EGLISE
DE LA FONTELAYE
Par J.
DAOUST – Docteur es-lettres
« Je
sais une église au fond d'un hameau,
Dont
le fin clocher se mire dans l'eau,
Dans l'eau pure d'une
rivière,
Et souvent lassé, quand
tombe la nuit,
J'y viens à pas lents, bien
loin de tout bruit,
Après plusieurs décennies, l'église de La Fontelaye
- la petite église de la chanson de Charles Fallût, mise en musique par Paul Delmet
- n'a pas vieilli; elle continue de nous charmer et même de nous émouvoir. Or -
l'histoire ou la légende le prétend -, ce serait la délicieuse église de La
Fontelaye, perdue dans les herbages et les bosquets, aux sources même de la
Saane, qui aurait inspiré le poète. Quoi qu'il en soit de cette tradition, à
laquelle nos villageois tiennent dur comme fer, l'humble sanctuaire , dont la
flèche aérienne se marie avec tant de grâce
à la verdure des bois environnants, est bien digne de séduire non seulement les
fils d'Apollon, mais aussi, par les richesses qu'il recèle, d'attirer les
touristes de quelques culture et les amateurs d'art. Ils seront étonnés
de cette profusion de trésors accumulés dans cette petite nef campagnarde.
Quittant Yerville par la route D23, après avoir
rapidement traversé en droite ligne le
plateau cauchois et ses champs plantureux, vous commencerez bientôt à dévaler
et serpenter parmi les prés et le bosquets. A peine avez vous atteint la
vallée de la Saâne - l'une des plus pittoresque de la région - que, sur votre
droite, vous apercevez, se hissant en un suprême effort au dessus des arbres touffus qui l'enserrent, le clocher de
notre église. Le premier sentier que vous rencontrerez vous amène à
moins de 200m sous les hêtres et les marronniers qui masquent le proche
rustique.
EXTERIEUR DE
L'EGLISE
Celui-ci dresse, sur un massif de silex et de
briques, son colombage des XVIe et XVIIe siècles, remanié en particulier en
1763. Avec un goût très sûr, les
charpentiers locaux ont rompu la monotonie des verticales par des motifs
losanges, inscrits entre les parallèles horizontales.
Et le triangle incliné de la toiture antérieure n'est pas la moins heureuse de leurs trouvailles.
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La façade et la première travée de la nef (XVIe siècle) forment un damier où alternent les silex et les grès. Si nous longeons ensuite le mur de l'église sur la
droite, le silex apparaît presque seul, taillé en carrés réguliers. Le grès, mêlé ailleurs à de la
brique cuite au charbon de bois, ne figure plus que dans l'encadrement
des quatre fenêtres à l'arc très surbaissé qui éclairent la nef. Percées au XVIe siècle, elles furent retouchées au
XVIIIe siècle. C'est alors - vers 1775 - que l'on rebâtit le chœur, terminé
par un chevet à trois pans réparé en 1882. Dans le blocage de silex on a
inséré des fragments de tuf, hérités d'une vieille église du Xlle siècle,
dont ce sont les uniques vestiges. Sur la gauche le matériau de la nef
présente les mêmes caractéristiques, mais
le mur orienté au nord n'offre que deux ouvertures. On a déjà sans doute
remarqué la place extraordinaire qu'occupe le clocher du XVIe siècle, remanié deux
siècles plus tard. Planté au milieu même de
la nef, il dresse sur un corps carré une flèche octogonale d'une souveraine
élégance, coupée à sa base par un tambour à huit pans formant auvent et placé
en diagonale. |
INTERIEUR DE L'EGLISE
NEF
Par la porte à l'arc surbaissé
et chanfreiné, surmontée d'armoiries peintes dont nous reparlerons, pénétrons dans la
nef, au lambris en arc brisé, avec sablière simplement moulurée, qui recouvre
la charpente apparente. Des entraits la
supportent, agrémentés des habituels rageurs. Mais dés la deuxième
travée, la perspective est coupée par la chambre massive du clocher, reposant
sur des entraits soutenus par de robustes poteaux.
