aux chrétiens de CORINTHE
TABLE des CHAPITRES
1Corinthiens
1,18- 2,8-SAGESSE et FOLIE ou BON SENS et
NON SENS
1 Corinthiens 12-14- Le PROBLEME des LANGUES et la PLACE des FEMMES
1- La
GLOSSOLALIE (ou PARLER en LANGUES)
1.2- ANALYSE
de QUELQUES TERMES de 1 Cor 12-14
N.B- Une inclusion intéressante
1.4-
CONCLUSIONS sur la GLOSSOLALIE
2.2-
COMMENTAIRE (Odette MAINVILLE)
1
Corinthiens 13-AGAPE… CHARITE… AMOUR
2- QUELQUES
TEXTES COMPLEMENTAIRES :
JEAN 13,
34-35 ( rédigé vers la fin du 1er siècle ) :
2
Corinthiens 8, 7 ( à propos d'une collecte)
SÉNATUS-CONSULTE
DES BACCHANALES
|
Événements |
Révisée |
|
|
Vers 10-15 |
Naissance |
|
|
36 |
Conversion an Christ |
30/34 |
|
39 |
Visite à Jérusalem après Damas |
33/37 |
|
40-44 44-45 |
En Cilicie A Antioche |
après37 |
|
46-49 voir ci-dessous |
(Premier) voyage missionnaire,
d'Antioche à Chypre et an sud de l'Asie Mineure, retour à Antioche (Deuxième) voyage missionnaire,
à partir d'Antioche, par le sud de l'Asie Mineure, en Galatie du N, Macédoine.
CORINTHE (1 Th), retour à Jérusalem et Antioche |
après 37 39-41/43 (41-43) |
|
49 |
Assemblée de Jérusalem |
47/51 |
|
50-52 (51-52) |
(Deuxième) voyage missionnaire,
d'Antioche, par le sud de l'Asie Mineure, en Galatie du N, Macédoine,
CORINTHE (1 Th), retour à Jérusalem et Antioche |
voir ci-dessus |
|
54-58 (54-57) |
(Troisième) voyage missionnaire, d'Antioche
par la Galatie du N à ÉPHÈSE Séjour de 3 ans – emprisonné ? (Ga. Ph, Phm,
1 Co) |
Non distingué
du second (48-55) |
|
(été 57) (57-58) |
Paul, par la Macédoine, va à
Corinthe (2 Co. Ga 1)
hiver à CORINTHE (Rm), retour à Jérusalem |
(après 54) |
|
58-60 60-61 |
Arrêté à Jérusalem; emprisonné 2
ans à Césarée (Ph 1) Envoyé à Rome; long voyage par
mer |
52-55 0u 56-58 |
|
61-63 |
Prisonnier à ROME pour 2 ans (Ph 1 Phm) |
|
|
après l'été 64 |
Mort à Rome sons Néron |
|
"Corinthe est dite " opulente " à
cause de son port de commerce. Elle est située sur l'Isthme et dispose de deux
ports dont l'un est tourné vers l'Asie, l'autre vers l'Italie. L'échange des
cargaisons en provenance et à destination de ces deux régions est ainsi
facilité pour ceux que sépare une telle distance. Et de même que jadis le
passage à travers le détroit de Sicile n'était pas de navigation facile, de
même aussi la haute mer et tout particulièrement au-delà du cap Malée où les vents sont contraires. D'où le proverbe :
" Quand tu doubles le cap Malée, oublie le
chemin du logis. " (...) De même les droits sur les produits qu'on
exportait par terre du Péloponnèse et qu'on y importait tombaient entre les mains
de ceux qui en détenaient les clefs. Ces données devaient durer longtemps, mais
les avantages qu'en tiraient les Corinthiens des époques postérieures
s'accrurent encore. En effet, les concours isthmiques qu'on célébrait en ce
point attiraient de grandes foules. Et les Bacchiades
avant établi leur tyrannie (sic), riches, nombreux et d'illustre naissance,
restèrent au pouvoir pendant environ deux cents ans, et jouirent librement des
revenus du port du commerce".
Strabon, VIII,
6, 20 (C 378). (64 av J.-C. – 21ap)
Paul a passé 18 mois à Corinthe, vers 51-52. Détruite en
146 avant Jésus-Christ par les Romains, Corinthe depuis un siècle à peu près
était sortie de ses ruines. En l'an 44, Jules César l'avait fait rebâtir et
l'avait peuplée de nombreux colons, pour la plupart affranchis romains ; à
ceux-ci étaient venues se joindre une certaine portion de population grecque,
et bientôt une colonie juive. Dans les années 50, CORINTHE est une ville
d'environ sept-cent mille habitants.,
dont 2/3 d'esclaves. Une ville neuve, qui doit sa prospérité à sa situation
géographique et à ses deux ports, Cenchrées(sur la mer
Egée) et Léchée (sur la mer Adriatique)
Le proconsul d'Achaïe résidait à Corinthe ; c'était alors
Gallion, le frère du philosophe Sénèque. Ce personnage est connu par sa
correspondance avec son frère ; c'était un homme équitable et plein d'urbanité.
Il se montra tel envers saint Paul lorsque celui-ci fut traîné par les Juifs
devant son tribunal. Ainsi s'acheva en paix ce premier séjour de Paul à Corinthe.
C'est la cité du Péloponnèse la plus puissante après
Sparte et surtout la plus peuplée et la plus riche. Elle doit sa fortune à son
établissement à la croisée des routes terrestres et maritimes, point de
rencontre de l'Orient et de l'Occident, passage obligé entre la Grèce du Nord
et le Péloponnèse, et à la qualité d'un territoire agricole prospère.
L'essentiel des ressources de la cité provient des taxes qu'elle impose aux
commerçants des autres cités et des bénéfices retirés de l'organisation
périodique des Jeux Isthmiques. De chaque côté de l'isthme, les Corinthiens ont
construit deux ports artificiels sur les golfe de Kenchréae et de Lechaion et entre
les deux la distance est si faible que les deux routes maritimes n'en forment
pour ainsi dire qu'une. L'idée d'un canal à travers l'isthme avait déjà été
envisagée par Périandre mais passait pour impie après consultation de l'oracle
de Delphes.
Le projet d'éviter les dangers du cap du Péloponnèse et
d'épargner un détour de 185 milles en faisant communiquer la mer Ionienne avec
la mer d'Egée est très ancien. Dès le VIIème siècle
av JC, les Corinthiens avaient construit une voie pavée : le diolkos, sur
laquelle ils transportaient les navires sur des chariots entre le golfe Saronique et le golfe de Corinthe. Le diolkos (on l'appelle
aussi "dromos")
était une piste composée de dalles de calcaire creusées de 2 rainures
parallèles distantes de 1,50 m.
La largeur de la piste variait de 3,5 m à 5 m et atteignait à proximité de
l'embouchure du canal près de 10 m. Cette esplanade, dépourvue de rainure,
permettait le halage des navires. Lorsque la piste décrivait une courbe, deux
petits murets remplaçaient les rainures pour faciliter la traction des
chariots. D'après les lettres de l'alphabet corinthien, gravées dans le roc en
plusieurs endroits, la piste du diolkos pourrait dater de la fin du VIIe siècle
ou du début du VIe siècle av JC, mais il fut remanié probablement au Ve siècle
av JC. Ce système ingénieux exigeait des hommes forts en nombre considérable.
César, Caligula, Néron, Hadrien, Hérode Atticus
songèrent à percer l'isthme. Néron mit le premier le projet à exécution (67 ap JC) et inaugura les travaux avec une pelle en or;
Vespasien lui envoya de Judée 6000 prisonniers juifs. Ces travaux ont disparu
depuis l'ouverture de la tranchée actuelle, les ingénieurs modernes ayant
repris le tracé antique. Le canal a été commencé par les Français, les travaux
durèrent de 1882 à 1893. La tranchée est longue de 6343 m et large de 23 m.
Corinthe excellemment bien placée géographiquement, est
aussi un lieu de rassemblement panhellénique important. Les jeux isthmiques ont
lieu dans le sanctuaire panhellénique de Poséidon. C'est une copie des Jeux
Olympiques : tous les quatre ans, même jeux, même récompenses. Et les jeux
attirent tout le monde et donc les marchands.
|
|
|
|
le diolkos |
|
Corinthe était aussi une ville industrielle réputée pour
son industrie du luxe: textile, meubles, bronzes et surtout céramiques. Les
petits vases corinthiens, souvent imités, véhiculeront aux quatre coins du
monde antique (Crimée, Egypte, Etrurie, Gaule) des parfums réputés. Les vases
corinthiens furent parmi les plus colorés : gravés et peints en noir sur fond
blanc, les motifs se composaient de griffons, sphinx, d'arbres de vie et de
frise. Corinthe passait d'ailleurs pour avoir vu naître la peinture.
Aucun des deux textes n'explicite les marchandises qui
transitent à Corinthe. Pour les marchandises extérieures, elles sont multiples
: marbre, vin, tissus, ors, esclaves. Et les Corinthiens eux-mêmes exportaient
de la céramique.
Corinthe implique des échanges à longue distance, à l'échelle internationale.
On trouve des produits corinthiens à l'étranger avec le Pont-Euxin, le
Proche-Orient, l'Italie et toutes les cités grecques de la Grande Grèce.
Conséquences : richesse scandaleuse d'une
minorité et misère du plus grand nombre.
Cité cosmopolite = centre intellectuel où toutes les familles
d'esprit sont représentées : écoles, philosophes, lettrés.
Vie facile de luxe et de débauche pour les matelots avides
de plaisirs après des mois de navigation.
|
vase
corinthien |
Corinthe était une ville
fastueuse, véritable cité "de la mode". L'épithète sans cesse
accolée à son nom est "l'opulente". Aux plaisirs de la table, les
riches ajoutent ceux de la musique, le dithyrambe est créé à Corinthe, et
ceux des courtisanes réputées dans toute la Grèce pour leur beauté et leur
luxe. En architecture, l'ordre corinthien n'est qu'une forme plus poussée de
l'ordre ionique. |
chapiteau
corinthien |
Population très mêlée où toutes les races, toutes les
religions se côtoient, Corinthe est, à l'époque un centre
religieux : on y trouve les cultes des religions à mystères de
l'Orient. Les divinités grecques y ont chacune son Temple, et on y a trouvé
trace des cultes égyptiens d'Isis et Sérapis. Il existe aussi, au 1° siècle,
une importante colonie juive avec ses propres fonctionnaires et son
organisation interne.
Corinthe semble avoir subi à maintes reprises des
influences orientales. Les cultes corinthiens mélangent éléments helléniques et
éléments orientaux. On y adore conjointement Poséidon et Melkart de Tyr (appelé
également Baal-Melkart, il est, chez les Phéniciens,
le dieu des marchands). Mais le culte principal se déroule dans le Temple
d'Aphrodite au sommet d'une colline de 500 mètres : l'acrocorinthe. Dans ce
sanctuaire, l'Aphrodite corinthienne emprunte beaucoup au culte d'Astarté, il y
a 1.000 hiérodules (qui sont des "prêtresses" esclaves
attachés à un temple) qui prennent grand soin des
pèlerins, se livrant pour eux à la prostitution sacrée. Elles attirent beaucoup
de monde ….
