NOEL – EPIPHANIE

(Homélie pour la célébration de l'Epiphanie – 8 janvier 2012)

 

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand.

Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem  et demandèrent :

« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?

Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui.

Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël,

pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent :

« A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :

Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ;

car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple. »

Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l'étoile était apparue ;  puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant.

Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

 Sur ces paroles du roi, ils partirent.
Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue se lever les précédait ;

elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant.

Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.

En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux,

 ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents :

de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

12 Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,

 ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

(Matthieu 2, 1-12)

 

 


D

ès le premier siècle avant J-C, le 25 décembre, on célébrait à Rome le culte de Mithra, d'origine persane, importé à Rome par les légionnaires romains. Mithra était la divinité perse de la lumière, qui symbolisait le soleil invaincu (Dies natalis solis invicti). On le célébrait par le sacrifice d'un jeune taureau. En 274 après Jésus-Christ, l'empereur Aurélien déclara le culte de Mithra religion d'état.

 

A

 cette époque, on ne célébrait pas encore la naissance de Jésus; il n'y avait qu'une seule grande fête, celle de Pâques, célébrant la Résurrection. C'est seulement dans le cours du II° siècle que l'Église chercha  à déterminer dans l'année le jour de la naissance de Jésus sur lequel les évangiles ne disent rien. Des dates différentes furent alors proposées, ici ou là : le 6 janvier, le 25 mars, le 10 avril ...  A Rome, l'Église choisit  le 25 décembre pour célébrer la naissance de Jésus, pour faire pièce à la fête païenne de la naissance de Mithra. Et c'est l'empereur Constantin qui, vers 330 ou 354, décida de fixer la date de Noël au 25 décembre. Cette date avait une valeur symbolique. En effet, en s'inspirant des prophéties de Malachie (3,19) et du texte de l'évangile de Luc (1,78), on considérait la venue du Christ comme le lever du "Soleil de justice".

 

L

a fête du 25 décembre  arriva progressivement en Orient et en Gaule : en 379 à Constantinople, au début du Vème siècle en Gaule, au cours du Vème à Jérusalem et à la fin du Vème en Égypte. Dans les Églises d'Orient, au 4ème siècle, on célébrait, sous des formes diverses, le 6 janvier la fête de la manifestation de Dieu. Aujourd'hui encore, nos frères orthodoxes célèbrent la naissance de Jésus le 6 janvier.

 

L

a fête de l'Épiphanie, proprement dite, célébrée le 6 janvier, apparut dans des lieux différents avec un contenu différent : ici la naissance de Jésus; là, l'adoration des mages; ailleurs le baptême de Jésus dans le Jourdain et le miracle des noces de Cana. Elle existait au IVème siècle et elle est probablement plus ancienne. A Constantinople, elle  commença à rappeler à la fois la nativité et le baptême de Jésus, puis elle ne rappela que le baptême, lorsque Constantinople  adopta en 379 la fête de Noël le 25 décembre. C'est alors qu'elle devint un jour baptismal. La bénédiction de l'eau avait lieu la veille de la fête et elle était distribuée aux fidèles le jour de l'Épiphanie. En Égypte, elle célébrait le baptême du Christ. Le miracle de Cana était fêté peu après. On bénissait l'eau du Nil et on puisait cette eau bénite pour asperger les bateaux. Ce jour devint  un jour de baptême. En Gaule sous l'influence orientale, elle apparut en 361. Elle célébrait la nativité de Jésus jusqu'à ce que la Gaule ait adopté la fête du 25 décembre au début du Vème siècle. Alors elle rappela les mages, le baptême du Christ et le miracle de Cana. 

 

P

ourquoi remonter si loin et rappeler ces faits historiques ?, pensez-vous. Tout simplement pour  nous dire, et nous redire encore une fois, que le récit de la naissance de Jésus, tout comme celui de l'adoration des Mages, ne sont pas des récits historiques, au sens actuel du terme. Ces textes sont symboliques, porteurs de message. Le récit de Luc, entendu à la messe de la nuit de Noël (la crèche, les anges, les bergers…), nous signifie que, lorsque Dieu se donne à voir, ce n'est pas à la manière des monarques de ce monde, avec carrosse doré et suite de courtisans, mais comme un pauvre enfant frêle et chétif, et que ce sont les pauvres qui en révèlent la présence. Quant au texte de Mathieu (le roi, les mages…)  il nous signifie que, dans la personne de Jésus, Verbe de Dieu, Serviteur de Dieu, c'est Dieu qui s'est manifesté un jour à l'ensemble du genre humain; et que nous avons dorénavant mission de le manifester nous aussi à nos frères en humanité.

S

aint LEON le Grand (Pape de 440 à 461) résumait cela ainsi : " Chrétien mon frère, reconnais ta dignité. Puisque tu participes maintenant à la nature divine, ne dégénère pas en revenant à la déchéance de ta vie passée. Rappelle-toi de quelle tête et de quel Corps tu es membre. Souviens-toi que tu as été arraché au pouvoir des ténèbres pour être transféré dans la lumière et le Royaume de Dieu " (S. Léon le Grand, serm. 21, 2-3 : PL 54, 192A).

 

A

 chaque eucharistie, le prêtre qui célèbre dit, au moment où il mélange l'eau au vin, au cours du rite de l'Offrande : "Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l'alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité".

 

S

i cela pouvait se réaliser en chacun de nous !

 

Jean-Paul BOULAND