BEATITUDES ?…

Vivez en ressuscités !

(Homélie pour le 6° dimanche du temps ordinaire – année C – 14 février 2010)

 

Il lève les yeux sur ses adeptes et dit :

En marche les humiliés ! Oui, il est à vous le royaume d'Elohim !

En marche les affamés de maintenant ! Oui, vous serez rassasiés !

En marche les pleureurs de maintenant ! Oui, vous rirez !

En marche quand les hommes vous haïssent,

vous bannissent, vous flétrissent,

Et jettent dehors votre nom comme criminel,

à cause du Fils de l'homme !

Jubilez, ce jour-là, dansez de joie !

Voici, votre salaire est grand au ciel !

Oui, cela leurs pères l'ont déjà fait contre les inspirés.

Mais aïe, aïe, aïe, vous les riches !

Oui vous avez déjà pris votre réconfort !

Aïe, aïe, aïe, vous les repus de maintenant !

Oui, vous serez affamés !

Aïe, aïe, aïe vous les rieurs de maintenant !

Oui vous serez endeuillés et vous pleurerez !

Aïe, aïe, aïe vous, quand les hommes vous célèbrent !

Oui, leurs pères ont fait de même avec les faux inspirés.

(Luc 6, 20-26 - traduction d'André CHOURAQUI)


 

 

 


C

es "béatitudes", que vous venez de lire ou d'entendre, ont une autre résonance que celles que nous sommes accoutumés de lire[1]. En effet elles présentent l'avantage d'apporter le même encouragement aux uns et aux autres, sans condamner ceux qui sont compris dans le second groupe.

 

D

ire ou lire : "Bienheureux les pauvres… Bienheureux les affamés… Malheureux les riches… Malheureux les repus… ", c'est enfermer les uns et les autres dans un jugement définitif et sans appel, ce qui ne paraît pas conforme à la manière de faire de Jésus. Et d'autre part, c'est faire l'apologie d'un style de vie que personne n'envisage pour soi-même. Nul n'a le désir ni le projet d'être pauvre, de pleurer, ou d'avoir faim. En revanche, encourager les pauvres à ne pas s'enfermer dans leur pauvreté et les riches à ne pas se reposer sur leur fortune; encourager ceux qui ont faim à découvrir une issue à leur malheur et mettre en garde ceux qui sont gavés contre des représailles possibles; encourager ceux qui sont accablés par la tristesse ou la détresse à s'ouvrir, et faire en sorte que ceux qui ne connaissent pas encore le malheur ne soient pas accablés lorsqu'il surviendra…. voilà bien qui est dans le manière de dire et de faire de Jésus de Nazareth. Voilà bien l'encouragement à adresser à des baptisés. Etre baptisé dans le Christ en effet, passer de la mort à la re-surrection, c'est passer de l'état couché à l'état debout, de l'inaction à l'action, de la mort à la vie.

 

L

a Philosophie de l'Evangile, bien qu'on ne puisse pas réduire l'Evangile à un enseignement philosophique ou à une Sagesse, c'est que le monde et les hommes ne sont ni bons ni mauvais en soi, mais qu'il revient à chacun d'agir pour que les potentialités du monde et des hommes puissent s'épanouir. La Philosophie de l'Evangile, c'est qu'il revient à chacun de nous de tout faire pour que chacun puisse apparaître pour ce qu'il est : l'image de Dieu; et que le monde devienne ce qu'il est appelé à devenir : le lieu du Règne de Dieu, le Royaume de Dieu.

 

C

'est comme si Jésus avait déclaré : Vous du premier groupe, ne vous laissez pas accabler par la pauvreté; et vous de l'autre groupe, ne vous reposez pas sur votre fortune ! Vous du premier groupe, ne gémissez pas sans rien faire sur la faim dans le monde et le sous-développement; et vous de l'autre groupe, ne gaspillez pas vos biens sous le prétexte que vous avez le droit d'en faire ce que vous voulez! Vous du premier groupe, n'étalez pas votre réussite scolaire, professionnelle ou sociale; et vous de l'autre groupe, ne vous laissez pas humilier par ceux qui voudraient vous écraser! Vous enfin du premier groupe, ne vous désespérez pas parce qu'on critique l'action que vous menez au nom de votre foi !

 

S

ix siècles avant la venue de Jésus de Nazareth,  Siddhârta Gautama, le Bouddha (-563 – 483) avait dit des choses semblables : Si quelqu'un parle avec un mauvais esprit, agit avec un mauvais esprit, la souffrance le suit aussi sûrement que  la roue suit l'animal de trait. Si quelqu'un voit partout la souffrance et la misère, et, constamment, maîtrise les sens, sobre dans sa nourriture, inébranlable, vertueux, la Mort contre lui est impuissante, comme l'ouragan contre un roc. Celui qui a goûté la douceur de la solitude et demeure heureux, bienheureux, dans la félicité  de la paix profonde, celui-là est libre de la souffrance et du mal, il vit jouissant du bonheur de la libération. Et LAO-TSEU (-570 – 490) avait écrit (Tao-to-king) De la gloire ou de la santé, quel est le plus important ? De la santé ou de la richesse, quel est le plus précieux  ? Du gain ou de la perte, quel est le plus honteux ?  L'homme trop passionné s'expose à la souffrance. L'avare qui prévoit et amasse subit de lourdes pertes.  Celui qui se contente de ce qu'il a reste serein. Celui qui sait se réfréner tient à distance le danger. Par là son existence sera préservée. Car qui aura trop aimé sera frustré. Et qui aura trop amassé ne possèdera rien.

E

t moi, avec Jésus et en son nom, je vous dis : Mettez-vous en marche ! Vivez en ressuscités ! Et surtout, surtout, par-dessus tout et malgré tout, soyez HEU-REUX !

 

Jean-Paul BOULAND


 



[1]  André CHOURAQUI avait le privilège de connaître à la fois l'hébreu, le grec et le français. Il a ainsi traduit d'abord le texte grec en hébreu (proche de la langue parlée par Jésus et ses disciples), puis a traduit l'hébreu en français.