sont des journaliers
3.2.2.2- les besoins
sont les mêmes pour tous
3.2.2.3- on ne nous dit
pas que les derniers embauchés n'étaient pas là dès la première heure, ni
qu'ils sont paresseux. Au contraire, à la question : 'Pourquoi êtes-vous
restés là, toute la journée sans rien faire ? ils répondent : "Parce que personne ne nous a
embauchés.'.
3.2.2.4- Pour le Maître
de la vigne, la JUSTICE consiste donc à donner à chacun le salaire nécessaire
pour LA journée. Ce qui rejoint la prière de Jésus : Donne-nous aujourd'hui
notre pain de CE jour.