CROYANTS ENSEMBLE…
(Homélie pour le 12° dimanche du temps ordinaire – année C – 20
juin 2010)
Un jour, Jésus priait à l'écart.
Comme ses disciples étaient là, il les interrogea :
« Pour la foule, qui suis-je ? »
Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres,
Élie ;
pour d'autres, un prophète d'autrefois
qui serait ressuscité. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour
vous, qui suis-je ? »
Pierre prit la parole et répondit
: « Le Messie de Dieu. »
Et Jésus leur défendit vivement de
le révéler à personne, en
expliquant :
« Il faut que le Fils de l'homme
souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens,
les chefs des prêtres et les scribes,
qu'il soit tué,
et que, le troisième jour, il
ressuscite. »
Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher
à ma suite, qu'il renonce à lui-même,
qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie
la perdra ;
mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. »
(Luc 9,
18-24)
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Q |
ui est Jésus ? C'est la question que se posaient
ses disciples; la même que se posaient les membres des premières communautés chrétiennes;
et toujours la même que nous nous posons aujourd'hui.
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L |
orsque j'étais enfant, on m'avait tellement dit que
Jésus était Dieu que je me contentais de l'adorer, sans chercher plus loin. Si
je faisais quelque chose de bien, on me disait "Le petit Jésus est
content !". Si je faisais mal, on me disait : "Le petit Jésus
va te punir !".
Aux premiers siècles de l'Eglise, beaucoup
pensaient ainsi. Les "docètes" prétendaient que le Fils de Dieu
n'avait pas pu s'incarner, mais qu'il avait simplement pris une apparence
humaine. Cette doctrine s'inspirait certainement de la pensée hindoue, pour
laquelle Brahmâ, Civa, ou Vishnou peuvent connaître des "avatars",
c'est-à-dire revêtir l'apparence d'un être humain ou d'un animal, afin de faire
signe aux hommes. Ainsi, Jésus n'était qu'une apparence d'homme, qui avait
apparemment, mais non réellement vécu; apparemment, mais non réellement aimé;
et était apparemment, mais non réellement mort.
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P |
our nombre de nos contemporains, croyants ou non,
Jésus n'est qu'un homme, certes extraordinaire, mais uniquement humain. Mieux
que le Bouddha, que Socrate, ou Mère Teresa, mais simplement humain.
C'est aussi ce que prétendaient aux premiers
siècles les Ariens. Pour Arius, prêtre d'Alexandrie, le Christ n'était qu'une
créature, certes la première des créatures de Dieu, mais qui n'avait reçu le
privilège d'être Fils de Dieu que par adoption. Cette doctrine avait tellement
l'apparence du bon sens, qu'elle se propagea rapidement dans tout l'Orient, au
point que l'Empereur Constantin (4° siècle) décida d'intervenir en convoquant
en 325 un Concile, à Nicée, suivi plus tard, en 381, d'un autre à
Constantinople, d'où sortit la formulation de la foi qui est encore la nôtre
aujourd'hui, le "grand" Je crois en Dieu, que nous proclamons à la
messe du dimanche : Il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la Lumière, vrai
Dieu né du vrai Dieu; engendré, non pas créé, de même nature que le Père… Pour
nous les hommes et pour notre salut, il descendit du Père; il a pris chair de
la Vierge Marie, et s'est fait homme.
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U |
ne autre erreur des premiers siècles, le
monophysisme, qui n' a plus tellement cours aujourd'hui, consistait à prétendre
qu'il y avait deux personnes dans le Christ, la personne d'un homme et celle de
Dieu, unies dans la seule nature divine. Ce qui amena le Concile de Chalcédoine
(451) à définir qu'il y a deux natures dans le Christ, la nature divine et la
nature humaine, unies dans la seule personne du Fils de Dieu.
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D |
'autres prétendaient encore que Marie n'était que
la mère de l'homme Jésus, mais qu'elle ne pouvait en aucun cas, être dite
"mère de Dieu". J'ai comme l'impression que cela rejoint ce que
beaucoup pensent encore aujourd'hui…
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J |
e n'ai pas écrit ce que je viens d'écrire par pure
vanité, pour le plaisir d'étaler ma culture religieuse, mais parce qu'il nous
faut aujourd'hui comme hier mettre à jour nos connaissances sur la personne de
Jésus, et nous interroger sur ce qu'il est pour nous, comme pour nos
contemporains. Et pour cela, nous avons besoin à la fois de l'Ecriture et de la
Tradition. C'est-à-dire qu'il nous faut constamment nous référer aux textes des
Evangiles, des Actes des Apôtres, des Lettres apostoliques; cela c'est
l'Ecriture. Mais également vérifier ce que nous pensons, et c'est ce que nous
appelons la Tradition, en le comparant à ce que nos prédécesseurs dans la foi
pensaient eux-mêmes et à la manière dont ils l'ont formulé, et à ce que nos
contemporains croyants pensent aujourd'hui, ainsi qu'à la manière dont ils
formulent leur foi.
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O |
n n'est pas chrétien tout seul. Dans le domaine de
la foi, comme dans tous les autres domaines de la vie courante, c'est à
plusieurs qu'on devient intelligent. Et plusieurs croyants qui cherchent
ensemble, cela s'appelle l'Eglise !
Jean-Paul BOULAND