Inhumation de Nicole SAINT MARTIN – 24/02/2007

 

Je suis, moi aussi, un homme mortel, pareil à tous,

un descendant du premier être formé de la terre.

J'ai été modelé en chair dans le ventre d'une mère,

où, pendant neuf  mois, dans le sang j'ai pris consistance,

à partir d'une semence d'homme,

 et du plaisir, compagnon du sommeil.

A ma naissance, moi aussi j'ai aspiré l'air commun,

je suis tombé sur la terre qui nous reçoit tous pareillement,

et des pleurs, comme pour tous, furent mon premier cri.

J'ai été élevé dans les langes et parmi les soucis.

Aucun roi ne connut d'autre début d'existence:

même façon pour tous d'entrer dans la vie et pareille façon d'en sortir.

C'est pourquoi j'ai prié, et l'intelligence m'a été donnée,

j'ai invoqué, et l'esprit de Sagesse m'est venu.

Je l'ai préférée aux sceptres et aux trônes

et j'ai tenu pour rien la richesse en comparaison d'elle.

(Livre de la Sagesse 7, 1-8)

 

 

 

 

 

Ce jour-là, Jésus disait :

C'est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples.

Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés.

Demeurez en mon amour.

Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour,

comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour.

Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.

Voici quel est mon commandement:

vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés.

Nul n'a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis.

Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.

Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître;

mais je vous appelle amis,

parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître.

Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais c'est moi qui vous ai choisis

et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure,

afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.

Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.

(Jean 15, 8-17)

 


donner un sens a la Vie !

(Inhumation de Nicole SAINT MARTIN – samedi 24 février 2007)

 

 

Nicole avait 54 ans. Elle était célibataire.

Déclarante en douane, elle travaillait dans une Maison d'Import-Export.

Cancer à l'utérus, qui est déjà très avancé lorsqu'elle se rend chez le médecin.

Chimiothérapie – Radiothérapie… Les cheveux qui tombent… La prothèse capillaire…

Métastases au cerveau. Hospitalisation.

Elle meurt à la clinique le mardi 20 février à 15 heures.

 

 

 

 

En début de célébration

 

Nicole est morte mardi à 15 heures. J'étais près d'elle le matin à 11 heures, lui parlant, alors que je pensais bien qu'elle ne saisissait plus le sens de ce que je lui disais. Son regard était fixé au plafond de la chambre. Sa main gauche montait, et remontait sans cesse vers le col de sa chemise de nuit. Et je me disais : Elle vient d'entrer dans le tunnel. Nuit de l'intelligence. Nuit des sens. Lorsqu'elle en sortira, ce sera pour déboucher sur une Lumière que je crois merveilleuse, éblouissante, douce et accueillante. Mais qu'est-ce que cela signifie ? Où est-elle ? Où va-t-elle ? Que devient-elle ? Mystère de la mort ! Mystère de la Vie !

 

 

 

Homélie

 

Dieu a rappelé Nicole à Lui !, disent-ils … Ce n'est pas vrai.


Pourquoi ? De deux choses l'une : ou bien Dieu prend plaisir à arracher les humains à ceux qui les aiment, et alors c'est un être sadique, qui n'a rien à voir avec l'Amour, et il nous faut chercher un autre Dieu. Ou bien, je fais confiance à Jésus et à ce qu'il a dit de celui qu'il nommait "son Père", et alors il n'a rien de commun avec la mort. Mais la mort, direz-vous, elle existe ? Oui, la mort fait tout bonnement partie de la vie. La vie et la mort se tricotent ensemble. Tout ce qui naît un jour est destiné à mourir un autre jour, les êtres animés comme les inanimés. Et contre cette Loi générale, Dieu ne peut rien. Peut-être même est-ce là la cause d'une certaine souffrance de Dieu…


 

Nicole est morte : c'est pas juste !, dis-tu .. Ce n'est pas vrai.


Pourquoi ? Parce que tu confonds la Justice avec l'Egalité. Devant la mort, nous ne sommes pas égaux, nous le constatons chaque jour à la lecture des faire-part de décès. Durant le temps de ma présence à la paroisse de saint MARTIN du littoral, j'ai célébré les funérailles de Rosalie LE COZIC, morte à 96 ans, et celles du petit Albert, mort à 4 ans. Preuve, s'il en fallait, qu'il n'y a aucune égalité devant la mort. Et pourtant, ma conviction profonde est que ces deux êtres si différents ont laissé à ceux dont ils étaient proches le souvenir d'un amour véritable. Si la durée de l'existence de l'un n'a pas été égale à la durée de l'existence de l'autre, du moins la qualité et l'intensité de leur vie a-t-elle été la même. C'est cela la Justice. Tous deux, chacun à sa manière, étaient des Justes.