On trouve dans un fragment
d'Aristophane le verbe korinqiazein, « vivre à la corinthienne
», c'est-à-dire dans la débauche, qui suffit à montrer à quel point, dès
l'époque classique, la cité était synonyme de jouissance et de corruption. Deux
personnages se sont particulièrement intéressés à cette Corinthe amie du
plaisir, deux personnages qui ont cherché, chacun à leur manière, à la
détourner de ses mœurs corrompues : Diogène le Cynique et Paul de Tarse.
Diogène de Sinope : philosophe «
cynique », qui affectait de braver les convenances, de faire tout à contre-courant,
notamment de faire en public ce que les hommes ont coutume de faire dans
l'intimité de leur maison (relations sexuelles et défécation) ; il s'agit à la
fois de dénoncer les vices des contemporains et de braver les bonnes mœurs. Il
affiche son mépris pour tout ce qui peut représenter l'autorité, et une
anecdote célèbre (Diogène Laërce, VI 38,8) raconte sa
rencontre avec Alexandre le Grand : Alexandre lui ayant demandé ce qu'il
désirait, Diogène lui répondit : « Ôte-toi de mon soleil. »[1]
Quant à PAUL de TARSE, après son
séjour de dix-huit mois, il écrit aux Corinthiens une longue lettre vers 55-56.
Dans les années 46-50, Paul a fondé
à Corinthe la première communauté constituée essentiellement de non-Juifs.
Nous savons (Actes 18,24-28) qu'après son départ, la
Communauté a accueilli un prédicateur de valeur, Apollos, juif alexandrin,
converti à Éphèse par Aquila et Priscille qui lui avaient remis des lettres de
recommandation. A Corinthe, il était beaucoup plus brillant que Paul, et des groupuscules
se sont formés: celui d'Apollos, celui de Paul, celui de Céphas ( Pierre
serait-il passé à Corinthe ?), et celui du Christ : Judaïsants,
dimension messianique; gnostiques spiritualistes, ne voulant dépendre que de
l'Esprit Saint et rejetant toute organisation ecclésiale...
Pendant ce séjour à CORINTHE, PAUL a rédigé la première
lettre aux Thessaloniciens (communauté chrétienne établie à SALONIQUE). Si donc
nous voulons nous faire une idée du contenu du message oral délivré par PAUL à
cette époque aux Corinthiens, il n'est que de nous reporter à 1 Thessaloniciens .
Il apparaît que le thème central de cette lettre est la Parousie (la venue du Christ en
gloire à la fin des temps) :
2,19 Quelle est en effet notre
espérance, notre joie, la couronne dont nous serons fiers, si ce n'est vous, en
présence de notre Seigneur Jésus lors de sa Venue ?
3,13 Que le Seigneur affermisse ainsi vos
coeurs irréprochables en sainteté devant Dieu, notre Père, lors de la Venue de
notre Seigneur Jésus avec tous ses saints.
4,15 Voici en effet ce que nous avons à vous
dire, sur la parole du Seigneur. Nous, les vivants, nous qui serons encore là
pour la Venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui seront endormis.
5,23 Que le Dieu de la paix lui-même vous
sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps,
soit gardé sans reproche à la Venue de notre Seigneur Jésus, le Christ.
Dans ces années encore relativement proches de
la mort-résurrection de Jésus, les disciples
envisagent volontiers la fin des temps et la venue du Christ en gloire comme
probablement proche. La prédication
publique de Jésus avait d'ailleurs s'était d'ailleurs ouverte sur ce thème :
Marc 1,15 : "Le temps est accompli, le Royaume de Dieu est tout proche:
repentez-vous et croyez à l'Evangile."
Matthieu 3,2 : : "Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout
proche."
Les
autres thèmes développés dans cette première lettre aux Thessaloniciens sont
les suivants :
- le respect du corps - 4,4 : Que chacun de vous
sache user du corps qui lui appartient avec sainteté et respect…
- le travail - 4,10-11 : Mettez votre honneur à vivre calmes, à
vous occuper chacun de vos affaires, à travailler de vos mains, comme nous vous
l'avons ordonné…
- le respect des autorités - 5,12 : Nous vous demandons, frères, d'avoir de
la considération pour ceux qui se donnent de la peine au milieu de vous, qui
sont à votre tête dans le Seigneur et qui vous reprennent…
- l'amour mutuel - 5, 14-18 : Nous vous y engageons,
frères, reprenez les désordonnés, encouragez les craintifs, soutenez les
faibles, ayez de la patience envers tous. Veillez à ce que personne ne rende le
mal pour le mal, mais poursuivez toujours le bien, soit entre vous soit envers
tous. Restez toujours joyeux. Priez sans cesse. En toute
condition soyez dans l'action de grâces. C'est la volonté de Dieu sur vous dans
le Christ Jésus…
Il
y a donc fort à penser que, pendant les trois ou quatre années qui séparent le
départ de PAUL de CORINTHE de la rédaction de la Lettre aux Corinthiens,
certaines déviations ou incompréhensions se sont produites, qui forment la
trame de la Lettre :
-
PAUL
a annoncé la fin des temps. Donc :
o
certains
croient que ce n'est plus la peine de travailler
o
d'autres
pensent que la libération apportée par la venue de Jésus, jointe à l'annonce de
son retour prochain, sont un encouragement à la libération des mœurs; alors que
d'autres y voient une remise en cause du mariage.
o
d'autres
pensent que, puisque la fin des temps approche, la communauté peut se passer de
responsable
-
D'autre
part, on est à CORINTHE :
o
Certains
assimilent le culte rendu à JESUS ressuscité à l'un de ces multiples cultes
rendus à d'autres divinités (Bacchus entre autres…), et quelques-uns
fréquentent tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre.
o
D'autres
pensent qu'APOLLOS, CEPHAS, PAUL, JESUS sont des "gurus",
c'est-à-dire des Maîtres de Sagesse, dont ils sont les disciples.
o
D'autres
transforment l'enseignement de PAUL en une simple Règle de vie (Sagesse).
o
D'autres
continuent à fréquenter les prostituées du Temple d' Aphrodite.
o
D'autres
ne peuvent pas croire à la résurrection, de JESUS d'abord, des morts ensuite,
ou bien ils n'en comprennent pas la signification.
o
D'autres
n'ont pas compris le sens du repas du premier jour de la semaine, commémoratif de la mort-résurrection
de JESUS.
o
La
communauté chrétienne est composée de personnes de milieux divers, et la
cohabitation n'est pas facile entre
personnes libres et esclaves, entre gens aisés et personnes démunies, entre ceux
qui sont de culture gréco-latine et les
étrangers venant d'autres pays plus lointains …
Cette Première Lettre aux Corinthiens nous montre donc,
pris en quelque sorte sur le vif, les problèmes posés par l'insertion de la foi
chrétienne dans une culture païenne et les moyens utilisés par Paul pour
résoudre ces problèmes :
- Querelles, disputes et luttes intestines ((1,11-12)
- Séduction de la sagesse philosophique d'origine
païenne, qui s'introduit dans la
communauté nouvelle marquée d'un vernis chrétien superficiel (1,19-2,10)
- Morale sexuelle dissolue (6,12-20)
- Attrait aussi des religions à mystères dont les
manifestations désordonnées risquent de se reproduire
dans les assemblées chrétiennes. (12-13-14)
- Tout cela pervertit les certitudes fondamentales de la
foi nouvelle de la foi nouvelle (15),
SAGESSE et FOLIE ou BON SENS et
NON SENS
Le
langage de la croix, en effet, est non-sens pour ceux qui se perdent,
mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit (Isaïe 29,14) : Je détruirai
la sagesse des sages, et l'intelligence des intelligents je la
rejetterai. Où est-il, celui qui se
croit plein de sagesse ? Où donc est-il, l'homme cultivé ? Où est-il, le
raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas frappé de non-sens la sagesse
du monde ? Puisqu'en effet le monde, par
le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de
Dieu, c'est par le non-sens du message qu'il a plu à Dieu de sauver les
croyants. Alors que les Juifs demandent
des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié,
scandale pour les Juifs et non-sens pour les païens, mais pour ceux qui
sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse
de Dieu. Car le non-sens de Dieu
est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que
les hommes.
Aussi
bien, frères, considérez votre appel: il n'y a pas beaucoup de gens sages
selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. Mais ce qui n'a aucune valeur aux yeux du
monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les gens sages; ce
qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce
qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise,
voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est,
afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu. Car c'est par Lui que
vous êtes dans le Christ Jésus qui est devenu pour nous la sagesse de
Dieu, justice, sanctification et rédemption, afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, qu'il se glorifie dans le
Seigneur.
Pour moi, quand je suis venu chez
vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le
prestige de la parole ou de la sagesse.
Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus le Christ, et
Jésus le Christ crucifié. Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif
et tout tremblant et ma parole et mon message n'avaient rien des discours
persuasifs de la sagesse; c'était une démonstration d'Esprit et de
puissance, pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes,
mais sur la puissance de Dieu.
Pourtant,
c'est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d'une
sagesse de ce monde ni des princes de ce monde, voués à la destruction.
Ce dont nous parlons, au contraire, c'est d'une sagesse de Dieu,
mystérieux, demeurée cachée, que, dès avant les siècles, Dieu a par avance
destinée pour notre gloire, celle qu'aucun des princes de ce monde n'a connue -
s'ils l'avaient connue, en effet, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de la
Gloire…
Célébrissime passage de l'apôtre Paul ; choc des mots, qui
a l'étrange pouvoir de rassurer aux jours des grands doutes : il y a bien du non-sens
dans tout cela. Le non-sens, c'est l'événement de la croix. C'est qu'un
crucifié soit reconnu comme Messie. C'est que la croix, instrument de supplice,
soit reconnue comme instrument de glorification. C'est qu'un corps mort soit
reconnu comme re-suscité à la vie.
Mais surtout, ce qui étonnait les Greco-latins
qui rejoignaient la communauté de PAUL, c'est que celui-ci ne proposait aucune
"sagesse", aucune méthode de conduite de la vie ordinaire établie à
partir d'une conception du monde et de l'homme, à la différence des grands
penseurs contemporains.
Passons en revue les principales "sagesses" de
l'époque.
Les sagesses de l’antiquité
grecque… Modes de vie d’abord.
Ils étaient quatre : Epicure, Zénon de Cithium, Pyrrhon,
Diogène; à chercher des réponses pratiques aux problèmes de la vie quotidienne.
On les nomme un peu abusivement "philosophes". En réalité, il s'agit
plutôt de "gurus", de maîtres de pensée.
EPICURE et l’épicurisme :Prendre le monde comme il est…
Le bonheur maintenant
N’avoir aucune crainte de la mort, car le bonheur
est conçu comme un moyen d’éliminer tout ce qui est souffrance. Il faut donc
vivre au présent et non dans le passé ou l’attente de quelque chose de
l’avenir. Refuser ainsi toute religion et partir du principe que l’organisation
de l’environnement ne doit rien à la providence ou à une quelconque décision
anticipée et concéder que nous ne sommes pas le seul monde dans l’univers
sidéral. La nature est le seul guide de la pensée et de l’hygiène corporelle.
