LA
VALEUR AJOUTEE DES CHOSES
(Homélie pour la fête de
l'Assomption – 15 août 2010)
En ces jours-là,
Marie se lève
et se rend avec
empressement vers le haut-pays, dans une ville de Juda.
Elle entre dans la
maison de Zacharie et elle salue Élisabeth.
Or, quand Élisabeth
entend la salutation de Marie, l'enfant bondit en son sein.
Élisabeth est
remplie du Souffle spirituel de sainteté.
Elle s'écrie d'une
voix forte: Tu es bénie parmi les femmes et le fruit de ton sein est béni!
Comment m'est-il
donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi?
Comme la voix de ta
salutation parvenait à mes oreilles,
voici que l'enfant
bondissait de joie dans mon ventre.
Elle est sur la voie
du bonheur celle qui a cru que s'accomplirait ce qui lui fut dit de la part du
Seigneur!
Marie dit alors:
Je chante à pleine
voix la grandeur du Seigneur et je crie d'allégresse pour le Dieu qui me sauve!
Car Il m'a
considérée, moi son humble servante.
Voici: désormais
chaque génération me dira bienheureuse.
Car Il a fait pour
moi de grandes choses;
Lui, le Puissant:
son Nom est saint!
Son coeur de
tendresse accueille, d'âge en âge, ceux qui frémissent à son Nom.
Il a déployé la
force de son bras. Il a dispersé les coeurs qui se croient forts.
Il a détrôné les
puissants et élevé les humbles.
Il a comblé de bien
les affamés et renvoyé vides les enrichis.
Il est venu en aide
à Israël, son fils et serviteur, se souvenant de sa miséricorde,
comme Il avait dit à
nos ancêtres, en faveur d'Abraham et de sa descendance pour l'éternité.
Marie reste environ
trois mois avec Élisabeth, puis elle revient dans sa maison.
Luc 1,39-56
Voilà
donc Marie en route. Elle va chez Elisabeth, sa cousine, qui est enceinte, bien
qu'elle soit déjà âgée… elle a peut-être 30 ou
35 ans, selon la durée moyenne de la vie à cette époque,.. Marie
est-elle seule ? Est-elle accompagnée ? Par qui ? Luc ne nous dit rien. Elle a
probablement rejoint une caravane partant pour la Judée. Car une jeune femme ne
saurait, à cette époque, parcourir seule et à pied la centaine de kilomètres
qui la séparent du village de Zacharie.
Et Marie pense. Et Marie rêve. Et Marie chante.
Elle pense à Joseph qui est resté à Nazareth. Va-t-il
savoir se débrouiller tout seul ? Car elle n'est pas partie que pour quelques
jours, mais pour plusieurs semaines ! Elle pense aux amies qu'elle a laissées.
Elle repense à son enfance, encore pas si lointaine, où elle jouait et dansait.
Et elle esquisse même un pas de danse, devant ses compagnons de voyage, qui se
demandent ce qu'il lui prend ! Et elle repense à cette annonce mystérieuse
qu'elle a perçue. Elle va être mère d'un enfant qui sera, à la fois comme les
autres, et différent de tous.
Et
Marie rêve à cet enfant, son premier enfant. Un fils de son peuple. Le Peuple
de Dieu. Un fils de Dieu. Il sera beau. Il sera grand. Il sera intelligent.
Plus tard, il protègera sa mère. Il sera son bâton de vieillesse. On parlera de
lui dans tout Nazareth! Et Marie sera fière de son fils.
Et nous voici nous aussi tout de suite comme Marie. Nous
aussi, nous pensons, nous rêvons.
Nous ne pouvons pas chasser de notre esprit, au cours de
cette célébration, les pensées qui se bousculent. La soirée d'hier, et le repas
avec les amis… Ou la maladie de celui ou
de celle qui nous est proche, et dont nous ne savons pas comment elle va
évoluer… Les soucis pour nos enfants, leur avenir, leur réussite dans la vie, que
seront-ils ? que feront-ils ? Et il ne faudra pas que j'oublie de faire telle
ou telle chose en rentrant tout à l'heure… Et qu'allons-nous faire cet
après-midi ?
Et des rêves viennent s'intercaler, entre les couplets du
chant d'entrée, ou les paroles du Je crois en Dieu. Je nous imagine dans notre
nouvelle maison… Je m'imagine dansant sur la plage, devant les badauds…
Tout cela est très normal, pour Marie comme pour nous.
Ainsi va la vie, Tous les instants se bousculent, et le rêve avec la réalité.
Et nous ne pouvons pas nous empêcher d'imaginer l'avenir, tout en sachant qu'il
ne viendra pas tel que l'aurons imaginé… L'essentiel est de ne pas perdre de
vue ce qui donne du sens à notre vie. Ainsi Marie ne perd pas de vue qu'elle a
une mission à accomplir, et que cette mission fera son bonheur… toutes les
générations me diront bienheureuse…
Ne perdons pas de vue ce qui fait l'essentiel de notre
existence. Qui que nous soyons, nous avons du prix aux yeux de Dieu. Avons-nous
également du prix à nos propres yeux ? Savons-nous apprécier les personnes et
les choses à leur juste prix ? Savons-nous donner aux personnes et aux choses
de la valeur ajoutée ?…
Toutes nos pensées, tous nos rêves, tous nos désirs et
toutes nos craintes, présentons-les au Seigneur, comme Marie… Malgré tout, le
Seigneur fait pour nous des merveilles, Saint est Son Nom !
Jean-Paul BOULAND