SAINT MAIXENT L'ECOLE
(Avril – Octobre 1956)
C'est
aux alentours du 20 avril 1956 que j'arrivai à SAINT MAIXENT, pour un stage de
six mois.
SAINT
MAIXENT, c'était à l'époque, un des hauts-lieux de l'Armée française. Une ville
tout entière centrée sur le monde des militaires. Une école pour les Elèves
Officiers de Réserve (E.O.R). Une école pour les Elèves Sous-Officiers d'Active E.S.O.A). Plus d'un
millier d'élèves pour ces deux écoles. A quoi il faut ajouter le personnel d'encadrement
et de service. C'est-à-dire un total d'environ 1500 personnes. Et une densité
rare d'officiers et de sous-officiers au mètre carré ! L'école des E.O.R était
située au Quartier COIFFE.
Pour
moi, c'était un monde entièrement nouveau. Rien à voir avec le Séminaire. Je me
trouvai là, avec des copains venant de
toutes les régions de France. Certains portaient un nom connu, ou par
l'Histoire ou par l'Actualité : Sanche
de GRAMONT… Jean-Pierre LABRO… Michel MAQUET, champion de France du Javelot.
Rien à voir non plus avec le Corps de Troupe d'où je venais. Nous avions tous
même formation secondaire ou supérieure, et conscience de former une certaine
élite.
Je me dois de
préciser que j'étais l'un des rares séminaristes à avoir accepté de suivre
l'Ecole d'Officiers de Réserve. Il y en avait un autre dans ma section,
François LEMAITRE, d'ANNECY. A cette époque en effet, avec une certaine
hypocrisie à mon avis, les responsables de l'Eglise dissuadaient les
séminaristes de suivre cette formation. En fils soumis de l'Eglise, lors des
trois jours préalables à l'incorporation, j'avais demandé à être infirmier en
Allemagne… et je m'étais retrouvé dans les Zouaves au Maroc ! Mais j'avais
laissé ouverte la possibilité de suivre les E.O.R.
D'entrée
de jeu, lors du premier amphi, le Capitaine nous dit : "Ne vous faites
pas d'illusions, vous êtes ici pour aller au casse-pipe !". Les "évènements" d'Algérie (comme
on disait pudiquement) étaient dans leur deuxième année. Le 9 février, Guy
MOLLET, alors Président du Conseil avait été accueilli à ALGER avec des jets de
tomates pourries. Le 12 Mars, il avait obtenu les pouvoirs spéciaux, avec
l'appui du Parti communiste. Et, dans la foulée, décision avait été prise
d'envoyer le contingent "rétablir l'ordre" en Algérie. Il fallait
donc former des cadres. Et les Cadres d'Active ne suffisaient pas.
Le
schéma de formation était on ne peut plus classique : amphis théoriques,
exercices sur le terrain. Ce qui me frappa, un jour où l'officier instructeur
nous expliquait le mécanisme des mines anti-personnel, fut l'ingéniosité que
des hommes (peut-être aussi des femmes) mettaient en œuvre pour fabriquer des
engins de mort.
Depuis
mon départ au Maroc, fin août 1955, je n'avais pas eu de permission, et je
n'avais donc pas revu ma famille. Ayant passé huit mois en Afrique du Nord,
j'avais un désir fou de boire du café au lait, et de marcher dans un chemin
creux bordé d'arbres verts.
Nous
obtînmes cette permission pour la Pentecôte, qui était le 20 mai. Ensuite, les
permissions furent possibles régulièrement, lorsque nous n'étions pas de
service. Je quittai le Quartier le Vendredi soir, mes parents venaient me
chercher à PARIS. Et je repartais de ROUEN le dimanche soir, pour arriver à
SAINT MAIXENT le lundi matin à 5 heures.
Nous
mettions notre fierté dans le port de "l'épaulette fantoche" des
E.O.R. Tous les magasins spécialisés
vendaient cette patte d'épaule, que nous portions par-dessus l'épaulette de
notre chemise ou de notre veste d'uniforme, mais que nous n'avions pas le droit
de porter. C'est pourquoi nous ne la mettions qu'une fois dans le train à
l'aller, pour la retirer au retour avant d'en descendre.
L'essentiel
de notre formation théorique étant terminé, nous fûmes envoyés, au mois d'Août,
en grandes manœuvres sur le Plateau de MILLEVACHES. Pourquoi ce lieu ? Parce
que, nous dit-on, il ressemblait aux djebels algériens dans lesquels nous
aurions à évoluer comme officiers. Je n'ai gardé aucun souvenir de ce séjour
d'une semaine, sinon qu'il fut un vrai moment de joie et de détente… comme des
vacances. Pour moi, qui avais fait plusieurs colonies de vacances et camps
scouts, je prenais ce genre d'exercice un peu comme un grand jeu. Plus tard, sur
le terrain algérien, je le prendrai plus au sérieux.
Un
souvenir entre autres. Nous prenions nos repas dans un immense réfectoire. De
temps en temps, quelqu'un lançait : "Qu'est-ce que les P.M.S ?"
(ceux qui avaient suivi la Préparation Militaire Supérieure) – Tous lançaient :
"C'est de la merde !" – Qu'est-ce que les hommes de troupe
?" – "Des types terribles !" . Après quoi un autre
lançait la chanson de Roger PIERRE et Jean-Marc THIBAUD, reprise par les 800
convives :
A Joinville le Pont, Pont, Pont
Tous deux nous irons, rons rons
Nous mettre à danser, ser, ser
Chez Gégè-è-ne
Fin
septembre, nous passâmes l'examen de sortie. Je fus reçu aspirant de réserve,
141° sur 800… pas trop mal !
Les
résultats étaient proclamés lors de l'amphi de sortie. Une très grande salle
pouvant contenir les 800 bonshommes et les officiers. Un immense tableau face à
nous, portant les 800 lieux possibles d'affectation pour chacun d'entre nous.
Un officier appelait chacun par son rang de sortie, du premier au dernier. A l'appel
de son nom, l'intéressé se levait et indiquait le lieu de son choix. Tous les
premiers choisirent une affectation en dehors de l'Afrique du Nord. Voyant cela
mon choix s'était fixé sur un poste possible à l'oasis de GAFSA en Tunisie. Il
me passa sous le nez. Je choisis donc le 5° Régiment de Tirailleurs Sénégalais
(5° R.T.S), basé à OUJDA au Maroc.
Après
une permission de détente de quinze jours, j'embarquai pour le Maroc.