UNITE de la PAROLE de DIEU

DIVERSITE des CULTURES

(Homélie pour le 4° dimanche du temps ordinaire – année C – 31 janvier 2010)

 

 

Dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d"Isaïe, Jésus déclara : 

« Cette parole de l"Écriture que vous venez d"entendre, c"est aujourd"hui qu"elle s"accomplit. »
Tous lui rendaient témoignage ; et ils s'étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche.

Ils se demandaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : 'Médecin, guéris-toi toi-même.

Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays !' »
Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays.
En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Élie,

lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi,

il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie n'a été envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien à une veuve étrangère,

de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon.
Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;

 pourtant aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien. »
A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux.
Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville,

et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin.

(Luc 4, 21-30)

 

Par les Actes des Apôtres (livre écrit lui aussi par Luc, comme le troisième évangile), nous savons que les premières communautés de ceux qui ont cru que Jésus était le Messie, étaient composées de Juifs et de non-Juifs. La première annonce de la mort et de la résurrection de Jésus faite dans la Palestine de l'époque, avait en effet enthousiasmé davantage de Samaritains que de Judéens. Et par la suite, beaucoup de gens de culture gréco-latine, appartenant à de multiples petits cultes, avaient rejoint ces communautés. Le challenge consistait donc à faire cohabiter et prier ensemble des circoncis et des incirconcis (c'est-à-dire des purs et des impurs), des hommes et des femmes (alors que le culte synagogal était pratiquement réservé aux hommes), des esclaves et des hommes libres, des personnes de cultures différentes. Ce qui avait déjà fait dire à l'apôtre PAUL, dans les années 50-55 : Par le baptême, vous avez revêtu l'homme nouveau, celui qui s'achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l'image de son Créateur. Là, il n'est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d'incirconcision, de Barbare, de Scythe, d'esclave, d'homme libre; il n'y a que le Christ, qui est tout et en tous. (Colossiens 3)

 

Et la cohabitation n'était pas évidente ni facile. Le chapitre 6 des Actes des Apôtres nous rapporte l'épisode où la communauté de Jérusalem a bien failli péricliter :    En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, il y eut des murmures chez les gens de culture grecque contre les gens de culture juive. Dans le service quotidien, disaient-ils, on négligeait leurs veuves. (Actes 6,1) Et il faudra toute l'habileté de Pierre pour donner aux gens de culture grecque des animateurs pris dans leurs rangs.

Nous avons dans l'extrait évangélique que nous lisons aujourd'hui le même écho. Mais pas avec la même "happy end" ! Dans la communauté en question, le responsable est vraisemblablement accusé de traiter sur un pied d'égalité les croyants venus du Judaïsme, les Juifs véritables, et les croyants venus des autre cultes, les païens. Et ce responsable (Luc ou quelqu'un d'autre) leur rappelle deux épisodes cités dans la Bible : Amen, je vous le dis: au temps d'Élie, il y avait beaucoup de veuves en Israël lorsque le ciel demeura fermé pendant trois ans et six mois et qu'il y eut une grande famine sur toute la terre; mais Élie ne fut envoyé à aucune d'entre elles, sinon à une veuve, à Sarepta de Sidon ! Et il y avait beaucoup de lépreux en Israël, sous Élisée le prophète; mais aucun d'entre eux n'a été guéri, sinon Naaman, le Syrien ! La conclusion de l'histoire ? Dans la synagogue, tous sont remplis de colère en entendant cela. Les gens se lèvent et l'expulsent hors de la ville. Ils le mènent jusqu'au sommet de la colline, sur laquelle leur ville est bâtie, pour le précipiter en bas.

 

Pour la commodité de la chose, et pour frapper l'imagination de ses auditeurs et de ses lecteurs, Luc rapporte cet épisode comme s'il avait directement concerné Jésus dans la synagogue de son propre village. Or le ville de Nazareth n'est pas bâtie sur une colline, ce qui devait être le cas de la ville où se réunissait la communauté en question. Mais peu importent les incohérences ou les invraisemblances, quel est le message révélé par ce récit ? Et en quoi pouvons-nous être intéressés ?

 

Il ne m'est encore jamais arrivé d'être entraîné par aucun jusqu'en haut d'une falaise pour y être précipité en bas. Mais en revanche, il m'est arrivé, et régulièrement, d'être rappelé à l'ordre par tel ou tel, soit parce que mon homélie semblait prendre un tour politique…, soit parce que je rappelais à la nécessité de l'accueil de tel ou tel autre différent; soit parce que je semblais mettre en cause la famille;; soit encore, ce qui serait comique si je l'inventais, parce qu'on pouvait apercevoir, par le col de mon aube, que je portais une chemise rouge…!!!

 

Une communauté de croyants assemblée, c'est un ensemble de personnes diverses, par la culture, l'éducation, les options, les professions, les conditions; c'est comme un corps aux membres divers. Or la Parole de Dieu est unique, et il est impossible au responsable de communauté, lui aussi marqué comme tous, de la rendre audible par tous. Il court toujours le risque d'être accusé de subjectivité ou de partialité. L'essentiel pour lui est d'avoir le souci de chacun, et d'agir dans la charité. Quant à chacun des membres de la communauté, il doit se faire assez humble pour accepter de se laisser convertir au désir de Dieu par la Parole de Dieu, qui vient toujours d'ailleurs, et ce n'est pas facile, car il faut souvent renoncer à ce à quoi on tient le plus. Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur . Aussi n'y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte. (Hébreux 4, 12-13)

 

Jean-Paul BOULAND