LE REPOS ET LA FETE

(Homélie pour le 3° dimanche du Carême – Année B – 15 mars 2009)

 

Sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les paroles que voici :
« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage.
Tu n'auras pas d'autres dieux que moi.
Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux,

ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.
Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte.

 Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent,

je punis la faute des pères sur les fils, jusqu'à la troisième et la quatrième génération ;
mais ceux qui m'aiment et observent mes commandements,

je leur garde ma fidélité jusqu'à la millième génération.
Tu n'invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal,

car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré.
Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ;
mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l'honneur du Seigneur ton Dieu :

tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille,

ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l'immigré qui réside dans ta ville.
Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent,

mais il s'est reposé le septième jour.

C'est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l'a consacré.
Honore ton père et ta mère, afin d'avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
Tu ne commettras pas de meurtre.
Tu ne commettras pas d'adultère.
Tu ne commettras pas de vol.
Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain,

 ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient.

(Exode 20, 1-17)

 

 


N

ous autres, chrétiens, sommes habitués à faire une lecture morale ( pour ne pas dire moralisante) du Décalogue, des Dix Commandements. Le Peuple juif, pour sa part, le lit comme il est écrit, c'est-à-dire comme le texte fondateur de son existence. La foi juive repose en effet sur deux fondements : l'Eternel seul est Eternel, et le Peuple est un Peuple libre, libéré par l'Eternel. La Loi donnée à Moïse, c'est la preuve que le Peuple est vraiment libre, car il n'y a que les peuples libres à se doter d'un ensemble de Lois.

 

C

es dix paroles révélées à Moïse par l'Eternel, s'organisent autour d'un pilier central, qui est le repos du septième jour, le Sabbat. Supprimez ce passage essentiel, et il ne reste qu'un texte plat, une leçon de morale, dix préceptes de morale fondamentale, on pourrait dire " un art de bien vivre ensemble " fondé sur le simple désir mutuel de s'entendre ! Si au contraire vous le lisez comme il est écrit, dans son intégralité, vous remarquez que cet art de bien vivre ensemble, entre croyants au même Eternel, est fondé sur l'absolue transcendance de l'Eternel, de qui le Peuple tient son existence en tant que Peuple, et de Peuple libre, rejoignant en cela la fin du premier chapitre de la Bible, au Livre de la Genèse, lorsque l'Eternel, ayant achevé les cieux et la terre, se repose.

 

C

ette finale du Poème de la Création, nous l'escamotons, comme si l'important était que l'Eternel ait confié sa création au couple homme/femme, et l'ait encouragé à la poursuivre et à l'aménager. Or, le point culminant du texte, c'est le repos de Dieu et la contemplation de son oeuvre : l'Eternel acheva au septième jour l'œuvre qu'il avait faite, il arrêta au septième jour toute l'œuvre qu'il faisait (Genèse 2,2), tout comme le point culminant du discours des Dix Paroles en est le repos du septième jour, et la contemplation de l'Eternel et de son oeuvre. Paul, écrivant aux Corinthiens, déclarait : Tout existe pour vous, mais vous existez pour le Christ, et le Christ existe pour Dieu. (1 Corinthiens 3,22-23 ). Tout est appelé à culminer en Dieu, principe et fin de toutes choses. Le repos du septième jour anticipe le repos définitif de l'ensemble de l'Humanité en Dieu, à la fin du temps.

 

N

otre foi chrétienne est fondée sur la Résurrection du Christ d'entre les morts, le premier jour de la semaine. Et les Chrétiens croient que, par le Baptême dans sa Mort-Résurrection d'entre les morts, ils ont été libérés. C'est pourquoi, depuis le jour de la Résurrection, ils se réunissent chaque premier jour de la semaine. C'est aussi pour cette raison qu'ils ont nommé leur Assemblée : EGLISE, du nom donné à l'Assemblée des hommes libres qui se réunissait jadis sur l'Agora à Athènes, afin de voter les lois.

 

E

GLISE : Assemblée d'hommes et de femmes libérés. Premier jour de la semaine : fête de la Libération. Temps des retrouvailles, du repos, du repas et de la Fête.

 

I

l est temps de remettre nos pendules à l'heure :

 

            - avons-nous le sentiment que la Foi au Christ ressuscité fait de nous des hommes et des femmes libres ?

            - dans l'Antiquité, le travail pénible était accompli par les esclaves, ce qui libérait les hommes libres pour les tâches nobles, c'est-à-dire humanisantes. Nous avons aujourd'hui inventé des machines pour accomplir ce travail pénible : comment se fait-il que nous soyons devenus esclaves de ces machines ? Que faire pour que nous-mêmes et nos semblables puissions nous réaliser en tant qu'hommes ?

            - Les génération précédentes ont réduit le travail à l'emploi salarié, qui seul donne le statut social : dans une société qui ne peut plus procurer des emplois à tous, que faire pour que tous aient néanmoins un statut social, et soient reconnus comme utiles à leurs semblables ?

            - l'activité de la semaine culmine dans le repos du Dimanche, symbole du repos en Dieu à la fin du Temps, et anticipation d'un monde où tous auraient du temps pour faire la Fête; le repos du Dimanche culmine dans la célébration eucharistique, symbole de Dieu qui vient se donner à son Peuple libéré. Si nous voulons que les symboles soient parlants, faisons de chaque Dimanche un jour de vrai repos, et de chaque célébration eucharistique un véritable temps de fête. Est-ce possible ?

 

M

aîtriser le temps, c'est exercer sa liberté. Offrir le temps à Dieu, c'est reconnaître qu'Il en est l'origine.

 

Jean-Paul BOULAND


 

 

 

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