LE FRUIT … QUEL FRUIT ?...

(Homélie pour le 5° dimanche de PAQUES – année B - 10 mai 2009) 

 

Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.

Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l'enlève ;

tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu'il en donne davantage.

Mais vous, déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite :

Demeurez en moi, comme moi en vous.

De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s'il ne demeure pas sur la vigne,

de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments.

Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit,

car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.

Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu'on a jeté dehors, et qui se dessèche.

Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous,

demandez tout ce que vous voudrez, et vous l'obtiendrez.

Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous donniez beaucoup de fruit :

ainsi, vous serez pour moi des disciples.

(Jean 15,1-8)

 


" La gloire de mon Père, c'est que vous portiez beaucoup de fruits... ". Ainsi donc, si nous sommes fidèles à la Parole du Christ, nous porterons beaucoup de fruits. D'accord, mais lesquels ? Cela ne nous est pas dit. En revanche, Jésus, par la plume de Jean, nous dit comment : en restant greffés sur le Christ, comme les sarments sont reliés au cep de la vigne. Et puisque, dans la Bible, la vigne est le symbole du Peuple de Dieu, nul doute qu'ici la vigne ne soit le nouveau Peuple de Dieu, l'Eglise, Communauté de croyants.

 

L'église de LA FONTELAYE

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Or, certains chrétiens, lorsqu'ils entendent parler ainsi de l'Eglise, ont coutume d'opposer l'Eglise comme Communauté des croyants, à l'Eglise comme organisation sociale; de distinguer leur communauté locale de croyants de l'Organisation centrale romaine et vaticane; reprenant ainsi l'expression d'Alfred Loisy, prêtre de la fin du XIX° siècle : Jésus-Christ a prêché l'Evangile, et c'est l'Eglise qui est venue ! Je pense personnellement et depuis longtemps que, s'il y a effectivement une distinction à opérer entre les deux réalités, on ne peut absolument pas les opposer. Les petites Communautés de croyants des années 30 à 60, telles qu'elles nous sont décrites dans les Actes des Apôtres, apparemment idylliques, n'étaient ce qu'elles étaient que parce qu’elles n'étaient formés que d'un petit nombre de membres, et encore étaient-elles loin de la perfection. Car déjà, vers la fin du premier siècle, Jean s'adressant aux croyants, leur écrivait : Mes petits-enfants, aimez-vous les uns les autres... ou encore, ce que nous venons d'entendre : Mes petits-enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. Ce qui laisse à entendre, puisqu'il insiste ainsi sur les relations amicales entre croyants, que cela ne devait plus être évident ni pleinement vécu entre eux. Dès qu'un groupe en effet prend de l'expansion et de l'extension, il est normal que des dissensions ou des conflits naissent et qu'il doive s'organiser, se donner des responsables, lesquels vont exercer normalement un pouvoir, qui sera toujours étroitement dépendant de ce qu'ils sont personnellement, et du modèle de  société du moment.

 

Une des branches maternelles de ma famille est originaire d'un tout-petit village de la Seine-Maritime, LA FONTELAYE, 35 habitants au dernier recensement, situé près des sources de la Saâne, dans le canton d'YERVILLE (35 kms de ROUEN), en Seine Maritime.

On dit que  c'est la petite église de ce village qui inspira, en 1902,  à Charles FALLOT,  la fameuse chanson, mise en musique par  Paul DELMET, et interprétée par Jean LUMIERE, dans les années 1930 :

 

Je sais une église au fond d'un hameau

Dont le fin clocher se mire dans l'eau

Dans l'eau pure d'une rivière.

Et souvent, lassé, quand tombe la nuit
J'y viens à pas lents bien loin de tous bruits
Faire une prière

 

Je suis personnellement profondément attaché à cette église. C'est dans cette église que s'enracine la foi de ma famille. C'est là que mes aïeux, laboureurs, fileuses, domestiques, tisserandes, bergers… furent baptisés, là qu'ils furent catéchisés. C'est dans cette église qu'ils célébraient baptêmes, mariages et funérailles. Aucun n'était "de noble extraction", aucun n'était intellectuel (je n'en ai trouvé qu'un seul, sur trois siècles, qui sût lire et écrire). Tous furent des chrétiens très simples.

