EN TENUE DE
SERVICE… ESPERER
(Homélie pour le
19° dimanche du temps ordinaire – année C – 8 août 2010)
Jésus disait à ses
disciples :
« Restez en tenue de
service et gardez vos lampes allumées.
Soyez comme des gens qui attendent leur maître
à son retour des noces
pour lui
ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.
Heureux les serviteurs que le
maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller.
Vraiment je vous le dis :
il prendra la tenue de service,
les
fera passer à table et les servira chacun à son tour.
S’il revient vers minuit ou
plus tard encore et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils !
Vous le savez bien : si le
maître de maison connaissait l’heure où le voleur doit venir,
il ne
laisserait pas forcer sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts :
c’est à
l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Luc 12, 32-48
C’est à nous, « petit troupeau » d’aujourd’hui, que Jésus
recommande de « rester en tenue de travail », de « garder nos
lampes allumées » et d’être « comme des gens qui attendent leur
maître à son retour des noces ».Que veut-il donc nous dire de si
important ? Essentiellement, il veut nous apprendre à nous comporter comme
des gens qui lui font confiance. C’est-à-dire à vivre notre
« aujourd’hui » comme des gens qui attendent tout de l’avenir.
Confiance : l’avenir ne nous fait pas peur. Et cet avenir a un visage, il
est une personne. « Nous proclamons
ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que Tu viennes » Il y
aura une rencontre vers laquelle nous marchons, jour après jour, sans peur et
sans faiblir.
Mais, en attendant ce terme, Dieu est absent. Voilà le thème qui revient
souvent dans les évangiles : l’absence du maître. Dieu est absent ?
Je relis le premier chapitre de la Bible, un beau poème qui nous raconte
qu’après avoir tout créé, et l’homme en dernier lieu, Dieu se reposa. On
pourrait traduire : « Dieu se reposa sur l’homme du soin de gérer et
d’aménager la création. » Il lui dit expressément dans le poème :
« Croissez et multipliez-vous.
Dominez la terre et soumettez-la. » Et c’est vrai : jamais Dieu
n’intervient dans les événements de nos vies. Il n’est même pas intervenu quand
nous avons crucifié son Fils (ce qui se reproduit chaque fois que, d’une
manière ou d’une autre, nous « crucifions » nos frères.) Il
n’intervient jamais directement, comme s’il était absent. Et il est effectivement
absent, je dirais physiquement absent, même si son Esprit nous accompagne, et
nous encourage, et nous stimule.
Il s’agit donc de ne pas regarder en arrière.
Mais de « rester en tenue de service » dans le quotidien de mon
existence. Mais en même temps, de donner du sens à ce quotidien dans la
perspective du long terme : aujourd’hui se vit en fonction de demain. Lorsque
je décide de partir en vacances, je sais qu’il y a quantité de démarches à
entreprendre, de renseignements à obtenir, d’itinéraires à calculer, d’objets
indispensables à acheter, bref, un ensemble d’activités nécessaires aujourd’hui
pour pouvoir partir demain. Le futur conditionne mon présent. Demain sera
fonction de ce qu’est aujourd’hui.
Il en est de même de la totalité de mon existence et de toutes mes
activités. Tout ce que je fais, tout ce
que je vis, tout ce que je dis a des incidences sur le bonheur des humains, sur
le progrès de la création.
Le sens ultime de notre existence ne se trouve pas dans des événements
passés. Pas même dans le fait de la Résurrection du Christ, il y a deux mille
ans. Ce sens ultime se trouve dans la résurrection de toute l’humanité, dans la
libération totale de tous les êtres humains de l’esclavage du péché, de
l’oppression de la guerre. C’est pourquoi Jésus nous appelle à demeurer
vigilants, à être prêts, à ne pas demeurer passifs. Il nous invite à être
attentifs et à travailler personnellement et lucidement à la réalisation de la
promesse.
Il ne faut pas entrer dans l’histoire à reculons en regardant en
arrière. Nous ne savons pas ce que sera l’avenir de notre société, de nos
Eglises, de nos communautés. Mais dans la Foi, nous croyons qu’il y a un
avenir. Nous savons que cet avenir est dans les mains de Dieu et que nous avons
à y coopérer. Certes, nous sommes souvent comme les disciples d’Emmaüs :
sur notre route humaine, nous pouvons énumérer ceux de nos espoirs et de nos
attentes qui ne se sont pas réalisés. Mais, « marchant en sa
présence », nous savons que son Esprit nous assure qu’il est vraiment
ressuscité et que, tôt ou tard, avec notre participation, la résurrection
finale de toute l’humanité aura lieu.
C’est cela l’Espérance !
Jean-Paul BOULAND