JESUS = DIEU SAUVE

(Homélie pour le 34° dimanche du temps ordinaire – année C – CHRIST-ROI – 21 novembre 2010)

 

 

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder.

Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même,

s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
 ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait :

 « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l'autre lui fit de vifs reproches : « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu !

Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons.

 Mais lui, il n'a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Luc 23, 35-43

 

 


Rappelez-vous l'évangile du premier dimanche du Carême, extrait du texte de Luc :

 

S'approchant, le tentateur lui dit: «Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains». Mais il répondit: «Il est écrit: Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» Alors le diable le prend avec lui dans la Ville Sainte, et il le plaça sur le pinacle du Temple et lui dit: «Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre». Jésus lui dit: «Il est encore écrit: Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu». De nouveau le diable le prend avec lui sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit: «Tout cela, je te le donnerai, si, te prosternant, tu me rends hommage». Alors Jésus lui dit: «Retire-toi, Satan ( Matthieu 4, 3-10).

 

Et l'année liturgique se termine aujourd'hui par ce texte, extrait lui aussi de Luc :

 

Le peuple se tenait là, à regarder. Les chefs, eux, se moquaient: «Il en a sauvé d'autres, disaient-ils; qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ de Dieu, l'Élu»! Les soldats aussi se gaussèrent de lui: s'approchant pour lui présenter du vinaigre, ils disaient: «Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même»! Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui: «Celui-ci est le roi des Juifs». L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait: «N'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi». ( Luc 23, 35 sq.).

 

Si tu es fils de Dieu… S'il est le fils de Dieu …

 

Entre prêtres, lorsque j'étais plus jeune, on racontait l'histoire suivante : Au catéchisme, Monsieur le Curé demande à un enfant : Qu'est-ce que Jésus pouvait penser lorsqu'il était sur la croix ? – Et l'enfant répond : Il pensait : J'm'en fiche, dans trois jours, je ressuscite !.

 

On dit aussi que le naturaliste Jean ROSTAND, qui était agnostique, parlait, à propos du Christ, de la "grande tromperie de Dieu". Et il expliquait : Jésus savait qu'il était Dieu. Or Dieu ne peut pas être atteint par le mal, il ne peut pas souffrir, il ne peut pas mourir. Donc le Christ n'a pas vraiment souffert, il n'est pas réellement mort. Il a trompé son monde ! Il reprenait ainsi à son compte l'une des erreurs doctrinales du second siècle, qu'on nomme le "docétisme", selon laquelle Jésus a fait semblant d'être un homme, mais n'en était réellement pas un, puisqu'il était Dieu.

 

Et beaucoup d'entre vous pensez : “ S’il y avait un bon dieu... tout ne se passerait pas comme ça se passe!... “. Les humains désirent un dieu qui les mette à l’abri, qui les protège, qui les dirige, qui leur donne du pain, qui leur assure la sécurité sociale, qui évite que leurs pieds ne buttent contre les pierres, qui empêche les petits enfants de mourir, qui fasse que les accidents de la route ne soient pas meurtriers, qui arrête les inondations, les incendies et les glissements de terrain et qui, enfin, leur assure une retraite heureuse. Les hommes ne supportent pas d’être libres et responsables de leurs actes, devant leur propre conscience, comme devant leurs semblables. Alors ils imaginent un Dieu qui prenne leur destinée en mains, du début à la fin, et qui leur garantisse le bonheur… comme si des esclaves pouvaient être heureux ! Et, puisque ce n'est pas ainsi que Dieu se révèle à eux, souvent ils le refusent.

"La Bible nous dit que Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu", disait VOLTAIRE au dix-huitième siècle. Perpétuelle tentation de faire Dieu à notre image, ou de le faire selon l’idéal que nous nous fixons. “Sauve-toi toi-même ! Qu’il se sauve lui-même ! Sauve toi et nous aussi !". Perpétuelle tentation de fuir le monde pour se retirer sur la montagne, à l’écart. Perpétuel désir de retour dans l’utérus maternel, là où les bruits ne parvenaient qu’assourdis, où les besoins élémentaires et alimentaires étaient satisfaits, où l’atmosphère était chaude et sécurisante. C’est peut-être, c’est certainement pour cela que les groupes qui prêchent la fin imminente du monde, et le retrait à l’écart ont tant de succès sur les esprits faibles. Se sauver, se reposer, voir enfin les choses et le monde d’en-haut.

 

Tel est peut-être le dieu des philosophies. Tel n’est pas le dieu de la révélation biblique et de Jésus-Christ.

 

Le peuple juif dans son ensemble, au premier siècle, espérait et attendait la venue d’un Messie qui libérerait le pays de l’occupant romain, restaurerait l’ancien royaume que David avait unifié ( de Dan à Beersheba ), et assurerait pendant mille années la domination d’Israël sur les autres nations. C’était une des manières de comprendre la révélation biblique. Mais les textes sacrés ont ceci de particulier qu’il ne faut jamais en donner une interprétation définitive. Et il fallut que les disciples voient de leurs yeux Jésus re-suscité à la vie, pour qu’ils comprennent qu’ils devaient revoir leur conception du Messie, et comprendre que la libération qu’il était venu apporter n’était pas seulement politique et sociale, mais aussi psychologique  et morale, spirituelle et religieuse.

 

A ceux qui désirent se sauver du monde, ou qui, dans le monde désirent se sauver, c'est-à-dire découvrir le bonheur, par leurs propres efforts et leurs propres forces, le Christ dit : Seule, la confiance en Dieu sauve. Seul Dieu sauve. C’est même l’exacte traduction française du prénom JESUS.

 

Jean-Paul BOULAND