Or, le bonheur ne consiste pas à chercher la petite bête, mais d’admettre que
seule la nature nous y conduit. Penser est le seul moyen offert à l’homme qui
lui permette de dissiper les zones d’ombre qui l’empêche, l’esprit tranquille,
de s’approcher de l’état du bonheur.
Lettre
à Ménécée : (Epicure)
Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien
pour nous, car tout bien et tout mal résident dans la sensation ; or, la mort
est la privation complète de cette dernière.
Cette connaissance certaine que la mort n’est rien
pour nous a pour conséquence que nous apprécions mieux les joies que nous offre
la vie éphémère, parce qu ‘elle n’y ajoute pas une durée limitée, mais nous
ôte, au contraire le désir d’immortalité. En effet, il y a plus d’effroi dans
la vie pour celui qui a réellement compris que la mort n’a rien d’effrayant. Il
faut ainsi considérer comme un sot celui qui dit que nous craignons la mort,
non pas parce qu’elle nous afflige quand elle arrive, mais parce que nous
souffrons déjà à l’idée qu’elle arrivera un jour. Car si une chose ne nous
cause aucun trouble par sa présence, l’inquiétude qui est attachée à son
attente est sans fondement.
Ainsi celui des maux qui nous fait le plus frémir
n’est rien pour nous, puisque, tant que nous existons,la
mort n’est pas, et que quand la mort est là nous ne sommes plus. La mort n’a
par conséquent, aucun rapport ni avec les vivants ni avec les morts, étant
donné qu’elle n’est rien pour les premiers et que les derniers ne sont plus.
ZENON de Cithium et le stoïcisme : Accepter que le monde soit ce qu'il est…
Pour la résignation
Les stoïciens portèrent cette tension de la volonté
à un degré très élevé, cette volonté morale, essence même de leur doctrine. La
Raison absorbe et domine toutes choses humaines et divines. C’est la vertu qui
donne le bonheur. Il y a donc une acceptation de la souffrance, une résignation
sereine et impassible de tout ce qui arrive. Mais aussi de distinguer ce qui
dépend de nous de ce qui n’en dépend pas. La voie d’accès au bonheur passe par
la tranquillité de l’âme puisqu’on ne cherche pas à lutter contre le destin
Marc
Aurèle : pensées
(…) Car enfin, qu’est-ce qui te fait peine ? La
méchanceté des hommes ? Mais porte la méditation sur ce principe que les êtres
raisonnables sont nés les uns pour les autres ; que se supporter mutuellement
est une portion de la justice, et que c’est malgré nous que nous faisons le mal
; enfin qu’il n’a en rien servi à tant de gens d’avoir vécu dans les inimitiés,
les soupçons, les haines, les querelles : ils sont morts, ils ne sont plus que
cendres. Cesse donc enfin de te tourmenter. Mais peut-être ce qui cause ta
peine, c’est le lot d’évènements que t’a départi l’ordre universel du monde ?
Remets-toi en mémoire cette alternative : ou il y a une Providence, ou il n'y a
que des atomes ; ou bien rappelle-toi la démonstration que le monde est comme
une cité. Mais les choses corporelles, même après cela, te feront encore sentir
leur importunité ? Songe que notre entendement ne prend aucune part aux
émotions douces ou rudes qui tourmentent nos esprits animaux, sitôt qu’il s’est
recueilli en lui-même et qu’il a bien reconnu son pouvoir propre et toutes les
autres leçons que tu as entendues faire sur la douleur et la volupté, et
auxquelles tu as acquiescé sans résistance. Serait-ce la vanité de la gloire
qui viendrait t’agiter dans tous les sens? Regarde alors avec quelle rapidité
l’oubli enveloppe toutes choses, quel abîme infini de durée tu as devant toi
comme derrière toi, combien est vaine chose qu’un bruit qui retentit, combien
changeants, dénués de jugement, sont ceux qui semblent t’applaudir, enfin la
petitesse du cercle qu circonscrit ta renommée. Car la terre toute entière
n’est qu’un point ; et que nous n'en habitons qu’une étroite partie. (...)
PYRRHON et le Scepticisme : On ne peut pas savoir ce qu'est le monde…
Rien n’existe réellement
Pyrrhon d’Elis et les sceptiques déclaraient que
nos opinions ne sont ni vraies ni fausses et pratiquaient la suspension du
jugement. Il y a donc refus d’établir des jugements de valeur, car rien ne peut
être plus important dans un cas que dans l’autre. Par exemple, ce n’est que parce
que nous avons l’impression qu’il fait froid, que le temps est froid. En somme
être indifférent à ce qui nous entoure, puisque nous ne pouvons faire de
jugement exact. Vivre heureux, pour un sceptique, consiste donc à prendre la
vie comme elle vient, sans rien attendre de pire, sans rien espérer de
meilleur.
Diogène
Laerce :
Doctrines
et sentences
Pyrrhon d’Elis soutenait qu’il n’y a ni beau, ni
laid, ni juste , ni injuste, que rien n’existe
réellement et d’une façon vraie, mais qu’en toute chose les hommes se
gouvernent selon la coutume et la loi. Car une chose n’est pas plutôt ceci que
cela. Sa vie justifiait ses théories. Il n’évitait rien, supportait tout, au
besoin d’être heurté par un char, de tomber dans un trou, d’être mordu par des
chiens, d’une manière générale ne se fiant en rien à ses sens …
DIOGENE et le Cynisme : Profiter du monde…
Insolence et subversion
Les cyniques grecs récusent les lois, parce qu’ils
les suspectent de n’être que des conventions sous lesquels se dissimulent des
mobiles peu reluisants. Diogène en est une figure emblématique. Pour le cynique
le bonheur se trouve dans la liberté qui elle-même se situe dans l’indépendance.
Le geste cynique consiste à dénoncer les supercheries, à faire tomber les
masques. Il s’agit là d’une attitude qui obéit à tout autre chose qu’à l’envie
de provoquer. C’est donc aussi récuser dieux, maîtres et lois et ne reconnaître
aucune autorité. On dirait aujourd’hui, qu’ils sont des anarchistes.
Pour PAUL, le message de l'Evangile ne peut pas se réduire
à l'une de ces "sagesses", ou devenir une "sagesse" parmi
d'autres. Car il ne prend pas sa source dans la réflexion d'un
"sage", mais dans la conviction que Jésus, Messie de Dieu, mis à mort
par crucifixion, a été re-suscité à la vie. Et surtout il prend sa source dans
la conviction des croyants que la fin des temps est commencée, et que Dieu veut
rassembler son Peuple. Il ne s'origine pas dans une réflexion tirée de
l'observation du monde, mais dans l'événement mort-résurrection
de Celui en qui les croyants reconnaissent l'Envoyé de Dieu, le Fils de Dieu,
le Messie de Dieu, Celui qui est venu révéler le projet de Dieu sur le monde.
L'argumentation de PAUL paraît donc paradoxale,mais elle ne l'est qu'en apparence, car, dans le domaine de
la foi chrétienne, la seule explication qui vaille est celle du paradoxe. Il ne
faut d'ailleurs pas oublier que le Judaïsme, dans les siècles passés, et
surtout lors de l'Exil à BABYLONE, a été marqué par le CONFUCIANISME (LAO-TSEU
a vécu de -590 à -470), et par le BOUDDHISME (SAKYAMOUNI, le Bouddha, est mort
en -470). Or ces Sagesses orientales incluent la doctrine du YIN et du YANG :
le Blanc n'est jamais totalement blanc, ni le noir totalement noir : il y a du
blanc dans le noir et du noir dans le blanc – le Bien n'est jamais totalement
Bien, ni le Mal totalement Mal : il y a du Bien dans le Mal et du Mal dans le
Bien.
Le monde discerne la beauté,
et, par là le laid se révèle.
Le monde reconnaît le bien
et, par là le mal se révèle.
Car l'être et le non-être s'engendrent sans fin.
Le difficile et le facile
s'accomplissent l'un par l'autre.
Le long et le court se complètent.
Le haut et la bas reposent l'un sur l'autre.
Le son et le silence créent l'harmonie.
L'avant et l'après se suivent.
Le tout et le rien ont le même visage.
C'est pourquoi le Sage s'abstient de toute action.
Impassible, il enseigne par son silence.
Les hommes, autour de lui, agissent.
Il ne leur refuse pas son aide.
Il crée sans s'approprier
et oeuvre sans rien attendre.
Il ne s'attache pas à ses oeuvres.
Et, par là, il les rend éternelles.
LAO-TSEU
(Tao-to-king)
Le renversement de valeurs opéré par PAUL peut se résumer
ainsi :
|
|
Pour les Sages |
Pour PAUL et les Croyants |
|
La sagesse |
C'est le bon sens |
C'est le non-sens |
|
La croix |
C'est la honte |
C'est la gloire |
|
Jésus de Nazareth |
C'est un condamné exécuté |
C'est le Seigneur de Gloire |
|
Les pauvres |
Sont le rebut du monde |
Sont les préférés de Dieu |
Il rejoint ainsi quelques-uns des paradoxes de la
prédication de Jésus, sur les premiers et les derniers, les pauvres et les
riches, la mort et la vie… Rappelons-nous le paradoxe développé par PAUL dans
la Lettre aux Romains : la véritable liberté, pour le croyant, c'est
l'esclavage de Dieu.
Ici, PAUL développe l'idée que la croix, pour les hommes,
comme mort infligée, est démonstration d'impuissance, d'échec, et inclut l'idée
de l'impuissance de Dieu. Pourtant, le croyant affirme que la "puissance
de Dieu" se révèle dans la croix. Mais quelle est la puissance de la croix
? La réponse se trouve, me semble-t-il, dans les versets suivants.
À la lecture des v. 27-29, la puissance de la croix est de
"confondre" la sagesse humaine ; le mot que traduit la TOB par
confondre veut dire déshonorer, faire honte, voire souiller ; la puissance de
la croix est de remettre à l'honneur ce que le monde ne prend pas en
considération ; la puissance de la croix, c'est de désordonner l'ordre mis en
place par les hommes pour leur propre glorification. Car la mort de Jésus sur
la croix a été le moyen choisi par Dieu pour le re-susciter à la vie, le
glorifiant ainsi aux yeux des hommes. Tel est le message (langage - logos – v.18 ) de la croix.
On peut ici rapprocher le regard de Paul de celui de Jean
pour qui la croix est aussi élévation et glorification.
Il ne s'agit donc pas d'appartenir à une école de pensée,
à la manière des lettrés de Corinthe. Paul sait de quoi il parle, compte tenu
de sa propre double culture, juive et romaine ; il connaît le milieu culturel
de ses destinataires, berceau de la philosophie. Les membres de la communauté
de Corinthe, nous le savons bien, ont justement tendance à se diviser en
courants de pensée (cf v.12), à se prévaloir
d'une" école", et même à se servir du baptême pour établir des
appartenances. Il s'agit de "prêcher un Messie crucifié" (v.23) : et
cela est lourd de conséquences:
- nous ne sommes plus dans le monde des idées, mais dans
celui de l'humain, de l'humain au sein du monde (au sens de création), de son
existence profonde ; de l'humain devant Dieu et de Dieu pour l'humain, dans ce
qui touche à la vie et à la mort, des rapports des êtres humains entre eux.
