SOUVIENS-TOI D'AIMER !

(Homélie pour le 30° dimanche du temps ordinaire A)

 

 

Les pharisiens, apprenant qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent,

et l'un d'entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l'épreuve :

 « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »

Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,

de toute ton âme et de tout ton esprit.

Voilà le grand, le premier commandement.

Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Tout ce qu'il y a dans l'Écriture - dans la Loi et les Prophètes –

dépend de ces deux commandements. »

(Matthieu 22, 34-40)

 

 

 


L

e premier commandement, c'est :Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même !

 

P

ourquoi le croyant doit-il aimer Dieu ? Pourquoi l'amour pour le prochain est-il semblable à l'amour pour Dieu ? Et faut-il donc s'aimer soi-même ? Telles sont les questions auxquelles Jésus répond aujourd'hui.

 

M

ais d'abord, que signifie donc AIMER pour un contemporain de Jésus ?

 

S

i, pour nous, occidentaux du vingt-et-unième siècle, l'amour est un sentiment, il ne l'est que depuis trois ou quatre siècles… pas plus. Auparavant, il désignait l'aspect physique de l'attachement à un être désiré, je dirai l'aspect magnétique, ce qui attire deux êtres l'un vers l'autre, comme les pôles opposés d'un AIMANT. Pour la relation qui unit un être à son père, ou à ses frères et sœurs à l'intérieur d'une famille, il y avait un autre mot : l'AGAPE, qu'on pourrait traduire dans le langage moderne par l'expression "liens du sang". L'AGAPE, c'est la ressemblance physique qui unit le père de famille à ses enfants. L'AGAPE, c'est ce qui unit au Père et à ses frères dans l'Eglise  le baptisé, racheté par le sang du Fils.

 

C

'est ainsi qu'il faut entendre le terme que nous avions jadis traduit par "charité", avant de le traduire par un faux-sens "amour".

 

C

haque Juif pieux, aujourd'hui encore, connaît par cœur le chapitre 6 du Livre du Deutéronome, car il le récite chaque jour : Ecoute Israël. L'Eternel est le seul Seigneur. Tu garderas les liens du sang avec  l'Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force. Les paroles des commandements que je te donne aujourd'hui, tu les répèteras à tes fils... Et demain, quand ton fils te demandera : Pourquoi ces ordres, ces lois et ces coutumes que l'Eternel notre Dieu nous a prescrits ?, alors, tu lui diras : Nous étions esclaves de Pharaon en Egypte, mais, d'une main forte, l'Eternel nous a fait sortir d'Egypte... pour nous faire entrer dans le pays qu'Il a promis par serment à nos pères, et pour nous le donner. L'Eternel nous a ordonné de mettre en pratique toutes ces lois et de craindre l'Eternel notre Dieu, pour que nous soyons heureux tous les jours, et qu'Il nous garde vivants comme nous le sommes aujourd'hui. Ainsi donc, le pourquoi du grand commandement, le premier de tous d'après les rabbins de l'époque, et d'après Jésus lui-même, s'enracine dans la sollicitude de l'Eternel pour son Peuple, qu'Il a libéré de l'esclavage, et à qui Il a donné un pays. Il est le Père du Peuple. Et le Peuple est dit Fils du Père.  Il m'a dit: "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. (Psaume 2,7)

 

 M

ais à ce grand commandement, qui était le seul grand pour les rabbins de l'époque, Jésus adjoint un autre qu'il reprend au Livre du Lévitique, et qu'il affirme être semblable au premier : N'aie aucune pensée de haine envers ton frère, mais n'hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d'un péché à son égard; ne te venge pas, et ne sois pas rancunier à l'égard des fils de ton peuple: c'est ainsi que tu garderas les liens du sang avec ton frère comme s'il était un autre toi-même. C'est moi le Seigneur. Et ce commandement, qui ne faisait aucun problème pour les Juifs, qui l'interprétaient comme la nécessité de considérer tout autre Juif comme un frère, Jésus l'applique ( rappelez-vous la Parabole du Samaritain ) à tout être humain, quel qu'il soit, dont on se fait proche. Pourquoi ? Encore une fois, ici Jésus revient à l'origine même de la première Alliance de l'Eternel avec l'Humanité tout entière : L'Eternel créa l'être humain à son image, à la ressemblance de l'Eternel Il le créa, homme et femme Il le créa. Si donc il y a parfaite ressemblance entre la créature et son créateur, on doit un semblable amour au Créateur et à la créature.

 

E

t ce commandement,; Jésus l'illustrera en payant de sa personne: Lui, parfaite image du Père, donnera l'exemple d'un amour sans mesure pour les hommes ses frères, et pourra dire avant de les quitter : Gardez entre vous les liens du sang comme je l'ai fait pour vous !

N

ous comprenons peut-être mieux alors cette révélation de JEAN l'Apôtre : DIEU EST AGAPE, que nous pouvons traduire par DIEU EST AMOUR, à condition de ne pas oublier qu'il ne s'agit pas de sentiment. Ainsi donc la définition même de Dieu, c'est l'Amour. Nous autres, nous AVONS de l'Amour pour tel ou tel, nous sommes indifférents à beaucoup, et peut-être même nous arrive-t-il par moments d'éprouver la haine. Dieu, quant à Lui EST Amour. Il n'A pas de l'Amour comme nous, Il EST l'Amour. Et nous sommes à son image, comme à sa ressemblance, voilà pourquoi nous devons d'abord nous aimer nous-mêmes tels que nous sommes, non pas nous complaire dans la médiocrité, ni nous extasier sur notre beauté ou nos capacités, mais savoir admirer en nous l'image de l'Eternel qui y est inscrite et en rendre grâces à Celui qui l'a inscrite.

 

J

'aime parce que d'abord je suis aimé.

 

Jean-Paul BOULAND