Le Mal en face

(Homélie pour le 4° dimanche du Carême – année B – 22 mars 2009)

 

 

Les Hébreux partirent... mais le Peuple perdit courage en chemin.

 Il se mit à critiquer l’Eternel et Moïse : Pourquoi nous avoir fait monter du pays d’Egypte ?

Pour que nous mourions de faim dans le désert ?...

Alors l’Eternel envoya contre le peuple des serpents brûlants (des scorpions ?) qui le mordirent.

Le peuple vint trouver Moïse en disant : Nous avons péché en critiquant l’Eternel et toi-même : intercède auprès de l’Eternel pour qu’il éloigne de nous les serpents...

Moïse intercéda pour le peuple, et l’Eternel lui dit : Fais faire un serpent brûlant et fixe-le à une hampe : quiconque aura été mordu et le regardera sera sauvé.

Moïse fit un serpent de bronze et le fixa à une hampe :

lorsqu’un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent de bronze et il avait la vie sauve.

(Livre des Nombres 21, 4-9)

 

De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert,

ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé,

afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.

    Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique :

    ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.

Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde,

mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement,

celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde,

les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises.

En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière,

de peur que ses oeuvres ne lui soient reprochées ;

mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière,

afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu. »

(Jean 3,14-21)

 

 


C

elui qui ne croit pas ne voit rien : le véritable regard est celui de la foi.

 

Le scorpion est un animal particulièrement néfaste et venimeux. Et pourtant, c’est le regard porté sur la représentation de ce scorpion, qui va devenir le moyen du salut pour le peuple. Ce n’est pas l’objet lui-même qui guérit ou qui sauve, mais le regard porté sur cet objet, la confiance qu’il est le signe de la guérison, du salut. «  Ils périssaient sous la morsure de serpents tortueux... et ils eurent un signe de salut... celui qui se tournait vers ce signe était sauvé, non pas par l’objet qu’il voyait, mais par Toi la sauveur de tous «  (Livre de la Sagesse 16, 5-7).

 

La croix est l’instrument d’un affreux supplice. Et pourtant si nous croyons que c’est le Fils de Dieu, Dieu lui-même qui, librement a accepté de souffrir ce supplice, alors, par le regard de foi que nous portons vers la croix levée, celle-ci devient pour nous le signe par excellence de la tendresse de Dieu et l’instrument du salut. Le Fils de l’Homme a été élevé (en croix) afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. (Jean 3, 14). Ce n’est pas la matérialité du bois de la croix qui sauve, mais le regard de confiance porté sur le signe qu’elle représente.

 

C

elui qui a le courage de nommer son mal, et de le regarder en face, est déjà sur le chemin de la guérison.

 

Qu’il s’agisse du mal physique, la maladie : si je sais quel est le mal qui me ronge, et quels sont éventuellement les remèdes contre ce mal, si je connais le nom de mon adversaire, alors j’ai déjà prise sur lui. Car nommer une chose c’est déjà la posséder.

 

Qu’il s’agisse du mal moral, le péché : si j’ai le courage de me reconnaître humblement pécheur, si je m’avoue à moi-même le péché qui me ronge et me colle à la terre, alors je pourrai accepter le regard de Dieu sur moi, et je verrai ce regard comme un regard d’amour. Et je pourrai, afin de grandir dans l’amour, reconnaître ce péché devant mes frères.

 

Qu’il s’agisse du mal social, les structures de péché qui s’enracinent toutes dans l’exclusion aux multiples causes : beaucoup préfèrent ne pas regarder et choisissent de rester dans les ténèbres de l’ignorance. Mais si j’accepte d’ouvrir les yeux au monde qui m’entoure, alors je reconnaîtrai dans ces êtres humains des frères qui souffrent, image du Christ crucifié. Et je comprendrai peut-être que l’Eternel a besoin de mes yeux, de mes mains, de mes bras, de mon cœur pour qu’ils redécouvrent la vie.

 

T

out homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière de peur que ses oeuvres ne lui soient reprochées. Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière ( Jean 3, 21).

 

Jean-Paul BOULAND


 


 

 

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