LA FIN DES TEMPS... C’EST FORMIDABLE
(Homélie
pour le 33° dimanche du temps ordinaire – année B – 15 novembre 2009)
En ces temps-là, après une terrible détresse, le
soleil s'obscurcira
et la lune perdra son éclat.
Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances
célestes seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les
nuées
avec grande puissance et grande gloire.
Il enverra les anges pour rassembler les élus des
quatre coins du monde,
de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel.
Que la comparaison du figuier
vous instruise :
Dès que ses branches deviennent tendres et que
sortent les feuilles,
vous savez que l'été est proche.
De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver
cela,
sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre
porte.
Amen, je vous le dis : cette génération ne
passera pas avant que tout cela n'arrive.
Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne
passeront pas.
Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît,
pas même les anges dans le ciel,
pas même le Fils, mais seulement le Père.
(Marc 13, 24-32)
“ Vous voyez
aujourd’hui la réalisation de ce qui a été annoncé par le prophète Joël : Je
ferai des prodiges là-haut dans le ciel, et des signes ici-bas sur la terre, du
sang, du feu et une colonne de fumée. Le soleil se changera en ténèbres et la
lune en sang, avant que vienne le Jour du Seigneur... “. C’est ainsi que le
Livre des Actes nous rapporte le premier discours de Pierre au jour de
Pentecôte, proclamant la re-suscitation à la vie de Jésus de Nazareth, alors
que tous viennent de constater l’effusion de l’Esprit.
Jésus de Nazareth, dit Pierre, a été re-suscité à la vie
par Dieu. Voilà qui authentifie ce qu’il a dit et ce qu’il a fait, comme des
faits et des actes du Fils de l’Homme. Depuis deux siècles à l’époque en effet,
depuis que Daniel l’avait annoncé, le Peuple espérait en la venue d’un
“Messie“, d’un Fils d’Homme, qui viendrait assumer le monde, assurer la
victoire de Dieu sur les éléments du monde divinisés par les non-juifs et
signifiés ici par le soleil, la lune et les étoiles, et instaurer le Règne de
Dieu. Et ce serait la fin du temps. C’est pourquoi, convaincu de la
re-suscitation à la vie de Jésus, ayant reconnu dans ce Jésus avec lequel des
disciples ont vécu pendant quelques années ce Fils d’Homme, Pierre annonce à
tous la fin des temps, dans le style et le langage traditionnel à l’époque, que
nous nommons aujourd’hui le “genre littéraire apocalyptique“.
L’Evangile de Marc, écrit dans les années 70, est donc
exactement contemporain de l’invasion de Jérusalem par l’armée romaine,
commandée par Titus, et de la destruction du troisième Temple. La construction
de ce Temple, le plus beau monument sans doute de tout l’Empire romain, avait
été entreprise en - 10 par le roi juif Hérode le Grand, et ne s’acheva que vers
les années 62-64. On venait de partout l’admirer, car Hérode avait voulu qu’il
rivalise en splendeur avec le premier Temple, celui de Salomon. Après la
destruction de ce Temple, mettant par écrit les événements susceptibles
d’identifier Jésus comme le Fils d’Homme, Marc se souvient d’un entretien de
Jésus avec ses disciples au sujet de ce Temple, au cours duquel il leur avait
laissé entendre que ce Temple serait détruit.
Quelle signification prend alors pour les premiers
fidèles de ce Jésus, Fils d’Homme mort et re-suscité à la vie, la destruction
de ce Temple ? Tout d’abord, c’est pour eux la vérification par Dieu de la
vérité des paroles de Jésus. C’est aussi l’affirmation qu’il n’y a plus de
lieux, ni de personnes, ni de temps sacrés, mais que seul est sacré le
corps du Fils du Père ressuscité par
l’Esprit, et ceux qui l’adorent, le font
dans l’esprit et dans la vérité ( Jean 4, 24). C’est encore la conviction qu’avec la mort-résurrection
de Jésus, la Fin des Temps est là, et que Dieu est à l’oeuvre pour rassembler
son peuple, de tous les lieux de l’univers. C’est enfin l’invitation à
discerner à travers les événements du monde, à travers les événements de nos
vies, les signes de la venue du Règne de Dieu. Quand les branches du figuiers deviennent tendres et que sortent les
feuilles, vous savez que l’été est proche. Lorsque l’enfant sourit...
lorsqu’un peuple se libère... lorsque la vérité se fait... lorsque des êtres
s’aiment... lorsque l’espoir renaît... lorsque des êtres se réconcilient... le
Règne de Dieu est déjà là. Sachons le contempler !
Jean-Paul
BOULAND