Le PRETRE, le LEVITE, le SAMARITAIN…

 …et Elle.

(Homélie pour la célébration des Obsèques de Madame Jacqueline SCHLINGER – 26 octobre 2007)

 

 

 

 


C

e jour-là, Madame SCHLINGER, faisait route vers Jéricho, où elle allait visiter pour la Croisade des Aveugles, le fameux aveugle dont l'histoire est racontée par Marc. Elle arriva sur les lieux, au moment où le Samaritain hissait seul sur son âne, avec beaucoup de mal, le blessé à demi-mort. De l'autre côté de la route se tenaient le prêtre et le lévite, à distance respectueuse, afin de ne pas contracter d'impureté :

 

-Elle : Qu'est-ce vous faites là ? Vous n'avez pas honte ? Vous ne pouvez donc pas aider ce brave homme ?

 

-Le prêtre : Il n'en est pas question. Vous voyez bien que cet homme est sans aucun doute mort. Je suis prêtre, mon ami est lévite, et il nous est interdit par la Loi de nous approcher d'un cadavre. Ignorez-vous ce que dit la Loi : Celui qui touchera un mort, un corps humain quelconque, sera impur pendant sept jours. Il se purifiera avec l' eau le troisième jour et le septième jour, et il sera pur; mais, s'il ne se purifie pas le troisième jour et le septième jour, il ne sera pas pur. Celui qui touche un mort, le corps d'un homme  mort, et qui ne se purifiera pas, souille la Demeure de Yahvé; celui-là sera retranché d'Israël. Comme l'eau de purification n'a pas été répandue sur lui, il est impur, et son impureté est encore sur lui. (Nombres 19, 11-14) – Et ailleurs : Tout homme de votre descendance, à quelque génération que ce soit, qui s'approchera en état d'impureté des saintes offrandes consacrées à Yahvé par les Israélites, cet homme-là sera retranché de ma   présence. Je suis Yahvé. (Lévitique 22,1-3).

 

-Mais enfin,  vous ne savez pas si cet homme est mort. Et apparemment, il ne l'est pas, puisque Monsieur que voici le charge sur son âne. Et la simple charité humaine devrait vous pousser à rendre service, et à l'homme blessé et à celui qui l'emporte !

 

-Mais, madame, savez-vous qui est cet homme avec son âne ?

 

-Pour moi, peu importe qui il est, je constate simplement qu'il s'est approché de quelqu'un en difficulté.

 

-Mais enfin, madame, vous voyez bien qu'il n'est pas de chez nous. C'est un Samaritain.

-Et alors ?

 

-Alors ? Il n'est pas tenu de respecter nos règles de pureté, puisque, au regard de notre Loi, il est lui aussi impur. Il peut donc faire ce qu'il veut, avec qui il veut, comme il veut. Alors que nous, nous ne pouvons ni nous approcher de celui que nous pensons être mort, parce que tout cadavre est impur; ni de ce Samaritain, parce qu'il est également impur. Et si nous transgressons ces interdits, nous deviendrons nous aussi impurs, et nous ne pourrons plus pratiquer notre métier de sacrificateur ou de serviteur du Temple. Nous serons au chômage. Et pire que cela, nous serons rejetés par nos proches, notre propre famille, et nous ne pourrons plus habiter notre maison.

 

-Mais vous vous rendez bien compte que votre attitude est inhumaine ?

 

-Peut-être. Mais c'est la Loi ! Et nul ne peut changer la Loi. Adressez-vous donc à l'Eternel, Béni soit-il.

 

E

t ils partirent.

 

Et Madame SCHLINGER resta seule, puisque le "Bon" Samaritain était parti lui aussi. Et elle réfléchit. Elle se disait que, dans le fond, ils avaient raison de respecter la Loi, puisque, pour eux, elle était l'expression du désir de l'Eternel. Et que, en de certaines occasions, elle avait peut-être eu le même réflexe…et qu'on avait peut-être dit que son attitude était dure.

 

Elle sortit son chapelet, et reprit la route, toujours absorbée dans ses réflexions.

 

Fin de l'histoire imaginée par moi.

 

E

t nous la retrouvons aujourd'hui, nous souvenant d'elle, de la Foi chrétienne qui l'animait en profondeur,  des kilomètres qu'elle a parcourus pour rendre service, et de ce caractère entier qui était le sien, et qui dut, bien souvent, la faire souffrir.

 

P

our moi, tout comme celui qui fut son compagnon pendant des années, elle peut être comptée parmi les "Justes". C'est-à-dire parmi ces gens qui ont à cœur d'accomplir, jour après jour, le désir de Dieu. Parmi ces gens qui ont à cœur d'ajuster leur désir au désir de Dieu. Parmi ces gens qui savent se reconnaître humblement pécheurs devant l'Eternel.

 

L

a Sainteté, je l'ai dit, je le redis, et je le redirai encore, n'est pas la perfection. Nul ne sera jamais parfait. La Sainteté, c'est la Justesse. Nous aussi, soyons des Justes.

 

Jean-Paul BOULAND