(Homélie pour le 30° dimanche ordinaire – Année A – 23 octobre 2011)
Les LIENS du SANG
Les pharisiens,
apprenant qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent,
et
l'un d'entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le
mettre à l'épreuve :
« Maître, dans la Loi, quel est le grand
commandement ? »
Jésus lui répondit
: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,
de
toute ton âme et de tout ton esprit.
Voilà le grand, le
premier commandement.
Et voici le
second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Tout ce qu'il y a
dans l'Écriture - dans la Loi et les Prophètes –
dépend
de ces deux commandements. »
(Matthieu 22, 34-40)
Cette année-là, au début de la période du Carême, nous
avions invité les parents d'enfants en CM1 catéchisés sur la paroisse, pour
réfléchir sur le thème du "Péché". Deux réunions semblables étaient
prévues : une l'après-midi, et une le soir. Nous avions commencé chaque
rencontre par cette question adressée à tous : Comment votre enfant a-t-il
découvert le péché ?
L'après-midi, après le temps de silence habituel dans
ce genre de réunion, une mère de famille avait dit : "C'est tout bête. Axel, mon fils, jouait avec son petit copain. Dans le
courant de l'après-midi, j'ai entendu le petit copain se mettre à pleurer.
Je lui ai demandé pourquoi il pleurait.
Il m'a dit qu'Axel lui avait fait mal. Je m'apprêtais à sermonner mon fils.
Mais, en voyant son petit copain pleurer, Axel a réalisé qu'il lui avait fait
mal exprès. Et il s'est mis lui aussi à pleurer". Axel avait ainsi
découvert que le péché, c'était de faire le mal en sachant que c'est mal, et
que ça fait mal. La discussion s'engagea autour de cette expérience, et, à mon
avis, fut très bonne.
Le soir, même temps de silence interrompu par un père
de famille nombreuse : "Pour moi,
c'est tout simple. Je dis à mes enfants qu'il y a une loi, les commandements de
Dieu. Et que désobéir aux commandements de Dieu, c'est un péché. Et que Dieu
les punira pour avoir péché". Grand silence parmi les parents.
J'essayais bien de reprendre en racontant ce qu'il s'était passé l'après-midi,
mais c'était cuit ! Après une déclaration aussi péremptoire, personne n'osait
plus prendre la parole.
Le péché considéré comme une faute contre l'amour. Le
péché considéré comme une faute contre la Loi.
C'est exactement le sens de la discussion entre Jésus
et les Pharisiens aujourd'hui.
Les pharisiens continuent de harceler Jésus pour le
mettre à l’épreuve. Cette fois, ils l’interrogent sur la Loi. "Maître,
dans la Loi, quel est le plus grand commandement ?". La question
pourrait sembler assez banale. Mais il faut la remettre dans son contexte.
Les pharisiens respectaient non seulement
scrupuleusement la Loi, mais ils y avaient rajouté au fil des générations,
quelques 613 préceptes complémentaires : 365 interdictions (autant que de jours
dans l'année) et 248 commandements (autant que d'éléments constitutifs du corps
humain). Pécher, c'était enfreindre l'un de ces 613 préceptes. On comprend
mieux l’intérêt de la question du spécialiste de la Loi.
Jésus répond en citant deux commandements : l’un vient
du livre du Deutéronome, «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur,
de toute ton âme, de tout ton esprit» (Dt 6, 5) ; et
l’autre est tiré du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18b) Ce qui est original dans cette réponse de
Jésus, c’est le rapprochement et le lien qu’il établit entre ces deux
commandements. Pour Jésus, l’amour pour Dieu et l’amour pour son prochain
constituent un tout indissociable.
Pour faire comprendre la profondeur de la réponse de
Jésus, il faut préciser le sens du verbe « aimer » que Jésus emploie ici.
Pour parler de l'Amour, les Evangélistes utilisent
deux verbes grecs : Phileïn et Agapan. Phileïn : traduit
l’amitié, c'est-à-dire un attachement tendre, affectueux, inspiré par le
sentiment ou l'instinct. Les Evangélistes l’utilisent pour décrire l’amour qui
unit les époux, mais aussi toutes
relations de parenté ou d'amitié. Quand on dit « celui-là, je l’aime bien ! »
ou encore « lui, il ne m’aime pas… », on parle
bien de cet amour "philein" qui s’appuie uniquement sur le sentiment,
sur le ressenti.
Quant au verbe Agapan…
Lorsqu'il fut question, aux débuts de l'Eglise, de donner un nom au
repas qui réunissait les membres de la communauté, chaque premier jour de la
semaine, pour rappeler la mort - résurrection de Jésus, le Christ, dans
l'attente de son retour, on employa le terme grec "AGAPAI", qui
désignait le repas familial. Et, par voie de conséquence, on utilisa le concept
d'AGAPE (agaph), pour désigner
ce qui unissait profondément les croyants entre eux, à l'image de l'union entre
le Christ et Celui qu'il nommait son "Père". AGAPE était donc une
réalité, et non seulement un sentiment. Nous pourrions dire, dans notre
vocabulaire moderne "les liens du sang". Or, dans une famille, que
chacun éprouve ou non un sentiment
d'amitié envers les autres membres, les liens du sang sont
là !
La Bible nous avait révélé que l’être humain est une re-présentation de
Dieu, une "icône" de Dieu. Jésus nous a révélé que ce Dieu est
"Notre Père qui es aux cieux… ". Des liens profonds nous unissent donc à Lui, et par voie de transitivité à chacun
des êtres humains. Dieu, Jésus, vous, moi, tel autre homme ou telle autre
femme, nous sommes du même sang.
A dire et à redire. A méditer et à reméditer.
Jean-Paul
BOULAND
Genèse 1,27- Et Dieu créa
l'homme à son image; il le créa à l'image de Dieu: il les créa mâle et femelle.
Jean 1, 18 - Dieu, personne ne
l'a jamais vu : le Fils unique, qui est dans le sein du Père c'est lui qui l'a
fait connaître.
1 Jean 4, 12 – Dieu, Personne
ne l'a jamais vu; mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en
nous, et son amour est parfait en nous.
Matthieu 7.12. Ainsi, tout ce que vous
voulez que les hommes fassent pour vous, faites–le vous–mêmes pour eux : c’est
la Loi et les Prophètes.
Lévitique 17,18 - Tu ne haïras
point ton frère dans ton coeur, mais tu reprendras ton prochain, afin de ne pas
te charger d'un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point, et tu ne
garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton
prochain comme toi-même.