L'ESPOIR ET L'ESPERANCE
(à propos des
disciples d'Emmaüs)
(Homélie pour le Dimanche de PAQUES – 24
avril 2011)
Ils avaient cheminé des années avec Lui.
Ils l'avaient admiré purifiant les
lépreux,
Guérissant les malades, réanimant les
morts,
Pardonnant les péchés et chassant les
démons.
Ils avaient cheminé des années avec Lui.
Ils l'avaient entendu proclamer le bonheur
Et la Libération pour les emprisonnés,
L'Amour et la Justice et la Terre
nouvelle.
Ils avaient cheminé des années avec Lui.
Ils avaient mis en Lui tout leur espoir
humain,
Et tout leur idéal, car Il leur avait dit
:
C'est bientôt qu'adviendra la Règne de mon
Père.
Et puis un Vendredi d'orage et de
tonnerre,
Trois croix s'étaient dressées, et la
sienne au milieu.
Et l'agonie du Fils avait été la leur,
Car ils l'avaient vu mort...
irrémédiablement.
Sa mort était la mort de leurs espoirs
humains.
Avaient-ils donc rêvé ? Ils ne
comprenaient plus !
Mais le troisième jour, quelqu'un croisa
leur route.
- " Pourquoi ces mines tristes et
cet air affligé ? "
- " Notre Espérance est morte et
mort notre idéal.
Se serait-il trompé ? Nous aurait-il
trompés ? "
- " Hommes de peu de foi, vous
n'avez rien compris ! ".
C'est alors qu'il reprit avec eux
l'aventure
De ces années passées. Il relut
l'Ecriture,
Et leur ouvrit les yeux, et ils le
reconnurent.
Oui, le Crucifié était ressuscité,
Et avec Lui la mort venait d'être vaincue.
Ils comprirent enfin qu'ils avaient
confondu
La vertu d'Espérance avec l'espoir humain.
C'est ainsi qu'il en va de nos petites
vies !
Tu passes des années à bâtir des projets,
A tout imaginer, le présent, l'avenir,
Les lendemains radieux et la Terre
nouvelle.
Et tu investis tout dans un espoir humain.
Puis un jour, terrifié, te surprend la
tempête,
Qui t'emporte inconscient et te laisse
blessé.
Et tu touches le fond, le fond du
désespoir,
Pourtant, ce jour enfin peut surgir
l'Espérance.
Si alors tu refuses la résignation,
Si tu te lèves enfin, si tu reprends la
route,
Peut-être quelque part, Il te rencontrera.
Mais tu mettras du temps à croire en Sa
Présence !
Peu à peu, pas à pas, Il reprendra ta vie,
Comme un bon artisan il retissera tout,
Tu verras enfin clair, tu Le reconnaîtras,
Mais comme en un brouillard, car il te
manquera
De manger à Sa table, ensemble avec ses
frères,
Qui sont aussi tes frères, invités comme
toi.
Et c'est en partageant le vin, le pain de
vie,
Que tes yeux s'ouvriront définitivement.
Et c'est Lui qui pourra révéler
l'Espérance
Née du matin de Pâques, et qui dormait en
toi,
L'Espérance plus forte que tout espoir
humain,
Capable de combler les attentes cruelles.
Car pour nous, le sais-tu, tu portes
l'Espérance !
Jean-Paul BOULAND