Contre la
VIOLENCE : DIEU-TRINITE
(Homélie
pour le dimanche de la Trinité – année A – 30 mai 2010)
Dieu a tant aimé le
monde qu'il a donné son Fils unique :
ainsi tout homme qui
croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde,
mais
pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est
déjà jugé,
parce
qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Jean 3, 16-18
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D |
ans
son ouvrage intitulé "Le prix du monothéisme", édité en 2007,
l'auteur, Jan ASSMANN fonde le monothéisme sur ce qu'il nomme "la
distinction mosaïque", que nous trouvons au chapitre 6 du Livre du
Deutéronome : Ecoute, Israël:
L'Eternel notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout
ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Et qu'il explicite ainsi : la
caractéristique principale du monothéisme biblique attribué à Moïse n’est pas
la croyance en un seul Dieu mais la distinction faite entre ce qui est vrai et
ce qui est faux dans la religion. Selon ASSMANN, la distinction mosaïque
introduit un nouveau type de vérité : la vérité absolue, révélée, vérité
métaphysique ou vérité de croyance. L'Eternel Dieu n'est pas seulement le SEUL
dieu; il est surtout le VRAI dieu.
Dire cela,
c'est affirmer que les religions monothéistes, fondées sur l'existence d'un
Dieu unique, qui est non seulement unique, mais surtout seul vrai, portent en
elles le germe de l'intolérance, et, par voie de conséquence, de la violence.
Les Livres dits "historiques"
de l'Ancien Testament relatent la conquête d'une Terre par un Peuple en
armes, qui a la conviction qu'il est le seul Peuple choisi par le seul Dieu,
seul unique et seul vrai, qui lui donne cette terre, à charge pour lui de la
conquérir. L'histoire de l'Eglise catholique, à partir de l'année 393, qui
marque l'officialisation du Christianisme comme religion officielle de l’empire
romain, est faite elle aussi d'actes de violence : croisades, guerres de
religions, antisémitisme, conversions et baptêmes forcés. Quant à l'Islam,
chaque jour nous apporte la preuve qu'il obéit à la même règle.
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N |
éanmoins,
je pose un bémol. Ou, si vous préférez, je tempère mon propos. Car je suis
chrétien, disciple de Jésus, le Christ. Et je constate que Jésus de Nazareth a
introduit une rupture radicale. Je constate que le Nouveau Testament relate la
vie, les faits et les actes d'un homme qui s'est présenté en Envoyé de Dieu, et
qui néanmoins, a toujours refusé d'employer la violence, même lorsqu'il fut
tenté de le faire. Et qui a été mis à mort, victime de la violence des autres.
Et je constate encore que cet homme, Jésus de Nazareth, prétendait être animé
de l'Esprit de Celui qu'il nommait "Mon Père", et qui, pour lui, n'était
pas, comme pour les Pharisiens de son époque, le Dieu de la Loi, de la violence
et de la vengeance. Et, après lui, lorsque ceux et celles qui vécurent selon
son exemple parlèrent du Dieu unique, ce fut pour affirmer que ce Dieu est à la
fois Père, Fils et Esprit. Dieu unique. Dieu Trinité. Et c'est la grande
différence entre la conception du monothéisme traditionnel, et celle du Dieu de
Jésus-Christ.
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E |
coutons ce que disait Blaise PASCAL, au 17°
siècle:
Il faut donc tendre uniquement à
connaître Jésus-Christ,
puisque
c’est par lui seul que nous pouvons prétendre connaître Dieu d’une manière qui
nous soit utile.
C’est lui qui est le vrai Dieu des
hommes, c’est-à-dire des misérables, et des pécheurs.
Il est le centre de tout, et l’objet
de tout ; et qui ne le connaît pas,
ne
connaît rien dans l’ordre du monde, ni dans soi même.