Sur la face ouest de cette
chambre on lit cette inscription versifiée du XVIIIe siècle :
TOY QUI
DANS LE LIEU SAINT TE COMPORTE SI MAL
HELAS
D'UN ŒUIL JALOUX TON JUGE T'Y CONTEMPLE
TU LE RECONNOITRAS MAIS SUR
SON TRIBUNAL
SI TU
N'A PAS SÇU LE REVERER DANS SON TEMPLE.
Est-ce une admonestation à l'adresse des fidèles qui
se dissimulaient au fond de l'église et
bavardaient sans trêve alors que le pasteur dévidait à l'autel ses
oremus ? A l'est saint François de Sales nous avertit :
DEMEUREZ FERMES ET CONSTANTS
AUPRES DE LA CROIX ET MESME
SUR LA
CROIX SI
DIEU VEUT BIEN VOUS Y METTRE
BIENHEUREUX SONT LES
CRUCIFIEZ
CAR ILS SERONT GLORIFIEZ
S. F. DE S.
Sur le mur nord, entre les
statues des saint Roch et de saint Sébastien, c'est encore une sentence de Monsieur de
Genève :
CONSIDEREZ
COMBIEN
A L'HEURE DE LA MORT
LES BONNES ŒUVRES
VOUS PAROITRONT DESIRABLES
ET TOUT LE RESTE MEPRISABLE
S. F. DE S.
Mais
le riche mobilier qui l'agrémente doit plus nous intéresser que le rustique
vaisseau.
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A gauche de l'entrée, c'est la cuve baptismale,
polygonale, aux angles abattus, et
décorée d'une grosse moulure arrondie (début du XVIe siècle). Toujours sur la gauche, le long de la muraille se
succèdent cinq statues fort
curieuses : |
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D'abord une sainte Barbe (pierre ; début du XVIe siècle), qui
coiffée d'une sorte de mitre et joliment drapée dans un large manteau. Elle laisse apercevoir une chaussure en patte d'ours
du l'époque de Louis XII. La sainte invoquée contre la foudre,
protectrice des canonniers, mineurs et carriers, tient un livre fermé,
cependant que la palme, symbolisant son
martyre à Nicomédie (235) a disparu de sa main droite. |
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Un saint Ambroise (pierre ; XVIe siècle),
ou du moins un évêque en habits pontificaux, lui succède. Sa main gauche
supporte un volume ouvert mais la mitre a
disparu de son chef. Le saint pasteur de Milan, mort en 397, a peut être au
cours des âges, hérité une tête nue qui ne lui était pas destinée. |
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Puis c'est un saint Roch
(bois ; début du XVlle siècle), en vêtement de pèlerin, aux bas-de-chausses
retroussées, aux longs cheveux bouclés sous un chapeau décoré d'une coquille.
Relevant sa robe, il montre le bubon pesteux que désigne un ange, tandis que son
chien fidèle, à gauche, se dresse pour lui tendre sa miche quotidienne. C'est
ici la représentation classique de ce bienheureux, mort à Montpellier vers 1327, et que l'occident invoquait contre la
peste. |
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Et voici, sculpté par un naïf artisan, un saint
Sébastien (bois ; XVIe siècle) dont le bras gauche brandit une main
énorme. Quasi nu, attaché au poteau, le martyr regarde calmement ses
bourreaux et ne semble pas trop souffrir des sanglantes blessures que lui ont
infligées les flèches cruelles. Patron
des archers, habile lui aussi à préserver de la peste, ce tribun d'une
cohorte prétorienne du IIIe siècle fut l'un des saint les plus populaires de
jadis et sa représentation a toujours été, depuis le Moyen Age, un thème de
prédilection pour les artistes. |
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Un saint Nicolas (pierre ; XVIe siècle)
achève cette théorie sacrée. L'évêque de Myre, drapé dans sa chape pontificale
retenue sur la poitrine par un gros fermail, a dû, au cours des âges, subir
quelque fâcheux accident, car sa tête
s'enfonce dans nulle grâce entre ses épaules.
