STABAT MATER

(Homélie pour les Funérailles de Madame GODEFROY 

St DENIS de SAINTE ADRESSE – 02/11/2007)

 

 

 


Myriam s'était posée beaucoup de questions sur son fils, après qu'il eut quitté le domicile familial. Ordinairement, les hommes quittent la maison pour se marier. Lui était parti, mais elle ignorait où. On disait l'avoir vu du côté de Qumran, dans un phalanstère d'Esséniens, un groupe religieux complètement retiré du monde. Puis il avait reparu à la suite de Jean, qui baptisait ceux qui venaient à lui "pour le pardon des péchés", disait-il.

 

Et un jour, il avait lui-même appelé à lui des disciples, douze en tout, comme les douze tribus de l'ancien Israël. Ensemble ils parcouraient les routes de Galilée, appelant les foules au changement d'attitude, en vue d'un Royaume de Dieu à venir. "Convertissez-vous, disait-il, le Règne de Dieu est proche !". Partout où il passait, il s'attirait la sympathie du petit peuple, et l'antipathie des responsables religieux, Pharisiens, Scribes, Esséniens, Groupe des sacrificateurs… Si bien qu'un jour des gens de sa famille étaient allés le trouver, et avaient prétendu le ramener à la raison, affirmant qu'il avait perdu la tête. Il avait alors eu cette réflexion étonnante, que personne n'avait comprise sur le coup :  "Qui est ma mère ? Et qui sont mes frères ?"  Il avait alors  promené son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, et il avait dit: "Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère."  (Marc 3, 33-35).

 

Et ce qui devait arriver était survenu un jeudi soir : il avait été arrêté, jugé par le Sanhédrin, livré au procurateur romain, sous le prétexte qu'il aurait affirmé être le "roi des juifs, et remis par lui aux autorités juives pour être crucifié, comme un terroriste. Lui, comme un terroriste, alors qu'il était l'homme de la paix.

 

Et Myriam était là, près de la croix où son fils agonisait.


 

Stabat mater dolorosa

Juxta crucem lacrimosa

Dum pendebat filius.

 

Debout, la Mère des douleurs,
Près de la croix était en larmes,
Lorsque son Fils pendait au bois.

Elle vit l'Enfant bien-aimé
Mourir tout seul, abandonné,
Et soudain remettre l'esprit

 

Elle aussi était là.

C'était même sa spiritualité,

Comme le mot d'ordre de sa vie

Etre là…

Comme Marie.

Comme Monique, la mère d'Augustin d'Hippone.

Là où l'on avait besoin d'elle.

Là où l'on attendait qu'elle fût.

Là où elle pensait que le Seigneur l'attendait.

Pour le cas où il aurait besoin d'elle.

Pour le cas où l'on aurait besoin d'elle.

Présente à son époux,

Comme elle avait été présente à ses parents.

Comme elle fut présente à ses enfants.

Particulièrement à celle qui eut besoin d'elle jusqu'à la fin.

Laurence.

Comme elle fut présente aux enfants qui étaient comme Laurence.

Et présente à ses petits-enfants.

Heureuse de vivre.

Heureuse de son bonheur à elle

Et heureuse du bonheur des autres.

Heureuse, comme Myriam avec Joseph et Jésus.

Comme Myriam avec Jésus, sans Joseph.

Heureuse même lorsqu'elle se retrouva seule.

Heureuse d'avoir réussi sa vie.

D'avoir permis à ses enfants de réussir la leur.

Et de constater que ses petits-enfants étaient sur la bonne route.

Heureuse. Elle chantait.

Elle chanta même… elle chantonna même

Jusqu'à la fin.

Des chansons. Des chansonnettes. Des comptines.

Et elle lègue ce bonheur en héritage à sa famille.

Pas seulement le souvenir d'un bonheur.

Mais le bonheur lui-même.

Cet état de plénitude qui naît du sentiment d'avoir bien  fait ce qui était à faire.

D'avoir aimé ceux qui étaient là.

D'avoir été présente au bon moment.

"Afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux,

et que je sois moi-même en eux." (Jean 17, 26)

 

 

À l'heure où son corps disparaît,
Fais qu'à son âme soit donnée
La gloire du paradis.

 

Quando corpus morietur,
fac ut animae donetur
Paradisi gloria.

 

Jean-Paul BOULAND

 

 

 

 

Et nous écoutons le "Stabat Mater" de Jean-Baptiste PERGOLESE, qu'il composa en 1736, deux mois avant de mourir… à 26 ans.

Cliquer sur ce lien : http://www.youtube.com/watch?v=mNt13Vw-K6Q