UNE BONNE LABOUREUSE

Marie est morte à  60 ans.

Elle avait été prof de Sciences physiques. Retraitée, elle s'était investie dans le bénévolat au Secours Catholique.

Avec son époux, Christian, elle avait participé au Bureau National du Mouvement PARTAGE et RENCONTRE.

 

 

 

L

es prédicateurs, parlant à propos des paraboles, tombent facilement dans le travers de culpabiliser ceux et celles à qui ils s'adressent. Ainsi avez-vous certainement souvent entendu, à propos de cette parabole du semeur: Etes-vous donc la bonne terre dans laquelle tombe la Parole ? N'êtes-vous pas plus souvent le terrain rocailleux, épineux ou celui qui se trouve au bord du chemin ? Changez donc de conduite et convertissez-vous !… comme si vous n'aviez pas encore accueilli la Parole ! 

 


O

r, pour tenter de comprendre cette parabole du semeur, il faut savoir que la culture des champs au premier siècle était quelque peu différente de ce qu'elle est de nos jours. Aujourd'hui, on laboure, on sème, on roule la terre… et on attend ! On envoie quelques fongicides et pesticides… et on attend encore… jusqu'à ce que le grain soit mûr… et alors on moissonne. Au premier siècle, on semait d'abord, puis on labourait avec l'araire, tirée par un âne ou un esclave. Le grain poussait comme il pouvait, avec ou sans ivraie. Et on attendait la moisson ! Il était alors évident, dans ce cas, que celui qui semait à pleines poignées envoyait du grain dans les épines, sur des cailloux, et dans la bonne terre. Le labour n'était efficace que pour le grain tombé dans la bonne terre. Et on ne pouvait pas tenir pour responsable le laboureur qui avait bien fait son travail, mais n'avait pu empêcher le grain de voleter un peu partout…

 

 

C

es précisions données nous permettent de découvrir que le personnage du laboureur est absent de cette parabole, et qu'il faut l'y réintroduire pour comprendre la finalité de l'histoire, ce que ne manquaient pas de faire les auditeurs de Jésus, ou de Luc. Eux comprenaient ceci : le semeur, c'est Dieu; la semence, c'est la Parole de Dieu; le champ, c'est l'Humanité; et  le Christ, continué par ses disciples en est le laboureur. Il ne s'agit pas alors, pour Jésus qui raconte l'histoire, ni pour Luc qui la rapporte, de culpabiliser les auditeurs qui ne se convertissent pas assez vite. Il est plutôt question de les encourager, eux qui sont les laboureurs, à persévérer, en leur faisant remarquer qu'il est normal qu'ils rencontrent l'échec sur leur route, ou que leurs efforts ne soient pas récompensés comme ils seraient en droit de l'espérer. Les hommes sont ce qu'ils sont… Bien et Mal sont indissolublement liés ! Nous sommes les laboureurs du champ du Père.


 

M

arie fut une bonne laboureuse (néologisme, car pour ce métier le masculin est seul employé…!). Certes elle déplorait de n'être pas meilleure que ce qu'elle était, et que le monde ne soit pas ce qu'elle aurait souhaité qu'il fut ! Mais elle avançait, patiemment, profondément, assidûment, sans se laisser décourager, comme quelqu'un qui a une tâche à accomplir, dont rien ne peut la détourner.

 


M

'est avis qu'elle a tout réussi : sa vie personnelle, sa vie conjugale, sa vie familiale, sa vie professionnelle, sa vie d'engagement. Elle a tout réussi, simplement, dans l'humilité et dans une totale fidélité. Elle a témoigné devant nous de la valeur du Partage, de la Justice sociale, de l'Amour, qui ont orienté toute sa vie. Elle a été heureuse, et elle a rendu heureux son mari, ses enfants, ses petits-enfants, les enfants du Secours Catholique, ses élèves sans doute…  On ne peut être heureux, disait-elle, qu'en donnant du bonheur.  Quel beau témoignage elle nous a donné!

 

 

 

J

'ai combattu jusqu'au bout le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé confiance en Dieu.  Et maintenant, voici qu'est préparée pour moi la couronne de justice, qu'en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge, et non seulement à moi mais à tous ceux qui auront attendu avec amour sa Venue dans la Gloire. (2 Timothée 4,7-8) C'est ce qu'écrivait l'apôtre Paul déjà prisonnier, avant de partir pour Rome. Comme c'est beau, quand on peut croire, comme elle le croyait, que tout ce qu'on reçoit et tout ce qu'on donne a valeur d'éternité ! Comme c'est beau, quand on peut croire que la Résurrection du Christ a tout changé dans la destinée des humains ! Mais, quoi qu'on pense, comme elle fut belle, la vie de Marie !


 

U

n dernier mot à sa maman et à Christian : Merci de nous l'avoir donnée !

 

Jean-Paul BOULAND

 

1° lecture (1 Jean 4, 7-15, 20)

 

 

Bien-aimés,

aimons-nous les uns les autres,

puisque l'amour est de Dieu

et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. 

Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu,

car Dieu est Amour. 

En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous:

Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui… 

 Bien-aimés,

si Dieu nous a ainsi aimés,

nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. 

Dieu, personne ne l'a jamais contemplé.

Si nous nous aimons les uns les autres,

Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. 

A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous:

il nous a donné de son Esprit.

Et nous, nous avons contemplé et nous attestons

que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. 

Celui qui reconnaît que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. 

Et nous, nous avons reconnu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru.

Dieu est Amour:

celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.

 

 

 

 

 

2° lecture : Luc 8,4-15

 

  Comme une foule nombreuse se rassemblait et que de toutes les villes on s'acheminait vers lui, il dit par parabole:

  "Le semeur est sorti pour semer sa semence. Et comme il semait, une partie du grain est tombée au bord du chemin; elle a été foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé.  Une autre est tombée sur le roc et, après avoir poussé, elle s'est desséchée faute d'humidité.  Une autre est tombée au milieu des épines et, poussant avec elle, les épines l'ont étouffée.  Une autre est tombée dans la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple." Et, ce disant, il s'écriait: "Entende, qui a des oreilles pour entendre!"

 Ses disciples lui demandaient ce que pouvait bien signifier cette parabole.  Il dit: "A vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu; mais pour les autres, c'est en paraboles, afin qu'ils voient sans voir  et entendent sans comprendre.

  "Voici donc ce que signifie la parabole: La semence, c'est la parole de Dieu.  Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ont entendu, puis vient le diable qui enlève la Parole de leur cœur , de peur qu'ils ne croient et soient sauvés.  Ceux qui sont sur le roc sont ceux qui accueillent la Parole avec joie quand ils l'ont entendue, mais ceux-là n'ont pas de racine, ils ne croient que pour un moment, et au moment de l'épreuve ils font défection.  Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais en cours de route les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent, et ils n'arrivent pas à maturité.  Et ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole avec un cœur  noble et généreux, la retiennent et portent du fruit par leur constance.