A sa droite les trois enfants, minuscules, surgissent du saloir, joignent
les mains et tendent vers ce bienheureux du IVe siècle un visage
reconnaissant. |
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Après cette statue s'ouvre
une fenêtre largement ébrasée. Dans la partie supérieure, un fragment de
vitrail représente l'Annonciation (début du XVIe siècle ; monument
historique). A gauche, un ange superbe, en riche dalmatique, aux ailes
déployées, aux cheveux dorés que surmonte un large nimbe, déroule un
phylactère où se lit la salutation : « ave
gratia plena, dominus TECUM », cependant son autre main tient un
sceptre fleuronné. Agenouillée
sous un dais somptueux à tenture de damas vert, doublé de rouge, Marie
accueille humblement le céleste message. Entre les deux personnages, l'Esprit
Saint, figuré par une colombe impétueuse domine trois lis épanouis. |
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A côté de l'épître, nous remarquerons la
chaire, de même époque et de même
facture que les bancs (Xllle siècle). Pour elle et le confessionnal , le huchier
Michel Motet reçut 52 livres 10 sols, le 15 octobre 1768. |
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Déjà à l'extérieur, nous avons aperçu, au dessus
du portail deux blasons seigneuriaux. Nous les retrouvons à
l'intérieur mais cette fois, semés à profusion (19 blasons de 44 cm de haut
sur 53 cm de large pour la litre supérieure ; trois blasons pour la rangée
inférieure). Ce sont les vestiges, fort bien conservés, d'une litre
funéraire, bande noire ornée d'armoiries, que l'on peignit au, du XVIe à la
Révolution, sur les murs des églises, à la mort
du seigneur-patron. Ici, l'écu français « de gueules aux chevrons d'or,
accompagné de trois têtes de levrauts (jeunes lièvres) arrachées d'argent deux
et une » est surmonté d'une couronne de marquis et supporté par deux lions
dont les pattes arrière s'appuient sur un socle vert. Ce sont les armoiries
des Dumont de Bostaquet qui, à la Fontelaye, jouit du droit de patronage
après la famille de Bautot. Sur le dernier entrait de la nef, on distingue
encore les armes écartelées de celle-ci : « d'argent à trois coqs de sable
crêtes, barbés et membres de gueules, deux en chef et un en pointe ». |
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Mais revenons à la curieuse dynastie des Bostaquet.
Fervent calviniste, Isaac 1er
avait en 1660, acheté pour 72 000 livres la terre de La Fontelaye dont le
château d'ailleurs brûla après la mort de sa deuxième femme. Lors de la révocation de l'édit de Nantes (1685), il résolut pour
conserver sa foi, de fuir outre-Manche et, le 16 juillet 1685, il vendit
sa seigneurie à son parent Jérémie de la
Rive, seigneur de Lamberville. Dans ses mémoires publiées à Paris par
Ch. Read et Fr. Waddington, il nous compte
ses aventures. Alors qu'il gagnait la côte entre Quiberville et Saint-Aubin sur
mer où l'attendait un vaisseau, il fut surpris par les gardes-côtes. Aussitôt
il déchargea sur les sbires les deux pistolets «qu'il avait heureusement
amorcés en passant à Luneray», cité protestante. Les poursuivants ripostèrent et Bostaquet atteint de blessures au bras
et à la face, la perruque grillée de surcroît, dut piteusement regagner
La Fontelaye où le charitable curé accueillit l'hérétique et le soigna. A peine
guéri, il s'évada par la Picardie et les
Pays-Bas, aborda en Angleterre puis en Irlande et à la bataille de la
Boyne (1690)combattit dans l'armée de Jacques II. Il devait mourir le 15 août
1709 à Port-Alington, dans le comté irlandais
de Kildare.
