UNE ARDENTE CONVICTION
(Homélie
pour la Pentecôte 2011)
Quand
arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient
réunis tous ensemble.
Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent :
toute
la maison où ils se tenaient en fut remplie.
Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et
qui se posa sur chacun d'eux.
Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint : ils se mirent à parler en
d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit.
Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les
nations qui sont sous le ciel.
Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule.
Ils
étaient dans la stupéfaction parce que chacun d'eux les entendait parler sa
propre langue.
Déconcertés, émerveillés, ils disaient :
« Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ?
Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la
Cappadoce,
des
bords de la mer Noire, de la province d'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie,
de
l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici,
Juifs
de naissance et convertis, Crétois et Arabes,
tous
nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »
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C |
e vendredi soir, veille
de la Pâque, après avoir déposé le corps de Jésus dans le tombeau de Joseph
d'Arimathie, Jean, accompagné de Marie, rejoignit les dix au lieu où il savait
les trouver. Car ils s'étaient enfuis et l'avaient abandonné lorsqu'ils avaient
compris que le sort de leur Maître était scellé, et que personne ne pourrait
plus arrêter la machine judiciaire. Ils s'étaient donné rendez-vous dans la
maison où ils avaient pris avec lui le repas rituel. Le propriétaire était un
ami; il ne les trahirait pas. Ils avaient bien pris soin de ne pas se faire
repérer, et avaient fermé la serrure à
double tour, car ils avaient peur des autorités juives.
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Q |
ue pourrait-il se passer pour
eux maintenant ? On les avait vus
accompagner Jésus depuis plusieurs années. Et Jésus avait été exécuté comme
terroriste, ainsi que l'attestait l'inscription au-dessus de sa croix : Jésus
de Nazareth, roi des Juifs ! Si donc on les découvrait, ils risquaient
l'arrestation et la condamnation au prétexte qu'ils avaient aidé Jésus à
prendre le pouvoir. Il leur fallait donc se cacher quelques temps en un lieu
sûr, puis disparaître de la circulation et rejoindre ensuite la Galilée, où ils
seraient en pays connu.
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I |
ls se remémoraient les
moments intenses vécus avec Jésus : les foules qui l'avaient acclamé, les
journées et les nuits passés en sa compagnie à l'écouter parler du Règne de
Dieu, à l'entendre raconter des paraboles. Son entrée triomphale dans
Jérusalem. Les rencontres. Son attitude envers les pauvres et les petits. Son
enseignement si différent de celui des scribes et des pharisiens… Le dernier
repas : Voici mon corps livré… Voici mon sang versé. Et surtout son
regard ! … Comme s'il voyait
l'invisible !… Ils avaient cru qu'il était le Messie, qu'il allait restaurer le
royaume mythique de David, et établir enfin Israël au-dessus de tous les
peuples. Ils avaient pensé, sans trop oser le dire, qu'il y aurait peut-être
pour eux des places de ministres, d'ambassadeurs, de gouverneurs… Et puis tout
était tombé. Le beau rêve avait tourné au cauchemar. Et ils crevaient de peur.
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C |
'est en parlant ensemble, et
se remémorant les années passées avec
lui, que peu à peu ils furent amenés à
se poser la question : Et si nous avions mal compris les Ecritures ? Si le
Messie n'était pas ce chef de guerre et ce leader politique que tous
attendaient ? Si ce qu'il avait dit était vrai: Je suis doux et humble… Le Règne de Dieu est en vous… Bienheureux
les pauvres… Cherchez d'abord le Règne de Dieu et la Justice… Le Fils
d'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir…. S'il en était
ainsi, alors la perspective changeait totalement. Et la mission qu'il leur
avait confiée : Allez, faites des disciples, baptisez-les, apprenez-leur à
garder ce que je vous ai enseigné… ça n'était pas une mission politique, comme
un changement de régime, mais quelque chose de plus considérable . Un véritable
bouleversement. Une révolution. Il leur fallait, dans le même Esprit que
lui, reconsidérer le monde et les
rapports entre les humains, réapprendre et clamer partout que l'Eternel est un
Père, porter sur le monde et sur les hommes le même regard d'amour que Jésus
avait porté. Continuer ce qu'il avait commencé lorsqu'il les avait réunis en un
groupe de douze hommes, comme les douze tribus d'Israël. Rassembler le nouveau
Peuple de Dieu. Créer un peu partout des communautés-témoins de la vie et de
l'amour de Celui en qui ils reconnaissaient maintenant le Messie, le Christ.
Qui continueraient au milieu des hommes ce qu'il avait commencé. Qui seraient
pour les hommes des envoyés de l'Eternel. Et qui, par contagion, peu à peu,
transformeraient le monde…
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A |
u fil des heures, l'évidence
s'imposa à eux, la certitude tomba sur eux, comme si l'Eternel lui-même les
illuminait.. Ils prirent conscience qu'ils avaient l'ardente obligation de
mettre en œuvre l'Esprit de Jésus, qui les brûlait maintenant comme un feu. Ils
réalisèrent qu'en eux leur Maître était toujours vivant. Que sa Parole était
toujours actuelle. Leur conviction était maintenant inébranlable.
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I |
ls ouvrirent la porte. Ils
sortirent. Libérés de la peur.
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L |
'Histoire, qu'ils avaient cru
finie, ne faisait que commencer. Le monde ne devait plus jamais être ce qu'il
avait été jusqu'alors.
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C |
ette Histoire est toujours la
nôtre. La même mission. La même obligation. Le même monde. Les mêmes hommes.
Les mêmes communautés.
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U |
ne seule question reste à
poser : avons-nous la même conviction?