Homélie pour le 1° dimanche de l'Avent - année C –
29 novembre 2009
Jésus
parlait à ses disciples de sa venue :
« Il y aura des signes dans le soleil, la
lune et les étoiles.
Sur
terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête.
Les
hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde,
car les
puissances des cieux seront ébranlées.
Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée, avec grande puissance et
grande gloire.
Quand ces événements commenceront, redressez-vous
et
relevez la tête, car votre rédemption approche.
Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s'alourdisse dans la
débauche,
l'ivrognerie
et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste.
Comme un filet, il s'abattra sur tous les hommes de la terre.
Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes
d'échapper
à tout ce qui doit arriver, et de paraître
debout devant le Fils de l'homme. »
(Lc 21, 25-28.34-36)
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Judée était province romaine depuis la prise de Jérusalem par Pompée en 63
avant Jésus-Christ. Depuis lors, partout en Judée, comme en Samarie et en Galilée,
de grands travaux mobilisaient une main-d’œuvre corvéable : construction
de routes, de forteresses, de cirques, de thermes, de temples dans les cités à
population grecque. À Jérusalem, Hérode, soucieux d’accroître sa popularité,
dépensait des sommes considérables pour faire reconstruire le Temple. Partout
s’édifiaient des mausolées et des synagogues. La domination romaine paraissait
engendrer une prospérité matérielle indiscutable. Mais elle générait aussi des
réactions virulentes. De fait, l’agitation antiromaine était endémique :
en moins d’un siècle, on comptera vingt-six soulèvements armés des Juifs contre
Rome, tous suivis d’une répression atroce (avec crucifixion des chefs). Jésus
lui-même était considéré par quelques-uns de ses disciples et de ses partisans
comme le roi qui devait délivrer Israël de l’oppression. Ainsi s’explique le
motif de son exécution, apposé sur la croix : " Jésus de
Nazareth, Roi des Juifs ". Sous Néron, en 66, éclate une
insurrection généralisée ; les troupes romaines sont chassées du pays. On
frappe des monnaies à la devise " An I de la Liberté ". Un
gouvernement à majorité pharisienne est installé à Jérusalem. Néron envoie
alors en Orient Vespasien avec la Ve et la Xe légion. Une reconquête des
places fortes ouvre la route de Jérusalem qui est assiégée à partir de
mars 70. La cité est surchargée de réfugiés et de pèlerins venus à
Jérusalem pour la Pâque : la famine est effroyable, une enceinte romaine
de 7 km interdit l’arrivée des secours. Du 1er juillet au 26 août les
assauts se succèdent ; le Temple est incendié le 28 août ; Jérusalem
est rasée. À Rome, en 71, le vainqueur de Jérusalem, Titus, célèbre son
triomphe : sur l’arc élevé en son honneur est sculpté le mobilier cultuel
du Temple. Au soir du triomphe, Siméon bar Giora, âme de la Guerre des Juifs,
est étranglé dans le Tullianum. Pourtant une dernière place juive, Massada,
résista jusqu’en avril 73 (74 selon certains) ... Dans cet ancien palais
d’Hérode, les combattants tinrent plusieurs mois avec leurs familles et
s’entr’égorgèrent pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi.
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our les Juifs, la destruction du Temple était une catastrophe épouvantable : elle leur signifiait que l'Eternel avait abandonné son Peuple, à cause de ses péchés. C'était la fin d'un monde ! Déjà, lorsque les Babyloniens avaient détruit le premier Temple en 587, les prophètes avaient interprété cet événement comme le signe de la rupture de l'alliance entre Dieu et son peuple. Et Jérémie avait proclamé que c'était la mauvaise conduite du peuple qui était la cause de la destruction du Temple. Les premiers chrétiens, quant à eux, interprétèrent la destruction du Temple en 70 comme la fin de l'alliance entre Dieu et Israël et son remplacement par une alliance nouvelle avec l'Église. Ce qui amènera les chrétiens à nommer l'alliance avec Moïse : l'Ancienne alliance, l'Ancien testament. C'est dans ce contexte de fin de monde que se développèrent les premières communautés chrétiennes. C'est dans cette ambiance que Luc rédigea son évangile et les Actes des Apôtres. Et, c'est tout naturellement en termes apocalyptiques que l'histoire fut racontée, puisque les chrétiens avaient le sentiment de vivre une période intermédiaire entre la fin d'UN monde et la fin DU monde, entre la première venue du Messie et la venue définitive du Fils d'Homme.
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Q |
ue
dire pour nous aujourd’hui ?
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G |
ardons-nous
d'abord de donner une signification
unique à un événement, qu’il soit personnel ou collectif. Non que les
évènements ne portent pas l’empreinte de Dieu, et ne soient un appel de Dieu
adressé aux humains. Mais parce que l’empreinte que j’y lis et l’appel que
j’entends ne sont pas forcément partagés par tous. Et surtout, gardons-nous de
tout catastrophisme face aux évènements du monde. Pour qui croit que
" l’Esprit du Seigneur emplit tout l’univers " ,
rien n’est jamais ni ne sera la fin du monde… même la fin du monde, lorsqu’un
jour elle surgira. La vertu cardinale du croyant, n’en déplaise à saint PAUL,
ce n’est ni la foi ni la Charité, mais l’Espérance.
Jean-Paul
BOULAND