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Son fils Isaac II continua
alors la branche aînée, demeurée en France. Son petit-fils, Samuel-Gabriel du
Mont, seigneur de Bostaquet et de La Fontelaye, hérita cette dernière terre
de son oncle Jérémie de la Rive. Quant à Isaac-Antoine son arrière petit-fils,
mousquetaire à la première compagnie des Gardes du Roi (1718-1812), il donna
en mariage sa fille Anne à Pierre-Henri
de Frotté, père du célèbre général vendéen, le comte Louis de Frotté
(1755-1800). Sur ordre exprès de Bonaparte, ce chef de la chouannerie
normande périt à Verneuil, fusillé le 18 février 1800. La famille de
Bostaquet elle devait s'éteindre, le 6 décembre 1847, à la mort
d'Antoine-Auguste, marquis de Lamberville. Tout catholique qu'il était
Isaac-Antoine montra peu de zèle pour l'église dont il était le seigneur-patron. Gardait-il une rancune tenace pour les
tourments jadis infligés aux siens ? Plusieurs de ses parentes en
effet, incarcérées aux Nouvelles Catholiques de Rouen, avaient été
contraintes d'abjurer. En tout cas, vingt ans
durant, il se refusa obstinément à payer les trente livres annuelles qu'il
devait à la fabrique de La Fontelaye. D'où l'état lamentable de l'église, que
déplorait en 1714 déjà M. D'Aubigné, archevêque de Rouen et que
constatait encore avec peine, le 6 juillet 1760, l'archidiacre du Petit-Caux.
Cité devant le procureur du bailliage, Isaac-Antoine s'exécuta enfin. On
répara alors les toitures et le pavement, on acquit un nouveau mobilier
(1762-1763), le seigneur refit les litres (entre 1760 et 1773), si bien que
l'archidiacre, en 1773, pouvait déclarer notre église « charmante pour la décence et la propreté ». |
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De cette décennie datent les
deux autels latéraux qui décorent le haut de la nef. Dés 1763, on
avait versé trente livres aux menuisiers Pierre Godefrin et Jacques Tellier
pour les marchepieds et, le 9 mars 1765, Pierre Lemoine recevait 4 livres 2
sols pour avoir voiture la contretable de la
Vierge. L'autel rectangulaire, décoré d'une croix grecque imitant quelque peu
la croix de Malte est surmonté d'un retable flanqué de pilastres que somme un
fronton à l'arc surbaissé. Dans la niche, la Madone couronnée (pierre
polychromée ; début du XVIe siècle), drapée dans un large manteau dont la
bordure reproduit des textes scripturaires, contemple l'Enfant assis sur son
bras gauche. Jésus joue avec le fermail maternel frappé d'une croix tandis
que sa main gauche tient l'oiseau traditionnel. Selon la légende dorée, en
effet, le divin enfantelet s'amusait à modeler des oiseaux d'argile et, sa
tâche achevée, leur insufflait la vie. A
droite se dresse un autel similaire, pourvu toutefois d'un tabernacle Louis
XIII aux colonnes torses, dont la porte s'orne d'un Christ ressuscité. Dans
la niche nous accueille un saint Saturnin (pierre polychromée ; XVIe siècle). Enveloppé dans sa chape, crosse et mitre,
l'évêque de Toulouse, mort vers 250, élève la main droite et semble nous
haranguer. Son culte s'était largement répandu en Normandie : dés le VIIe siècle
saint Wandrille envoyait quérir des reliques du pontife martyr. |
Au dessus de l'arc en plein cintre, sur la poutre de
gloire, timbrée de l'écu de France, un grand Christ (bois ; Xve siècle)
à la jambe en potence, couronné d'épines,
trépasse, entouré de la vierge (mutilée) et de Jean. Sur le mur, une
peinture représente Jérusalem quelque peu fantaisiste
avec ses murs fortifiés et le dôme de sa moquée. Le soleil et la lune éclairent
d'une lueur blafarde la cité sainte.
