ETRE PRETRE... CA M’ETONNE

Jeudi-Saint 2008

 

 

Je suis prêtre... et ça m’étonne !

 

Depuis près de cinquante années que j’ai été ordonné, j’ai toujours en moi le même étonnement: je suis prêtre ! Je suis l’un de ceux pour qui j’avais tant de respect lorsque j’étais enfant. Je suis celui qui a reçu pouvoir de présider la communauté et qui représente le Christ lorsqu’elle est assemblée, lorsqu’elle est l’Eglise. Je suis celui qui a mission de dire une Parole de Dieu. Je suis celui qu’on vient voir pour lui demander conseil, celui qui reçoit des confidences qu’on ne fait à personne d’autre, et qui a la possibilité, le pouvoir de sécuriser les croyants et de leur redonner confiance en la vie, en faisant pour eux les actes et les gestes du Christ.

 

Oui, vraiment, être prêtre, ça m’étonne !

 

Ca m’étonne qu’un homme puisse être et faire cela. Et ça m’étonne encore plus que cet homme soit moi ! Car je me connais assez bien, depuis le temps que je vis avec moi. Je sais que je ne suis qu’un homme, et pas parmi les meilleurs. Je sais que je suis pécheur, comme les autres. Je sais que, parmi les croyants et parmi ceux qui ne partagent pas la foi des chrétiens, il y en a de meilleurs que moi. Et je constate que, quelquefois, certains n’hésitent pas à me l’envoyer en pleine figure, plus ou moins poliment, et sans y mettre toujours les formes !

 

Ca  m’étonne qu’un prêtre, ce soit ça ! et ce soit moi !

 

Pour représenter le Christ, pour accomplir les mystères de Dieu, pour présider la communauté des croyants fondée par le Christ et assemblée en son nom, l’Eglise, il faudrait des hommes parfaitement intègres, parfaitement honnêtes, entièrement donnés, totalement purs. Et non pas des gens comme moi, des pécheurs. L'incorporation au corps du Christ par le Baptême, c'est un grand mystère. L’Eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection, c’est un grand mystère (“Il est grand le mystère de la foi“); le Pardon de Dieu signifié dans le sacrement, c’est un grand mystère. Et tous les autres sacrements sont des grands mystères ! On ne devrait en confier la célébration qu’à des êtres parfaits. Et d’ailleurs beaucoup de gens pensent ainsi, qui désireraient des êtres parfaits pour incarner et représenter la perfection de Dieu.

 

Mais alors ça m’étonne que Jésus n’ait pas été un homme parfait. Pour représenter le Père (Notre Père qui es aux cieux) il aurait fallu quelqu’un comme le Père. Demandez donc à un juif, comme je l’ai fait un jour à un rabbin, ce qu’il pense de Jésus de Nazareth : “C’est un profanateur, un perturbateur; il ne suivait pas à la lettre les préceptes de la Loi, il allait avec les publicains et les pécheurs publics “. A quoi j’ajouterai qu’il a eu un jour cette répartie que je n’oserai jamais reprendre en public pour vous, mes frères et mes sœurs : Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le Royaume des cieux ! Sans parler de ce geste d'emportement contre les braves marchands du Temple, qu'il a privés ce jour-là de leur gagne-pain…

 

C’est vrai. En ce monde, nul ne saurait être parfait. C’est pourquoi ça m’étonne moins d’être le prêtre que je suis ! Nous sommes l’Eglise de l’Incarnation. Nous croyons que le Père a voulu être représenté par des êtres humains, et non pas par des anges; par des pécheurs et non par des parfaits. Ce n’est pas des êtres  parfaits qu’il appelle à être prêtres, ni des êtres désincarnés à être chrétiens; mais nous, comme nous sommes, qu'il appelle tous à la sainteté. Il nous appelle tous à penser ce qu’il pense, à dire ce qu’il dit, à désirer ce qu’il désire... Il nous appelle tous à être des Justes.

 

Mais quand même, être prêtre, ça m’étonne ! 

Jean-Paul BOULAND