- nous ne sommes pas dans une "simple"
représentation de Dieu : un Messie crucifié, ou un crucifié reconnu comme Messie, suscite chez les uns scandale,
puisqu'il constitue presque une insulte par rapport aux espérances messianiques.
Pour les autres, cela apparaît comme un non-sens (dans le monde grec, comment
imaginer un Dieu condamné et crucifié ?). Ce que Paul entérine et revendique
pour mieux dénoncer le scandale et le non-sens du monde.
moi ?
On
peut rappeler ici cette réflexion entendue un jour, au petit matin, dans le
camp d'AUSCHWITZ, alors que les SS pendaient un jeune garçon, à la potence
située sur la Place de l'appel, devant tous les déportés. Face à cette scène
atroce et insoutenable, l'un des déportés s'écria : Mais où donc est Dieu ? Et un autre lui répondit : Il est là devant toi, c'est lui qui est pendu
!
La
révélation de l'Evangile en effet, c'est celle-ci : Dieu n'est pas celui qu'on
croit. Il ne peut pas empêcher la mort, il ne peut pas faire cesser les
guerres, il ne peut rien contre la pauvreté,
il ne peut rien contre les cataclysmes… car il est celui qui meurt, il
est celui qui souffre, il est le pauvre, le petit. Telle est la Sagesse de
l'Evangile… que beaucoup ne peuvent ni comprendre ni admettre… car c'est le
non-sens absolu. Le Concile de NICEE, au 4° siècle commencera ainsi sa
Profession de Foi : "Je crois en Dieu le Père Tout-Puissant
…", et non pas "Je crois en Dieu Tout-Puissant…
Nous
souvenir également de ces réflexions de Blaise PASCAL (1623-1662) :
Nous ne pouvons
connaître Dieu, sans connaître nos misères ; ou nos misères, sans connaître
Dieu ; ou même Dieu et nos misères, sans connaître le moyen de nous
délivrer des misères qui nous accablent. Mais nous ne pouvons connaître
Jésus-Christ, sans connaître tout ensemble et Dieu, et nos misères, et le
remède de nos misères ; parce que Jésus-Christ n’est pas simplement Dieu,
mais que c’est un Dieu réparateur de nos misères.
C’est lui qui est le
vrai Dieu des hommes, c’est-à-dire des misérables, et des pécheurs. Il est le centre
de tout, et l’objet de tout ; et qui ne le connaît pas, ne connaît rien
dans l’ordre du monde, ni dans soi même. Car non seulement nous ne connaissons
Dieu que par Jésus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous mêmes que par
Jésus-Christ.
Considérer
Jésus-Christ en toutes les personnes et en nous-mêmes : Jésus-Christ comme Père
en son Père, Jésus-Christ comme frère en ses frères, Jésus-Christ comme pauvre
en les pauvres, Jésus-Christ comme riche en les riches, Jésus-Christ comme
docteur et prêtre en les prêtres, Jésus-Christ comme souverain en les princes,
etc. Car il est par sa Gloire tout ce qu'il y a de grand, et par sa vie
mortelle tout ce qu'il y a de chétif et d'abject. Pour cela il a pris cette
malheureuse condition, pour pouvoir être en toutes les personnes, et le modèle
de toutes conditions. (PASCAL – Pensées)
Le PROBLEME des LANGUES et la PLACE des FEMMES
12- Au sujet des phénomènes spirituels, je ne veux pas,
frères, que vous soyez dans l'ignorance. Vous savez que, lorsque vous étiez
païens, vous étiez entraînés, comme au hasard, vers les idoles muettes. C'est
pourquoi je vous le déclare : personne, parlant
sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu, ne dit :"Maudit soit
Jésus", et nul ne peut dire : "Jésus est Seigneur", si ce n'est
par l'Esprit Saint. II y a diversité de
dons de la grâce, mais c'est le même Esprit; diversité de ministères, mais
c'est le même Seigneur; diversité de modes d'action, mais c'est le même Dieu
qui, en tous, met tout en œuvre. A chacun est donnée la manifestation de
l'Esprit en vue du bien de tous. À l'un, par l'Esprit, est donné un message de
sagesse, à l'autre, un message de connaissance, selon le même Esprit;à l'un,
dans le même Esprit, c'est la foi; à un autre, dans l'unique Esprit, ce sont
des dons de guérison; à tel autre, d'opérer des miracles,à tel autre,
de prophétiser, à tel autre de discerner
les esprits,à tel autre encore, de parler en langues; enfin à tel autre de
les interpréter. Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui le met en
œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut. En effet,
prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres :
Mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps
: il en est de même du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul
Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres,et nous avons tous été abreuvés
d'un seul Esprit.
Aussi bien le corps
n'est-il pas un seul membre, mais plusieurs.
Si le pied disait: "Parce que je ne suis pas la main, je ne suis
pas du corps", il n'en serait pas
moins du corps pour cela. Et si
l'oreille disait: "Parce que je ne suis pas l'oeil, je ne suis pas du
corps", elle n'en serait pas moins du corps pour cela. Si tout le corps était oeil, où serait
l'ouïe? Si tout était oreille, où serait l'odorat? Mais, de fait, Dieu a placé les membres, et
chacun d'eux dans le corps, selon qu'il a voulu. Si le tout était un seul membre, où serait le
corps? Mais, de fait, il y a plusieurs
membres, et cependant un seul corps.
L'oeil ne peut donc dire à la main: "Je n'ai pas besoin de
toi", ni la tête à son tour dire aux pieds: "Je n'ai pas besoin de
vous." Bien plus, les membres du
corps qui sont tenus pour plus faibles sont nécessaires; et ceux que nous tenons pour les moins
honorables du corps sont ceux-là mêmes que nous entourons de plus d'honneur, et
ce que nous avons d'indécent, on le traite avec le plus de décence; ce que nous avons de décent n'en a pas
besoin. Mais Dieu a disposé le corps de manière à donner davantage d'honneur à
ce qui en manque, pour qu'il n'y ait
point de division dans le corps, mais qu'au contraire les membres se témoignent
une mutuelle sollicitude. Un membre
souffre-t-il? Tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à
l'honneur? Tous les membres se réjouissent avec lui.
Or vous êtes, vous, le
corps du Christ, et membres chacun pour sa part. Et ceux que Dieu a établis dans l'Eglise sont
premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les
docteurs... Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d'assistance,
de gouvernement, les diversités de langues.
Tous sont-ils apôtres? Tous prophètes? Tous docteurs? Tous font-ils des
miracles? Tous ont-ils des dons de
guérisons? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils?
….
14 Recherchez la
charité; aspirez aussi aux dons spirituels, surtout à celui de prophétie. Car celui qui parle en langue ne parle pas
aux hommes, mais à Dieu; personne en effet ne comprend : il dit en esprit des
choses mystérieuses. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes; il
édifie, exhorte, réconforte. Celui qui
parle en langue s'édifie lui-même, celui qui prophétise édifie
l'assemblée. Je voudrais, certes, que
vous parliez tous en langues, mais plus encore que vous prophétisiez; car celui
qui prophétise l'emporte sur celui qui parle en langues, à moins que ce dernier
n'interprète, pour que l'assemblée en tire édification.
Et maintenant, frères, supposons que je
vienne chez vous et vous parle en langues, en quoi vous serai-je utile, si ma
parole ne vous apporte ni révélation, ni science, ni prophétie, ni
enseignement? Ainsi en est-il des
instruments de musique, flûte ou cithare; s'ils ne donnent pas distinctement
les notes, comment saura-t-on ce que joue la flûte ou la cithare? Et si la trompette n'émet qu'un son confus,
qui se préparera au combat? Ainsi de
vous: si votre langue n'émet pas de parole intelligible, comment saura-t-on ce
que vous dites? Vous parlerez en l'air.
Il y a, de par le monde, je ne sais combien d'espèces de langages, et
rien n'est sans langage. Si donc
j'ignore la valeur du langage, je ferai l'effet d'un Barbare à celui qui parle,
et celui qui parle me fera, à moi, l'effet d'un Barbare. Ainsi de vous: puisque vous aspirez aux dons
spirituels, cherchez à les avoir en abondance pour l'édification de
l'assemblée. C'est pourquoi celui qui
parle en langue doit prier pour pouvoir interpréter. Car, si je prie en langue, mon esprit est en prière,
mais mon intelligence n'en retire aucun fruit.
Que faire donc? Je prierai avec l'esprit, mais
je prierai aussi avec l'intelligence. Je dirai un hymne avec l'esprit, mais je
le dirai aussi avec l'intelligence.
Autrement, si tu ne bénis qu'en esprit, comment celui qui a rang de
non-initié répondra-t-il "Amen!" à ton action de grâces, puisqu'il ne
sait pas ce que tu dis? Ton action de
grâces est belle, certes, mais l'autre n'en est pas édifié. Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en
langues plus que vous tous; mais dans
l'assemblée, j'aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, pour
instruire aussi les autres, que 10.000 en langue. Frères, ne soyez pas des enfants pour le
jugement; des petits enfants pour la malice, soit, mais pour le jugement soyez
des hommes faits.
Il est écrit dans la Loi: C'est par des hommes
d'une autre langue et par des lèvres d'étrangers que je parlerai à ce peuple,
et même ainsi ils ne m'écouteront pas, dit le Seigneur. Ainsi donc, les langues servent de signe non
pour les croyants, mais pour les infidèles: la prophétie, elle, n'est pas pour
les infidèles mais pour les croyants. Si
donc l'Eglise entière se réunit ensemble et que tous parlent en langues, et
qu'il entre des non-initiés ou des infidèles, ne croiront-ils pas que vous êtes
des fous furieux ? Mais si tous
prophétisent et qu'il entre un infidèle ou un non-initié, le voilà repris par
tous, jugé par tous; les secrets de son
coeur sont dévoilés, et ainsi, tombant sur la face, il adorera Dieu, en
déclarant que Dieu est réellement parmi vous.
Que conclure, frères?
Lorsque vous vous assemblez, chacun peut avoir un cantique, un enseignement,
une révélation, un discours en langue, une interprétation. Que tout se passe de
manière à édifier. Parle-t-on en langue?
Que ce soit le fait de deux ou de trois tout au plus, et à tour de rôle; et
qu'il y ait un interprète. S'il n'y a
pas d'interprète, qu'on se taise dans l'assemblée; qu'on se parle à soi-même et
à Dieu. Pour les prophètes, qu'il y en
ait deux ou trois à parler, et que les autres jugent. Si un autre qui est assis a une révélation,
que le premier se taise. Car vous pouvez
tous prophétiser à tour de rôle, pour que tous soient instruits et tous
exhortés. Les esprits des prophètes sont
soumis aux prophètes; car Dieu n'est pas
un Dieu de désordre, mais de paix.
Comme dans toutes les
Eglises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne
leur est pas permis de prendre la parole; qu'elles se tiennent dans la
soumission, selon que la Loi même le dit.
Si elles veulent s'instruire sur quelque point, qu'elles interrogent
leur mari à la maison; car il est inconvenant pour une femme de parler dans une
assemblée.
Est-ce de chez vous
qu'est sortie la parole de Dieu? Ou bien, est-ce à vous seuls qu'elle est
parvenue? Si quelqu'un croit être
prophète ou inspiré par l'Esprit, qu'il reconnaisse en ce que je vous écris un
commandement du Seigneur. S'il l'ignore,
c'est qu'il est ignoré. Ainsi donc, mes
frères, aspirez au don de prophétie, et n'empêchez pas de parler en
langues. Mais que tout se passe dignement
et dans l'ordre.
