Je PARLERAI du BONHEUR
(Homélie pour le 6° dimanche de Pâques – année B –
17 mai 2009)
À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il
disait à ses disciples :
« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez dans mon amour.
Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour,
comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon
Père,
et je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de
joie.
Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés.
Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire
son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris
de mon Père,
je vous l'ai fait connaître.
Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis
et établis afin que vous partiez, que vous donniez du
fruit, et que votre fruit demeure.
Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il
vous l'accordera.
Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.
(Jean 15, 9-17)
Je parlerai donc du bonheur. Ou
plutôt je témoignerai du bonheur qui est le mien.
Ceux qui me connaissent m'ont
souvent entendu dire : Il est urgent d'être heureux ! Certes je suis en
bonne santé, et je n'ai pas encore connu de grande catastrophe personnelle. Et
il est certainement plus facile d'être heureux lorsqu'on jouit d'une bonne
santé. Mais la santé n'est qu'un élément du bonheur, parmi d'autres. Et je
connais beaucoup de gens en bonne santé qui, néanmoins ne paraissent pas
heureux. Et j'en connais d'autres, qui sont en mauvaise santé, et qui,
néanmoins sont heureux.
Les vicissitudes de la vie ne
m'ont pas plus épargné que d'autres : j'ai connu des échecs, des désillusions;
j'ai subi des revers; je n'ai pas toujours pu réaliser les projets que j'avais
faits; j'ai eu à subir des attaques dures, venant parfois de ceux que je
considérais comme amis. Mais je persiste à affirmer que, malgré tout, je suis
heureux.
Lorsque je réfléchis un peu plus
en profondeur sur les causes de ce bonheur, j'en découvre quatre essentielles :
-
la première, c'est que j'ai eu la chance de naître dans
une famille originaire de la campagne où l'on savait vivre avec peu, parce
qu'on sait que l'hiver peut être rigoureux et durer plus longtemps que prévu,
mais qu'il est toujours suivi du printemps. Et c'est le fondement de toute
Espérance, humaine ou théologale.
-
la deuxième, c'est que, lorsque j'étais enfant, j'ai été
aimé. Tout simplement. Et c'est essentiel. Car c'est le fondement de toute
Charité, humaine ou théologale.
-
la troisième, c'est la foi toute simple reçue de mes
parents : je crois que, quelque part, quelqu'un que je ne connais pas, mais que
mes parents, à la suite de Jésus m'ont appris à nommer "Notre Père",
veille sur le monde et sur moi. Et c'est le fondement de ma propre foi : je
crois que Jésus est venu de Dieu, et que son message est capable de transformer
le monde. Et depuis toujours, cet idéal anime ma vie.
-
la quatrième, c'est que le ministère de prêtre est quelque
chose d'un peu extraordinaire, car il me permet de faire partager à d'autres
cette foi, cette espérance et cette charité. Il me fait rencontrer des hommes,
des femmes, des enfants qui voient plus loin que le bout de leur nez. Il me
permet d'aider des gens à découvrir le sens de leur vie.
Je me suis quelquefois interrogé
: Jésus était-il heureux ?
A supposer que ce mot ait eu un
sens à son époque (il n'existe pas de mot grec ou latin pour signifier le bonheur,
dont SAINT JUST disait en 1791 qu'il était "une idée neuve" en
Europe), je pense qu'on peut répondre positivement à la question.
Certes sa vie n'a pas été rose
tous les jours (c'est le moins qu'on puisse dire…!) : il a connu des échecs,
des contestations, des oppositions; il a été suspecté par les autorités juives
de son époque d'être un mauvais juif; il a fait l'expérience de la trahison de
nombre de ceux qui l'avaient suivi un moment, s'imaginant qu'ils pourraient le
rallier à leur cause; et à la fin des fins, il a apparemment échoué
lamentablement sur la croix.
Mais il avait cette conviction
profondément ancrée en lui, qu'il réalisait le désir de Celui qu'il nommait son
Père. Et cela suffisait, comme il le dit à "le combler de joie",
c'est-à-dire à le rendre heureux.
Car il peut aller jusqu'au bout
du monde, celui qui est persuadé qu'il réalise son idéal, quel qu'il soit !
Jean-Paul BOULAND