Le PLUS GRAND… Le PLUS PETIT
…
(Homélie pour le 29° dimanche ordinaire - Année B – 18
Octobre 2009)
Jacques et Jean, les
fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent :
« Maître, nous voudrions
que tu exauces notre demande. »
Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? »
Ils lui répondirent : « Accorde-nous de siéger,
l'un à ta droite et
l'autre à ta gauche, dans ta gloire. »
Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire à la
coupe que je vais boire,
recevoir le baptême dans lequel je vais être
plongé ? »
Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais
boire, vous y boirez ;
et le baptême dans
lequel je vais être plongé, vous le recevrez.
Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de
l'accorder,
il y a ceux pour qui ces
places sont préparées. »
Les dix autres avaient entendu, et ils s'indignaient contre Jacques et Jean.
Jésus les appelle et leur dit : « Vous le savez :
ceux que l'on regarde
comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ;
les grands leur font
sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera
votre serviteur.
Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous :
car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir,
et donner sa vie en
rançon pour la multitude. »
(Marc 10, 35-45)
Reconnaissons que l’évangile est paradoxal : ce sont
les pauvres qui sont riches, et les riches qui sont pauvres; les morts sont vivants,
alors que certains vivants sont déjà morts. Et aujourd'hui Marc nous place
devant un problème aussi sensible que celui de l’argent dont il parlait
dimanche dernier. Il nous dit comment Jésus conçoit le pouvoir : « Celui
qui veut devenir grand sera votre serviteur... celui qui veut être le premier
sera l’esclave de tous ».
Ne sourions pas à la demande des deux frères, Jacques
et Jean, les fils de Zébédée, cousins de Jésus. Ils voudraient obtenir les
meilleures places dans le Royaume de Dieu, c'est-à-dire, pour eux, lorsque
Jésus aura pris la tête d'une armée, aura libéré le pays de l'occupant, et
restauré l'ancien Royaume de David. Ne nous en amusons pas. Tous les êtres
humains cherchent à se placer aux premiers rangs. La pulsion la plus élémentaire
n’est sans doute pas, comme le pensait Freud, la pulsion sexuelle. Le
psychanalyste Adler y voyait plutôt la volonté de puissance. Notre société ne
se gêne pas pour attiser ce désir, jusqu’à la frénésie. Elle adule les
premiers, les plus forts, les plus riches, les plus beaux, les gagnants, les
battants. You are a winner ! Yes, we can ! Les
premières places : que ne fait-on pas pour y parvenir ? Que ne fait-on pas pour
éliminer le "maillon faible" ?
Face à ce besoin de la nature humaine, Jésus répond
en rappelant un enseignement de base, que nous avons tant de mal à mettre en
oeuvre. Pas plus que l’argent, l’autorité n’est mauvaise en soi. Mais pour
Jésus, la situation de responsabilité n’est pas d’abord une domination, mais un
service. Ceux qui sont grands devant Dieu, ce ne sont pas ceux qui se font
servir, mais ceux qui servent. Ceux qui seront aux bonnes places, ce ne sont
pas ceux qui se contentent d’en rêver, mais ceux qui imiteront le Christ, en
buvant la coupe des épreuves comme lui, en devenant serviteur comme lui.
Servir de façon désintéressée, dans l’oubli de soi
jusque dans la souffrance face aux ingratitudes ou aux agressivités, ce n’est
pas facile. Que de gens se disent au service des autres, et ne le sont que fort
peu. Les partis politiques se disent au service des citoyens, les syndicats
affirment être au service des travailleurs, les médecins se veulent au service
des malades, les professeurs au service des élèves, les parents au service des
enfants, les curés au service des paroissiens... mais nous savons tous qu'il y
a parfois des dérapages, des "bavures".
Les meilleurs chefs sont ceux qui savent faire
participer leurs subordonnés. Les meilleurs parents ne sont-ils
pas ceux qui ont le souci d’épanouir au maximum les virtualités de leurs enfants
? Les meilleurs pédagogues ne sont-ils pas ceux qui savent susciter
l’initiative de leurs élèves ? Les meilleurs chefs d’entreprises ne sont-ils
pas ceux qui entretiennent le dialogue social ? Les meilleurs décideurs ne
sont-ils pas ceux qui d’abord écoutent ? Et qui sont les meilleurs curés de
paroisses ?...
Le mot latin "auctoritas" (autorité) vient de la racine "faire
croître" ("augere"), augmenter. Pour Jésus, c’est bien cela :
l’autorité est le service qui aide les personnes à grandir, à devenir elles-mêmes
responsables. Le vrai chef est celui qui sait écouter, comprendre, mettre en
valeur et respecter .
Car en vérité, celui ou celle qui sait écouter,
dialoguer, négocier, suggérer, comprendre, mettre en valeur, respecter, risquer
sa réputation, celui-là est le vrai détenteur du pouvoir... et pas seulement
dans l’église.
Jean-Paul BOULAND
"J'ai des enfants,
j'ai des richesses" : ainsi pense l'insensé, l'esprit confus. Soi-même, on
ne possède pas, encore moins les enfants et les richesses.
Ni pour toi ni pour les
autres, ne souhaite enfants, richesse, pouvoir ; ne souhaite point d'obtenir le
succès au détriment des autres ; sois juste, vertueux, constant, sage.
Même si quelqu'un prononce peu de paroles
excellentes, mais qu'il s'adonne entièrement à la doctrine, mort à toute
convoitise, toute haine et toute illusion, perspicace, l'esprit libéré, attaché
ni ici, ni au-delà, , celui-là a réalisé l'ascétisme.
Qui vaincra ce monde, ce
domaine de la mort, avec sa foule de dieux ? Qui recueillera les joyaux de la
vérité, comme le noble recueille des fleurs ?
L'homme qui s'attache aux
plaisirs comme l'on s'attarde à cueillir des fleurs est surpris et accablé par
la mort avant même d'être satisfait.
Celui qui, profondément
touché, mort à toute soif de volonté, aspire à l'ineffable, celui-là progresse
vers le haut.
Quitte ce qui fut, quitte
ce qui sera, quitte ce qui est, ô Vainqueur du monde ! L'esprit inébranlable,
partout et toujours tu ne connaîtras plus ni naissance ni mort.
Celui qui, en silence,
avec patience et douceur, supporte injures, coups, prison et mort, un héros de
patience, toujours serein, voilà un Parfait !
Siddhârta GAUTAMA
dit le BOUDDHA
624 – 544 avant
Jésus-Christ