1- La GLOSSOLALIE (ou PARLER en
LANGUES)
L'ensemble formé par les chapitres 12 à 14 porte sur le
problème posé par la pratique de parler "en langues", ou glossolalie.
Il n'en est question dans aucun autre livre du
Nouveau Testament. Il est donc probable que le problème ne se posait
qu'à CORINTHE du fait que certains membres de la Communauté, issus de quelques
cultes propres à cette localité, l'avaient importé dans la liturgie de la
Célébration de la mort-résurrection du Christ.
Le mot "glossolalie" (parler en langues) est
forgé à partir des deux termes : glossos (au figuré : "langue étrangère") et lalein (parler dans le sens de
babiller).
"La
linguistique moderne définit la glossolalie comme une suite d'énoncés verbaux
dépourvus de sens mais structurés phonologiquement; les phonèmes repérés sont
moins nombreux que dans les langues naturelles d'où leur répétition. La chaîne
phonique peut se segmenter. Les unités les plus longues ne sont que des groupes
de souffle synchrones de la respiration, qui peuvent à leur tour se segmenter
en série de syllabes dont la distribution aléatoire peut évoquer fortuitement
l'aspect de mots. Mais ceux-ci ne s'organisent pas en formes syntaxiques
repérables et se diluent dans un torrent de syllabes. Un glossolale ne peut
jamais répéter le même discours". (Jeanne RAYNAUD-La glossolalie, forme de communication
verbale dans le domaine religieux)
La glossolalie n'est pas un fait chrétien : sa pratique
est habituelle entre autres, dans quelques religions à mystères[2]
de l'époque hellénistique (mais aussi peut-être de nos jours dans le vaudou ou
le macumba) dont la marque propre est l'aspiration à entrer en communication
directe avec la divinité. Ces formes religieuses semblent florissantes dans la
Corinthe du premier siècle. Mais, Paul, ancien scribe d'obédience pharisienne
est un homme d'ordre. Son passé de Juif pieux lui fait privilégier d'emblée les
valeurs communautaires par-dessus l'intérêt individuel; il favorise la
rationalité au détriment des expressions d'apparence mystique ou extatique. Il
ne rejette pas la pratique du "parler en langues" qu'il considère
comme un don éminent de l'Esprit (un charisme) mais il essaie de comprendre ce
qui se passe et qui le trouble. C'est son analyse (I Co
12,1-11 et 14) qui nous vaut la description (peut-être la première, tout au
moins aussi précise) de l'expression glossolale; elle ne contredit en rien ce
que nous en apprend la linguistique.
L'essentiel de la pensée de Paul est contenue dans les
versets suivants : "Si je prie en
langues, mon esprit est en prière mais mon intelligence est stérile... Grâce à
Dieu, je parle en langues plus que vous tous, mais dans une assemblée, je
préfère dire cinq paroles intelligibles pour instruire les autres plutôt que
dix mille en langues... si les non croyants (vous entendent)... ne croiront-ils
pas voir des fous furieux ?"
D'après le texte de Paul, il semble que la glossolalie se
produise au sein d'un groupe, et que
l'expression orale, faite de cris et de borborygmes indistincts, s'accompagne
d'attitudes étranges, de gestes désordonnés.
C'est ici
qu'il faut rappeler qu'au chapitre 2 du Livre des Actes des Apôtres (versets
1-13), il est question de "langues de feu" :
Le jour de la Pentecôte
étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel
que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se
tenaient. Ils virent apparaître des
langues qu'on eût dites de feu; elles se partageaient, et il s'en posa une sur
chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à
parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
Or il y avait, demeurant à Jérusalem, des
hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel. 6 Au bruit qui se produisit, la
multitude se rassembla et fut confondue: chacun les entendait parler en son
propre idiome. Ils étaient stupéfaits,
et, tout étonnés, ils disaient: "Ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas
tous Galiléens? Comment se fait-il alors
que chacun de nous les entende dans son propre dialecte maternel ? Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de
Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et d'Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d'Egypte et de
cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes,
nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu!" Tous étaient stupéfaits et se disaient,
perplexes, l'un à l'autre: "Que peut bien être cela?" D'autres encore disaient en se moquant:
"Ils sont pleins de vin doux!"
A propos de ce passage, il peut être utile de préciser que Luc ne dit pas que les Onze se mettent à parler en langues, mais que "chacun les entendait parler en son propre dialecte ou dans sa propre langue" (dialektos - glwssa). S'il est vrai que, le jour de la PENTECOTE juive, on lisait dans les synagogues le récit de la Tour de Babel (Genèse 11, 1-9), on comprend alors que la venue de l'Esprit sur les Onze est véritablement l'anti-Babel :
|
Allons! Descendons! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres." L'Eternel les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. |
Le jour de la
Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu… " Parthes, Mèdes
et Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et
d'Asie, de Phrygie et de Pamphylie,
d'Egypte et de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en
résidence, tant Juifs que prosélytes,
Crétois et Arabes, nous les entendons publier dans notre langue les
merveilles de Dieu !" |
La glossolalie disparaîtra pendant toute la période
patristique. On en reparlera au Moyen age chez les mystiques prophétisants (mais était-ce de la glossolalie
"vraie"?) puis au 18ème siècle, dans la secte des Klysty
(flagellants), prophètes extatiques russes (qui prônaient également la
castration des mâles) et actuellement chez les charismatiques. Les chrétiens
Pentecôtistes la pratiqueront de nouveau à partir de la fin du 19° siècle. Les
Communautés nouvelles dans l'Eglise catholique s'en saisiront à partir des
années 1970.
1.2- ANALYSE de QUELQUES TERMES de
1 Cor 12-14
1 des phénomènes spirituels :
Le mot "phénomènes" n'apparaît pas dans
l'original grec. En fait, seul le nom "spirituels" (pneumatikwn) est utilisé ici. Et il peut être
entendu de deux manières différentes, soit au neutre pour parler "des
phénomènes ou des manifestations ou encore des dons spirituels", soit au
masculin pour parler "des hommes spirituels" (cf. 1Cor. 2/15).
C'est le contexte des chapitres
12-14 (introduits par l'expression "à propos de" ou "au sujet
de") qui permet de choisir plutôt la première solution, c'est-à-dire
"les manifestations de l'Esprit" et non "les
inspirés". C'est sur elles, en effet, que le discours porte : leur
finalité (chap. 12), leurs limites (chap.13) et leur inégale utilité (chap.
14).
3 parlant sous
l'inspiration de l'Esprit de Dieu :
L'apôtre Paul donne ici un critère
pour répondre à une question qui semble bien être au centre des préoccupations
des Corinthiens. La question est la suivante ; à quel signe peut-on reconnaître
qu'un phénomène (ou une manifestation) spirituel est bien produit par l'Esprit
de Dieu ? Quant au critère proposé pour tenter de répondre à cette question, il
se résume par une formule double : l'inspiré qui parle sous l'action de
l'Esprit Saint, c'est celui qui confesse que "Jésus est le Seigneur"
et qui ne dirait surtout pas que "Jésus est anathème"[Ce type
d'affirmation pouvait probablement se rencontrer à Corinthe, chez des
extatiques de tendance gnostique pour qui seul le "Christ" (=
spirituel et céleste) était Seigneur, et non pas "Jésus" (= l'homme
souffrant et crucifié) !] (ou maudit).
diversité de dons : Le terme employé ici n'est plus "phénomènes
spirituels" (pneumatika) mais "dons spirituels"
ou "charismes" (carismata).
Il est cependant couramment admis (M-A. Chevallier,
C. Senft) que les deux mots sont proches sans être de
parfaits synonymes. Le vocable "charisme" (xarisma) dérive du verbe grec xarizomai : accorder une grâce. Dans les
Lettres de PAUL, ce concept désigne ce qui a été reçu gratuitement, par grâce,
soit par l'imposition des mains, soit par un don particulier de l'Esprit de
Dieu :
- Romains 1,5 : Nous avons la
grâce (xaris)
- Romains 1,8 : Je rends grâce (euxarizw)
- Romains 1,11 : vous communiquer
quelque don spirituel (xarisma)
Les charismes recoupent en fait, plus largement, tous les
dons par lesquels l'Église est rendue capable de remplir sa mission (cf.
Romains 12/6-8; 1 Pierre 4/10-11). Le même mot (charisme) est rare dans la
langue grecque profane où il désigne un "cadeau" (par exemple, celui
qu'offrait l'empereur à ses soldats méritants).
9 des dons de
guérison :
Le vocabulaire devient technique !
Il est question ici de "charismes de guérison (iama)" puis au verset suivant (v.10) de
"pouvoirs (energhmata)) d'accomplir des miracles (dunamewn)" ! Dans les Évangiles,
seule cette deuxième formule est employée pour parler des miracles. Qu'apporte
cette distinction de Paul ? Serait-ce une manière (terminologique) de séparer
les guérisons des exorcismes ?
10 discerner les
esprits :
Le discernement (diakrisis) est d'abord "séparation, distance, intervalle, hésitation"
mais aussi "décision, jugement, interprétation...". Le terme ne
présente que trois occurrences dans tout le Nouveau Testament (en plus de 1
Corinthiens 12/10, voir : Romains 14/1 et Hébreux 5/14).
Concernant les esprits, le
discernement serait, d'après l'apôtre Paul, une sorte d'expertise (assurée par
d'autres prophètes, cf. 1 Corinthiens 14/29) qui permet de filtrer les
inspirations (cf. Romains 12/2; I Corinthiens 14/12; Éphésiens 5/10; cf.
également I Jean 4/1) afin de n'en retenir que ce qui est vraiment bon (cf. I
Thessaloniciens 5/21).
13 abreuvés d'un
seul Esprit :
Le verbe "abreuver" (potizw) se traduit encore par "donner
à boire, désaltérer, arroser". Il est déjà utilisé dans l'Ancien
Testament (LXX) en Genèse 13/10 pour décrire le district du Jourdain qui est
naturellement bien "irrigué" et qui, pour cette raison, aura la préférence
de Loth au moment du partage des terres avec Abram.
Certains commentateurs ont été
tentés de rapprocher cette expression du baptême ou de l'eucharistie ou encore
de la confirmation. Mais aucune de ces identifications ne s'impose
particulièrement !
Paul a donné quatre listes de charismes. Elles sont
réparties dans diverses épîtres :
|
* -I Cor. 12/8-10 = |
* 1Cor. 12/28-30 = |
|
langage de la sagesse |
1) apôtres |
|
* Rom. 12/6-8 = |
* Éph.
4/11 = |
|
prophétie |
apôtre |
Cette diversité facilement repérable indique qu'aucune liste n'est complète ni
ne prétend l'être ! En fait, chacune est autonome par rapport aux autres. Cela
revient à dire qu'il existe différentes manières de parler des dons de la
grâce, et c'est d'autant plus vrai que les communautés destinataires vivent, à
la base, des réalités variées !
