JUSTE
Jean PLANCHAT, je ne le connaissais pas, mais
je connaissais son épouse.
L 'Assemblée qui était rassemblée au jour de
ses funérailles était composée pour une bonne partie de personnes étrangères à
l'Eglise.
Ce qui étonna les disciples de Jésus de Nazareth,
ce fut la détermination avec laquelle, bien que sachant ce
qui l'attendait,
il prit un beau jour la route de Jérusalem.
"Maître, tout récemment
encore les Juifs cherchaient à te lapider;
et toi tu veux retourner là-bas !". (Jean 11,8).
Sa mort en effet, il ne la subit pas; au contraire il
l'accepta;
mieux encore, il l'offrit par avance à cet Eternel qu'il
nommait son Père.
C'est ainsi, et ainsi seulement qu'on peut parler d'une
"mort-sacrifice",
à condition de bien préciser que personne d'autre que
lui-même ne l'offrit au Père.
Une mort qui ne fut pas celle du sage stoïcien, ni du
héros cornélien,
pas plus que du kamikaze palestinien;
mais un moment unique dans l'histoire du monde,
la mort de Dieu pour que l'homme vive,
le moment de la REDEMPTION.
Il avait incarné en sa personne toutes les valeurs dont
rêvent les hommes depuis leur origine:
la Justice, la Paix, la Vérité, la Liberté, le Pardon, le
Partage, la Solidarité.
Il les avait intégrées au point qu'elles étaient
indissociables de sa personne,
et que lui-même était pour ceux qui le connurent
Pacifique, Juste, Vrai, Libre, Pardonnant, Partageant,
Solidaire.
Et il avait aimé. Aimé, non pas de cet amour sentimental,
qui certes peut durer toute une vie, mais ne peut tenir
aussi qu'un instant.
Il avait aimé de cet Amour-Agapè, qui est la définition
même de l'Eternel.
Il s'était présenté devant les hommes comme le canal de
l'Amour divin,
par lequel s'écoule le trop-plein qui jaillit de Dieu.
Il avait été mis à mort.
De ce supplice ignominieux réservé aux terroristes et aux
esclaves fugitifs :
la Croix, la mort
à petit feu, par asphyxie progressive… on a inventé mieux depuis !
Et on l'avait mis au tombeau.
Et fermé ce tombeau.
Avec une grosse pierre.
Point final, avaient dit les autorités de l'époque.
Point final, disent certains depuis lors !
Pas moi !
Car, avec ses disciples qui firent ensuite une expérience
inoubliable,
je crois que la vie eut en lui le dernier mot.
Je crois qu'il se releva de la mort, qu'il se réveilla de
ce sommeil jusqu'à lui définitif.
Et que, depuis lors, rien n'est plus pareil, la vie n'est
plus la vie, la mort n'est plus la mort.
Vie et Mort marchent de connivence.
Son relèvement de la mort a fait naître en moi
l'Espérance.
L'Espérance d'un monde transfiguré et d'une Humanité enfin
humanisée.
L'Espérance de la Gloire…
Je ne
sais pas quelle était la foi de Jean PLANCHAT. Mais je sais qu'il a vécu devant
nous et devant les siens en homme juste et honnête, passionné des valeurs
incarnées par Jésus le Christ. Qu'a-t-il trouvé de l'autre coté du miroir ? Nul
ne peut le dire, sauf celui qui pense qu'il n'y a pas d'autre coté au miroir…
C'était un homme responsable, un homme de devoir, un être digne. Digne devant
Dieu et devant nous. Digne de notre respect à tous. Je crois qu'il a été jugé
digne de l'Amour et du Pardon du Père.
Jean-Paul BOULAND