DE GAULLE et le MESSIE
(Homélie pour le 22°
dimanche ordinaire – année A – 30 août 2008)
Pierre
avait dit à Jésus : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant
A partir de ce moment, Jésus le Christ
commença à montrer à ses disciples
qu'il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des
anciens,
des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour
ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches :
"Dieu t'en garde, Seigneur ! cela ne t'arrivera pas."
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : "Passe derrière moi, Satan,
tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais
celles des hommes."
Alors Jésus dit à ses disciples : "Si quelqu'un veut marcher derrière moi,
qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra,
mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le
paye de sa vie ?
Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ?
Car le Fils de l'Homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ;
alors il rendra à chacun selon sa conduite."
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L |
a
scène se passe en mars 1944, devant le 3 Carlton Gardens, siège des Forces
Françaises Libres à LONDRES. Deux soldats français sont de l'autre côté de la
rue, face à la maison, et regardent vers la fenêtre du Bureau du Général De
Gaulle : " Tu vois, la grande ombre, là-haut, eh bien c'est lui !"
– " C'est lui, qui ?" – "Ben, De Gaulle, le Général" – "Qu'est-ce qu'il est
grand !" – "Oh ! encore bien plus grand que tu crois !".
Dans le bureau, se trouve Jean MOULIN, en
conversation avec le Général : "Dites-moi MOULIN, est-ce qu'on parle de
moi en France ?" – "Bien sûr, mon Général :" – "Et
que dit-on ?" – "Pour certains, vous êtes VERCINGETORIX ! Pour
d'autres, NAPOLEON ! Pour d'autres encore, l'anti-PETAIN !" – Mais pour
vous, MOULIN, qui suis-je ?" – " Mon général, vous êtes celui qui va sauver la
France" – "MOULIN, je vais vous livrer un secret : je vais peut-être sauver la France, mais pas
comme vous l'entendez !" – "Que voulez-vous dire, mon Général ?"
– "Vous savez MOULIN, que je pars demain pour un voyage-éclair et
top-secret à FONTAINEBLEAU ?" – "Je le sais, mon Général !" –
"Eh bien, MOULIN, sachez que j'ai peu de chances de revenir. J'ai comme le
pressentiment qu'on m'attend là-bas pour me faire la peau !" – "C'est
impossible, mon Général ! Nos partisans vont tout faire pour que votre mission
réussisse ! " – "Taisez-vous, MOULIN ! Laissez faire les événements !
Peut-être faut-il en passer par là pour que la France soit libre !".
Ainsi qu'il l'avait prévu, le Général ne revint pas.
Le bruit courut qu'il avait été fusillé de nuit, dans les fossés de VINCENNES.
Mais on le vit, mystérieusement présent sur les Champs Elysées, pour le défilé
du 26 août, après la Libération de PARIS.
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R |
ien de tout cela, bien sûr, n'est historique. Tout
est sorti de mon imagination. Pour vous
aider à comprendre la réaction de Simon-Pierre à la déclaration de Jésus.
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S |
imon-Pierre, les Douze, et une bonne partie du petit peuple de Judée, souffrent de l'occupation romaine, et espèrent la venue d'un être d'exception qui les libérera, et qu'il nomment "le Messie", en grec "le Christ". On dit que ce Messie réunira une armée, prendra la tête de la lutte contre les romains, et les boutera hors de la Palestine. Après quoi, il restaurera l'ancien Royaume de David. Et le peuple juif vivra heureux dans un pays libre.
Jésus a laissé Simon-Pierre affirmer qu'il est le
Messie. D'où l'enthousiasme des Douze, qui se voient déjà ministres du
roi-Jésus, dans le futur Etat juif restauré. Mais Jésus leur déclare aussitôt qu'il
lui faut partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens,
des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour
ressusciter. Ils ne comprennent rien à rien. Le Messie qui est mis à mort,
le mort qui ressuscite… ces paroles n'ont pas de sens. Pour eux, il n'y a de
choix qu'entre la mort et la vie, entre une victoire et une défaite, entre la
réussite et l'échec, entre le triomphe et la catastrophe. Une défaite ne peut
pas être une victoire, un échec une réussite, ni une catastrophe un triomphe.
Et la mort ne peut pas être la vie !
Cela explique qu'après la
mort de Jésus, les Douze devront opérer une véritable révolution copernicienne,
au point de vue intellectuel, pour qu'ils réalisent qu'il a vraiment été
re-suscité à la vie, et que celui qui s'est manifesté à eux est bien celui qui
avait été mis en croix. Ce que Luc raconte de manière imagée dans l'épisode dit
"des Disciples d'Emmaüs". Ceux-ci déclarent à l'inconnu qu'ils
viennent de rencontrer : Tu es bien le seul à ignorer les événements de ces jours-ci. Ce qui est
arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes
et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos
dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Et nous qui espérions qu'il
serait le libérateur d'Israël ! Et l'inconnu leur fait comprendre qu'ils se sont
trompé de Messie :
Ne
fallait-il pas, leur dit Jésus, que le Christ endurât ces souffrances pour entrer
dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il
leur interpréta dans toutes les Ecritures ce qui le concernait.
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I |
ls comprendront alors que la libération
opérée par la foi n'est pas d'ordre politique. Que le plan de salut de Dieu ne
s'accommode pas d'un Messie triomphant. Que le Messie promis est bien différent de celui
qu'ils ont attendu. Que la puissance de Dieu n'est pas dans l'ouragan d'Elie,
mais dans la brise légère. Que la Toute-Puissance du Très-Haut ne se manifeste
pas dans la violence, mais dans l'Amour. Que le Créateur du ciel et de la terre
n'est pas un dictateur arbitraire, mais le serviteur des tout-petits. Et que le fin du fin du message de Jésus,
c'est : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses
amis." (Jean 15, 13).
Jean-Paul BOULAND