Merci de nous l'avoir donnee !…

 

Jeanine avait 40 ans. Elle était l'épouse d'Edouard.

Ensemble ils étaient responsables de l'Association havraise France-pologne.

Elle a été victime d'un accident de voiture : un inconscient lui a coupé la route :

Elle a été tuée sur le coup. Son fils Benoît était à côté d'elle, il est sorti indemne.

 

 

    Plus d'un lecteur des journaux du HAVRE, lisant Mercredi matin le compte-rendu de l'accident, a certainement fait cette réflexion : " Quelle mort absurde ! ". Pour moi, comme pour tout croyant il n'y a pas de mort absurde, ou plutôt il n'y a de mort absurde que pour ceux et celles dont la vie n'avait pas de sens. Or, la vie de Jeanine avait un sens, nous en sommes tous ici témoins, et c'est pourquoi nous avons tenu à venir rendre grâce au Seigneur pour cette vie si courte mais cependant déjà si pleine.

 

    Rendre grâce au Seigneur ? Oui, c'est pour cela que je suis venu, et je sais que je ne suis pas le seul. Car je ne crois pas que Dieu, le Seigneur, "a rappelé Jeanine à Lui ", comme on dit. Je ne crois pas que Dieu puisse prendre plaisir à séparer ceux qui s'aiment. Ce que je crois, c'est que le monde est dur, mal fait, inachevé; un monde où  prolifèrent maladies, accidents et catastrophes. Ce que je crois, c'est que lorsque quelqu'un qui vivait selon l'Esprit de Dieu vient à disparaître, Dieu notre Seigneur, le Bon Dieu, l'accueille auprès de Lui, pour une vie encore plus pleine et encore plus belle.

 

    Jeanine était une grande dame. Oh! certes, elle ne portait pas un grand nom, elle n'exerçait pas de hautes fonctions, elle n'avait pas fait un riche mariage, mais elle inspirait naturellement le respect à ceux et à celles qui l'approchaient; et la noblesse de l'âme est de beaucoup supérieure à la noblesse de la naissance. Beaucoup de pudeur, une certaine réserve, un respect naturel de soi-même et des autres, ne prenant la parole qu'à bon escient, même si parfois c'était un peu brutal, telle elle apparaissait à ceux et celles qui la voyaient pour la première fois. Et c'est pourquoi, alors qu' aujourd'hui elle est dans une peine très profonde, en notre nom à tous, je dis à sa mère : "Merci Madame, d'avoir si bien élevé votre fille !". Et je dis au Seigneur : " Merci Seigneur de l'avoir mise sur notre route ".

 

    Jeanine était un grand cœur. Nous en avons tous aussi fait l'expérience. Avec Edouard, elle avait fait de sa maison un lieu où il faisait bon se reposer, où l'on se sentait bien, où l'on était bien à table (et elle aimait faire de bonne cuisine), et que les amis avaient peine à quitter. Ses enfants, son mari, sa maison étaient tout pour elle. Et cependant elle ne limitait pas son regard à l'horizon de son foyer : forte de l'amour ses siens, elle savait regarder plus loin et se faire proche de ceux et de celles qui avaient besoin d'elle, un peu comme le Samaritain de la parabole racontée par Jésus et rapportée dans l'Evangile que je viens de lire. Elle ne s'en vantait pas, elle n'en parlait pas, mais la présence ici de certains de ceux et de celles à qui elle a rendu service prouve que sa charité (elle n'aurait pas aimé ce mot, qu'elle me le pardonne !) était quelque chose de bien réel. Et c'est pourquoi je dis au Seigneur : " Merci Seigneur de lui avoir donné ton Esprit, même si elle n'en avait pas pleinement conscience, et même si, par moments, comme beaucoup d'entre nous, elle se sentait loin de Toi".

 

    Jeanine, tu manqueras à Edouard, à Vincent et à Benoît. Tu leur manques déjà. Mais je suis certain que tu es toujours proche d'eux. Tu nous manqueras à tous. Et nous remercions notre Dieu de t'avoir connue. J'espère avec tous les croyants que tu as enfin découvert ce monde sans conflits, sans haine, plein d'harmonie et d'amitié, plein d'amour dont tu rêvais, et que tu as tenté de faire vivre chez toi à ceux que tu aimais, et à nous qui t'aimions.

 

 

                                                 Jean-Paul BOULAND