(Homélie pour la fête de la PENTECOTE – Année B - 31 mai
2009)
Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième
jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent :
toute la maison où ils se tenaient en
fut remplie.
Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et
qui se posa sur chacun d'eux.
Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint : ils se mirent à parler en
d'autres langues,
et chacun s'exprimait selon le don de
l'Esprit.
Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les
nations qui sont sous le ciel.
Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule.
Ils étaient dans la stupéfaction parce
que chacun d'eux les entendait parler sa propre langue.
Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils
pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans
sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie,
de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la
province d'Asie,
de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène,
Romains résidant ici, Juifs de naissance
et convertis, Crétois et Arabes,
tous nous les entendons proclamer dans
nos langues les merveilles de Dieu. »
(Actes 2, 1-11)
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T |
u compteras sept semaines; c'est à partir du jour où
on se met à faucher la moisson que tu compteras les sept semaines. Puis tu célébreras la fête des Semaines pour
le Seigneur ton Dieu, en apportant des dons spontanés à la mesure des
bénédictions dont le Seigneur ton Dieu t'aura comblé. Au lieu que le Seigneur ton Dieu aura choisi pour y faire
demeurer son nom, tu seras dans la joie devant le Seigneur ton Dieu, avec ton
fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite qui est dans tes villes,
l'émigré, l'orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi. Tu te souviendras qu'en Égypte tu étais
esclave, tu garderas ces lois et tu les mettras en pratique. (Deutéronome, 16,9-12) La fête qui était appelée
"fête des Semaines", et qui était à l'origine une fête de la Moisson,
se célébrait sept semaines ou cinquante jours après la Pâque, d'où son nom grec
de « Pentecôte ». Mais, après le retour de l'exil de Babylone, le
peuple hébreu reconstitué changea progressivement la signification de cette fête.
De fête agricole qu'elle était à l'origine, la Pentecôte devint la fête
commémorative de l'événement historique de la constitution du peuple choisi par
Dieu au désert, lorsque Dieu conclut une alliance avec le peuple hébreu et lui
donna une constitution (la Torah, c'est-à-dire la Charte). Telle
est la signification de cette fête, nommée en hébreu Chavouoth (rappelant et
célébrant l'Alliance), la deuxième grande fête juive après la Pâque (rappelant
et célébrant le Passage de la Mer), et avec Souccoth (rappelant et célébrant le
séjour au désert sous les tentes).
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R |
appelons-nous
le récit biblique du Don de la Loi: Or, le troisième jour quand vint le matin,
il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d'un
cor très puissant; dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de
Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la montagne. Le mont Sinaï n'était que fumée, parce que
le Seigneur y était descendu dans le feu; sa fumée monta, comme la fumée d'une
fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s'amplifia:
Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. (Exode
19, 16-19)
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A |
l'époque de Jésus,
on lisait ce texte dans toutes les synagogues de Palestine, au jour de la
Pentecôte. Mais on le lisait en langue hébraïque, langue que les concitoyens de
Jésus ne comprenaient plus, puisqu'ils parlaient l'araméen. C'est pourquoi un
"paraclet" , c'est-à-dire un assistant, traduisait, ou plutôt
interprétait, le texte lu, de l'hébreu
en araméen. Cette interprétation, on la nommait un "targum".
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L |
'une de ces traductions-interprétations, le Targum
Yerushalmi, dont Luc devait avoir connaissance, rapporte : «Lorsque la première Parole sortit de la bouche du
Dieu Saint, c’était comme des éclairs et des lampes de feu, une lampe de feu à
sa droite et une lampe de feu à sa gauche. L’éclair volait dans l’air des cieux
et se gravait sur les deux Tables de l’Alliance. Et la voix disait aux enfants
d’Israël: «Mon peuple, je suis le Seigneur votre Dieu qui vous ai libérés de la
servitude.» Et la deuxième Parole, lorsqu’elle sortit de la bouche du Dieu
saint était comme un éclair. Lorsque l’Exode (20,18)
dit: Tout le peuple voyait les tonnerres et les éclairs,
l’écrivain juif Philon commente: «Une voix
retentissait du milieu du feu venu du ciel, dont la flamme se transformait en
langage adapté aux auditeurs: les paroles étaient si claires qu’on avait
l’impression de les voir.» Et un autre commentateur, Johannan, précise:
«La voix sortit et se partagea en soixante-dix voix,
en soixante-dix langues de façon que tous les peuples l’entendent. Et chaque
peuple entendit la voix dans sa propre langue.»
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P |
our les premiers chrétiens, la venue de l'Esprit promis par Jésus fut comprise comme un nouvel événement fondateur d'une Alliance nouvelle et d'un peuple nouveau. Et, pour rendre compte de cet événement, ils interprétèrent tout naturellement l'événement dans les mêmes termes que le don de la Loi et la première Alliance : le vent, le feu, le tonnerre, les langues différentes, l'audition par tous.
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E |
t nous célébrons
aujourd'hui la fête de la Pentecôte.
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L |
a mort et la
résurrection de Jésus ont été comprises par les premiers chrétiens comme l'irruption
directe de l'Esprit de Dieu dans l'histoire humaine, le début du processus
menant à la fin des temps, où l'Eternel viendra rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés (Jean
11,53). L'Alliance nouvelle et éternelle établie,
non plus avec le seul peuple élu, le peuple juif, mais avec l'ensemble des
peuples de la terre, symbolisés dans ce récit par l'énumération des peuples
habitant le bassin méditerranéen.
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a fête de la Pentecôte nous rappelle que nous sommes reliés, alliés, par Jésus Christ à tous les peuples de la terre, ceux que nous nommons les "étrangers", lorsqu'ils viennent chez nous, oubliant que nous sommes nous-mêmes des "étrangers" lorsque nous allons chez eux. Tout être humain est mon frère, quel que soit le pays qu'il habite ou d'où il vient; quelles que soient sa condition sociale, la couleur de sa peau ou son appartenance religieuse.
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D |
ans la
foi, c'est une évidence. Dans mon comportement quotidien, il en va autrement.
Pourquoi ne pas mettre mon comportement en accord avec ma foi ? Pourquoi ne pas
le dire à haute et intelligible voix avec un langage de feu ?
Jean-Paul BOULAND