jEAN-lOUIS rebour… Comme un bon vin…

(Homélie pour ses Obsèques –  Mercredi 7 Novembre 2007 – Eglise saint MICHEL du HAVRE)

 

 

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples :

 « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l'enlève ;

 tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu'il en donne davantage.
 Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure,

celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
 Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous donniez beaucoup de fruit :

ainsi, vous serez pour moi des disciples.
Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour,

comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie.
 Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie à ses amis.
 

Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous demande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ;

maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître.
Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis

afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure.

Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera.
Ce que je vous demande, c'est de vous aimer les uns les autres.

(Jean 15, 1-17)

 

 

Jean-Louis aimait le bon vin… et il avait bien raison. Il savait le choisir, l'apprécier, le goûter et le consommer… avec modération… quoique… en de certaines circonstances… mais passons ! Comme le bon vin, il s'est amélioré à mesure que les années passaient. Il s'est approfondi. Il a pris, non seulement de la bouteille, mais du corps et du bouquet.  Et nous qui l'avons approché, nous qui avons fait une route plus ou moins longue avec lui, nous l'avons apprécié. Et nous l'aimions. C'est pourquoi, afin de dégager avec vous et pour vous les qualités essentielles du cru Jean-Louis REBOUR que nous avons goûté, moi qui suis ignorant des choses de la treille, je me suis connecté à un site d'œnologie. Voici ce que j'y ai découvert. Et que je vous livre. Avec mes appréciations.

 


La première qualité d'un vin est la limpidité

 "On note la limpidité du vin par un vocabulaire qui peut aller de bourbeux (pour des vins qui viennent d'être fraîchement décuvés) à cristallin, en passant par opaque, troublé, voilé, flou, laiteux, opalescent, transparent, limpide".

Jean-Louis, me semble-t-il,  était du genre limpide. Pas compliqué, simple dans sa foi comme dans la vie. Pas du type intello. Comme on disait encore naguère : bon mari et bon père. Et bon professionnel. Avec le sens du devoir. Simplement. Sans affectation. Jusqu'au bout. Jusqu'à mener à bien le chantier de la Maison diocésaine de la Sainte Famille. Jusqu'à mener à bien l'aménagement de l'appartement familial de la rue Lord Kitchener. Jusqu'à parler sans complexe de son cancer.

 

La deuxième qualité d'un vin est la brillance

"La brillance est l'éclat du vin, sa faculté de renvoyer la lumière. La brillance est très importante pour les vins blancs qui doivent présenter un éclat parfait. On dira que le vin est mat, terne, net, lumineux, éclatant, brillant, étincelant, chatoyant".

Jean-Louis était lumineux. Plus que net, mais pas étincelant. Simplement lumineux. Il ne faisait d'ombre à personne. Nous étions bien en sa compagnie. Il était affable, heureux d'accueillir, comme d'être accueilli. Avec lui, tout devenait simple, clair. On ne se prenait pas la tête. On était bien. Simplement bien.

 

Pour apprécier un vin, il faut également tenir compte des sensations gustatives

"Quatre impressions sont décelées : le sucré, le salé, l'acide et l'amer. La saveur sucrée se révèle en premier, puis viennent simultanément les saveurs acides et salées. L'amer ne se manifeste qu'en fin de dégustation. Outre ces saveurs élémentaires, d'autres sensations sont décelées : la fraîcheur(acidité), la chaleur (due à l'alcool), l'astringence (tanins), le pétillant (CO2), la consistance (gras)". Je ne retiendrai que trois sensations.

 

-      Le goût acide "On décrira un vin comme plat, creux, maigre, équilibré, frais, nerveux, vif, acidulé, vert, acerbe, agressif, acide et très acide ".

     Pour moi, pour vous aussi peut-être, Jean-Louis était équilibré et frais. Tout simplement. Jamais acerbe, agressif ou acide. Certes, il a certainement décoché quelquefois quelques traits contre tel ou tel, mais  par simple plaisanterie, jamais par vengeance ou par méchanceté. Jamais pour blesser profondément.

