JESUS, CHRIST et ROI ?
(Homélie pour la Célébration
du CHRIST-ROI – année A – 23 novembre 2008)
Jésus parlait à ses
disciples de sa venue : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire,
et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront
rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres,
comme le berger sépare les
brebis des chèvres :
il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : 'Venez, les bénis de mon
Père,
recevez en héritage le
Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.
Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez
donné à boire ;
j'étais un étranger, et vous
m'avez accueilli ;
j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ;
j'étais en prison, et vous
êtes venus jusqu'à moi !'
Alors les justes lui répondront : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons
vu...?
tu avais donc faim, et nous
t'avons nourri ? tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ?
tu étais un étranger, et
nous t'avons accueilli ? tu étais nu, et nous t'avons habillé ?
tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ?'
Et le Roi leur répondra : 'Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous l'avez
fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez
fait.'
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche :
'Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé
pour le démon et ses anges.
Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ;
j'avais soif, et vous ne
m'avez pas donné à boire ;
j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli ; j'étais nu, et vous ne
m'avez pas habillé ;
j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.'
Alors ils répondront, eux aussi : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu
avoir faim et soif,
être nu, étranger, malade ou
en prison, sans nous mettre à ton service ?'
Il leur répondra : 'Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous ne
l'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.'
Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie
éternelle. »
(Matthieu 25, 31-46)
C'est au Séminaire des Filles de la Providence fondé en 1652 par Saint VINCENT DE PAUL que BOSSUET prononça en Novembre 1659, un sermon qui est resté célèbre dans l'Histoire de la Littérature française, sous le titre de " Sermon sur l'éminente dignité des pauvres dans l'Eglise de Jésus-Christ ". Voici ce qu'il y déclarait concernant la royauté de Jésus Christ et le service des pauvres : oubliez le style, pensez que le contexte socio-politique de l'époque était différent ( mais a-t-il tant changé de nos jours ?), et entendez :
... Dans tous les royaumes, dans tous les
empires, il y a des privilégiés, c'est-à-dire des personnes éminentes qui ont
des droits extraordinaires; et la source de ces privilèges, c'est qu'ils
touchent de plus près, ou par leur naissance ou par leurs emplois, à la
personne du prince. Cela est de la majesté de l'Etat et de la grandeur du
souverain, que l'éclat qui rejaillit de sa couronne se répande en quelque sorte
sur ceux qui l'approchent. Puisque nous apprenons par les Saintes Ecritures que
l'Eglise est un royaume si bien ordonné, ne doutez pas, mes frères, qu'elle
n'ait aussi ses privilégiés. Et d'où se prendront ces privilèges, sinon de la
société avec son prince, c'est-à-dire avec Jésus Christ ? Que s'il faut être
uni avec le Sauveur, Chrétiens, ne cherchons pas dans les riches les privilèges
de la sainte Eglise... C'est dans les pauvres, c'est dans ceux qui souffrent
que réside la majesté de ce royaume spirituel. Jésus étant lui-même pauvre et
indigent, il était de la bienséance qu'il liât société avec ses semblables et
qu'il répandît ses faveurs sur ses compagnons de fortune.
... Si tous les droits, si toutes les
grâces, si tous les privilèges de l'Evangile sont aux pauvres de Jésus Christ,
ô riches, que vous reste-t-il, et quelle part aurez-vous dans son royaume ?...
Voici votre unique espérance. Il est vrai, ces privilèges sont donnés aux
pauvres; mais vous pouvez les obtenir d'eux et les recevoir de leurs mains...
Demandez-vous à Dieu sa miséricorde ? Cherchez-la dans les mains des pauvres,
en l'exerçant envers eux... Enfin voulez-vous entrer au royaume ? Les portes,
dit Jésus Christ, vous seront ouvertes, pourvu que les pauvres vous
introduisent... Ainsi la grâce, la miséricorde, la rémission des péchés, le
royaume même est entre leurs mains; et les riches n'y peuvent entrer, si les pauvres
ne les y reçoivent.
Donc, ô pauvres, que vous êtes riches ! mais, ô riches, que vous êtes pauvres !...
Que dire de plus aujourd'hui, à nous, hommes
et femmes d'aujourd'hui, ? Rien, sinon actualiser, dans notre langage
d'aujourd'hui, ce que nous venons d'entendre de BOSSUET, qui ne faisait
lui-même qu'actualiser pour ses auditeurs, le chapitre 25 de l'Evangile de
MATTHIEU, proclamé tout à l'heure :
1- Le salut du monde et de l'humanité, je
veux dire notre avenir collectif sur la terre, ne se joue pas dans les églises,
dans les temples, dans les mosquées,
dans les pagodes ou dans les incantations des sorciers et des marabouts.
Il se joue dans le monde lui-même, au quotidien, c'est-à-dire dans les rapports
inter-personnels, les gestes de partage entre humains, dans les relations de
solidarité entre nations, dans le respect des créatures, du minéral à l'humain,
c'est-à-dire là où des êtres humains
aiment le monde de l'amour même de Dieu, puisque c'est à nous qu'Il l'a
remis, avec la responsabilité de le
gérer dans l'Esprit du Fils qu'Il a envoyé vers nous, et qui a voulu
s'identifier aux petits : Si vous ne devenez comme les enfants, vous n'aurez
pas part au Royaume des cieux... Ce que vous avez fait au plus petit de
ceux-là qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.
2- Notre salut particulier, je veux dire
notre vie personnelle d'intimité avec Dieu, notre justification, notre bonheur,
ne dépend pas de l'appartenance à une Eglise ou à une religion, du nombre des
prières, des messes, des pèlerinages ou des chapelets; il se joue jour après
jour, dans cette existence même, où la vie éternelle est déjà commencée, et
il sera définitivement joué au moment
où nous quitterons cette vie pour la vie qui ne finit pas ... ou pour la mort
éternelle : Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les Justes à
la vie éternelle.
Tout cela, vous le saviez peut-être, mais je
tenais à vous le rappeler, tout comme vous devez, vous aussi, me le rappeler.
Car exercer notre responsabilité, c'est manifester notre liberté !
Jean-Paul BOULAND