Contre la VIOLENCE : DIEU-TRINITE
(Homélie
pour le dimanche de la Trinité – année C – 30 mai 2010)
À l"heure où
Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples :
« J"aurais encore beaucoup de choses à
vous dire,
mais pour l"instant vous n"avez
pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout
entière.
En effet, ce qu'il
dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ;
et ce qui va venir,
il vous le fera connaître.
Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire
connaître.
Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit :
Il reprend ce qui
vient de moi pour vous le faire connaître. »
(Jean 16, 12-15)
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D |
ans son ouvrage intitulé "Le prix du monothéisme",
édité en 2007, l'auteur, Jan ASSMANN fonde le monothéisme sur ce qu'il nomme
"la distinction mosaïque", qu'il explicite ainsi : la
caractéristique principale du monothéisme biblique attribué à Moïse n’est pas
la croyance en un seul Dieu mais la distinction faite entre ce qui est vrai et
ce qui est faux dans la religion. Une distinction qui n’existait guère dans les
religions polythéistes de l’Antiquité. Où les dieux ne représentaient rien d’autre que différents aspects du cosmos, de la nature, et
qu’il y avait des correspondances entre les dieux des différents peuples, des
différentes cultures. Selon ASSMANN, la distinction mosaïque introduit
un nouveau type de vérité : la vérité absolue, révélée, vérité métaphysique ou
vérité de croyance.
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I |
l est malheureusement
bien vrai que les religions monothéistes, fondées sur l'existence d'un Dieu
unique, qui est non seulement unique, mais surtout seul vrai, portent en elles
le germe de l'intolérance, et, par voie de conséquence, de la violence. Les
Livres dits "historiques" de
l'Ancien Testament relatent la conquête d'une Terre par un Peuple en armes, qui
a la conviction qu'il est le seul Peuple choisi par le seul Dieu, seul unique
et seul vrai, qui lui donne cette terre, à charge pour lui de la conquérir.
L'histoire de l'Eglise catholique, à partir de l'année 393, qui marque
l'officialisation du Christianisme comme religion officielle de l’état romain,
est faite elle aussi d'actes de violence : croisades, guerres de religions,
antisémitisme, conversions et baptêmes forcés. Quant à l'Islam, chaque jour
nous apporte la preuve qu'il obéit à la même règle.
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N |
éanmoins,
je pose un bémol. Ou, si vous préférez, je tempère mon
propos. Car je suis chrétien, disciple de Jésus, le Christ. Et je constate que
Jésus de Nazareth a introduit une rupture radicale. Je constate que le Nouveau
Testament relate la vie, les faits et les actes d'un homme qui s'est présenté
en Envoyé de Dieu, et qui néanmoins, a toujours refusé d'employer la violence,
même lorsqu'il fut tenté de le faire. Et qui a été mis à mort, victime de la
violence des autres. Et je constate encore que cet homme, Jésus de Nazareth,
prétendait être animé de l'Esprit de Celui qu'il nommait "Mon Père",
et qui, pour lui, n'était pas, comme pour les Parisiens de son époque, le Dieu
de la Loi, de la violence et de la vengeance. Et, après lui, lorsque ceux et
celles qui vécurent selon son exemple parlèrent du Dieu unique, ce fut pour
affirmer que ce Dieu est à la fois Père, Fils et Esprit. Dieu unique. Dieu
Trinité. Et c'est la grande différence entre la conception du monothéisme
traditionnel, et celle du Dieu de Jésus-Christ.
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E |
coutons ce que disait Blaise PASCAL, au 17° siècle:
Il faut donc tendre uniquement à connaître
Jésus-Christ,
puisque c’est
par lui seul que nous pouvons prétendre connaître Dieu d’une manière qui nous
soit utile. C’est lui qui est le vrai Dieu des hommes, c’est-à-dire des
misérables, et des pécheurs.
Il est le centre de tout, et l’objet de tout ;
et qui ne le connaît pas,
ne connaît
rien dans l’ordre du monde, ni dans soi même.
Car non seulement nous ne connaissons Dieu que par
Jésus-Christ,
mais nous ne
nous connaissons nous mêmes que par Jésus-Christ….
nous ne
connaissons la vie, la mort que par Jésus-Christ.
Hors de Jésus Christ. nous
ne savons ce que c'est ni que notre vie,
ni que
notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes.
Ainsi
sans l'Écriture qui n'a que Jésus Christ. pour objet,
nous ne connaissons rien,
et ne voyons qu'obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre nature.
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D |
ire
de Dieu qu'il est Trinité, ce n'est pas nier qu'il est unique, et affirmer qu'il est multiple. Dire de Dieu
qu'il est Trinité, c'est reconnaître qu'il y a plusieurs manières pour Lui de
se manifester à nous. En nous, individus et communautés, il est Esprit. Pour
nous, Jésus est sa manifestation visible la plus achevée. Avant nous, il est
Père de l'ensemble de l'Humanité. ..
…
Mais ce que Dieu est en soi, personne ne peut rien en dire. Personne ne doit
rien en dire. Car personne ne sait rien.
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ire
de Dieu qu'il est Trinité, c'est dire que l'unité en Dieu n'est pas un principe
philosophique, comme un axiome mathématique, auquel on doit adhérer sans trop
chercher à comprendre.
Dire
de Dieu qu'il est Trinité, c'est dire que l'unité en Dieu est la fusion du
Père, du Fils et de l'Esprit, qui sont les trois aspects (les Anciens disaient
en grec : hypostases) sous lesquels il se manifeste. Ce que Jean l'évangéliste
résume en affirmant : Dieu est Charité !, que nous
traduisons par "Dieu est Amour" !
Dire
que Dieu est Trinité, c'est d'un seul coup désarmer la violence qui divise et
vise à anéantir, et affirmer la Charité qui construit et cherche à réunir.
Dire
que Dieu est Trinité, c'est rompre avec les siècles de collusion entre l'Eglise
et l'Etat, où ne fut connu que le Dieu unique, sur le modèle de l'Unique
Souverain, Monarque absolu.
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C |
'est
en ce Dieu-Trinité qu'il faut avoir confiance. C'est notre
confiance en ce Dieu-là qu'il faut transmettre, en paroles et en actes.
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I |
l
est grand temps pour nous autres, Chrétiens mes frères et mes sœurs, de
réaliser que notre Dieu est Trinité.
Jean-Paul BOULAND