 

Mes parents furent aussi des chrétiens très simples. C'est sur les genoux de ma mère que j'ai appris le "Notre Père". Je vois encore mon père, à genoux sur le sol de la cuisine, les mains jointes sur le siège d'une chaise en bois, pendant la prière du soir. C'est par le témoignage de leur confiance dans l'avenir que j'ai découvert l'Espérance. C'est en les voyant agir que j'ai appris la Charité. Ma mère disait :"Ce n'est pas grâce aux curés que j'ai gardé la foi !". Paroles dures apparemment, mais qui témoignaient de sa confiance inébranlable dans l'Esprit du Christ; et qui manifestaient que son attachement à l'Eglise dépassait de beaucoup son attachement à tel ou tel homme d'Eglise.

 

Je suis resté, je crois, un croyant simple, un priant simple. Certes, je me pose des questions, mais je sais que d'autres les ont posées avant moi. Et je sais aussi que la vie est faite d'une grande part d'irrationnel (qu'est-ce que l'amour, le bonheur, le désir, sinon de l'irrationnel ?).

 

C'est pourquoi je tolère difficilement qu'on parle mal de l'Eglise, qu'on oppose l'Evangile du Christ à l'Eglise du Christ. C'est vrai qu'elle n'est pas parfaite. C'est vrai que, bien souvent, les chrétiens (dont je suis) donnent un contre-témoignage à l'Evangile qu'ils professent. Mais je sais que, sur ce plan, l'Eglise est absolument semblable aux autres organisations humaines. Je sais aussi qu'elle est absolument indispensable pour la transmission de ces signes de l'Amour du Père que nous nommons "sacrements", et qui sont autre chose que les simples rites d'une religion quelconque. Et je sais enfin que ses structures, parfois lourdes, sont absolument indispensables pour assurer la communion réelle entre croyants différents, et éviter qu'ils ne se dispersent en de multiples sectes. Et je ne vois pas comment rester fidèle à l'Eglise et à l'Evangile qui nous révèle le Royaume de Dieu, et donc l'aspect collectif de la foi personnelle, sans rester fidèle, malgré tout, à l'Institution... L'expérience nous montre que, chaque fois malheureusement qu'un croyant s'est coupé de l'Institution, ou bien il s'est replié sur un groupe qui a pris un aspect sectaire, ou bien quelques temps après il s'est retrouvé seul; mais dans les deux cas, même s'il a voulu rester fidèle au message évangélique, son témoignage a été amoindri, voire même discrédité.

 

C'est pourquoi j'avoue ne pas avoir compris la levée de l'excommunication des quatre évêques lefévristes, préalable à leur réintégration dans l'Eglise catholique, alors qu'ils opposent une prétendue "Eglise-de-toujours" à l'Eglise d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'à la suite de cette décision de Benoît XVI, le supérieur du district de France de la Fraternité SAINT Pie X, fondée par Monseigneur LEFEBVRE, a rappelé les points essentiels du litige entre les intégristes et Rome… Il faut, a-t-il dit, reconnaître la "royauté sociale du Christ" qui est le roi des consciences, des familles et des sociétés.  Il a précisé que l'Eglise avait été instituée par Pierre comme une monarchie avec le pape pour monarque… Il a défini Vatican II comme une "catastrophe inouïe qui s'est produite dans l'Eglise" mais affirmé ne pas douter pas que Rome puisse modifier sa position. "Le mur de Berlin est tombé, les statues de Staline ont été déboulonnées, pourquoi ne pas remettre en cause les textes de Vatican II ?", a-t-il résumé. (Le Monde – 12.02.2009)

 

Alors, pour parodier un homme célèbre, ne nous demandons pas ce que l'Eglise doit changer pour devenir ce que nous désirons qu'elle soit, mais ce que nous devons changer en nous pour assurer avec elle le bonheur de nos semblables. Tel est le fruit que nos contemporains attendent.

 

Jean-Paul BOULAND

 

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