LA JUSTICE ET LE JUSTE

 

Bernadette est morte d'un cancer alors qu'elle n'avait pas encore 60 ans.

Elle était la petite cœur d'Odile.

Maurice l'avait épousée, après la mort d'Odile.

Ils n'ont été mariés que trois années.

Sa mère lui disait :

Mais c'est moi qui devrais mourir, et pas toi !

Elle lui répondait :

Ma petite maman, si je pouvais, je t'emmènerais avec moi dans mon sac à dos !

 

 

Qu’est-ce donc que la Justice ? Et qui donc est juste ?

 

J’ai coutume de le dire, et je le redis aujourd’hui : la Justice, selon l’Ecriture, consiste à reconnaître que tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons est un don de Dieu, et à ajuster alors notre désir sur le désir de Dieu. “ Qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l'avais pas reçu ?”  (1 Co 4.7). La Justice, c’est un dosage subtil d’humilité, d’accueil, de joie de vivre et...  d’humour.

 

Nous sommes très loin de la Justice “ à la française “,  qui se confond avec l’égalité. Lorsque Jésus nous parle des dons de Dieu, il le fait en termes de respect de la personnalité, et des capacités de chacun : “ A l'un il donna cinq talents, deux à un autre, un seul à un troisième, à chacun selon ses capacités, et puis il partit“.(Mt 25.15). La Justice selon l’Evangile (et je dirais presque : selon le bon sens), consiste pour chacun à produire ce qu’il peut produire, et qu’il doit donc produire, en fonction des capacités qui sont les siennes; à vivre à plein le moment présent comme un don de Dieu; et à savoir rendre grâces. La Justice, c’est de bien faire aujourd’hui ce que j’ai à faire aujourd’hui, de savoir remettre à demain ce que je ne peux pas faire aujourd’hui, de donner aux autres ce qu’ils sont en droit d’attendre de moi, et de savoir leur dire aussi qu’ils ne doivent pas tout attendre de moi. Je connais des enfants qui sont morts encore petits, et qui furent des justes, parce qu’ils ont éclairé la vie de leurs parents d’un immense rayon de bonheur. Je connais des personnes qui sont mortes à un âge très avancé et qui furent aussi des justes, pârce qu’à chaque instant de leur vie, ils sont su discerner ce qui devait être fait, et rendre heureux ceux avec qui ils étaient. Il n’y a pas d’âge pour être juste ! En ce sens, j’aime cette prière de Saint Thomas MORE, chancelier du roi d’Angleterre Henri VIII :

 

Donne-moi Seigneur, le courage pour changer ce qui doit être changé,

la patience pour supporter ce qui ne peut pas être changé,

la sérénité pour discerner la limite entre les deux.

 

Mais la Justice, c’est aussi avoir une telle confiance dans le Dieu-Père de Jésus-Christ qu’on n’hésite pas à l’interpeller lorsqu’on n’en peut plus ou qu’on ne comprend plus rien. Les Justes de la Bible, les familiers de Dieu, ont su crier face à lkui leur révolte et leur souffrance, jusqu’à Jésus sur la croix, prenant à son compte le psaume 22, psaume de la révolte, car la révolte contre le mal et la souffrance est encore un acte de confiance en Dieu :

 

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné,

tu ne fais rien pour me sauver, malgré les mots que je rugis?

Mon Dieu, le jour je t'appelle et tu ne réponds pas,

la nuit, point de silence pour moi.

En toi nos pères avaient confiance,

confiance, et tu les délivrais,

vers toi ils criaient, et ils échappaient,

ils avaient confiance en toi , et ils n'avaient pas honte.

Et moi, je suis comme un ver, pas comme un homme,

risée des gens, mépris du peuple,

tous ceux qui me voient me bafouent,

leur bouche ricane, ils hochent la tête:

«Qu'il s'en remette au Seigneur, qu'il le délivre!

qu'il le libère, puisqu'il l'aime » 

C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère,

qui m'as fait reposer sur sa poitrine;

sur toi je fus jeté au sortir des entrailles.

Ne sois pas loin : proche est l'angoisse, je n’ai point de secours!

Des chiens nombreux me cernent,

une bande de vauriens m'entoure;

comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds.

Je peux compter tous mes os,

les gens me voient, ils me regardent...

 

Nous pouvons tous ici témoigner que Bernadette a vécu selon cette Justice, et qu’elle fut une Juste selon le coeur de Dieu. Le lendemain de son décès, quelqu’un qui l’avait un peu connue, me disait : Madame SOURICE, c’est formidable comme elle avait la foi. Beau témoignage. Ultime témoignage sur quelqu’un qui avait reçu la foi sur les genoux de sa mère, et qui l’a ensuite assumée toujours et partout, et jusqu’à la fin.

 

Merci Bernadette. Merci Seigneur de nous l’avoir donnée !

Jean-Paul BOULAND