Une remarque comparative cependant fait apparaître, par
exemple, que le parler en langues est, chaque fois qu'il est cité, en fin de
liste et toujours suivi du don d'interpréter (1Cor. 12/10 & 30). Dans la
préséance, on retrouve notamment la foi (1Cor. 12/9). Mais elle semble perçue
ici comme un pouvoir miraculeux (cf. aussi 1Cor. 13/2).
La suite du chapitre montre que la diversité des charismes
est ordonnée à l'unité du corps du Christ (1Cor. 12/12-30). Ici PAUL reprend très certainement la fable
d'ESOPE sur " Le Ventre et les autres Membres " ,
interprétée par LA FONTAINE sous le titre "Les membres et l'estomac" :
Du Ventre et des autres
Membres.
La Main et le Pied voulurent autrefois
faire un procès au Ventre,
en lui reprochant qu'ils
ne pouvaient suffire à le nourrir, sans qu'il y contribuât de son côté.
Ils
voulaient l'obliger à travailler comme les autres membres, s'il voulait être
nourri.
Il leur
représenta plusieurs fois le besoin qu'il avait d'aliments.
La Main
le refusa, et ne voulut rien porter à la bouche pour le communiquer au Ventre,
qui tomba en peu de temps
en défaillance par cette soustraction d'aliments.
Tous les
autres membres devinrent faibles et atténués, par la disette où se trouva le
Ventre.
La Main
reconnut alors son erreur, et voulut contribuer à l'ordinaire à nourrir le
Ventre ;
mais il n'était plus temps,
il était trop affaibli pour faire ses fonctions,
parce qu'il avait été trop
longtemps vide ;
il rejeta les viandes
qu'on lui présenta : ainsi il périt ;
mais toutes les parties du
corps périrent avec le Ventre, et furent punies de leur révolte.
N.B- Une inclusion intéressante
Le dernier verset du chapitre 12 est une charnière solide
vers ce qui suit. En effet, les chapitres 12 à 14 forment une unité autour de
la question des charismes. Le chapitre 14 reprend et développe la question de
la prophétie et du parler en langues. Mais le centre de cette réflexion
théologique est focalisé sur l'amour (1Cor. 13/1-13) ! L'apôtre Paul s'en
explique donc ainsi (1Cor.12/31) : "Ayez
pour ambition les dons les meilleurs. Et de plus, je vais vous indiquer une
voie infiniment supérieure" = l'amour (agaph) non sentimental mais
comportemental !
1.4- CONCLUSIONS sur la
GLOSSOLALIE
L'apôtre Paul ne rattache pas systématiquement les
charismes à l'Esprit (cf. Rom. 12/6). Mais s'il le fait à Corinthe, c'est
évidemment parce que, dans cette communauté, on tenait l'Esprit pour
l'instrument privilégié de l'intervention divine.
Dans son commentaire de l'épître, Paul de Surgy [Paul de Surgy - Maurice
Carrez, Les épîtres de Paul, 1 Corinthiens, Bayard Éditions/Centurion,
Paris, 1996,p.90 (dans son introduction aux chapitres
12-13 de 1 Corinthiens)] expose, de façon synthétique, plusieurs points de vue
d'hier et d'aujourd'hui sur les charismes et la communauté chrétienne : "Certains voudraient opposer, dans la
communauté chrétienne, les 'charismes' aux services de fonction. Les passages
des épîtres consacrés aux charismes montrent que l'opposition entre une Église
charismatique et une Église institution n'est pas paulinienne. D'autres ont vu
dans les charismes un phénomène passager, lié aux origines de l'Église, un don
pour l'aider à prendre, si l'on peut dire, un bon départ. Rien, chez Paul, ne
vient appuyer cette manière de voir. D'autres encore, à partir d'un regard trop
rapide, ont une conception des charismes limitée à ceux qui sont les plus
voyants. Cette conception est sans fondement chez Paul. Elle risque d'accorder
une importance exagérée à des aspects de religiosité superficielle au détriment
de l'essentiel, de restreindre l'action de l'Esprit aux charismes les plus
spectaculaires, et d'ouvrir la voie à l'illuminisme et au désordre.
Il existe aussi la
tentation de négliger les charismes et de vouloir a priori les dons de
l'Esprit. De même, on pourrait avoir, plus ou moins inconsciemment, tendance à
ramener tous les charismes au ministère épiscopal ou presbytéral. Le renouveau
des groupes de prière et la mise en œuvre de l'ecclésiologie du peuple de Dieu
ont fait diminuer, sans les supprimer, ces derniers types de réaction. Bien
d'autres questions conduisent aujourd'hui à un approfondissement de réflexion
sur les charismes. Celles qui viennent d'être évoquées montrent l'intérêt du
texte de Paul."
1 Corinthiens 11, 1-16 Montrez-vous mes imitateurs,
comme je le suis moi-même du Christ. Je
vous félicite de ce qu'en toutes choses vous vous souvenez de moi et gardez les
traditions comme je vous les ai transmises.
Je veux cependant que vous le sachiez: le chef de tout homme, c'est le
Christ; le chef de la femme, c'est l'homme; et le chef du Christ, c'est
Dieu. Tout homme qui prie ou prophétise
le chef couvert fait affront à son chef.
Toute femme qui prie ou prophétise le chef découvert fait affront à son
chef; c'est exactement comme si elle était tondue. Si donc une femme ne met pas de voile, alors,
qu'elle se coupe les cheveux! Mais si c'est une honte pour une femme d'avoir
les cheveux coupés ou tondus, qu'elle mette un voile. L'homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête,
parce qu'il est l'image et le reflet de Dieu; quant à la femme, elle est le
reflet de l'homme. Ce n'est pas l'homme
en effet qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme; et ce n'est pas l'homme, bien sûr, qui a été
créé pour la femme, mais la femme pour l'homme.
Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion, à
cause des anges. Aussi bien, dans le
Seigneur, ni la femme ne va sans l'homme, ni l'homme sans la femme; car, de même que la femme a été tirée de
l'homme, ainsi l'homme naît par la femme, et tout vient de Dieu. Jugez-en par vous-mêmes. Est-il convenable
que la femme prie Dieu la tête découverte?
La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c'est une honte pour
l'homme de porter les cheveux longs,
tandis que c'est une gloire pour la femme de les porter ainsi? Car la
chevelure lui a été donnée en guise de voile.
Au reste, si quelqu'un se plaît à ergoter, tel n'est pas notre usage, ni
celui des Eglises de Dieu.
1 Corinthiens
14, 26-40 Que conclure, frères? Lorsque vous vous
assemblez, chacun peut avoir un cantique, un enseignement, une révélation, un
discours en langue, une interprétation. Que tout se passe de manière à
édifier. Parle-t-on en langue? Que ce
soit le fait de deux ou de trois tout au plus, et à tour de rôle; et qu'il y
ait un interprète. S'il n'y a pas
d'interprète, qu'on se taise dans l'assemblée; qu'on se parle à soi-même et à
Dieu. Pour les prophètes, qu'il y en ait
deux ou trois à parler, et que les autres jugent. Si un autre qui est assis a une révélation,
que le premier se taise. Car vous pouvez
tous prophétiser à tour de rôle, pour que tous soient instruits et tous
exhortés. Les esprits des prophètes sont
soumis aux prophètes; car Dieu n'est pas
un Dieu de désordre, mais de paix.
Comme dans toutes les Eglises des saints, que les femmes se taisent dans les
assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole; qu'elles se
tiennent dans la soumission, selon que la Loi même le dit. Si elles veulent s'instruire sur quelque
point, qu'elles interrogent leur mari à la maison; car il est inconvenant pour
une femme de parler dans une assemblée. Est-ce de chez vous qu'est sortie la
parole de Dieu? Ou bien, est-ce à vous seuls qu'elle est parvenue? Si quelqu'un croit être prophète ou inspiré
par l'Esprit, qu'il reconnaisse en ce que je vous écris un commandement du
Seigneur. S'il l'ignore, c'est qu'il est
ignoré. Ainsi donc, mes frères, aspirez
au don de prophétie, et n'empêchez pas de parler en langues. Mais que tout se passe dignement et dans
l'ordre.
2.2- COMMENTAIRE (Odette
MAINVILLE)
En lisant Paul, on a l'impression qu'il est parfois
misogyne. Est-ce juste? (O. Tremblay)
Pauvre Paul ! Sa réputation de misogyne le suivra donc
toujours. Bien des efforts ont pourtant été faits ces dernières décennies pour
rétablir les faits et lui rendre justice. Mais on ne pourra jamais oblitérer
des paroles comme: « Femmes soyez
soumises à vos maris » (Ep 5,22); « Que les femmes se taisent dans
l'assemblée » (1 Co 14,34); « Le chef de la femme, c'est l'homme »
(1 Co 11,5). Mais a-t-il vraiment prononcé toutes ces
paroles? On y reviendra.
Que ces paroles ne nous
fassent toutefois pas oublier des propos extrêmement avant-gardistes, voire
féministes, de Paul, tels ceux de 1 Co 7,2-4: « Que chaque homme ait sa femme et que
chaque femme ait son mari. Que le mari remplisse ses devoirs envers sa femme et
que la femme fasse de même envers son mari. Ce n'est pas la femme qui dispose
de son corps, c'est son mari. De même ce n'est pas le mari qui dispose de son
corps, c'est sa femme. » Quelle belle réciprocité! Des paroles
absolument renversantes dans une société où la femme n'avait aucun droit. Une
telle affirmation d'égalité aurait certainement réjoui le coeur de nos
grands-mères (et de nos mères peut-être).
Plus encore, Paul affirme
que, dans la foi chrétienne, « il
n'y a plus ni homme, ni femme » puisque « tous égaux en Jésus, Christ ». Que penser aussi de la
diaconesse Phoebe que Paul envoie à Rome, à la tête d'une délégation qui
comprenait des hommes, bien sûr (Romains 16,1)? (Tient! Les femmes pouvaient
être diaconesses au temps de Paul!) Que penser également des nombreuses
collaboratrices de Paul, dont Prisca, qui semble avoir joué un rôle plus
important que son mari Aquila (du fait qu'elle soit nommée en premier en Romains
16,3)?
Bien sûr, cela n'enraie pas
les paroles choquantes énoncées plus tôt, mais il y a tout de même des
circonstances atténuantes. Disons d'abord que la citation d'Ephésiens 5,22
n'est pas de Paul, puisque ce n'est n'a pas lui qui a écrit la lettre aux
Éphésiens. Cette lettre aurait été écrite après sa mort, vers la fin du premier
siècle, dans une Église qui s'institutionnalise et qui semble vouloir resserrer
les contrôles. Et oui, il semblerait que les propos de Paul aient eu un effet
de libération si grand chez les femmes que les dirigeants religieux ont tôt
senti le besoin de limiter cette liberté.
« Que les
femmes se taisent dans l'assemblée. » Il est fort possible, ici, que
Paul cite une phrase de la lettre qu'il a reçue des Corinthiens afin de mieux
la réfuter. D'ailleurs, Paul reprend régulièrement des questions ou
affirmations de ses correspondants afin d'y répondre ou de les commenter (comme
c'est le cas en 1 Corinthiens 6,12; 7,1; 15,35). Ici, c'est d'autant plus
vraisemblable que quelques versets auparavant (v. 31), Paul reconnaissait que
tous peuvent prophétiser dans l'assemblée; ce qui inclut les femmes évidemment
(droit qu'il leur reconnaît d'ailleurs au chapitre 11, verset 5 de la même
lettre). Or, comment pourraient-elles prophétiser si elles doivent se taire? Il
se pourrait bien alors que des membres de la communauté corinthienne, en
écrivant à Paul, aient réclamé qu'il avertisse les femmes de se taire. La façon
dont il les rabroue au v. 36 le laisserait entendre.
