La CONVERSION des UNS… Les DOUTES des AUTRES
(Homélie pour la
Célébration de la Trinité – année B – 7 juin 2009)
Au temps de Pâques, les
onze disciples s'en allèrent en Galilée,
à la montagne où Jésus leur
avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m'a été
donné au ciel et sur la terre. Allez donc !
De toutes les nations
faites des disciples,
baptisez-les au nom du
Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ;
et apprenez-leur à garder
tous les commandements que je vous ai donnés.
Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu'à la fin du monde. »
(Matthieu 28, 16-20)
Quelques réflexions... comme ça... en patchwork... à coudre comme vous voudrez...
1-
Jamais les Juifs n’ont montré d’empressement à convertir des non-Juifs à la foi
au Dieu unique. Certes ils ont toujours accepté que des non-Juifs se
convertissent et reçoivent la circoncision, mais ceux-là ne devenaient pas pour
autant des Juifs à part entière. Or, selon Matthieu qui écrit pour des Juifs,
la dernière consigne laissée par Jésus, qui est juif, à ses disciples, qui sont
juifs, est celle-ci, que nous connaissons bien : En allant, faites des
disciples dans toutes les nations, les baptisant au nom du père et du fils et
de l’esprit-saint, les enseignant à garder tout ce que je vous ai prescrit.
Il
a donc fallu qu’un évènement extraordinaire se produise pour que des Juifs
sortent ainsi d’eux-mêmes et d’une pratique séculaire, et partent partout dans
l’Empire romain faire des disciples. Cet évènement ne peut être que la
résurrection de Jésus de Nazareth, en qui ils avaient reconnu le Messie
prophétisé, inaugurant la fin du temps. Voilà pour moi, si j’en avais besoin,
un signe de la vérité de la résurrection du Christ.
2-
“En le voyant, ils se prosternent”. Les disciples ont-ils vu Jésus
ressuscité comme vous me voyez ? Rien n’est moins sûr. Car “voir” le
ressuscité, c’est d’abord un acte du ressuscité lui-même qui se donne à voir.
Et cela ne se fait pas avec les yeux du corps. Lorsque Jean, dans son évangile,
nous raconte l’épisode de Lazare, nous le nommons “la résurrection de Lazare”.
Or, dans l’histoire qu’il nous met en scène, Jean nous montre d’abord Marthe
s’entretenant avec Jésus, et lui déclarant : Je crois que tu es le Messie,
le fils de Dieu. Et c’est après avoir prononcé cet acte de foi que Marthe
va voir dans son frère mort un vivant.
De
même tu ne peux discerner la présence du Christ re-suscité à la vie qu’avec les
“yeux intérieurs”, le regard de la foi. Si tu attends de voir pour croire, tu
pourras attendre longtemps. Mais si tu crois, tu verras !
3-
“Certains eurent des doutes”. J’aime bien cette précision. Car lequel d’entre
nous n’a jamais eu de doute sur la vérité de la résurrection du Christ, à un
moment ou l’autre de son existence ? Mais ce que je préfère encore, c’est la
suite : tous sont envoyés, pas seulement les convaincus, mais aussi ceux qui
avaient des doutes. Le ressuscité leur fait confiance comme aux autres. Ce qui
a pour corollaire que tout missionnaire, tout prédicateur, tout témoin peut, à
un moment ou à l’autre, être surpris en train de douter. N’attendez donc pas de
ceux qui ont mission de vous enseigner une vérité pré-cuite et pré-digérée.
Sachez mettre en oeuvre votre propre esprit critique.
4-
Qu’avons-nous donc à faire ? De qui et de quoi avons-nous mission de témoigner
? Nous avons mission de “faire des disciples” en baptisant et en enseignant
à garder tout ce qu’il a prescrit. Matthieu reprend ainsi, à la fin de son
récit, ce par quoi il a commencé, aux chapitres 5, 6 et 7. Ce qu’il a prescrit,
et que Matthieu compare, au chapitre 7, à une maison construite sur le roc,
c’est l’amour des ennemis; le désintéressement par rapport à l’argent et
l’absolu de Dieu; c’est le refus de la violence pour résoudre les conflits;
c’est la vérité dans la parole : OUI quand c’est OUI, NON quand c’est NON;
c’est la soumission au désir de Dieu; c’est la fidélité... Vaste programme !
Et
c’est ainsi qu’il est avec nous jusqu’à la fin du temps...
Jean-Paul BOULAND