JESUS = DIEU SAUVE
(Homélie
pour le 34° dimanche du temps ordinaire – année C – CHRIST-ROI – 21 novembre
2010)
On
venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder.
Les
chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même,
s’il est
le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la
boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es
le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des
Juifs. »
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait :
« N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi
toi-même, et nous avec ! »
Mais l'autre lui fit de vifs reproches : « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu
!
Tu es
pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce
que nous méritons.
Mais lui, il n'a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton
Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras
dans le Paradis. »
Rappelez-vous l'évangile du premier dimanche du
Carême, extrait du texte de Luc :
S'approchant, le tentateur lui dit: «Si tu es
Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains». Mais il répondit:
«Il est écrit: Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute
parole qui sort de la bouche de Dieu» Alors le diable le prend avec lui dans la
Ville Sainte, et il le plaça sur le pinacle du Temple et lui dit: «Si tu es
Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera pour toi des
ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne
heurtes du pied quelque pierre». Jésus lui dit: «Il est encore écrit: Tu ne
tenteras pas le Seigneur, ton Dieu». De nouveau le diable le prend avec lui sur
une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire
et lui dit: «Tout cela, je te le donnerai, si, te prosternant, tu me rends
hommage». Alors Jésus lui dit: «Retire-toi, Satan ( Matthieu 4, 3-10).
Et l'année liturgique se termine aujourd'hui par ce
texte, extrait lui aussi de Luc :
Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux,
se moquaient: «Il en a sauvé d'autres, disaient-ils; qu'il se sauve lui-même, s'il
est le Christ de Dieu, l'Élu»! Les soldats aussi se gaussèrent de lui:
s'approchant pour lui présenter du vinaigre, ils disaient: «Si tu es le roi
des Juifs, sauve-toi toi-même»! Il y avait aussi une inscription au-dessus
de lui: «Celui-ci est le roi des Juifs». L'un des malfaiteurs suspendus à la
croix l'injuriait: «N'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous
aussi». ( Luc 23,
35 sq.).
Si
tu es fils de Dieu… S'il est le fils de Dieu …
Entre
prêtres, lorsque j'étais plus jeune, on racontait l'histoire suivante : Au
catéchisme, Monsieur le Curé demande à un enfant : Qu'est-ce que Jésus pouvait
penser lorsqu'il était sur la croix ? – Et l'enfant répond : Il pensait :
J'm'en fiche, dans trois jours, je ressuscite !.
On
dit aussi que le naturaliste Jean ROSTAND, qui était agnostique, parlait, à
propos du Christ, de la "grande tromperie de Dieu". Et il expliquait
: Jésus savait qu'il était Dieu. Or Dieu ne peut pas être atteint par le
mal, il ne peut pas souffrir, il ne peut pas mourir. Donc le Christ n'a pas
vraiment souffert, il n'est pas réellement mort. Il a trompé son monde !
Il reprenait ainsi à son compte l'une des erreurs doctrinales du second siècle,
qu'on nomme le "docétisme", selon laquelle Jésus a fait semblant
d'être un homme, mais n'en était réellement pas un, puisqu'il était Dieu.
Et
beaucoup d'entre vous pensez : “ S’il y avait un bon dieu... tout ne se
passerait pas comme ça se passe!... “. Les humains désirent un dieu qui les
mette à l’abri, qui les protège, qui les dirige, qui leur donne du pain, qui
leur assure la sécurité sociale, qui évite que leurs pieds ne buttent contre
les pierres, qui empêche les petits enfants de mourir, qui fasse que les
accidents de la route ne soient pas meurtriers, qui arrête les inondations, les
incendies et les glissements de terrain et qui, enfin, leur assure une retraite
heureuse. Les hommes ne supportent pas d’être libres et responsables de leurs
actes, devant leur propre conscience, comme devant leurs semblables. Alors ils
imaginent un Dieu qui prenne leur destinée en mains, du début à la fin, et qui
leur garantisse le bonheur… comme si des esclaves pouvaient être heureux ! Et,
puisque ce n'est pas ainsi que Dieu se révèle à eux, souvent ils le refusent.
"La
Bible nous dit que Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui
a bien rendu", disait VOLTAIRE au dix-huitième siècle. Perpétuelle
tentation de faire Dieu à notre image, ou de le faire selon l’idéal que nous
nous fixons. “Sauve-toi toi-même ! Qu’il se sauve lui-même ! Sauve toi et
nous aussi !". Perpétuelle tentation de fuir le monde pour se retirer
sur la montagne, à l’écart. Perpétuel désir de retour dans l’utérus maternel,
là où les bruits ne parvenaient qu’assourdis, où les besoins élémentaires et
alimentaires étaient satisfaits, où l’atmosphère était chaude et sécurisante.
C’est peut-être, c’est certainement pour cela que les groupes qui prêchent la
fin imminente du monde, et le retrait à l’écart ont tant de succès sur les
esprits faibles. Se sauver, se reposer, voir enfin les choses et le monde
d’en-haut.
Tel
est peut-être le dieu des philosophies. Tel n’est pas le dieu de la révélation
biblique et de Jésus-Christ.
Le
peuple juif dans son ensemble, au premier siècle, espérait et attendait la
venue d’un Messie qui libérerait le pays de l’occupant romain, restaurerait
l’ancien royaume que David avait unifié ( de Dan à Beersheba ), et assurerait
pendant mille années la domination d’Israël sur les autres nations. C’était une
des manières de comprendre la révélation biblique. Mais les textes sacrés ont
ceci de particulier qu’il ne faut jamais en donner une interprétation
définitive. Et il fallut que les disciples voient de leurs yeux Jésus
re-suscité à la vie, pour qu’ils comprennent qu’ils devaient revoir leur
conception du Messie, et comprendre que la libération qu’il était venu apporter
n’était pas seulement politique et sociale, mais aussi psychologique et morale, spirituelle et religieuse.
A
ceux qui désirent se sauver du monde, ou qui, dans le monde désirent se sauver,
c'est-à-dire découvrir le bonheur, par leurs propres efforts et leurs propres
forces, le Christ dit : Seule, la confiance en Dieu sauve. Seul Dieu sauve.
C’est même l’exacte traduction française du prénom JESUS.
Jean-Paul BOULAND