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Dans l'intrados de l'arcade séparant la nef du
chœur, on remarquera, à droite, une curieuse lanterne destinée à accompagner
le Saint Sacrement. Elle fut payée 5 livres, le 20 juin 1768. Au dessus
subsiste l'une des trois croix de consécration que conserve notre église. Rare particularité, le bougeoir qui lors de la
fête de la Dédicace, supportait le cierge allumé est toujours en place. CHŒUR
Pénétrant dans le choeur,
nous trouvons, à droite, une statue de saint
Martin, patron de la paroisse (fin XlVe - début XVe siècle). Ce
patronage,
qui remonte aux temps mérovingiens, indique l'antiquité du village et de sa
primitive église. En réalité, cette statue n'est autre qu'une chaire de saint Pierre désaffectée. Rabotée, la
tiare s'est mutée en simple mitre. A gauche sur la bannière de
procession, figurent, en broderie appliquée sur soie rouge, un saint Martin
et la Vierge. C'est le 21 avril 1776 qu'avait été décidé l'achat de cette
bannière. |
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Sans nous attarder au mobilier, aux lambris et aux
stalles duchœur (XVIIIe siècle), dirigeons
nous vers le sanctuaire. Encadré d'une moulure, l'autel carré
(1764) s'orne, en son milieu, d'une croix grecque dont les branches rayonnent à partir d'un gros fleuron et
s'inscrivent dans un double cercle. Décoré de coquilles, de rosaces et
d'autres motifs, le tabernacle présente une porte moulurée ornée d'un
ostensoir. Au dessus de l'autel et des
deux portes latérales de pur style Louis XV - elles évoquent en outre
le mobilier normand de l'époque -, le large retable nous
offre trois tableaux. Le panneau du milieu, encadré par deux pilastres, s'achève par un
fronton semi-circulaire, timbré à la clé par une tête d'ange ailée et
surmontée d'une gloire dont les rayons partent des initiales sacrées IHS que
domine une croix. Dans les motifs surplombant les peintures latérales, des
cercles entourent des têtes angéliques d'un travail
fort délicat. La toile du milieu figure saint Martin, en
vêtements semi-pontificaux : chape, mitre et crosse. Il médite, fixant son
attention sur le livre que soutient sa main droite. Celle oeuvre est signée :
«Riboutté, Rouen, 1764». L'artiste résidait alors rue
Damiette sur la paroisse de saint Maclou dont la fabrique lui avait versé cette même
année, 96 livres pour une grande bannière
de son saint éponyme. Déjà, en 1757, il avait peint le tableau de la
contretable pour l'église d'Esteville. A droite nous assistons au supplice de saint
Saturnin. Dans un décor de temples
antiques et de pyramides, le martyr, alors que s'écroule un sanctuaire de faux
dieux, est attaché au taureau en furie, issu en droite ligne d'une ganaderia
andalouse. A gauche, c'est la mort de
saint Martin, d'après le récit de Sulpice Sévère. Tout chauve et parcheminé, le vieux
pontife repose sur la paille, enveloppé
d'une soutane bleue - couleur épiscopale au XVIIIe siècle. Un rayon
céleste éclaire sa face moribonde et laisse apercevoir ses ornements
pontificaux, gisant sur un coussin. Quatre clercs l'assistent : l'un d'eux
achève une pieuse lecture tandis qu'un diable s'enfuit par la porte, rageur et dépité. |
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bibliographie
Arch.dep. de la Seine Maritime, série G, 2876, 6688,
7007, 7934, 8166
Abbé Cochet. Les église de
l'arrondissement de Dieppe, églises rurales. Paris 1850.
Isaac Dumont de Bostaquet. Mémoires inédits. Publiés
par Ch. Read et Fr. Waddington, Paris,
Lévy, 1864.
Dieudonné Dergny. Les épaves du passé,
arrondissement de Dieppe, Abbeville 1898.
J.-K. Huysmans. De Tout, Paris, 1902
S. de Lavergne. Les litres funéraires du pays de
Caux. Revue des sociétés savantes, Rouen
1962.