Quant à l'affirmation de 1
Corinthiens 11,3, elle reflète une vision hiérarchique que l'on ne peut nier.
Mais le traitement de cette question requerrait beaucoup plus d'espace que nous
en disposons ici. Rappelons seulement que Paul ne peut à lui seul transformer
la société gréco-romaine et sa culture. Après tout, il a déjà fait plus que
quiconque à l'intérieur des communautés chrétiennes. On peut penser cependant
que, lorsqu'il invite les femmes à se couvrir la tête (vv.
5-6.10) pour prier et prophétiser à l'intérieur de l'assemblée, il souhaite
qu'elles mettent toutes les chances de leur côté afin que leurs prières et
leurs témoignages soient accueillis. En effet, si selon les coutumes, ce n'est
pas socialement admis que les femmes aient la tête nue, elles risqueraient de
miner leur propre crédibilité auprès de plusieurs si elles n'étaient pas
coiffées. Le fait d'être coiffées seraient alors considéré par Paul comme
« une marque de leur puissance »
(v. 10, passage que nos bibles traduisent à tort par « une marque de leur
dépendance »), c'est-à-dire que cela leur confère un pouvoir, celui d'être
écoutées et d'instruire l'audience.
Ces quelques paragraphes
sont bien courts pour traiter d'un sujet aussi important. Retenons seulement
que Paul a fait montre d'une ouverture peu commune dans la société de l'époque
à l'égard des femmes, une attitude qui n'avait eu d'égale que celle de Jésus.
Si, au cours des siècles, nos chefs religieux avaient poursuivi sur cette
lancée, on peut difficilement imaginer tous les bénéfices qu'en aurait retirés
la chrétienté.
" Quand je parlerais en
langues, celles des hommes et des anges,
s'il me manque la CHARITE, je suis un métal qui résonne, une cymbale qui retentit.
Quand j'aurais le don de
prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science,
quand j'aurais la foi la plus totale, celle
qui transporte les montagnes,
s'il me manque la CHARITE, je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous
mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes,
s'il me manque la CHARITE, je n'y gagne rien.
La CHARITE prend patience,
la CHARITE rend service, elle ne jalouse pas,
elle ne plastronne pas, elle ne s'enfle pas
d'orgueil,
elle ne fait rien de laid, elle ne cherche
pas son intérêt,
elle ne s'irrite pas, elle n'entretient pas
de rancune,
elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais
elle trouve sa joie dans la vérité.
Elle excuse tout, elle croit
tout, elle espère tout, elle endure tout.
La CHARITE ne disparaît
jamais.
Les prophéties ? Elles
seront abolies. Les langues ? Elles prendront fin.
La connaissance ? Elle sera
abolie.
Car notre connaissance est
limitée, et limitée notre prophétie.
Mais quand viendra la
perfection, ce qui est limité sera aboli...
Maintenant donc demeurent
Foi, Espérance et CHARITE, mais la CHARITE est la plus grande.
Dans la langue française
moderne, le même concept d'AMOUR traduit trois termes
différents de la langue grecque de l'époque de Jésus :
filia, eros et agaph[3]
:
- FILIA. (Philia)
c'est ce que nous entendons par "amitié", ce sentiment de connivence
qui unit deux êtres :
"Parce que c'était lui, parce que c'était moi",
disait La Boëtie, à propos de l'amitié qui le liait à
Montaigne.
- EROS
(Eros) , c'est l'attrait physique qui pousse deux
êtres l'un vers l'autres, comme les deux pôles opposés de l'AIMANT
s'attirent mutuellement, sans qu'ils y puissent rien.
- AGAPH
(Agapê), c'est tout à fait autre chose : ce n'est ni
un attrait physique, ni un sentiment, mais originellement, et dans les quelques
textes de la littérature grecque où ce terme est utilisé, la relation qui unit
le père de famille à ses enfants, nous disons quelquefois "les liens du
sang". Et le terme grec AGAPAI, les Agapes, désigne
le repas de la famille réunie à la même table, père, mère et enfants.
C'est ainsi que, lorsqu'il
fut question, aux débuts de l'Eglise, de donner un nom au repas qui réunissait
les membres de la communauté, chaque premier jour de la semaine, pour rappeler
la mort-résurrection de Jésus, le Christ, dans
l'attente de son retour, on employa le terme grec "AGAPAI", qui
désignait le repas familial. Et, par voie de conséquence, on utilisa le concept
d'AGAPE (agaph), pour désigner ce qui unissait
profondément les croyants entre eux, à l'image de l'union entre le Christ et
Celui qu'il nommait son " Père. AGAPE était donc une réalité, et non
seulement un sentiment. Nous pourrions dire, dans notre vocabulaire moderne
"les liens du sang".
Les croyants de cette époque lisaient donc ce texte ainsi :
" Quand je parlerais en
langues, celles des hommes et des anges,
si j'oublie que je suis uni aux autres par
les liens du sang du Christ,
je suis un métal qui
résonne, une cymbale qui retentit.
Quand j'aurais le don de
prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science,
quand j'aurais la foi la plus totale, celle
qui transporte les montagnes,
si j'oublie que je suis uni aux autres par
les liens du sang du Christ, je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous
mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes,
si j'oublie que je suis uni aux autres par
les liens du sang du Christ, je n'y gagne rien.
Unis par les liens du sang, on prend patience, on rend service, on
ne se jalouse pas,
on ne plastronne pas, on ne s'enfle pas
d'orgueil,
on ne fait rien de laid, on ne cherche pas
son intérêt,
on ne s'irrite pas, on n'entretient pas de
rancune,
elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais
elle trouve sa joie dans la vérité.
On excuse tout, on croit
tout,one espère tout,one endure tout.
Les liens du sang ne
disparaissent jamais.
Les prophéties ? Elles
seront abolies. Les langues ? Elles prendront fin.
La connaissance ? Elle sera
abolie.
Car notre connaissance est
limitée, et limitée notre prophétie.
Mais quand viendra la
perfection, ce qui est limité sera aboli...
Maintenant donc demeurent
Foi, Espérance et Unité, mais l'Unité est la plus grande.
Lorsque Saint JEROME entreprit de traduire
les textes du Nouveau Testament du grec en latin, le problème se posa pour lui
de trouver un terme équivalent pour traduire cette réalité. Il employa alors un
mot peu usité dans la Littérature latine, qui désignait à la fois le prix qu'on
accordait à quelque chose, et la relation entre membres d'une même famille :
"CHARITAS", c'est-à-dire la " CHERTE ", ou "
CHARITE".
Ce substantif latin parait venir presqu'en droite ligne du grec "charis"
( qu'on traduit habituellement par "grâce"
ou "faveur", qui pourrait dériver lui-même de "cheiros" ( " la main " ) (cf. la
Chiromancie: divination par les lignes de la main), et signifier le fait de prendre en main, de
donner la main, de "donner un coup de main", par grâce, gratuitement.
Ainsi semblait-il bien apte à rendre compte des relations de fait, c'est-à-dire
de l'Alliance entre Dieu et ses fidèles, et entre les fidèles eux-mêmes.
A cette époque, les croyants qui lisaient ce texte, l'entendaient donc
ainsi :
" Quand je parlerais en
langues, celles des hommes et des anges,
si j'oublie que les autres croyants me
sont chers,
je suis un métal qui
résonne, une cymbale qui retentit.
Quand j'aurais le don de
prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science,
quand j'aurais la foi la plus totale, celle
qui transporte les montagnes,
si j'oublie que les autres croyants me
sont chers
, je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous
mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes,
si j'oublie que les autres croyants me
sont chers
, je n'y gagne rien.
Lorsque les autres te sont chers,
tu prends patience, tu rends service,tu ne jalouses pas,
tu ne plastronnes pas, tu ne t'enfles pas
d'orgueil,
tu ne fais rien de laid, tu ne cherches
pas ton intérêt,
tu ne t'irrites pas, tu n'entretiens pas
de rancune,
tu ne te réjouis pas de l'injustice, mais
tu trouves ta joie dans la vérité.
Tu excuses tout, tu crois
tout, tu espères tout, tu endures tout.
La CHARITE ne disparaît jamais.
Les prophéties ? Elles
seront abolies. Les langues ? Elles prendront fin.
La connaissance ? Elle sera
abolie.
Car notre connaissance est
limitée, et limitée notre prophétie.
Mais quand viendra la
perfection, ce qui est limité sera aboli...
Maintenant donc demeurent
Foi, Espérance et CHARITE, mais la CHARITE est la plus grande.
Il y a une petite cinquantaine d'années, pour des raisons imprécises,
mais certainement par souci de dialogue avec les non-chrétiens,
on a entrepris de remplacer ce terme de " CHARITE " qu'on jugeait
vieilli et vieillot, et qui n'appartenait plus qu'au seul vocabulaire chrétien,
par un autre qu'on pensait lui être équivalent : " AMOUR ". Or, dans
la manière habituelle de penser et de parler, l'AMOUR
est un sentiment avant d'être une réalité. C'est ainsi qu' un
glissement s'est effectué : de l'objectif au subjectif, du DON divin au DESIR
humain.
(1) CHARITE : ce terme, le plus courant dans le langage ecclésiastique,
heurte beaucoup de nos contemporains; il rappelle le propos fréquemment avancé
: on remédie par la charité ( aumônes ) à la condition des petits, comportant
de manifestes injustices; les petits réclament la justice, non l'aumône, trop
souvent blessante. (Joseph BONSIRVEN - Vocabulaire biblique - Lethielleux 1958)
2- QUELQUES TEXTES COMPLEMENTAIRES :
JEAN
13, 34-35 ( rédigé vers la fin du 1er siècle ) :
" Je vous donne un
commandement nouveau : CHERISSEZ-VOUS les uns les autres. Comme je vous ai
CHERIS, vous devez vous aussi vous CHERIR les uns les autres. Si vous avez de
la CHARITE les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes
disciples".
" Comme le Père m'a
CHERI, moi aussi je vous ai CHERIS : demeurez dans ma CHARITE. Si vous observez
mes commandements, vous demeurerez dans ma CHARITE, comme moi, en observant les
commandements de mon Père, je demeure dans sa CHARITE. Je vous ai dit cela pour
que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Voici mon
commandement : CHERISSEZ-VOUS les uns les autres, comme je vous ai CHERIS. Nul
n'a de CHARITE plus grande que celui qui se dessaisit de sa vie pour ses amis.
1 JEAN
4, 7-16 : Des doctrines ésotériques et/ou hérétiques se propagent du côté d'EPHESE, touchant la personne du Christ, et la manière de
connaître et de rencontrer Dieu. JEAN redit à la communauté pour laquelle il
écrit que ce n'est pas par leurs propres forces que les hommes peuvent
rencontrer Dieu et le connaître, car "Dieu, personne ne l'a jamais
vu", mais que Dieu, par Jésus-Christ, a fait les premiers pas vers les
hommes :
" Mes
CHERIS, CHERISSONS-nous les uns les autres, car la
CHARITE vient de Dieu,
et quiconque CHERIT est né de Dieu et parvient
à la connaissance de Dieu.
