PAUL, JEAN et l'ESPRIT...
Odile avait près de soixante ans.
Elle était l'épouse de Maurice, et mère
de quatre garçons.
C'était l'aînée d'une famille de 14
enfants.
Education sévère, rigoureuse, un peu
janséniste.
Elle est morte très brutalement, en
jouant au bridge.
Elle était membre du Conseil pastoral
paroissial.
Il y avait du Saint Paul chez cette femme
!
Une
certaine rigueur, une apparente intransigeance. Les choses qu'on peut faire ou
qu'on peut dire, et celles qu'on ne fait ni ne dit. Parce que ça n'est pas
bien. Parce que ça n'est pas digne. Mais beaucoup de tendresse, d'affection et
de tolérance .Une ténacité, qui, chez une autre, aurait pu s'appeler entêtement. Mais qui était chez elle désir
d'aller jusqu'au bout de ce qu'elle
avait entrepris et de ce qu'ellle croyait bien. La conviction d'avoir
été un jour rencontrée par le Christ, et que la vie en était toute transformée.
Et le désir que tous soient rencontrés de la même manière. A cause de Lui, j'ai accepté de tout perdre, je considère tout comme
déchets, afin de gagner le Christ, et d'être trouvé en Lui, n'ayant plus ma Justice
à moi, celle qui vient de la pratique de la Loi, mais la Justice par le Foi au
Christ, celle qui vient de Dieu et qui s'appuie sur la Foi; le connaître, Lui,
avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui
devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter des
morts... Je ne me flatte pas d'avoir déjà saisi, je dis simplement ceci :
oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être.
( Philippiens 3, 8-13 ). Une force tranquille !
Il y avait du Saint Paul chez cette femme
!
La
conviction d'être membre du Corps du Christ, et d'avoir une fonction
particulière à assumer dans le Corps. Une fonction féminine, mais non pas
secondaire ou accessoire. J'ai encore en mémoire sa réflexion au premier
Conseil Pastoral qui suivait mon arrivée ici : Monsieur
l'Abbé, je souhaite que les femmes aient ici leur place et qu'on les entende.
Une fonction complémentaire des autres fonctions, accomplie avec beaucoup de
discrétion, et un respect profond pour le ministère des Prêtres.
Il y avait du Saint Jean chez cette femme
!
La passion de l'unité, de
l'harmonie. Non pas qu'elle ne sût pas se battre : nous avons tous fait
l'expérience de discussions très serrées avec elle. Mais elle ne pouvait pas
supporter la division. Bien-aimés,
aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour est de Dieu, et que quiconque
aime est né de Dieu et connaît DIeu. Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu,
car Dieu est Amour. ( 1 Jean 4, 7-8 ). Une puissance d'amour ! Le désir de connaître toujours plus,
qu'il s'agisse des évènements du monde, ou des recherches diverses,
historiques, scientifiques, bibliques ou théologiques. Le désir de faire
partager ses connaissances, et d'aider les autres à les partager aussi.
L'Esprit de Dieu habitait cette femme !
L'Esprit
de Pentecôte. L'Esprit du Père et du Fils. L'Esprit dont on signifie la
présence à ceux qui reçoivent la Confirmation. Esprit
de Sagesse et d'Intelligence. Esprit de Conseil et de Force. Esprit de
Connaissance, d' Affection filiale et d' Adoration. Elle fut pour
nous véritablement Signe de Dieu, et peut-être l'avons-nous été pour elle. Car
c'est cela l'Eglise, je veux dire la Communauté chrétienne, qu'on la nomme
Famille, Ecole, Mouvement ou Paroisse : l'ensemble des Pécheurs qui se savent
Sauvés, qui se signifient les uns aux autres le Bonheur de connaître Dieu, et
qui, ensemble, désirent le faire connaître à tous.
Voyez-vous,
je le dis comme je le pense, vous avez eu la chance de rencontrer Odile sur
votre route. Mais elle aussi a eu la chance de vous rencontrer. Vous ne seriez
pas ce que vous êtes sans elle, elle ne serait pas ce qu'elle a été sans vous.
Et si maintenant elle a atteint sa stature définitive, vous savez qu'elle peut
toujours vous aider à atteindre la vôtre. C'est cela la Communion des Saints.
Ceux qui nous ont quittés, sont entrés, nous le croyons, dans le Mystère de
Dieu. Nous pouvons donc prier Dieu pour eux et avec eux. Ils peuvent de leur
côté prier Dieu avec nous et pour nous. Communication mystérieuse, mais que
nous croyons bien réelle.
Et je
désire terminer par une parole publique adressée à la maman d'Odile. Madame … ,
je sais, parce que vous me l'avez dit, que vous auriez désiré avoir un fils
prêtre. Soyez rassurée, vous nous avez donné Odile, qui certes n'était pas
prêtre, mais qui nous a marqués durablement, autant qu'un prêtre. Pour elle, et
pour ce qu'elle a fait avec nous et pour nous, à vous Madame et à vous Maurice, Grand MERCI !
Jean-Paul BOULAND