Car non seulement nous ne connaissons
Dieu que par Jésus-Christ,
mais
nous ne nous connaissons nous mêmes que par Jésus-Christ….
nous
ne connaissons la vie, la mort que par Jésus-Christ.
Hors de Jésus Christ. nous ne savons ce que c'est ni que notre vie,
ni
que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes.
Ainsi
sans l'Écriture qui n'a que Jésus Christ. pour objet,
nous ne connaissons rien,
et
ne voyons qu'obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre
nature.
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D |
ire
de Dieu qu'il est Trinité, ce n'est pas nier qu'il est unique, et affirmer qu'il est multiple. Dire de Dieu
qu'il est Trinité, c'est reconnaître qu'il y a plusieurs manières pour Lui de
se manifester à nous. En nous, individus et communautés, il est Esprit. Pour
nous, Jésus est sa manifestation visible la plus achevée. Avant nous, il est
Père de l'ensemble de l'Humanité. ..
…
Mais ce que Dieu est en soi, personne ne peut rien en dire. Personne ne doit
rien en dire. Car personne ne sait rien.
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D |
ire
de Dieu qu'il est Trinité, c'est dire que l'unité en Dieu n'est pas un principe
philosophique, comme un axiome mathématique, auquel on doit adhérer sans trop
chercher à comprendre.
Dire
de Dieu qu'il est Trinité, c'est dire que l'unité en Dieu est la fusion du
Père, du Fils et de l'Esprit, qui sont les trois aspects (les Anciens disaient
en grec : hypostases) sous lesquels il se manifeste. Ce que Jean l'évangéliste
résume en affirmant : Dieu est Charité !, que nous traduisons par "Dieu
est Amour" !
Dire
que Dieu est Trinité, c'est d'un seul coup désarmer la violence qui divise et
vise à anéantir, et affirmer la Charité qui construit et cherche à réunir.
Dire
que Dieu est Trinité, c'est rompre avec les siècles de collusion entre l'Eglise
et l'Etat, où ne fut connu que le Dieu unique, sur le modèle de l'Unique
Souverain, Monarque absolu.
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C |
'est
en ce Dieu-Trinité qu'il faut avoir confiance. C'est notre confiance en ce
Dieu-là qu'il faut transmettre, en paroles et en actes.
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I |
l
est grand temps pour nous autres, Chrétiens mes frères et mes sœurs, de
réaliser que notre Dieu est Trinité.
Jean-Paul BOULAND
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Prix
éditeur : 22 euros |
En
1997, l'égyptologue Jan Assmann
publiait un ouvrage, Moïse l'Egyptien,
dont les thèses allaient susciter maintes controverses : en France, en Allemagne, aux États-Unis...
plusieurs spécialistes
s'insurgèrent contre ce qui leur apparut comme une contribution à la critique
de la religion, voire comme une attaque frontale dirigée contre le monothéisme. Au cœur du débat,
toujours vivace aujourd'hui, se trouve le concept de 'distinction mosaïque' forgé par
Jan Assmann : un concept qui, pour certains contradicteurs, prête au
monothéisme une intolérance consubstantielle ; qui, pour les autres, entend
précisément abolir ce qui distingue le monothéisme. Les plus véhéments allant
jusqu'à imputer à l'égyptologue une nostalgie du paganisme, voire un antisémitisme larvé. Par-delà
ces derniers griefs, peu sérieux, le débat a été assez nourri pour que Jan
Assmann entreprît, dans un nouveau livre,
de préciser ou d'amender les concepts utilisés dans le précédent : bel
exemple de retour sur elle-même d'une pensée scientifique. Il revient
donc ici sur ce qui caractérise le monothéisme : cette distinction mosaïque
qui est, non pas la distinction entre un Dieu unique et un fourmillement de
divinités, mais bien la distinction entre le vrai et le faux dans la
religion, entre le vrai dogme et les croyances erronées ; non pas l'irruption
d'une croyance donnée à un moment déterminé, qui suppose un avant et un
après, mais une idée régulatrice. |