Qui ne CHERIT pas n'a pas
découvert Dieu, puisque Dieu est CHARITE.
Voici comment s'est
manifestée la CHARITE de Dieu au milieu de nous :
Dieu a envoyé son Fils
unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui.
Voici ce qu'est la CHARITE :
ce n'est pas nous qui avons CHERI Dieu,
c'est Lui qui nous a CHERIS et qui a envoyé
son Fils en victime d'expiation pour nos péchés.
Mes CHERIS, si Dieu nous a
CHERIS ainsi, nous devons, nous aussi,nous CHERIR les
uns les autres.
Dieu, personne ne l'a jamais
vu.
Si nous nous CHERISSONS les
uns les autres, Dieu demeure en nous,
et sa CHARITE, en nous, est accomplie.
A ceci nous reconnaissons
que nous demeurons en Lui et Lui en nous : il nous a donné de son Esprit.
Et nous, nous témoignons,
pour l'avoir vu, que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde.
Quiconque affirme que Jésus
est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu.
Et nous, nous connaissons,
pour lui avoir donné notre confiance,
la CHARITE que Dieu manifeste au milieu de
nous.
DIEU EST CHARITE : qui
demeure dans la CHARITE demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.
"Nous mettons notre orgueil dans nos détresses
mêmes, sachant que la détresse produit la persévérance, la persévérance la
fidélité éprouvée, la fidélité‚ éprouvée l'espérance, et l'espérance ne trompe
pas, car la CHARITE de Dieu a été répandue dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné. Oui, au temps où nous
étions sans force, Christ, au temps fixé, est mort pour des impies...
" Oui, j'en ai
l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le
présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles
des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de la
CHARITE de Dieu manifestée en Jésus-Christ notre Seigneur".
2
Corinthiens 8, 7 ( à propos d'une collecte)
"Puisque vous avez
de tout en abondance, foi, éloquence, science et toute sorte de zèle et de
CHARITE que vous avez reçus de nous, ayez aussi en abondance de la générosité
en cette occasion. Je ne le dis pas comme un ordre; mais en vous citant le zèle
des autres, je vous permets de prouver l'authenticité de votre CHARITE".
" C'est pourquoi
je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille tient son nom, au
ciel et sur la terre : qu'il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer
de sa puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l'homme
intérieur, qu'il fasse habiter le Christ en vos coeurs par la foi; enracinés et
fondés dans la CHARITE, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les
saints, ce qu'est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur...et de
connaître la CHARITE du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez
comblés jusqu'à recevoir toute la plénitude de Dieu".
SÉNATUS-CONSULTE DES BACCHANALES
( 7 oct. 186 av. J.-C. )
( Trad.
J. Gaudemet, in Droit privé romain,
2e éd., Paris, 2000, pp. 324-325, n. 18 ).
Les consuls Quintus Marcius, fils de Lucius,
et Spurius Postumius, fils
de Lucius, consultèrent le Sénat au temple de Bellone, aux nones d'octobre. Marcus Claudius, fils de Marcus,
Lucius Valérius, fils de Publius,
et Quintus Minucius, fils
de Gaius, assistèrent à la rédaction de la résolution. En ce qui concerne les
Bacchanales, les sénateurs proposèrent d'édicter ce qui suit à l'attention de
tous ceux qui sont nos alliés : « Aucun d'eux ne doit avoir de lieu de
culte dédié à Bacchus ; et si certains prétendent devoir conserver un tel
lieu, ils doivent se présenter à Rome devant le préteur ; et lorsque leurs
requêtes auront été entendues, notre Sénat prendra une décision à ce sujet, à
condition que le quorum soit d'au moins 100 sénateurs lorsque l'affaire sera
examinée.
Aucun
citoyen romain, ni aucune homme ayant le statut de Latin ni aucun de nos alliés
ne doit s'associer avec les Bacchantes, à moins de se présenter devant le
préteur urbain et d'obtenir de celui-ci son autorisation en accord avec l'avis
du Sénat, le quorum étant d'au moins 100 sénateurs présents à la délibération.
»
La
proposition a été adoptée.
« Aucun
homme ne doit prendre le titre de prêtre [d'une association du culte de
Bacchus], aucun homme ni aucune femme ne doivent tenir la place de
sacrificateur [dans les réunions autorisées] ; de même, personne ne doit
constituer un fonds commun avec les adorateurs de Bacchus ; de même, il
est interdit de désigner un homme ou une femme comme sacrificateur ou comme
faisant fonction de sacrificateur [d'une association de ce culte]. La cérémonie
terminée, il est interdit aux assistants de se lier par un serment, de faire
une promesse ou de s'engager par une stipulation ; personne ne doit se
porter garant pour eux ni les accepter comme garants ; personne ne doit
accomplir leurs rites en public, en privé ou en dehors de la ville, à moins de
se présenter devant le préteur et d'obtenir son autorisation en accord avec
l'avis du Sénat, le quorum étant d'au moins 100 sénateurs présents à la
délibération. »
La
proposition a été adoptée.
«
Personne ne doit accomplir ces rites en compagnie de plus de 5 hommes et
femmes ; dans un tel rassemblement il ne doit y avoir plus de deux hommes
ou de trois femmes, à moins que cela ne soit autorisé par le préteur en accord
avec l'avis du Sénat, comme il est écrit plus haut. »
Vous
ferez connaître ces décisions [à tous les intéressés] en les affichant pendant
au moins trois foires, pour que vous sachiez quelle a été la décision du Sénat.
Cette décision fut la suivante : « Quiconque agira de manière contraire
aux dispositions énoncées plus haut, nous considérons que des poursuites
devront être intentées contre le coupable pour qu'il soit puni de la peine
capitale. »
Vous
ferez graver ces dispositions sur une table de bronze, car le Sénat l'a jugé
convenable, et vous prendrez les mesures nécessaires pour que ce texte soit
exposé dans un lieu où l'on puisse en prendre facilement connaissance. Et,
comme il est prescrit plus haut, vous ferez démolir, dans un délai de dix jours
à compter du moment où vous aurez reçu cette lettre, tous les lieux dédiés au
culte de Bacchus, si de tels lieux se trouvent chez vous, excepté ceux qui
tombent sous la protection du droit sacral.
A
afficher à l'Ager Teuranus.
[1] Diogène le Cynique, en grec ancien Διογένης (Sinope v.-413–v.-327), philosophe grec de l'école cynique.
Cynique est un mot provenant du grec ancien : kuôn, c'est à dire le chien.
Diogène est le fils d'un banquier de Sinope. Suite à une
accusation de malversation, son père est jeté en prison et Diogène doit fuir à Athènes
— selon d'autres traductions, ils fuient tous les deux.
Il devient le plus célèbre disciple d'Antisthène,
le fondateur de l'école cynique. Plusieurs anecdotes témoignent de son mépris
des richesses et des conventions sociales. Selon la tradition, il vit dans un
tonneau (en fait, un πίθος /
píthos, un large vase), vêtu d'un manteau grossier,
allant pieds nus et mendiant sa pitance. Il abandonne son écuelle après avoir
vu un enfant buvant à la fontaine avec ses mains. Le fameux tonneau est
mentionné par Sénèque, loué par Juvénal et
moqué par Lucien de Samosate. On
l'aurait également vu parcourir les rues d'Athènes en plein jour, une lanterne
à la main, proclamant qu'il était à la recherche d'un « Homme ». Cet
homme est l'homme théorisé par Platon, l'idée de l'homme. Diogène réfute l'existence d'une
« idée de l'homme », ne voyant que des hommes concrets.
À la fin de sa vie, il se dirige vers Égine en bateau quand celui-ci est pris par des
pirates. Mis en vente à Corinthe, il déclare au marchand qu'il sait gouverner les
hommes, et qu'il faut donc le vendre à quelqu'un qui cherche un maître. Il est
acheté par un riche Corinthien qui admire son indépendance d'esprit, et lui
rend la liberté. C'est à Corinthe que se situe sa fameuse rencontre avec Alexandre le Grand. Le conquérant lui ayant demandé
ce qu'il désirait, Diogène répond : « Que tu t'ôtes de mon
soleil. »
Il meurt probablement de vieillesse à Corinthe, où une
colonne surmontée par un chien est ensuite élevée en son honneur.
Diogène n'a laissé aucun écrit et ne semble pas avoir eu
de disciple. Il était plus intéressé par la mise en pratique de ses idées que
par leur théorisation. Le stoïcien Épictète
voit en lui le modèle du sage, qui cherche à s'affranchir des conventions des
hommes pour revenir à la nature.
[2] Les grandes Religions à mystères : Mystère d'
ELEUSIS - Culte de DIONYSOS - Culte d'ATTIS et de CYBELE - Culte d'ISIS et d'OSIRIS - Culte de MITHRA
[3] 3. À l'amour entre homme et femme, qui ne naît pas de la pensée ou de
la volonté mais qui, pour ainsi dire, s'impose à l'être humain, la Grèce
antique avait donné le nom d'eros. Disons déjà par avance que l'Ancien Testament grec
utilise deux fois seulement le mot eros, tandis que le Nouveau Testament ne l'utilise
jamais: des trois mots grecs relatifs à l'amour – eros, philia
(amour d'amitié) et agapè – les
écrits néotestamentaires privilégient le dernier, qui dans la langue grecque
était plutôt marginal. En ce qui concerne l'amour d'amitié (philia),
il est repris et approfondi dans l'Évangile de Jean pour exprimer le rapport
entre Jésus et ses disciples. La mise de côté du mot eros, ainsi que la nouvelle
vision de l'amour qui s'exprime à travers le mot agapè, dénotent sans aucun doute quelque chose d'essentiel dans
la nouveauté du christianisme concernant précisément la compréhension de
l'amour….6. Comment devons-nous nous représenter concrètement ce chemin de
montée et de purification ? Comment doit être vécu l’amour, pour que se réalise
pleinement sa promesse humaine et divine ? Nous pouvons trouver une première
indication importante dans le Cantique
des Cantiques, un des livres de l’Ancien Testament bien connu des
mystiques. Selon l’interprétation qui prévaut aujourd’hui, les poèmes contenus
dans ce livre sont à l’origine des chants d’amour, peut-être prévus pour une
fête de noces juives où ils devaient exalter l’amour conjugal. Dans ce
contexte, le fait que l’on trouve, dans ce livre, deux mots différents pour
parler de l'«amour» est très instructif. Nous avons tout d’abord le mot «dodim», un
pluriel qui exprime l’amour encore incertain, dans une situation de recherche
indéterminée. Ce mot est ensuite remplacé par le mot «ahabà» qui, dans la traduction
grecque de l’Ancien Testament, est rendu par le mot de même consonance «agapè», lequel, comme nous l’avons
vu, devint l’expression caractéristique de la conception biblique de l’amour.
En opposition à l’amour indéterminé et encore en recherche, ce terme exprime
l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre,
dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour
devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus
lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le
bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le
recherche même.
(Benoît XVI-Encyclique "Deus caritas
est").