PARLE-MOI de la MORT

 

Alix avait 17 ans. Elle s'est suicidée.

Son père, dépressif, a voulu la suivre dans la mort, mais il a échoué…

 

 

E

lle me demandait : Dis, que se passe-t-il après la mort ?

Et je ne savais quoi lui répondre. Car je ne suis pas mort, moi ; et même lorsque je serai mort, je ne pourrai pas revenir pour dire ce qu'il se passe…

Alors je décidais de lui parler, non pas selon ce que je sais, mais selon ce que je crois. Et je lui disais en paraboles :

 


M

ourir, c'est comme revenir chez soi après un long voyage. Tu as vu des paysages magnifiques, tu as vécu des expériences passionnantes, tu as fait des rencontres inoubliables, mais cela n'a rien de commun avec rentrer chez soi. Retrouver la maison, ses bruits et ses parfums familiers. Embrasser ceux qu'on aime. Leur dire combien on est heureux de les retrouver et qu'on a souvent pensé à eux. Et surtout se sentir accueilli, se sentir bien, savoir qu'on est aimé. Enfin pour soi ! Se reposer ! Enfin chez soi !

 

M

ourir, c'est comme se découvrir papillon après avoir été longtemps chrysalide. Tu étais bien au chaud, tu étais comme somnolente. Et puis, tout à coup, lorsque le moment est venu, tu exploses à l'air libre. Tu es papillon. Tu voles, tu fais des cabrioles, des loopings. Tu es libre. Tu es vivante.

 

M

ourir, c'est comme réussir un examen. Tu as travaillé, bossé, relu, revu, repassé, corrigé, appris des formules et des théorèmes, noirci des pages et des cahiers. Et plus approche le jour de l'épreuve, plus tu as peur de rater. Et puis le grand jour arrive ! Et tu es déclarée reçue. Et tu oublies alors tout le mal que tu t'es donné. Tu as ton diplôme.


 

M

ais alors, me disait-elle : s'il en est ainsi de mourir, si la mort c'est si bien, à quoi bon vivre ? Mieux vaut mourir peut-être !  Sa question était juste. C'est pourquoi je lui dis, reprenant mes paraboles :

 


I

l est important au voyageur loin de chez lui, d'ouvrir tout grand ses yeux, d'emplir son regard et ses oreilles de tout ce qu'il voit et de tout ce qu'il entend. De ne pas interrompre son voyage alors qu'il n'a pas encore accosté au port, qu'il n'est pas parvenu au but qu'il s'était fixé avant le départ. Pour ne rien regretter. Important, essentiel même de bien faire aujourd'hui ce qui doit être fait aujourd'hui.

 

I

l est important à la chrysalide de ne pas forcer la nature. Elle ne sait pas combien de temps elle devra passer dans son cocon. C'est pourquoi elle attendra patiemment le moment où de soi-même la coque s'ouvrira, et où la métamorphose se produira. Il y a un temps pour tout sous le soleil. Un temps pour être chenille, un temps pour devenir papillon.

 

I

l est important lorsque tu concours pour le diplôme d'attendre patiemment le jour de l'examen, et de ne pas baisser les bras. Ce n'est pas toi qui détermines la date des épreuves. Ce  n'est pas toi qui choisis les sujets. Jour après jour, accumuler les connaissances, meubler sa mémoire, vérifier ce qui a été acquis, revoir ce qui ne l'est pas. Voilà ce qui est important. Pour être prête le jour venu.


 


T

u vois : tu n'as qu'une vie, une seule, qui un jour a commencé, et qui, si tu le veux, ne finira jamais. Je sais quelqu'un qui a donné le beau témoignage de vivre en être humain digne de ce nom. Qui vivait pour aimer. Qui a fait jour après jour ce qui était à faire. Qui a été vrai. Qui a été juste. Qui a été bon. Qui vivait porte grand ouverte. Qui a été heureux. Et qui a été mis à mort. Mais que ses amis croient vivant. Re-suscité à la vie par-delà la mort. Vivant de la vie même de son Père, la vie éternelle. Et je crois que son Esprit est en toi, et en moi, et en nous. Comme il était en Alix.

 

J

ésus. Né de Dieu. Vivant pour Dieu… et pour moi … et pour toi ! L'Espérance des vivants !

 

Jean-Paul BOULAND

 


 

 

à la fin de la célébration

 

 

 

 

 

 

 

Ce que je vais dire ne vise personne en particulier, et surtout pas le père, la mère ou les frères et sœurs d'Alix. A travers vous tous qui êtes ici, c'est aux hommes d'aujourd'hui que je parle :

 

L'être humain est un composé original de matière, de psychisme et d'esprit, chaque élément en étroite interaction avec les deux autres. L'erreur des hommes de notre temps est de vouloir traiter chaque élément indépendamment des deux autres. Le corps médical s'est réservé la partie matérielle, le corps ; les psy de toutes obédiences  prennent en charge le psychisme. Mais qui accorde de l'importance au spirituel ? Notre monde souffre d'une atrophie du spirituel. Qui s'occupe encore d'éduquer les jeunes à un idéal ? Je ne dis pas de leur donner ni de leur imposer une religion, mais de faire en sorte de les aider à découvrir quel sens ils pourront donner à leur vie, quel grand projet va orienter leur existence. Les hommes d'aujourd'hui ne savent plus regarder plus haut que la ligne d'horizon, ni voir plus loin que le bout de leur nez. Ils étouffent dans ce monde rationnel, sécurisé, minuté, aliénant et stressant. Et certaines sectes s'engouffrent dans ce créneau, sans vergogne, et sans se préoccuper des ravages qu'elles peuvent opérer chez les malheureux qui tombent entre leurs griffes.

 

Qui que vous soyez, et quoi que vous fassiez, sachez prendre en compte l'être humain dans sa globalité, physique, psychique et spirituelle. Vous rendrez service à tout le monde, mais particulièrement à vos enfants. Et en plus vous serez heureux en les voyant heureux.

 

" Si tu veux tracer droit ton sillon, accroche ta charrue à une étoile "