-      Le goût sucré "On décrira un vin comme trop sec,  sec, équilibré (pour les vins secs), fondu, souple, tendre, gras, onctueux, douceâtre, pâteux, moelleux, liquoreux, sucré ".

     De Jean-Louis, je dirai qu'il était équilibré, fondu, souple et tendre. Autant avec Anne et sa famille proche, qu'avec les amis et les collègues.

-      La sensation de chaleur "On décrira un vin comme aqueux, pauvre, petit, faible, équilibré, riche, chaud, vineux, brûlant, capiteux, corsé".

Est-il besoin de souligner la chaleur humaine de Jean-Louis. Jusqu'au bout où, sur son lit d'hôpital, bien que déjà à moitié inconscient, il nous accueillait néanmoins avec son sourire habituel.

-    Quant au goût d'amertume, jamais aucun d'entre nous ne l'a éprouvé à son contact.

 

Jean-Louis REBOUR : un bon cru, issu d'un bon cépage, planté sur un bon coteau. Mais, et c'est ma courte étude de l'œnologie qui me l'a appris : La vigne est une plante qui mute très facilement, il arrive qu'un même plant produise deux raisins différents. C'est ainsi, que le pinot gris et le pinot blanc sont des mutations du pinot noir.  Peu à peu, au long des années, au fil de rencontres, de réflexions et d'expériences diverses, Jean-Louis avait muté. Ayant, d'une part, reçu une solide éducation de la part de ses parents, il avait ensuite su développer ses qualités naturelles, en avait acquis de nouvelles, et était parvenu à gommer quelques-uns de ses défauts. D'autre part, déjà greffé par le baptême sur la vigne qu'est pour nous le Christ, signe de Dieu, il avait peu à peu ratifié cet engagement pris pour lui à sa naissance, jusqu'à en faire son engagement personnel (avec celui d'Anne, ne l'oublions pas). Ainsi était-il devenu ce que la Bible nomme un "juste",  c'est-à-dire quelqu'un qui, consciemment ou non, ajuste son désir au désir des autres et de Dieu; pas un parfait, car la perfection n'a jamais existé, et n'existera jamais; mais un croyant tout simple, un "type bien", sachant se remettre en cause, heureux d'avoir réussi, malheureux lorsqu'il a échoué; un bon sarment, fait pour donner de bon fruit : "Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron…  Je suis la vigne;  vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit;  car hors de moi vous ne pouvez rien faire.. Et encore : Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres  comme je vous ai aimés. Nul n'a de  plus grand amour que celui-ci:  donner sa vie à ses amis.. Ce que je vous demande, c'est de vous aimer les uns les autres. Texte qui renvoie à ses deux convictions majeures : l'importance de l'amour : l'amour des siens, l'amour des autres, l'amour de tous, et l'amour de soi ; et l'importance de l'Eucharistie, partage de vie, partage du pain et du vin, signe du partage du Christ.

 

Le regardant s'éteindre peu à peu, pas à pas, ces derniers jours, je pensais : où est-il ? où va-t-il ? Je me pose toujours les mêmes questions. Et la réponse gravée par une amie sur la tombe de son époux me suffit : Où que tu sois, nous croyons que tu es en Dieu. Mais qu'est-ce que la mort ? Et qui donc est Dieu ? Qu'importe la réponse, car c'est la Vie qui est belle !

 

Jean-Paul BOULAND


 

 

 

Dans les derniers jours du mois d'Août, Jean-Louis et Anne étaient allé ensemble écouter la Passion selon Saint Matthieu, de Jean-Sébastien BACH. Ce fut le dernier concert auquel Jean-Louis se rendit. Voici quelques  extraits de cette oeuvre (cliquer sur chacun des liens) :

 

http://www.youtube.com/watch?v=qZ8N0y7ddi0

http://www.youtube.com/watch?v=2zJQPhObgzk

http://www.youtube.com/watch?v=-7onviwRN8Y