LIBRES PROPOS SUR LE PARDON
(Homélie pour le 24° dimanche
du temps ordinaire – année A – 14
septembre 2008)
Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander :
" Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi ,
combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois
?"
Jésus lui répondit :
"Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept
fois.
En effet, le Royaume des cieux est comparable à un roi
qui
voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents,
( c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent ).
Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre,
avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds, le
serviteur demeurait prosterné et disait :
' Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.'
Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa
dette.
Mais, en sortant, le serviteur trouva un des ses compagnons qui lui devait cent
pièces d'argent.
Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant :' Rembourse ta dette !'
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait :' Prends patience
envers moi,
et je te rembourserai.' Mais l'autre refusa
et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé.
Ses compagnons, en voyant cela ,furent profondément attristés et allèrent tout
raconter à leur maître.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :'Serviteur mauvais !je t'avais remis
toute cette dette
parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon, comme j'avais eu pitié de toi ?'
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il eût tout
remboursé.
C'est ainsi que mon Père du Ciel vous traitera,
si
chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur."
1- A qui puis-je
pardonner ? "Parce que
Dieu est saint, Il peut pardonner à l'homme qui se découvre pécheur devant lui:",
lisons-nous dans le "Catéchisme de l'Eglise catholique" (§ 208). Ce
qui signifie, et toute l'Ecriture en est bien d'accord, que Dieu ne pardonne
qu'à celui qui se reconnaît pécheur devant Lui, et par voie de conséquence que
je suis tenu de pardonner à celui qui reconnaît qu'il a des torts envers moi;
et que je ne puis pas demander à Dieu de me pardonner mes fautes, si je ne
pardonne pas à ceux qui reconnaissent leurs fautes envers moi : Pardonne-nous
nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
2- La faute impardonnable : Mais qu'en est-il lorsque le mal commis est un
mal infini ? Autrement dit, à qui l'auteur d'un meurtre délibéré peut-il
demander pardon ou qui peut lui pardonner ? Le mal a été fait à une personne
qui n'est plus en mesure de pardonner. Et ceux qui éventuellement désireraient
pardonner ne sont pas ceux à qui le mal a été fait. Alors?… Seul, Dieu, de qui
procède toute vie, pourrait pardonner, puisque c'est lui qui a été atteint ? Le
fait-il ?… Je ne sais pas, et nul ne peut prétendre qu'il sait.
3- PARDON et SOCIETE : Lorsque
(le)(la) responsable d'une instance sociale, économique, ecclésiale ou
politique commet une grave erreur d'appréciation, et prend une décision qui a
des conséquences néfastes sur un ensemble de personnes, à qui peut-il demander
pardon et qui est en position de lui pardonner? J'ai le sentiment, dans ce cas,
que seuls, les tribunaux mis en place par l'instance dont les membres ont été
atteints, peuvent apprécier et la faute et la validité du repentir, pour
ensuite décider ou non de pardonner.
4- au NIVEAU INTERNATIONAL : "Remets-nous
nos dettes comme nous remettons aussi à ceux qui ont des dettes envers nous…".
Qu'en est-il lorsqu'il s'agit de la dette qu'un pays en voie de développement a
contractée envers un pays riche, qui lui a prêté un argent qu'il est bien
incapable de rembourser aujourd'hui, puisqu'il a déjà beaucoup de difficultés à
payer les intérêts de cette dette ? La plus élémentaire des charités ne
consisterait-elle pas à lui remettre cette dette, moyennant peut-être un droit
de regard sur la gestion de son budget ? C'est tout le problème de l'aide au
développement durable… et ce n'est pas un mince problème !
5- PIERRE et JUDAS : Deux faits connus de tous, et tous deux situés au
même moment, celui du procès de Jésus, peu avant sa mise en croix.
Premier fait : devant
des serviteurs et des servantes du palais de Pilate, Pierre affirme bien haut,
et par trois fois, qu’il ne connaît pas Jésus. Mais Jésus passe devant lui,
Pierre manifeste son regret en pleurant, et Jésus lui pardonne. Mieux encore,
c’est ce parjure pardonné qui deviendra le, porte-parole des Douze après la
mort-résurrection de Jésus.
Deuxième fait
concomitant : si les sbires du Sanhédrin aidés de quelques légionnaires romains
ont pu découvrir le lieu où se cachait Jésus, c’est sur la dénonciation de
Judas. Lorsque celui-ci s’apercevra qu’il a été floué par eux, au point de ne
recevoir que trente pièces d’argent ( en gros 100 grammes d’or ), il jettera
l’argent et ira se pendre. Il ne
pensera même pas à implorer, comme Pierre, le pardon de Jésus. Et il restera à
jamais l’archétype du traître. Et si Judas avait demandé pardon ?...
Ces deux faits
manifestent fort bien que le pardon de l’offensé est subordonné à la demande de
pardon de l’offenseur. Mais le pardon accordé à Pierre manifeste aussi que
Jésus, comme Dieu dont il est l’envoyé, est disposé à pardonner toute offense
avant même que celle-ci ait été commise. C’est ainsi que le pardon de Dieu
n’est pas subordonné à la demande de pardon de l’homme; mais au contraire que
l’homme est encouragé à demander pardon à Dieu, parce qu’il sait que celui-ci
est toujours prêt à pardonner.
S’il pouvait en être
ainsi de tous les hommes !...
Jean-Paul BOULAND
On raconte en Espagne l'histoire d'un
père qui avait des relations de plus en plus tendues avec son fils adolescent.
Révolté, ce dernier était parti un jour de la maison sans laisser d'adresse.
Son père, désemparé avait alors parcouru plusieurs villes et villages d'Espagne
à sa recherche, mais sans succès. En désespoir de cause, il mit une annonce
dans un journal de Madrid : Cher Paco, viens me retrouver en face de l'Hôtel de Ville à midi.
Tu es entièrement pardonné. Je t'aime, ton père. Le jour suivant, à
midi, 800 jeunes hommes du prénom de Paco se présentèrent en face de l'Hôtel de
Ville, espérant y trouver le pardon et l'amour de leur père.
Qu'avons-nous
jamais à pardonner aux autres qui soit en proportion avec ce que le Seigneur
nous pardonne à nous mêmes ?
(saint Jean
Chrysostome)
Dieu ne
pardonnera qu'à ceux qui auront pardonné : c'est la loi.
(Jean-Marie Vianney, curé d'ARS)
Voulez-vous
être heureux un instant ? Vengez-vous.
Voulez-vous
l'être toujours ? Pardonnez.
(Père
Henri Lacordaire)
Les hommes
ne peuvent vivre ensemble
s'ils ne se pardonnent pas les uns les autres
de n'être que ce qu'ils sont.
(François
Varillon)
Dieu pardonne beaucoup, sauf à ceux qui ne savent pas pardonner.
( Christine Ockrent )
La véritable indulgence consiste à comprendre
Et à pardonner les fautes qu'on ne serait pas capable de commettre.
(Victor Hugo )
S'il y a une chose impardonnable c'est de ne pas pardonner.
(Romain Gary)
Il faut se pardonner beaucoup à soi-même
pour s'habituer à pardonner beaucoup à autrui.
(Anatole France)
Tant que tu ne peux pardonner à autrui d'être différent de toi,
tu es encore loin du chemin de la sagesse.
(Proverbe)
Si nous voulons nous pardonner les uns aux autres,
commençons d'abord par nous comprendre les uns les autres.
(Emma Goldman)
Pardonner ne
signifie pas ignorer ce qui a été fait contre nous.
Cela
signifie plutôt que cet acte mauvais cesse d'être un obstacle aux relations.
(Martin L. King)