Il s'est offert

(Homélie pour le Dimanche de la Passion – année C – 28 mars 2010)

 

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C

e jour où Jésus pénètre dans Jérusalem monté sur un ânon, c'est une émeute. Qui donc l'a fomentée ? Qui l'a organisée ? Aucun rédacteur des récits évangéliques n'en dit rien, mais c'est bel et bien une émeute. Matthieu, Marc, Luc et Jean nous rapportent les slogans criés par la foule : Hosanna au fils de David !. Béni soit notre roi ! Hosanna, c'est-à-dire Sauve-nous ! – Fils de David !, c'est-à-dire le Messie. - Notre roi. C'est-à-dire le roi des Juifs. Et le plus étonnant, c'est que Jésus, pour la première fois, qui sera aussi la dernière, se laisse prendre. Jusqu'alors il avait refusé la pression populaire :  Mais Jésus, sachant qu'on allait venir l'enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. (Jean 6,15).

 

E

t Jésus persiste et signe : Jésus entra dans le Temple et se mit à chasser ceux qui vendaient.  Il leur disait: " Il est écrit: Ma maison sera une maison de prière; mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits. ". (Luc 19, 45-46). S'attaquer au Temple, même si c'est pour en chasser les marchands qui y ont établi boutique, c'est s'attaquer à la Maison de Dieu, c'est le sacrilège par excellence aux yeux des Pharisiens et des prêtres. Jésus le sait. Jésus le fait quand même ! En toute connaissance des conséquences auxquelles il peut s'attendre. Et Luc poursuit : Les grands prêtres et les scribes cherchaient à le faire périr, et aussi les chefs du peuple;  mais ils ne trouvaient pas ce qu'ils pourraient faire, car tout le peuple, suspendu à ses lèvres, l'écoutait. Ils ont peur de réactiver l'émeute de la veille. Ils attendent leur heure.

 

E

t leur heure, ce sera l'heure de Judas, l'heure du Prince des Ténèbres..

 

J

udas, l'homme au poignard, le "sicaire", Iscarioth nous dit-on, comme si on n'osait pas dire que Judas était un Zélote, un terroriste infiltré dans la bande de Jésus (comment ? nul ne le sait, car Jésus ne l'a pas appelé !). Terroriste infiltré, peut-être repenti, mais resté dans la main des autorités, qui vont l'utiliser afin qu'il les mène jusqu'à Jésus. On lui promet trente pièces d'argent, c'est-à-dire une misère, l'équivalent d'un ou deux mois de salaire; certainement parce qu'on juge que l'opération ne vaut pas plus. On désire donner une bonne leçon à Jésus, après quoi on le relâchera et on aura la paix. C'est du moins ce qu'ils disent à Judas. Et Judas les mène de nuit jusqu'au mont des Oliviers où Jésus se cache, depuis quelques jours, peut-être depuis le jour de l'émeute. La suite, on la connaît.

 

O

n connaît la suite ? Est-ce si sûr ?

 

T

héoriquement, le cas de Jésus, agitateur religieux partisan du retour aux sources, relevait du Sanhédrin, le Conseil suprême chargé de régler les affaires religieuses. Et le principal chef d'inculpation contre Jésus relevait du Sanhédrin : Il a dit qu'il était Fils de Dieu ! C'est le blasphème par excellence. Joint à l'attaque contre le Temple, le sacrilège par excellence, cela faisait deux chefs d'inculpation pouvant entraîner la mise à mort par lapidation. Mais les chefs des prêtres vont saisir une autre occasion, qui leur permettra de se garder les mains pures : Jésus s'est dit le Messie, c'est-à-dire le Roi des Juifs, car il s'est laissé acclamer comme Roi le jour de l'émeute. Et ils vont le faire condamner par Pilate. Une belle astuce : on va transmuer l'inculpation pour motif religieux en inculpation pour motif politique !

 

P

our Pilate, c'est une affaire somme toute mineure. Jésus n'a pas l'air dangereux. Il ne menace pas la sécurité publique. En tout cas pas autant que le terroriste qu'on a arrêté le jour de l'émeute : Barabbas ! Et Pilate, qui pourtant n'est pas un tendre, n'a pas du tout envie d'envoyer Jésus à la croix. Les chefs des prêtres et les membres du Sanhédrin ameutent alors une foule, et lui font réclamer la mort pour Jésus et la libération pour Barabbas.  Pour la troisième fois, Pilate leur dit: "Quel mal a donc fait cet homme ? Je n'ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je vais donc lui infliger un châtiment et le relâcher."  Mais eux insistaient à grands cris, demandant qu'il fût crucifié, et leurs clameurs allaient croissant.  Alors Pilate décida que leur demande serait satisfaite. Ainsi donc Pilate ne condamne pas Jésus à mort. Il le livre aux chefs des Juifs, en leur fournissant les hommes et le matériel nécessaires à la mise en croix.

 

C

e n'est pas le peuple Juif qui a réclamé la mort de Jésus, mais quelques personnes poussées par les chefs des prêtres et des membres du  Sanhédrin. Pilate n'a pas obtempéré à la demande de condamnation des responsables, pour lesquels il n'avait que mépris. Et, pour bien affirmer son mépris,  il fait apposer cet écriteau ridicule sur la croix : Jésus de Nazareth Roi des Juifs…

 

E

n fin de compte, c'est Jésus lui-même qui s'est laissé faire. Il s'est offert. Ce fut SA décision.

 

Jean-Paul BOULAND