CHARI-TE… EU-CHARIS-TIE

Homélie pour la célébration du Saint-Sacrement – 6 juin 2010)

 

Le jour commençait à baisser. Les Douze s'approchèrent de lui et lui dirent :

« Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs

pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert. »
Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Ils répondirent : « Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons...

à moins d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde. »
Il y avait bien cinq mille hommes.
Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. »
Ils obéirent et firent asseoir tout le monde.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel,

il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu'ils distribuent à tout le monde.
Tous mangèrent à leur faim, et l'on ramassa les morceaux qui restaient :

cela remplit douze paniers

(Luc 9, 12-17)

 

 


E

ncore une scène de la vie de Jésus au sujet de laquelle il ne faut pas trop poser la question : Est-ce que cela s’est bien passé comme ça ? Et cela toujours pour la même raison : Si les rédacteurs des évangiles rapportent tel fait ou tel événement ; qu’il s’agisse d’un fait ou d’un événement réel, ou d'une mise en scène des auteurs; ce qui est essentiel, c’est le message que ce fait ou cet événement sous-tend. Prenons pour exemple le texte que nous venons de lire ou d’entendre, ce récit dit « de la multiplication des pains ».

 

P

remier niveau d'explication : Supposons que l'histoire rapportée se soit véritablement déroulée comme elle est rapportée. Jésus vient de parler à la foule, longuement, trop longuement, comme on le fait en Orient. Nul n'a vu le temps passer. On s'aperçoit que la nuit tombe. Il faut renvoyer ces braves gens chez eux. Mais ils  n'ont pas mangé. Et ils ont une longue route à faire. Jésus désire donc les sustenter avant qu'ils reprennent la route. Mais on n'a rien sous la main. Ou si peu : cinq pains et deux poissons que les disciples ont apporté pour eux-mêmes et Jésus… une misère. Jésus demande donc aux disciples de les lui apporter. Sourire narquois des-dits disciples, et crainte qu'il ne leur reste plus rien pour eux. Mais, sur la parole de Jésus, ils risquent leurs pains et leurs poissons… Et ça marche ! Tous mangèrent à leur faim, et l'on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers.

 

D

euxième niveau d'explication : Après la mort et la résurrection de Jésus, les croyants se réunissent chaque premier jour de la semaine pour partager le pain et le vin, en mémoire de Celui en qui ils reconnaissent leur Seigneur, et dans l'attente des derniers temps qu'ils espèrent pour bientôt, lorsque Dieu viendra établir le Règne de son Fils sur la terre. Dans sa Première Lettre aux Corinthiens, Saint Paul nous rapporte que le membre le plus ancien du groupe (presbuteros en grec) prend le pain, le bénit, en disant : "Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi."Après le repas, il fit de même avec la coupe en disant : "Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi." Et il le partage à tous. Et tous reçoivent le pain de Dieu pour la route.  Et le même Paul ajoute :  Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne..

 

T

roisième niveau d'explication : à la même époque, et dans les mêmes communautés de croyants, chacun comprend que le fait de recevoir le pain et le vin, signes du Corps livré et du sang versé, dans l'attente de la venue du Règne du Christ sur la terre engage à partager le pain réel. Le Livre des Actes nous rapporte que  "Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés  et leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun… (Actes 2, 44-45). Ainsi donc, dès les débuts de l'Eglise, les croyants lient ensemble, et pratiquent ensemble l'Eucharistie et la Charité.

 

Q

uatrième niveau d'explication : aujourd'hui. Après une période, que les Anciens ont bien connue, où l'Eglise obligeait les Chrétiens à "assister" à la messe chaque dimanche, sous peine de péché, nous vivons une nouvelle période où, certes, le nombre de fidèles a singulièrement diminué dans nos églises, au point que des messes ont été supprimées, et des églises fermées. Mais - je parle d'expérience -  les croyants qui participent à l'Eucharistie chaque premier jour de la semaine, en souvenir du Christ mort et ressuscité, ont beaucoup plus que naguère le souci de pratiquer la Charité dans leur vie quotidienne.

 

E

u-CHARIS-tie… CHARI-té. Cela va ensemble. Dans la langue grecque, "charis - caris", c'est le don de l'Esprit, le don gratuit que Dieu fait aux hommes en leur envoyant son Fils qui leur laisse son Esprit, l'Amour que Dieu communique aux hommes afin qu'ils se le communiquent entre eux. La  Charité, c'est cet Amour de Dieu que les humains se communiquent les uns aux autres. L'Eucharistie, c'est l'Action des croyants qui remercient Dieu pour l'Amour qu'Il leur a communiqué, l'Action de Grâces.

 

A

insi donc, chaque fois que la Charité est mise en œuvre, chaque fois que l'Eucharistie est célébrée, c'est déjà le Règne de Dieu… jusqu'à ce qu'Il vienne.

Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus.

 Nous célébrons ta résurrection.

Nous attendons ta venue dans la gloire.

 

Jean-Paul BOULAND

www.jpbouland.com

www.motscroisesdudimanche.com