CHRIST EST VENU - CHRIST REVIENDRA - CHRIST EST LA

(Homélie pour le 32° dimanche du temps ordinaire – année A – 9 novembre 2008)

 

    « Alors, le Royaume des cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces,

    qui prirent leur lampe et s'en allèrent à la rencontre de l'époux.

Cinq d'entre elles étaient insensées, et cinq étaient prévoyantes :

les insensées avaient pris leur lampe sans emporter d'huile,

tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leur lampe, de l'huile en réserve.

Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.

    Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : 'Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre.'

    Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leur lampe.

Les insensées demandèrent aux prévoyantes :

'Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.'

Les prévoyantes leur répondirent : 'Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous ;

allez plutôt vous en procurer chez les marchands.'

Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva.

Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et l'on ferma la porte.

Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent :

 'Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !'

Il leur répondit : 'Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.'

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure

(Matthieu 25, 1-12)

 

 


L

a prédication de Jésus commençait par cet avertissement : " Changez de conduite, le Règne de Dieu est proche ! ". Et ceux qui l'entendaient pensaient comme Jésus que le Règne de Dieu, attendu depuis des siècles et annoncé par les prophètes de l'Ancien Testament, allait enfin venir, dans les mois ou dans les années prochaines.

 

A

u moment où Matthieu écrit son histoire de la vie de Jésus, il y a déjà près de cinquante années que Jésus a été mis à mort et vu ressuscité... La première génération des témoins est en voie de disparition, et le Règne de Dieu annoncé n'est toujours pas venu ! C'est pourquoi Matthieu réveille leur espérance par trois paraboles, dont nous venons d'entendre la première, qu'on appelait naguère : les Vierges sages et les Vierges folles... !

 

J

e rappelle (car il faut régulièrement le rappeler) ce qu'est une parabole : une histoire racontée à des gens de culture orale (qui ne savent ni lire ni écrire), destinée à leur faire comprendre un discours plus théorique. Dans la parabole, chaque élément de l'histoire renvoie à un élément du discours que le conteur désire faire passer.

 

A

ujourd'hui, il s'agit d'une parabole destinée à faire comprendre aux auditeurs ce qu'est le Royaume de Dieu.

 

U

ne noce est prévue : c'est toujours par cette image que la Bible décrit la rencontre du monde de Dieu et du monde des hommes, à la fin du temps.

L

'époux est annoncé : dans la Bible, cet époux est Dieu; dans la bouche de Jésus et des évangélistes, c'est Jésus qui est l'époux.

 

U

n cortège s'organise pour aller à la rencontre de l'époux : c'est l'humanité en marche. Mais, et c'est là la réponse de Matthieu à l'adresse de ceux qui s'étonnent du délai entre l'annonce par Jésus et la réalisation de la venue du Règne de Dieu, l'époux tarde à venir : la fin du temps prévue ne vient pas.

 

O

n peut alors constater qu’il existe deux catégories de croyants, aujourd'hui comme hier. Les uns, malgré le retard, continuent d'espérer. Les autres, à cause du retard, se découragent, et abandonnent la partie. Qui sont les uns et les autres ?

 

P

our tenter de mieux comprendre, reportons-nous au discours des Béatitudes qui ouvre la prédication de Jésus dans l'Evangile de Matthieu. Les Béatitudes déclarent heureux ceux qui cherchent, attendent un monde différent, et travaillent à le faire advenir. Dans nos existences, le désir du Règne de Dieu annoncé par le Christ se traduit par l'aspiration à davantage de Justice, à un partage équitable des ressources, à la fin des violences, à la disparition des inégalités et de l'exclusion. Et se traduit également par la lutte pour que ce désir se réalise, en sachant qu'il faudra toujours lutter, sans laisser s'éteindre le désir. Car le désir est du côté de la vie, alors que le sommeil, c'est-à-dire l'extinction du désir est l'image même de la mort spirituelle.

D

ans la parabole, on pourrait penser qu'il y a injustice pour les filles prévoyantes à ne pas partager avec les imprévoyantes. La vérité est qu'il y a impossibilité de partage : le désir de vie n'a rien en commun avec la mort spirituelle, c'est de constatation courante. La pointe de la parabole, c'est justement de nous encourager dans une attente active, qui est l'autre nom de l'Espérance : Voici l'époux qui vient, sortez à sa rencontre !

 

V

ous pouvez penser, comme nous le proclamons à chaque eucharistie que le Christ reviendra à la fin du temps. Vous pouvez penser que l'important est d'être attentif à sa venue quotidienne dans nos vies, et qu'on verra bien s'il y aura une fin du temps. L'essentiel est d'être présent au monde dans lequel nous vivons, aux hommes et eux femmes dont nous sommes solidaires. L'essentiel est d'entretenir en nous cette Espérance, que je définis par "Malgré tout !".

 

 

Jean-Paul BOULAND