 

A quoi ça sert de vivre, puisqu'il faudra mourir. La vie est absurde !, pensez-vous … Ce n'est pas vrai.


Lorsque je suis né, j'étais un être neuf. Je n'avais aucune mission à remplir. Rien n'était écrit d'avance. La page était blanche. Et, jour après jour, peu à peu, pas à pas, j'ai pris conscience des êtres tels qu'ils sont et de la réalité des choses. Avec ceux qui m'ont aimé et que j'ai aimés; et  malgré ceux qui ne m'aimaient pas ou que je n'ai pas pu aimer, j'ai écrit le Livre de ma vie. Avec les croyants qui m'ont éduqué au tout début, et avec ceux que j'ai rencontrés tout au long de mon parcours, j'ai découvert la personne de Jésus, le Christ. Son enseignement, joint au témoignage de ces croyants, m'a encouragé. C'est ainsi, peu à peu, pas à pas, sans que je m'en rende compte, que ma vie a pris du sens. J'affirme que ma vie n'est pas absurde. C'est à chacun qu'il revient de donner un sens à sa propre vie.


 

Qu'est-ce que Nicole pensait de tout cela ?


Je n'en sais rien, car elle était suffisamment introvertie et pudique pour ne rien laisser transparaître de ses sentiments profonds, sauf peut-être à tel ou telle avec qui elle se trouvait en confiance. Néanmoins, à travers ce qu'elle a été devant nous, nous pouvons découvrir le sens qu'elle avait donné  à sa propre vie.

 

De ses relations familiales, je ne dirai rien, car je sais d'expérience qu'il convient  d' être très humble en ce domaine. Nulle famille n'est un modèle pour aucune autre. Et les lois de la génétique sont complexes.

 

En revanche, vous qui l'avez côtoyée dans sa vie professionnelle, vous savez quel était son acharnement à vouloir tout bien faire, parfois un peu trop toute seule, et son désir profond de satisfaire les partenaires de l'entreprise. Vous savez que, pour elle, il n'y avait pas d'horaire. Célibataire, elle était disponible. Elle ne faisait même pas (pas assez à mon avis… combien de fois en avons-nous parlé !) le compte de ses heures supplémentaires, des semaines de congés qu'elle n'avait pas prises depuis des années. Elle avait, comme on dit, son franc-parler, et certains d'entre vous ont peut-être eu à en souffrir; de même que cela a pu rendre service à quelques autres. Vous avez expérimenté ses réactions face aux injustices, aux coups bas, à la quête aux intérêts personnels. Je sais qu'elle a marqué certains de ses collègues, au sein de l'entreprise.

 

Elle était également une croyante sincère. Elle avait été, comme beaucoup parmi nous, re-suscitée à la vie de Dieu par le baptême, alors qu'elle était encore toute-petite. Adulte, elle avait pris à son compte ce baptême.  Beaucoup de ceux et de celles qui forment cette assemblée ont fait un bout du chemin de la foi avec elle, au Mouvement "Partage et Rencontre"; au Cycle de Formation des Animateurs Pastoraux; à la Catéchèse des 5°, 4° et 3°; à l'équipe liturgique de cette église. Elle a participé, en tant que trésorière, à l'Equipe d'Animation Pastorale de cette paroisse. Elle tenait encore, jusqu'à ces derniers jours, la comptabilité de l'équipe des célébrations au Funérarium. Et tout cela avec compétence… et avec son caractère !

 

Enfin je n'oublie pas sa passion de la bicyclette, et tout le temps passé à l'animation de l'Association des Cyclotouristes. Son meilleur souvenir : le lever du soleil depuis le Pic du Midi, où, disait-elle, elle avait fait l'expérience de la présence réelle de Dieu.


 

 

Ainsi, Nicole a eu le souci de développer conjointement, et somme toute, harmonieusement son corps, son âme et son esprit. Et tout cela, sans oublier qu'elle était femme, même si sa souffrance cachée était de n'avoir jamais pu être mère.

 

C'est pourquoi je ne  crains pas de dire que sa vie, loin d'être absurde, a eu du sens. Ainsi s'inscrit-elle dans la lignée de ceux et de celles qu'on nomme "les Justes", qui ne sont certes pas des êtres parfaits (oh ! que non !), mais des hommes et des femmes qui ont le souci d'être ouverts à tous et d'accueillir la vie.

 

Car l'important, c'est la Vie ! Sinon à quoi servirait-il de croire que Christ a été re-suscité à la Vie par-delà la mort ?

 

 

Un dernier mot : lorsque je lui avais demandé de prendre la responsabilité des finances paroissiales, elle m'avait dit  "Vous savez bien, Jean-Paul, que je ne vous laisserai pas tomber".

 

Nicole, ne nous laissez pas tomber !

Jean-Paul BOULAND