Reconnaissons que nous sommes pécheurs

(Homélie pour la célébration du Baptême du Seigneur – année A – 9 janvier 2011)

 

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain,

et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l'en empêcher et disait :

« C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ;

c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. »

Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent,

et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. »

Matthieu 3, 13-17

 

 

1- La 'VIE CACHEE" de JESUS : Après avoir évoqué, dans les deux premiers chapitres de son Evangile, la naissance et la petite enfance de Jésus, Matthieu, au  troisième chapitre, nous le montre, quelques trente années plus tard, comme surgissant de nulle part : "Jésus paraît sur les bords du Jourdain…". Sur ce qu'il s'est passé durant ces trente années, il n'est pas plus disert que les trois autres. Il ne faut donc pas craindre de dire que nous ne savons rien de ce qui a précédé l'entrée de Jésus dans la vie publique de son époque. Tout ce qu'ont écrit maints et maints auteurs n'est que conjectures ou affabulations. Nous pouvons tout imaginer, car nous ne savons rien !

 


2- JESUS et JEAN : En revanche, nous savons maintenant, grâce aux progrès de l'exégèse et de la recherche historique, que Jésus a commencé par être disciple de Jean, avant de constituer lui-même son groupe de Douze hommes, signifiant ainsi, de manière symbolique, qu'il désirait refaire l'unité du Peuple de Dieu, comme le roi David avait réalisé l'union des douze tribus du peuple hébreu. Mais le groupe des disciples de Jean ne s'est pas dissous pour autant. Il subsiste encore, groupés au sud de l’Irak, dans les zones marécageuses du Schatt-el-Arab, débordant sur l’Iran (province du Khouzistan,) quatre ou cinq mille Mandéens dont les ancêtres vivaient sur les bords du Jourdain et qui considèrent Jean-Baptiste, connu par des traditions qui ne viennent pas du Nouveau Testament, comme leur prophète-fondateur. Les Mandéens parlent un dialecte araméen oriental qui leur est propre et leur nom signifie ceux qui savent… Chez eux, le baptême est le rite essentiel qui peut être renouvelé et qui est toujours conféré dans une eau courante, appelée Jourdain. Après la mort-résurrection de Jésus, une coupure s'est opérée entre les deux groupes, celui de Jean et celui de Jésus, les Mandéens et les Chrétiens, chaque groupe prétendant que son leader était le Messie. C'est ainsi que peut s'expliquer la question, sous forme légèrement polémique, que posent un jour les disciples de Jean à Jésus : "Es-tu Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?". C'est ainsi que s'explique également la réflexion prêtée par les évangélistes à Jean, à propos de Jésus : "Il faut qu'il grandisse, et que moi je diminue". C'est ainsi également que s'explique qu'on a mis la fête de la saint JEAN d'hiver, lorsque le soleil remonte à l'horizon, sous le patronage de l'apôtre; et celle de la saint JEAN d'été, au moment où le soleil commence à décliner, sous le patronage du Baptiste.


 

3- Le BAPTEME de JESUS : Jésus se présente à JEAN pour que celui-ci le plonge dans l'eau, comme il le fait aux autres qui reconnaissent qu'ils sont pécheurs. Jésus reconnaître son péché ? C'est troublant ! En fait, il ne s'agit pour Matthieu que d'affirmer que Jésus est pleinement homme parmi les hommes. Il ne s'agit pour Jésus, que d'affirmer sa profonde et totale solidarité avec l'ensemble de l'humanité. Jésus se reconnaît l'un d'entre nous. Nous nous reconnaissons en lui. N'est-ce pas par l'invitation à cette prise conscience que commence chacune de nos eucharisties : "Préparons-nous à célébrer l'eucharistie. Reconnaissons que nous sommes pécheurs".

 


4- La PRISE de CONSCIENCE de JESUS : Matthieu nous décrit, au moment du baptême de Jésus par Jean, une théophanie (= une manifestation visible de Dieu). "Les cieux s'ouvrirent, et Jésus vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir à lui. Et des cieux, une voix disait : Celui-ci est mon fils bien-aimé; en lui j'ai mis tout mon amour !". Il précise bien que Jésus est le seul à voir ce qu'il voit. Personne d'autre ne le voit. Il s'agirait donc d'une expérience intérieure. Un peu peut-être comme Bernadette, à la grotte de Massabielle est la seule à voir "la belle dame". Matthieu pourrait signifier ainsi que, ce jour-là, à ce moment-là, Jésus prend conscience tout d'un coup qu'il est envoyé par l'Eternel pour une mission particulière : annoncer le Règne de Dieu présent au milieu des hommes. "Celui-ci est mon Fils bien-aimé" : la formule est celle employée chez les Juifs, au temps de la royauté, pour le sacre des rois. Rapportée par Matthieu, longtemps après, elle signifie que les croyants reconnaissent en Jésus re-suscité à la vie de Dieu, le Fils de Dieu, le Messie, l'Homme de la Fin du Temps, le Roi des Rois. Ce qui est exprimé autrement dans le Livre des Actes, par PAUL : "Dieu a envoyé la Parole aux fils d'Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus le Christ :  c'est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous !".


 

Et vous qu'en pensez-vous ? Que croyez-vous de Jésus ?

 

Jean-Paul BOULAND